I MOEURS DES SCANDINAVES. CUTU
par le bannissement. Pour les délits commis contre les personnes et les propriétés, on composait avec les familles lésées ou offensées; souvent aussi, les familles vengeaient elles-mêmes les offenses particulières , au lieu de déférer la cause à une assemblée judiciaire: delà tant de guerres intestines semblables à celles des temps féodaux.
Les things ou assemblées qui se tenaient dans la belle saison, servaient en même temps de rendez-vous aux habitans des îles et du continent. On s'y livrait aux divertissemens publics; on y entendait les Scaldes, les Valas; on y trafiquait ^ et on se procurait les objets dont on avait besoin. Ces things étaient des réunions importantes pour la nation, sous tous les rapports. Il s'en tenait en Danemark, en Suède, en Norwége, dans les iles Faroer, et plus tard dans l'Islande. Les formes judiciaires qu'on observait pour les procès furent perfectionnées dans la suite des temps. Ce que Tacite a dit des assemblées publiques des "Ger-
CMVm INTRODUCTION .
mains ^ peut s'appliquer en partie aux things des Scandinaves.
Ils avaient des esclaves, enlevés pour la plupart des pays étrangers que leurs marins fréquentaient. Les marchands en amenaient aussi dans les places de mer/ où se concentrait le commerce ; le mariage se contractait sans cérémonies religieuses. Les riches avaient une ou plusieurs femmes considérées comme légitimes, à cause de leur naissance, et des concubines prises dans les classes inférieures. Il n'y avait que les enlans des premières qui fassent aptes k «UQcéder à leurs pères. Le contrat de mariage s'appelait vthtut-iaup » g achat de la fiancée. En effet , on y stipulait la somme ou les ^iSeis dont U futur laÎBak présent à la fiancée et à ses par^^iis.
Enlever itne femme était un crime que ies lois punissaient sévèremeM ; cependant , les enlèvemens qui avaient lieu en pays ennemi n'étaient pas considérée ainsi ; c'étaient, ati contraii^ , dos exfdotts ho^iomMes , y>ar lesquels se
MOEURS DE9 8GAND0IAYBS. cxux
signalaient le courage^ raadace, la ruse des champions de mer.
Il y avait peu de villes en Scandinavie. Le peuple vivait dispersé dans les campagnes, et particulièrement le long des c^leâ^; les rochers et les goUes séparaient les habitans les uns des autres. On vivait grossièrement , on buvait de la hièrç ou de l'hydromel ; on se vètissait d'étoffes de laine. Les hommes avaient des armes eh fer et en caillou \ ils buvaient dans des cornes de bœuf. Dans les demeures des chefs , il y avait de vastes salles pour les banquets de leurs compagnons. C'était surtout en hiver» pendant le repos forcé des marins, qu'ils se dédomma* geaient, en buvant et en chantant, des privations qu'ils avaient essuyées en mer et des dangers qu'ils avaient courus dans les batailles. Pendant ces banquets , les chefe étaient entourés aussi des Scaldes, et les encourageaient à charmer leurs auditeurs par le récit des aventures des héros Scandinaves > ou des perscmnages mythologiques»
CL ÏNTKODUCTION.
n n'existait pas de noblesse dans le sens que Ton attache maintenant à ce mot; cependant, les familles qui vivaient habituellement avec le» chefs, et , qui possédaient des propriétés considérables et beaucoup d'esclaves, et dont dépendaient, par conséquent^ les prolétaires ou les gens sans propriété, exerçaient d'autant plus d'autorité et d'influence, que les rois leur confiaient des commandemens et des charges à exercer. Il y avait des chefs aussi puissans que plusieurs rois, et assez forts pour leur faire la guerre ou pour leur refuser l'obéissance. Au reste , les fils puînés des rois étaient obligés couvent , comme les simples sujets , à chercher fortune sur mer, ou dans les excursions sur les çontinens. M. Geyer, dans son Histoire de Suède , cherche à prouver qu'il n'y avait point de noblesse ni de privilèges héréditaires.
L'esprit guerrier était commun à toutes les nations Scandinaves. Odin aimait les braves ^ et c'est pour eux qu'il réservait des récompenses dans sa demeure céleste. Aussi régna-t-il ton--
MOBUBS DBS SCANDINAVES. ai
joints une grande émulation entre elles ^ pour acquérir de la gloire, et pour s'enrichir dans les guerres. Armés de la hache ou de la lance ' et du glaive, même aussi quelquefoisde l'arc et des flèches , ils attaquaient hardiment de grands districts, malgré la faiblesse numérique de leur troupe, répandaiaat partout la terreur, se hasardaient très avant dans les terres , et rega* gnaient ensuite , avec du butin et avec des esclaves, les bateaux qui devaient les mettre à l'abri de toutes les poursuites. Entre eux, ils avaient des duels ou combats singuliers , qui , k l'appareil près, ressemblaient à ces combats que se livrée rent dans la suite les chevaliers en Europe , pour accroître leur renommée.
Ils laissaient croître leur chevelure et leur barbe; quelques-uns étaient couverts de la cotte de mailles et du casque. Presque tous portaient un bouclier. Ils étaient grands et robustes ; leur aspect répandait la firayeur parmi leurs ennemis. •
Cheveux ils étaient hospitaliers ; ils connaisr
Ctll INTRODUCTION.
raient la douceur de Famitiè; et ceux qui ^'étaient unis par un pacte d'alliance 5 deyenaient des amis pour la vie j, et s'enti^aidaient commeiâes firères.
L'art de la guerre consistait plutôt i attaquer avec impétuomté, et à ne pas lâcher pied devant les obstacles ^ qu'à combiner un plan et à faire des sièges en- règle. Ils devaient la plupart de leurs succès à la surprise ou à la vid^ lencé de leur premier choc. Ne pouvant em<porler dans leurs bateaux beaucoup d'objets nécessmres à des guerres régulières, ils paydieilt surtout de leur personne y et «ompUiiant sur leur coucage autant que sur leur agilité et sur leur adresse dans le maniement de U rame^
Leur industrie se bornak à labiîqUer les armes , les vèlemons dtot ils avaient jbeso^n ; à «e conatruire des demeures ein faoisr et des bateaux; enfin, à «ériger des monulnenâ en pienres brutes* QiaaaiA axxt, objets en or «t en aident qu'on a trouvés dans la Scandinavie, ils venaient, pour lafdupart, de l'étranger ; les
MCBUR8 DES SCANOHfAVBS. CUH
trafiquftns apportaient de T AUema^e et des pay^ slayes diveises marchandises que la Scandinavie ne pouvait fournir.
Il y avait donc quelque commerce « malgré la pîraterjie. Les Finnois paraissent avoir connu les premiers l'art d'exploiter les mines , de for^ ger et de façonner le fer. Ce que les Sagas disent des Nains des montagnes, et de leur habileté dans la fabrication des outils et des armes> paraît devoir s'appliquer à ce peuple. Le bois abondait dans une grande partie de la Scandinavie, et l'on trouvait sans peine les matériaux nécessaires aux chantiers de construction.
C'était plutôt la faute de la nature que eelle des hommes , que l'agriculture ne suffît pas à nourrir la population de ce pays. Quoique la pèche ajoutât beaucoup à ses ressources , elle ne trouvait pourtant pas , dans le pays même , assez de subsistances , et se voyait souvent en proie à des disettes affreuses , dans lesquelles les pauvres expof9ient impitoyablement leurs en-
anr
mTRODUCTIOÎf.
fans^ pour réduire leur famille. Cet usage barbare ne cessa ^ dans quelques contrées^ particulièrement en Islande , qu'après l'introduction du christianisme , qui fit cesser aussi la piraterie
et d'autres usages incompatibles avec la ciyili-* sation.
aBODHvaaBBaaMMMHiHMHKB^B^aaasB^