‹ Histoire de Normandie: depuis les temps les plus reculés jusqu'a la conquêteChapitre 15 sur 82 · CHAPITRE n · texte numérisé non relu

CHAPITRE n

mua.

En abordant l'ancienne littérature islandaise, nous sommes amenés à nous occuper d'abord de deux recueils qui n'ont pas de pareils chez d'autres peuples, et que l'on respecte comme des monumens précieux de la mythologie et de la poésie des anciens Scandinaves.

Le système mythologique que nous venons d'exposer est consigné en grande partie dans ces recueils , et , de plus , on y trouve déployées la richesse et l'originalité de l'imagination de ce peuple qui , séparé du reste du monde par les

rochers et par les mers , se livrait aux inspirations spontanées de son esprit^ sans se modeler sur aucun autre peuple.

Edda est un mot islandais signifiant «aïeule. » Pourquoi ce nom familier a-t-il été donné à un recueil de traditions antiques ? on ne sait. Peut-être parce qu'il raconte ces traditions comme une grand mère transmet à ses petitsneveux les souvenirs de son jeune âge. Au reste , le peuple du Nord donnait aux recueils écrits des noms familiers y comme les orientaux: donnent encore aux livres des tittefi qui n'y ont guère de rapport. Un recueil de vîeîUeB lois fut oohnu dftns le N<^rd »0U6 iè nofii de gtaêÊff»iSy me grise; c'était bien pis qu'uppdcr grand'inèire un dépÂt de mythes anciens^ D'autres croient ifm le mot Edda n'est qwe celui d'Odda y sagesse.

L'Eâda est doidile , ou plutAt deux recueils > 4ont l'un est plus ancien que Tautre « portent ce nom. Le plus ancien > et on peut ajouter le plus précieux ^ nous a conservé de vieux

chants mythologiques^ quelquefois par firag-^ mens liés k l'aide de transitions en prose.

Quel est l'âge de ces poésies, qui ne se rattachent à rien d'hîltorique ? Cette question est enveloppée d'autant d'obscurité que celle qui concerne l'époque où ont été composés les chants ossianiques. Il faut supposer ^ d'ailleurs, que les chants de l'Edda sont le fruit des efforts poétiques de plusieurs générations. Le langage en evt vieux , la composition et la forme sont d'une rudesse et d'une simplicité qui indiquent des Ages peu civilisés.

Quelques personnes , appliquant une critique sévère à ces poésies originales > ont voulu les attribuer à celui qui les a recueillies , et qui vivait , comme nous dirons tout à l'heure^ au onzième siècle.

C'est amsi que l'on a attribué les chants ossianiques à Macpherson qui les a traduits ou imités. Des sceptiques ont même soupçonné les moines islandais du onnème siècle d'avoir foi^ les poésies mythologiques de l'Edda. Ce-

Lx INTRODUCTION.

pendant ^ il suffit de les examiner attentivement^ pour en reconnaitre l'antiquité^ Peut-être plusieurs sièclèis en avaient-ils fait leurs délices , avant qu'on les recueillît. Peut-être les générations ^ en se succédant , avaient-elles modifié , selon le changement de goût et d'idées, les poésies de leurs ancêtres. Il suffirait, d'ailleurs, de la considération que plusieurs de ces poésies se présentent sous la forme de fragmens , et qu'il a fallu les unir par des explications en prose , pour nous convaincre que ces chants rompus sont bien vieux, sans qu'il soit possible toutefois d'en déterminer la date précise. On croit que plusieurs chants de l'Edda reniontent, quant à l'invention au moins, au quatrième : ou cinquième siècle de notre ère , mais qu'ils ont reçu plus tard la forme sous laquelle on les a conservés. D'autres peuvent avoir quelques siècles de moins. La différence des âges s'aperçoit à celle des poésies. Les unes présentent crûment, et en peu de mots, les actions , . tandis qu^ d'autres s'arrêtent à peindre les situa-

EDDA. va

tions , à faire ressortir les sentimens des personnages. Dans les unes ^ on voit des ébauches grossières ; dans les autres on reconnaît les progrès de l'art.

Quelques savans du Nord présument que les Scandinaves ont apporté de l'Asie le fond de plusieurs de leurs mythes ; mais c'est une simple conjecture , fondée sur d'autres hypothèses.

[ Ce fut vers la fin du onzième siècle , qu'un savant Islandais^ Sœmund^ entreprit de recueillir et de mettre par écrit les poésies qui, jusque-là, ne s'étaient conservées probablement que par la tradition orale, et n'existaient guère, par conséquent, que dans la mémoire des gens du pays. Alors, la religion chrétienne venait de pénétrer dans cette partie du nord de l'Europe. Un zèle mal entendu fit craindre au clergé que les doctrines de l'ancienne religion, contenues dans ces chants nationaux et rendues faciles à méditer, ne devinssent un obstacle à la propagation du christianisme , en réveillant, chez les Scandinaves, l'amour d'un culte à peine

iiui INTRODUCTION.

oublié. Les manuscrits du nouveau recueil furent donc recherchés avec soin , cachés avec précaution , avidement soustraits à tous les regards, et plusieurs siècles s'écoulèrent avant qu'ils sortissent des armoires ténébreuses qui leur avaient servi de tombeau. Plus éclairé que ses prédécesseurs, n'ayant pas^ non plus^ dlmpresaions récentes à combattre y l'évèque Brynjolf Suendson exhuma la précieuse collection en Islande et l'envoya en Danemark ; l'Edda parut. Mais» oubliée depuis le onzi^e siècle » méconnaissable pour la génération du dix* septième , la noble vieille n'inspira d'abord qu'éloignement et dégoût* La bizarrerie de ses formes» l'obscurité de son langage» tout concourait » dans les premiers temps , à faire considérer ce recueil comme un amas d'inepties ridicules , sorties pâle<*mèle d'une imagination en délire. Bientôt, cependant, quelques hommes j moins préoccupés ou plus haUles» comprirent que l'Edda pouvait être considérée comme la sibylle antique , dépositaire des secrets de la

philosophie du Nord. lU ap^rçui^nl, à travew l'épais brouiUwd qui renyironiiiiit « les élém^iis de lu mythologie dei Scandinaves , des matériaux pour leur histoire , d^s doçmneii^ ppur celle de leur législation ^t de leur morale* Us tirent asse« facilement partager à leurs compatriotes la cou-viction qu'ils avaient acquise. Pe savans cohih mentaires mirent les étrangers h portée d'étudier et de comprendre ces poésies mystérieuses ; et l'Ëdda est aujourd'hui l'objet de recherches d'au^ tant plus enipressées^ qu'elle fut plus long- temps

méconnue^ plus long-temps coi^amnée à louhli,

n ne faut pas croire, toutefois i que nous

possédions la collection entière de ces poèmes ,

et l'absence de ceux qui n'ont pu être sauvés ,

contribue probablement à Timpénétrable obscurité qui enveloppe encore certaine passages de ceux qui nous restent*^ Oes treitfe^huit poèmes dontse compose l'f^dda de 3iBmuwd, le plu# ancien peut-être est le Folo-Spa, ou Yolu/qia ' > « Chant

■ On trouTera une traduction du Foluspa à la fin de cette intr<H

éttOtÎMI.

LXiy INTRODUCTION.

de la prophétesse » '. Chez les Scandinaves^ comme dans toute la Germanie ^ il y avait des femmes qui prédisaient le sort des nouveau-nés, qui le réglaient même au besoin. Elles répondaient aussi aux questions qu'on leur adressait sur les destinées d'un peuple ou d'une contrée; et les chefs du pays les consultaient avec respect, certains , ou du moins persuadés du succès , en obéissant à leurs oracles. Ces prophétesses ressemblent beaucoup aux fées , qui jouent un si grand rôle dans nos romans de chevalerie. Une relation^ tirée de la Saga d'Eirik-le-Roux « Eirii-Raudas-Saga » ' , donnera une idée du cérémonial usité en pareille circonstance. Je ne suis, ici, que traducteur.

Une femme, en Norwége, nommée Thorbierge , avait neuf sœurs ; elle leur survécut à toutes. Cette femme était prophétesse ; on l'appelait la petite Vala. Tous les hivers , TUioberge

■ FojreZf dans le troisième volume de VEdda de Saemuod, l'analyat de cet épisode. Comparez De Erico Rufo Grœnlandiœ seculo JT"** /nventore, dans le tomeii de ThorlacU Opusc. academ,, p. 1 19 et suiv.

EDDA. ucv

était invitée à des festins par ceux qui voulaient connaître leur sort à venir. Or, le prince Thorkill , désirant connaître quand finirait la disette qui affligeait la contrée , fit prier Thorbierge de se présenter chez lui. Un grand appareil avait été déployé pour la recevoir ^ selon la coutume à l'égard d'un hôte de cette importance. Sur une estrade élevée était disposé le si^e de la prophé» tesse^ garni d'un coussin rempli de duvet de coq. Vers le soir, elle arriva accompagnée du messager d*honneur envoyé à sa rencontre.

£21e était vêtue d'une tunique bleue, ornée de petites pierres sur toute la hauteur. Un collier de globules de verre entourait son cou ; un bandeau de peau de brebis noire > doublé de peau de chat blanc, contenait ses cheveux. A l'extrémité de sa baguette, entourée d'ori<» peaux, brillait un globule enrichi de pierres précieuses. Sa ceinture soutenait une vaste gibecière, où elle conservait ses instrumens de magie. Sa chaussure, de peau de veau non tannée, était attachée par d'épaisses et longues courroies ^ f. 5*

ixn INTRODUCTION.

fixées elles-iuémes par des boutons d'acier. Elle portait des gants noirs en dehors;^ blancs au dedans, faits arec de la peau de chaînon tannée.

A son entrée, elle fut respectueusement saluée par les assistans , qui croyaient, en cela, remplir un (ievoir sacré.- Selon que chacun lui plaisait , elle rendait le salut. Après aToir Imisé la main droite de la sibylle, Thorkill la conduisit au siège préparé pour elle, la priant de favoriser d'un, regard sa demeure et cetix qu'il y avait rassemblés»; mais elle se montra fort avare de paroles à Fégajrd d^s assistans. La table élant dressée, an plaça devant la prophëtesse un potage* au lait de chèvre, et un oagoût covnposé xiu: cceur ' des animaux qui figuraieiBitien grand notnbre au service* Sa cuiller était de« métal brillant, et son coutâau, àmaoache de déni de bàleili0> orné de deux anneaux d'acier, affebtàit, pavlalkme, la. forme d^vin poisscm ^ ] .* -

Après 1^ repas , Thorkill approche de Thon--

' Ce fragment appartient à M. Licquet.

BDDA. LXTii

bierge ^ et lui demande ce qu'elle pense de cette demeure el des hommes qui y sont rassemblés, et si bientôt elle pourra répondre aux diverses questions qui lui ont été adressées^ soit par lui , soit par d'autres.

Elle refnsa de le dire avant le lendemain.

Quand le jour suivant eut paru , elle prépara tout ce qu'il fallait pour l'enchantement. Elle demanda qu'on lui amenât des femmes sachant le chant destiné à ce sortilège , et appelé Fardhiur. Oii n'en connaissait pas; mais on alla .chercher dans le village . Quand an fut venu chez une femme nommée Gudride , elle dit :

« Je ne siiis ni une Yala, ni une prophétesse; cepéndafft ma nourrice Halldisa , en blatide , m'a i^pr» le ofaant dé Vardlokur. — ^ Eh bien , répondit Thorkill , vous savez don^ plus que Hoas n'snons cru. — Mais , tépiiqiïa Oudride^ jcè diant et ces céi^émonieii éotit telles ^ que moi , chrétienne , je dois avoit" hùtteut dé les pratiquer, i» Thorbierge liii répondît : « Vous pouvez nous sefeOilï*ir> en cette àfiait^^ sans

txviii INTRODUCTION-

préjudice pour votre religion; c'esl Thorkill qui est obligé de fournir tout ce qu'il faut pour cette cérémonie. » Celui-ci supplia Gudride de se prêter à leur demande. Elle répondit, enfin ^ qu'elle satisferait à ce vœu . Alors, les fenunes se rangèrent autour de Thorbierge, qui était assise sur une estrade élevée, et Gudride chanta le chant magique d'une voix haute et sonore; aussi les assistans avouèrent n'avoir jamais entendu un chant plus agréable. La Vala en fut charmée aussi, la remercia, et lui dit :

« J'avais appris beaucoup de choses concernant les maladies et la disette; mais, actuellement, bien des renseignemens qui m'étaient restés cachés, ainsi qu'à d'autres, me sont révélés : je sais que cette famine ne durera pas longtemps. Au printemps, l'abondance renaîtra; les maladies qui ont affligé ce pays depuis quelque temps, disparaîtront également. Quant à toi, Gudride, je .récompenserai le service que tu nous as rendu ; tes destinées me sont bien connues ; elles sont plusimportantes qu'on ne l'aurait présumé.

EDBA. LXIX

Tu épouseras un homme d'un grand renom, ici, en Groenland '; mais tune jouiras pas longtemps de ce mariage , car tes destinées te ramèneront en Islande , où tu seras mère d'une postérité nombreuse et honorable , que couvrira un grand éclat. Adieu, ma fille, sois heureuse f •

Ainsi parla Thorbierge ; chacun l'appela alors à son tour, pour qu'elle lui révélât ce qu'il désirait apprendre ; elle satisfit à ces demandés , et révéla à chacun ce qu'il voulait savoir.

Appelée ensuite à une autre habitation, elle partit.

A l'approche du printemps , les temps s'améliorèrent, comme la Vala Tavait prédit.

On croit que les anciens Scandinaves appelaient les Valas, du moins les plus renommées, aux assemblées publiques et aux fêtes nationales, surtout à celles que Ton célébrait au soktice d'été, et que l'on appelait Midsumarsblot* . On

i^WWi

' Le Groenland était un district de la Korwége. » £Ma de Ssemund, t. m , préface du rpluspm.

Lxx INTRODUCTION.

dojanait de grands repas ^ on allumait des feux de joie^ on faisait des sacrifices^ et probablement les Valas étaient invitées alors à prédire si Fannée serait heureuse. On pense que le Voluspa est qne des improvisations pu prédictions demandées dans Is^ solennité du solstice d'été, par les Sca9din^ves assemblés. Le début par lequel la Ya\a, sollicite un silence général ^ semblerait faire croire, en effet, que ses vera s'adressent à une assemblée nombreuse. Les éditeurs de l'Ëdda croiei^t reconnaître, dans le Voluspa , des allusions aux révolutions solaires, ce qui adapterfiit encore mieu^ ce chant à une solennité oi^ Van cél^r^iit ^alder, symbx)le, à ce que l'on croit, de )a révolqtton de r^Qpf^e , oiJi 4^ la succession de l'^^^ ^^ ^ l'hiver. ^

Oxk pei|t dirç, au reste, qu'aucun c^ant des I^lfindaiç ne i^pus donne autâ^nt ^e notions sur leur cosmogonie et leur théogonie.

L^Edda renferme plusieurs chants semblables ; tel est le Vqftisrudrwi-rvi^l, ou récit du fprt

BDDA. lYXi

Tisserand. C'est un dialogue entre le jœtte ou géant Vafthrudner, c'est-à-dire le fort Tisserand , et Odin , qui se présente chez lui sous le aom de Gaugradr , ou le Marcheur, pour mettre à l'épreuve la sagesse vantée de cet homme.

Il réclame son hospitalité , comme un voyageur afifamé . — « Pourquoi rester sur le seuil ? lui demande le géant. Viens , assieds-toi sous ce toit , et nous verrons bientôt lequel de nous deux est le plus sage , l'hôte ou le vieux parleur. » Odin entre , et répond à plusieurs questions que lui adresse le géant , sur les noms des chevaux qui traînent le char du Jour et de la Nuit, sur ceux des astres. Vafthrudner, voyant qu'il a affaire à un étranger bien instruit , eçitre en lutte avec lui , sous la condition que le vainqueur pouira disposer de la vie du vaincu. Odin propose , à son tour^ des questions. H in^ terroge le géant sur la création , sur la cause des saisons , sur l'occupation des heureux dans le Valhalla, sur la fin de l'univers. Le prétendu

xxxn iNTftODUGTION.

voyageur demande^ enfin ^ quels mots Odin a dit à loreille de Balder son fils y cpiand celui-ci a été mis sur le bûcher funéraire. A cette question, Vafthrudner reconnaît le dieu. « Aucun mortel, s'écrie-t-il, ne peut savoir ce que tu as dit à l'oreille de ton fils, au commencement des siècles. Je lis mon destin tracé en caractères runiques , et décrété par le ciel , pour avoir osé entrer en lutte contre le sage Odin. »

Ujihis^mal est encore un chant du même genre. Alvis ou Allvise , nain savant à qui le dieu Thor a promis sa fille , vient le soir récla-^ mer sa future. Le dieu rusé entre en conversation avec lui , sur les pays ou les mondes qu'il a visités. Il lui expose des doutes , et lui fait des questions sur les noms des dieux , des fées , des géans , des nains. La nuit se passe , et quand l'aurore commence à poindre, le na^n , ennemi du jour , est obligé de songer à sa retraite , sans avoir pu atteindre le but de sa visite.

U en est de même du HyndhhJjœd^ ou chant

BDDA. txxin

deHyndla» qu'on nomme aussi le petit Yoluspa. En se rendant avec la déesse Freya au Valhalla , Hyndla enseigne à sa compagne et à son élève Ottar^ la généalogie des héros mythiques , mais d'une manière peu intelligible pour nous. Un dialogue plus obscur encore , et par conséquent moins propre à nous donner des notions'précises sur la mythologie Scandinave ^ estcelui de Fioslspinns-mal, entre le héros Svipdag

et Fiœlsvinn^ gardien du château fort habité

par Menglade , amante du héros. Là , il s'agit également des personnages célébrés par la religion des Scandinaves.

D'autres chants de FEdda mettent sous nos yeux des épisodes détachés de l'histoire mythologique , des métamorphoses , des aventures de dieux. C'est ainsi que le Gnmiw-ma/ raconte la suite d'une gageure entre Odin et sa femme Frigga. Le dieu vante le bonheur et la vertu de son protégé , le roi Geirrod. Frigga l'accuse d'avarice et de sentimens inhospitaliers. Odin veut le mettre à l'épreuve ; mais Frigga fait

LXXIT INTROmJ€TI0N.

avertir le roi , en secret , qu'il passera chez lui un magicien avec le dessein de Tempoisonner.

Quand Odin arrive sous le nom de Grimner , le roi le pr^id pour le magicien , le place entre deux feux y et le laisse , pendant huit jours , exposé à la chaleur et à une soif ardente. Agnar^ jeune fils du roi , prend enfin pitié de lui , et étanche sa soif. Odin lui prédit son règne prochain sur les Goths , et lui révèle en vers obscurs les mystères du séjour des dieux. Il se fait connaître etifin. Geirrod veut accourir vers lui pour le délivrer , mais il tombe sur la pointe de son épée et expire. Odin disparaît dans les airs, et Ag^ar devient roi, comme le dieu le lui avait prédit.

Un autre épisode mythologique fait le sujet du VegtamS'^uida. Balder , le favori des dieux , H eu de mauvais songes qu'il raconte aux dieux y et qui les inquiètent. Ils consultent les jaettes ou géans, pour savoir quel sera le sort de Balder ; ceux-ci prédisent qu'il aura une mort siniskre. LesAses, alarmés, engagent tous les

EDBA. LixY

êtres de la nature à ne faire fiuCun mal à leur bien-aimé.

Odin^ voulant mieux connaître l'avenir , prend son cheval Sleipner ^ deacend à l'enfer d'Héla et s'y présente sous le nom de Vegtam. En arrivant , il pratique les cérémonies ordi-^ naires pour évoquer la déesse, qui est représenta ici comme une Vala. Il récite des vers fimèbres^ en se tournant vers le Nord; il trace 4e5 caractères magiques, et débile les sentences prescrites. Après cet exorde historique^ dans lequel on trouve une description assez poétique ^ quoique très brève^ de la descente d'Odin, le Vegtams-^wda donne les chants alteruans de la Vala et du dieu. La magicienne demande qui l'évoque des ombres de la mort.

Vegtam lui dit qu'il veut savoir comment périra Bs^lder. La Vala réplique qu'il périra de la main de son frère Haudur ; elle demande ensuite à garder' le silence , et à rentrer dans les ombres ; mais Vegtam lui adresse d'autres questions auxquelles elle répond sur

txxri INTRODUCTION.

le ton des oracles. Reconnaissant enfin Odîn , elle le prie de ne plus la troubler jusqu'à ce que Loke soit libre , et que les ténèbres mettent fiii au règne des dieux.

Ce chant est poétique y et ici la concision est à sa place. On pourra trouver singulier que le* dieu soit obligé de consulter une Vala pour avoir connaissance du sort d'un habitant du séjour céleste^ et que Balder soit martel; mais de pareilles contradictions se trouvent dans toutes les mythologies.

Il/ HymisHjuida chante la descente de Thor et de Tyr à la demeure du dieu marin JËgir , qui donne un banquet aux dieux. Afin de se procurer la chaudière ilécessaire pour brasser la bière qui doit servir au festin ^ Thor se rend chez le jdette Hymer, et a un colloque avec lui. Dans un autre chant appelé JEgisdrecka , qui fait suite au précédent , on trouve le récit du banquet, ou plutôt Tentretien des dieux pendant le repas. Cet entretien parait avoir été fait tout exprès pour mettre en évidence la

VODK. uxvii

méchanceté de Loke. En effets provoqué par les autres dieux , Loke débite une suite de propos satiriques. Chaque dieu et chaque déesse essayant à son tour de le faire taire , reçoit de lui des invectives. Il reproche à Iduna d'aimer les hommes ; à Géfiona , d'avoir cédé à l'appât d'un collier présenté par un beau jeune homme; à Odin^ de n'accorder jamais la victoire qu'aux lâches; àFrigga, d'avoir accordé ses faveurs à Yé et à Vile ; à Freya , de mêler des poisons. Thor, enfin ^ se fâche et le menace de son marteau. Alors Loke continue ainsi : « J'ai chanté devant les Âses , j'ai chanté devant leurs fils ce que mon esprit m'a inspiré. Je ne cède qu'à toi seul^ et je sors , car je sais que tu es prêt à combattre. » n soFt^ en effets en prédisant à ^gir que ce sera le dernier banquet qu'il donnera , puisque la flamme dévorera tout son avoir. Un supplément en prose raconte ce qu'on a vu plus haut , savoir que Loke se changea en saumon» que les dieux lé péchèrent et le tinrent enchaîné jusqu'à la fin du monde.

Lxxvm INTRODUCTION.

Ce chant est , sans contredit , le plus gai des poèmes eddiques : il y a quelque chose de plaisant à faire débiter, par le principe du mal , la chronique scandaleuse de TAsgaârd , pour prix des efforts que fait chaque dieu et chaque déesse de clore la bouche au dieu satirique.

On dirait un cadre inventé par quelque chrétien , afin de persifler îa mythologie scandihave.

Le chant de Grou-galdr^ est précieux , comme monument des idées des Scaïtàin^eh sur les enchantemens. Ce poème n'est pas des plus anciens ; dti moins, il y est fait mention du christianisme, mais de manière à faire croire qu'alot's la religion chrétienne' A'avait pas encore détruit les rites payées. C'èfet par une évocation que comttience ce cfeattt ttidgiqàe : « Éveille-toi , Groa , éveillè-wi , bëftne fëmihe ! Étant à lô porte de la mort , je fé'tôqHie i puiîà^ que tu as ordonna à ton fils de venk* àf ta iOtûhe. » Ainsi parle le fils. La ïùète demande de qu'il

' Mdda de Sagmand, t. ti , p. '536.

BDDA. LXXix

lui veut y et pourquoi il rappelle de la poussière du sépulcre ccUe qui a quitté les demeures des hommes. Le fils» saisi dé terreur^ rappelle que sa mère lui à ordonné de se rendre âur la tombe maternelle, quand elle serait morte.

La mère commence alors ses chants magiques.

D abord elle chante, ou plutôt elle annonce qu'elle chantera , pour obtenir que le fils puisse jeter derrière lui tout ce qu'il regardera comme pernicieux. SuccessiTemeot , elle prononce des enchantemens , pour qull n^arche partout en sÛGceté ^ pour qu(& les fleuves débordés ne puissent l'engloutir y pour que son coui^ge ne lui faille jamais contre ses ennemis , pour que les liens ne puissent l'eiifhaÂfter , pour que les élémens ne puis$eiit S9 odn)urer contre lui, pour qutele froid ne \e, glace jantais» pour xfue s» la nuit le sui^ prend en pleine. oampagne, tine feinmé ehrétiefiffie morte ne. puisse lui faire du m»t, pour qu'il ne; succombe pas dans une lutte de discours avec un éloquent géante Elle termine ses eii(^D>temejos'* par cette . eochortatûon ivu Maintenant.,

Lxzx INTRODUCTION.

va , mon 61s ! puisses-tu ne jamais porter les pas vers ta perte! Puisse-t-iln y avoir jamais d'obstacle à tes souhaits! Je t'ai chanté ces chants à l'entrée du rocher; emporte les paroles de ta mère , et conserve-les dans ton cœur ! Tu auras assez de félicité dans le cours de ta vie , tant que ta mémoire retiendra mes paroles. »

Nous'ii^apprenons point le nom de ce fils.

Peut-être le chant de la Vala n est-il que l'épisode de la vie de quelque héros , chanté dans de pjus longs poèmes.

Sous le nom de Grotta-scmngr , ou chant du moulin , on possède un petit poème très vieux et très singulier^ dans lequel figurent deux femmes de la race des géans , appelées Fenia et Menia^ qui exercent les fonctions de Valkyries, en préparant les destinées « des hommes ; mais ce n'est point en filant^ comme les Parques de la mythologie grecque, ni en tissant comme les Valkyries; c'est en faisant tourner les im« menses meules d'un moulin qu'elles broient, en quelque sorte, les élémekis de ce que les

bomiàeâ désîreat, Tor, la pair, la félicité. L« chaiU du moulin est le seul qui nous conserve cette allégorie antique des Parques meunières ou broyantes.

Le Skmis^/6r nous représente, un habitant des demeures célestes , Freyr, fils de Niordr, amoureux dû Gerde , fille d'un Jsette ou habi* tant du Jotunheim , qu'il vient d'apercevoir en jetant • du baut du Lidi»Lialf , ou de la demeure d'Odin> on coiip-dœil sur la terre. Son amour est représenté comme une punition de la temé* rîtéi;{u'il a eue d'occuper le siège d'Odin* Il a un fidèle serviteur, Skirner, qui s'engage à demander Gerde en mariage pour lui ; mais un feu éternel entoure le JotuiAeim : pour y passer, il n*j a qu'un cbeval céleste qui puisse* téitssir* . Freyr i^onfié son coursier à son fidèle meesager d'amour» Celui-oi part , et a un éntèetîen ^vec les Igéans, en lurrivant au Jotunbeim* JCè dialogue poétique occupe la plus grande partie duippème.

Dafi« le Thryms-quida , nous trouvons un récit

du dieu Tbor, à qui le rw Thnia^a aoiexé le I. 6*

KXXxn INTRODUCTION.

marteau , signe de sa puissance y cùmme la foudre Tétait de celle de Jupiter. Thrim ne veut le reïidre que si on lui donne Freya pour épouse. Les dieux proposent à celle-ci de feindre de se prêter à ^ow. désir , et de reprendre le marteau enlevé. Fi^eya refuse avec colère. Thor prend alors la résolution de se présenter lui-même, sous la forme de Freya , chez le roi Thrim , de se fairt passer pour la déesse , et de reprendre son mar* teau. Accompagné de Loke, le plus rusé des dieux y il se présente avec la parure de Freya ^ èt> quoique Thrim soit étonné de la voracité de sa prétendue (lancée^ il met le marteau de Thor sur ses genoux. Dès que Thor a repris sou instrument redoutable y il .assomme Thiwi et les géans qui le servent.

Une autre classe de chants eddiques est icaUe qui a pour but un enseignement moraL \^ Hàvamal^ est surtout de ce aombre4 QdijQ y enseigne» eh sentences concises^ les règles de

1 I n I I — 1.^1.^^— ani— ^*i— .w.— *»»ii.w»fi

Bààa dft Samoiid» t. bs.

EDDA. uxziu

)a sagesse et de la prudence ^ en y mêlant des idées mystiques'. Hasnmud signifie « discours élevé ou sublime. » Ce poème parait être d'une haute antiquité ; mais il était probablement plus simple dans l'origine. On présume avec raison que, sous sa forme actuelle, il contient plusieurs chants qui d'abord n'en faisaient pas partie. Ainsi, les enseignemens adressés au jeune Lodfafner appartiennent probablement à un sage , autve que celui qui parle au nom d*Odiu; et le chant runique qui termine le Havamal n'a plus rien de commun avec la morale. C'est un enseignement sur les vertus magiques et les mystères renfermés dans les runes qu'on représente, comme une invention des dieux. Odin se vante de pouvoir , à l'aide de ces enchantemens , guérir les maladies , détruire les effets du poison > apaiser la tempête, arrêter les armes d'un ennemi , et même évoquer les morts. On a comparé le Hàvamal , du moins la pre-

' Voyez le début du poème, A la sotte de cette introduetioii.

txxxrr INTRODUCTION.

mlère partie, aux Règles d'or de Pylhagqre et aux Proverbes de Salomon. S*il n'ei^eignë pas une morale sublime y il contient , ou moins y de bonnes règles de conduite et Ae prudence. Il recommande la ruse ; mais c'est presque une vertu chez des peuples barbares. Le Havamal concenire en ses stro|>lies to<ute Texpérience des sages de la Scandinayie. Aussi , les auteurs mo-» dernes du Nordie citent-ils comme une preuve des moeurs civilisées de leurs «ancêtres. « Un peuple chez l^uel on enseignait de si bonne heure de pareik préceptes de morale pratique^ disent-ils ^ ne devait-il pas être parvenu à un asser haut degré de civilisation ^ bien supérieur à celui où le place l'opinion générale des peuplai du midi de d'Europe? »

Un chant de morale bien moins ancien^ et qu'on attribue ^ Sœmund mème.^ rédacteur de TEdda^ est le Solar-ijod, ou dfiant du soleil. Ce serait donc un poème eddk|ue composé par un chrétien : toutefois , ce poète est encore dominé piur les idées payennes.

lie reste des chanis de l'Edda consiste en récits d'aventures romanesques , dont quel* qoes-unes sont empruntées à des romans populaires de l'AUemi^ne. On remarque, d*akord, k Vadundar-quida , ou chant sur le merveilleux forgeron Yœlund, qui passa, dans tout le Nord» pour le plus habile artisan , el que vantent aussi les traditions allemandes , anglo-saxonnes, et même les romans poétiques français du treizième Hècle'. LechantdeTEddaest unesorle d'épopée sur ses exploits. C'est un morceau de poésie fort ancien > et empreint de la rudesse des premiers temps de la littérature Scandinave. Vœlund y est présenté comme époux d'une Valkyrie, ou fille du Destin* Il est traité criiellement par un rot qui , pour s'emparer de son or, l'enlève et l'enferme dans une tle, Int coupe 'fes nerfe des pieds ; et le force à travailler pour Im. Vœlund se vebge, eti tiiant les drax fil^

' Voyez Félffnd le Wàrgeron : Disnptatirm sur c^tfe tradition populaire ^^Xjc,\i^Q, B. Depping et Frandaque Michel. Paris, lS33,iii-S'*.

ixxxvi INTROOtrCTION.

du roi y en feiconnant leurs ossemens en vase» pour la table du roi , et eu violant la fille de son oppresseur ; ensuite il s'élève dans les airs et disparait. Ce roman a été raconté ^ dans la suite, avec d'autres circonstances, dans une Saga prosaïque.

Plusieurs autres chants forment un cycle épique, dans lequel figurent Helge, roi de Danemark , Sigurd Fafnersbane , ou vainqueur de Fafner , Brunhilde , amante de ce héros redoutable , Gudrune , femme de Sigurd , Atle ou Attila , dont les romans épiques du moyen-âge ont fait, comme on sait, un héros impliqué dans les aventures des champions germaniques; enfin, les Niflungues, race héroïque dont les infortunes font le sujet d'un grand poème allemand.

Il y a des idées touchantes et un niouvement élégia«(ue dans les trois chants sur Gudrune. Dans le premier -de ces chants, la veuve de Sigurd, tué par la trahison du frère de Gudrune^ demeure immobile auprès du corps de son

mari et refase d'écouter lesconsolations cpj'on Itii prodigue» Ea vain une autre veuve infortunée^ Giaflunga y lui parle de la perte de cinq maris et de deux fiUes ; en vain Herborge , reine de Hongrie, et veuve aussi, rappelle la mort de sept fils et de quatre frères; Gudrune, après avoir long-temps gardé le silence , ne pleure que lorsqu'on veut enlever le corps de Sigurd« A l'aspect de sa blessure , elle fond en larmes > ^ veut embrasser encore une fois son bien* aimé. Le troisième cbant sur cette béroîne^ passe pour une composition de Sœmund.

Un autre esprit règne dans le BrynJiSékar-' qmda : c'est l'exaltation mystique qui anime ce cbant. Brunhilde est une Valkyrie, ou fille du Destin ; mais ayant , contre Fordre d'Odln, accordé la victoire au héros qui devait succomber, il la relègue dans un château enchanté, lui envoie un sommeil létbai^ique , et veut qu'elle devienne la femme de celui qui rompra l'enchantement, en pénétrant dans le château entouré de feu , et en détachant l'armure de la

LxxxVifE INTROmmTION.

Valkyrie. Sigurd a ce bonheur , et Brunhilde / revenue à elle , révèle au héros la magie employée par Odin> et lui donne des avis d« sagesse.

Quelques-uns de ces personnages étaient chanté, dans les poésies populaires d'une partie de l'Europe y et les chants de l'Ëdda même ne paraissent guère être autre chose que des échan^ tillons de cette poésie populaire. Le merveilleux y domine; les traces des idées mythologiquw des Scandinaves s'y rencontrent fréquemment* Jusqu'au::^ temps modernes, elles ont ftiit les

délices des peuples du Nord , moins sous leur forme ancienne que dans la prose ou là poésie

dont les ont revêtues les auteurs modernes.

L'héroïsme y mêlé au merveilleux de la fable et à la magie y platt dans tous les temps et à tous les peuples, surtout à ceujt qui se sont mcnns éloignés du goût àes temps primitifs pour ce qui est simple , naïf et surprenant.

1m seconde Edda, qu'on appelle aussi la Jeune, oul'Edda de Snorro, a un autre carac-

nSlà. LXZ»X

tère. D'abord, ellfc est en prose ^ et a été rédigée, à ce que Ton croit, plus d'un siècle après la première, par Snorro, le inème à qui l'on doit unrecueil de sàgashistoriques. C'est.encore l'évêque Brynjolf Syendson , conjointement avec Arngrim Johnsen , recteur en Islande , qui a le mérite d'avoir fait connaître ce second

recueil des croyances religieuses et poétiques des Islandais. Cependant, le manuscrit qu'il avait découvert en Islande n'étant pas complet^ il a fallu y suppléer par d'autres manufcsrits. Dans sa forme actuelle , l'Edda prosaïque est du treizième siècle ; mais il se peut que la com~ position eu soit plus ancienne. Quelques savans du Nord pensent que Snorro en a rédigé une partie, et que le reste appartient aux temps antérieurs. (Mallet, dans ses Monumens de la Mythologie et de la Poésie des Cdtes, et parti-' culièrement des anciens Scandinapes , a donné une traduction française de la partie mythologique, ce <|ui nous dispense d'insérer ici des échantillons de cette Ëdda.

XC INTROraCTIOW.

n faut distinguer y dans TEdda prosaïque r deux parties diverses : les Dœmi^œgur et les Kenningar. Dans la première ^ on s'efforce de réduire en système les traditions mythologicpies détachées des anciens Scandinaves^ dont la plu* part sont poétisées dans la vieille Edda. Ou j introduit, d'une part, le roi suédois Gylfe, qui se fait instruire par Odin dans la sagesse^ ou plutôt dans la connaissance de la mythologie ; et, de l'autre, le dieu Braga,qui enseigne la mythologie poétique au dieu marin iEgir. On a comparé ce travail à celui qu'ApoUodore , Paléphate, Hîgin, et autres auteurs , ont fait sur la mythologie des Grecs et des Romains.

L autre partie, connue sous le nom des Kenningar, est un ouyrage didactique sur les parar phrases dont se servent les Scaldes pour désigner les dieux et les objets matériels. Quelque soit Tauteur de cet art poétique, il avait sous les yeux beaucoup d'anciens poèmes, et il en cite fréquemment des passages. C'est là que nous apprenons que, dans le langage des Seal-

EDDA. xa

des^ le ciel était le crâne d'Ymer; le soleil qui^ chez le^ peuples du Nord, est du genre féminin^ figure comme la fille de Muadilfar, et comme la sœur de la lune. Ainsi que la poésie orientale, celle des Scandinaves aimait les images et les symboles. Aussi, Odin et l'Épée sont désignés de plus de cent manières dififérentes. Le langage symbolique était très riche et abondant, malgré la concision habituelle du langage islandais.

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