VOLU8PA
Ctm btt Ermetl he V€tba i.
Silence > intelligences sacrées! fils de Heimdall ^ , grands et petits , silence ! Je veux raconter la gloire de Valfandur ^ , et redire les anciens discours des hommes.
Je me souviens des géans, créés dès le corn»
mencement. Ils m'instruisirent autrefois. Je me souviens des neuf villes , des neuf firmamens y
* Traduit par M. Licquet.
* Le plus poissant des dieux après Odin.
' Odin lai-méme.
de l'arbre majestueux ^ dont le germe était au centre de la terre.
Au commencement des siècles , Ymer * habitait l'espace. Il n'y avait encore ni rivages/ ni mer, ni frais ruisseaux. Nulle part la terre j^ nulle part le ciel ; partout l'abîme du chaos ; point de trace d'herbe.
Lorsque les fils de Bur ^ placèrent les astres au haut des airs ; lorsqu'ils eurent bâti le célèbre M idgard ^ > le soleil , brilUnt au midi ^ dardait ses rayons sur les murs^ du palais; alors la terre se revêtit d'herbes verdoyantes.
Le soleil , au midi , compagnon de la lune , tenait dans sa main droite les râne^ des coursiers célestes; mais le soleil ne savait où était son
* Le frêne Yggdrasill.
* Le chaos. ^
3 Ils étaient trois : Odin, Vile et Ve.
* La terre.
^ Les montagnes.
VOLUSPA. Civil
palais; l«s étoiles ne savaient où était leur jdace; la lune ne savait où était sa demeure.
Alors tous les dieux prirent place sur leurs trônes , et délibérèrent de ces choses. Ils donnèrent un nom à la nuit , aux 1 unaisons , au matin ^ au midi » à Taprèa-midi at au soir, pour la supputation des années.
Les dieux s'assemblèrent dans la plaine dlda. Ils construisirent de vastes édifices ^ établirent des fourneaux , travaillèrent les métaux précieux, employèrent tous leurs efiforts, essayèrent tout, façonnèrent le forceps, et forgèrent les instrumens des arts ^
Us jouaient au palet dans l'intérieur du temple * ; et ils étaient joyeux. Les palets d'or ne leur manquaient pas. Alors arrivèrent trois puissantes gécuntes. Ettes venaient du pays des Tfttanâ.
< Les commentateurs pensent qu'il s'agit ici de la création des astres.
> Les palets sont ici les aatris, dont le coim régulier est ainsi figuré.
CLVni INTRODUCTION.
Tous les dieux reprirent place sur leurs trônes, et délibérèrent de ces choses : lequel des dieux formera la troupe des démons , avec le sang de Brimir ' et ses os livides?
Modsognir fut créé. C est le prince des démons. Durin vient après lui. A eux deux ils formèrent, avec delà terre, beaucoup de démons à figure huniaine. Durin l'a ainsi raconté :
(^Nomenclature des démons. )
Le temps est venu de faire connaître aux fils des hommes la suite des démons, depuis Dualin jusqu'à Lofar. Ces génies habitaient les régions terrestres, depuis les fondemens du palais*, jusqu'aux champs de Joroval :
(^Nomenclature. )
Enfin, trois dieux puissans et aimables quittèrent l'assemblée céleste , et se dirigèrent vers la demeure des hommes. Ils virent tristement
' Surnom du géant Ymer ( le chaos).
« Du monde.
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gisant sur la terre Ase et Embla , encore sans destinée.
Une ame leur manquait ; ils n'avaient encore ai la raison^ ni le sang, ni le mouvement^ ni le teint qui convient à la vie. Odin leur donna une ame; Hœnir la raison ; Lodur le sang et de gracieuses couleurs.
Je sais qu41 existe un frêne. On l'appelle Yggdrasill : arbre majestueux^ toujours baigné d une rosée pure. De sa cime viennent les pluies qui tombent dans les vallées. Il se tient toujours vert , sur la fontaine de Urda.
D'un lac' situé sous l'arbre^ viennent les * trois vierges savantes : Tune s'appelle Urda", l'autre Vernandi ^ ; Sculda*, nom de la troisième^ est écrit sur le bouclier. Elles imposent des lois au monde , président à la naissance
' La mer.
* Le présent.
' Le passé.
i L^aTenir.
cài inteoduction;
des hommes^ et leur annonoi^nt leurs deslitis.
Voici riiistoire du premier meurtre qui eut lieu sur la terre. Les hommes percèrent GuUveiga ' de leurs armes. Ils la brûlèrent dans le palais de Dieu ^. Us la brûlèrent trois fois; trois fois elle renaquit. Ils la brûlèrent de nouveau plusieurs fois^ et pourtant elle existe encore ^*
A leur voix, Heida^ vint habiter leurs demeures. C'était une Sibylle aux douces paroles. Elle apprivoisa les loups ^. Elle savait la pyro-
technie; elle était savante en pyrotechnie; elle
fut toujours les délices des méchans.
Alors tous les dieux reprirent place sur leurs trônes , et délibérèrent de ces choses : vengerontils le meurtre^, ou accepteront-ils un dédommagement?
* Or tamt.
* Le monde fout entier.
^ Tout cela ?eut dire : extraction de Tor et sa purification par le feu.
^ L'argent.
' Les hommes cruels.
^ De GullTciga , c'est-à-dire , la fabrication de l'or.
VOLUSPA. CLtl
Oditi s'élance ; il darde ses flèches sur les peuples. Ce fut le premier carnage parmi les hommes. Le i*empart des dieux fut brisé à l'une de ses extrémités. Les yanes ' , précurseurs des combats^ se déchaînèrent dans les campagnes.
Alors tous les dieux prirent place sur leurs trônes, et délibérèrent de ces choses : rempliront-ils runiyers de tumulte et de sang , ou livreroât~ils l'épouse d'Odin an fils des géans'»?
Thorr,' l'un des dieux, était là, gonflé de fùtenr ; rarement il demeure paisible en écoutant de pareils récits ; les promesses sacrées , les sermens , les traités solennels sont rompus.
jEUe sftît 5 que la trom^tte de Heimdall est cachée sou» l'arbre céleste. Elle voit, h l'horizon , bouillonne^ Tocéan , comme une cataracte écumante 4. Compfeoez-vous , ou non ?
' Dieux de Fair.
• Elle avjilt été promise eii effet.
3 La sibylle.
4 Je tradttis par horizon qf vedi valfavdtir; ce gage, i^ed/, était
rœil d'Odin , c'est-à-dire le ciel.
CLxn INTRODUCTION.
Seule , elle s'asseoit dans les airs. Alors vient ce vieillard, le roi terrible des dieux. Il attache ses regards sur les siens : Pourquoi m'interroger? pourquoi me tenter? je sais, Odin , où tu as caché ton œil. C'est dans la pure fontaine de Mimer. Cliaque matin, Mimer boit l'hydromel dans ce gage de Valfavdur, Comprenezvous , ou non ?
Herfardur ^ lui donna des anneaux , des col-
«^liers, des discours enseignant la sagesse, des
génies connaissant l'avenir. Elle voit au loin ,
dans toutes les directions; son coup-d'œil atteint
tous les mondes.
Elle vit les Valkyries arriver des pays lointains, toutes prêtes à diriger leurs couasiers vers la nation des dieux;*, Sculd portait un bouclier; Scœgul venait après elle; puis, Guunur, Hildur, Gœndul et Geir - Scœgul. Elles sont déjà
* Odin.
* Les Goths.
VOLUSPA. axui
réputées nymphes de Herian " . Valkyries , elles sont prêtes à chevaucher sur la terre.
J'ai vu les destins réservés à Bàldur, dieu couvert de sang, fils d'Odin. Un jeune et hel arbuste cro!t et s'élève dans la campagne.
De cet arhuste ( ce mystère me fut révélé) a été fait le trait déplorable et funeste que lança Hœdur. Un frère de Baldur naquit un matin '.
Ce fils d'Odin , Agé d'une nuit , combattait déjà, n ne se lava les mains , il ne peigna sa chevelure qu'après avoir placé sur le bûcher le meurtrier de Baldur. Mais Frig^a pleura, dans les retraites de Feusalir , le malheur de Yalhalla. Comprenez-vous ? M'expliquerai-je davantage ^ ?
La sibylle a vu le perfide Loke enchaîné sous le bois sacré des Thermes. Là est assise Sigyna^ qui, pouirtant, trouva peu de bonheur auprès de son époux. Comprenez-vous, ou non?
* OdiD.
* n est appelé Vali,
' L'histoire chi meurtre de Baldur fait le sujet du Vegtam s- Quida; Edda , 1. 1, p. 234.
% cutiT INTRODUCTION.
Un fleuve coule de 'Forient par les vallées vénéneuses; il roule de la fange et* des épées. Slidur est son nom. Au septentrioo^ dans les montagnes de Nida", s'élève un temple d'or, séjour des géans. Ils en ont un autre dans Okolni*. On l'appelle Brimir.
Elle a vu le temple élevé loin du soleil dans Naslrond^. Ses portes sont tournées vers le Nord. Le poison y tombie goutte à goutte par les fenêtres. Les murailles sont construites de, serpens entrelacés.
Là , elle vit rouler , dans des fleuves rapides , les hommes parjures » les assassins^ l'impudique qui séduit l'oreille de l'épouse d'autrui. Là, Nidhoggr ^ suce les cadavres ; un monstre cruel déchire les hommes. Comprenez-vous? Que vous faut-il de plus ?
' Montagnes des ténèbres.
• Au midi.
3 L'enfer.
^ Serpent de Tenfer.
VOIiUSPA. CLXV *
Vers Torient , dans la forêt de fer S demeure cette vieille qui enfante les monstres. L'un d'eux prend la forme du génie du mal ; c'est celui qui dévore la lune.
Il se nourrit de la vie des moribonds. H rougit de sang la demeure des dieux. L'été suivant, la lumière du soleil s'obscurrira ; les tempêtes se déçhatneroni: de toutes parts. Comprenesvous enfin ? Que vous faut-il de plus ?
Assis sur un tertre , le joyeux Edger , gardien de la sibylle, fait résonner sa harpe. Au-dessus de lui^ dans la forêt des oiseaux , chante un coq couleur de feu. Ce coq s'appelle Fiallar.
Parmi les dieux, chantait GuUincambi , ce
coq à la crête d'ar. Il anime les guerriers ; il les appelle auprès du dieu des armées. Un autre
se fait entendre des profondeurs de la terre.
C'est le coq noirâtre qui habite le palais de
Héla\
' Jamyidi.
* La mort.
cixvi ÎNTRODtJCTiON.
Garmur ' pousse d'afFreiix aboiemens devant
Tantre de Guipa*. La chaîne est rompue , le
loup ^ s'élance. Beaucoup de sciences sont familières à la sibylle. Je prévois la chute certaine
des génies et des dieux.
Les frères attaqueront les frères. Hs se tueront les tins les autres. Les liens de la famille seront violés. Temps cruels , féconds en adultères.
Siècle de haches et d'épées ^ où les boucliers seront mis en pièces. Siècle de tempêtes , siècle de bétes féroces , où l'homme poursuivra rhomme jusqu'à ce que le monde s'écroule !
Le frêne Yggdrasill prend feu; les fils de Mimer jouent au son retentissant de la trompette de Gialla. Heimdall l'embouche , et en tire des sons éclatans. Odin consulte la tête de Mimer.
L'arbre antique gémit ; le géant est déchaîné *;
' Le Cerbère des Scandinaves.
■ Une des entrées de Fenfer.
3 Feiiris.
i C'est-à-dire Loke.
V0LV8PA. CUtm
le frêne Yggdrasill est encore debout ; mais il chancelle. La terreur est partout ; les voies d'Héla sont ouvertes. ' Bientôt le feu de Surtur aura^ dévoré l'arbre tout entier.
Hrymr, porté sur un char ^ arrive de TOrient, La mer sç soulève à son approche. Le serpent immense qui entoure le monde ^« se roule avec fareur. Le monstre bat les flots. L'aigle pousse des sifflemens aigus; de son bec pâle il ^chire les cadavres. Le vaisseau Naglfar prend la mer.
n fait route de l'Orient ', monté par les fils de Muspell^. Loke le gouverne. La famille des monstres accompagne le loup ^. Escorté de cette foule , le frère de Byleip poursuit sa marche.
Que se passe-t-il chez les dieux? Que se passet-il chez les génies ? Toute la nation des géans
' Le chemhi de la mort.
* La mer, appelée Jormungandur.
' Les génies de TEmpyrée.
^ Feuris.