‹ Histoire de Normandie: depuis les temps les plus reculés jusqu'a la conquêteChapitre 25 sur 82 · DÉBUT DU HAVA-MAL · texte numérisé non relu

DÉBUT DU HAVA-MAL

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Avant d'entrer, regarde bien autour de toi; fai» examiner les lieux avec soin. Peut-être tes ennemis ont-ils, dans l'intérieur, des retraites que tu ignorer

Hommes hospitaliers , salut ! Voici l'étranger : bù doit-il s'asseoir? Il à de pressans besoins, celui qui est obligé à de longs voyages, pour assurer son existence.

Il a besoin de feu , celui qui vient d'entrer ; ses genoux sont engourdis par le froid. Il a be-

* Traduit par M. Licquet. .

HAVA-MàL. axxuf

soin de nourriture et d'habits, celui qui vient de traverser des déserts.

n a besoin d'eau, celui qui arrive pour souper; donnez-lui à laver. Que votre invitation soit libérale^ votre accueil bienveillant. Des paroles hospitalières provoqueront un langage reconnaissant.

Que le voyageur soit instruit. Chez soi, chacun est libre; mais l'ignorant qui s'asseoit au milieu d'hommes judicieux^ devient la risée de tout ce qui l'entoure.

Ne soyez point fier de votre science; montrezvous modeste, au contraire. Qu'un htinime prudent et réservé demand» l'hospitalité, elle lui sera bien rarement refusée. Personne^ en effet , ne saurait trouver d'ami phii s&t que sa sagesse.

L'étranger circonspect qui s'asseoit à votrt table, garde un silence étudié; il se règle sur h rapport de ses yeux et de ses oreilles; tout homme sage se conduit ainsi.

CLXXiv INTRODUCTION.

Heureux celui qui s^attire la louange et la bienveillance des hommes ! Ils n'accordent pas toujours le sentiment qu'on voudrait leur inspirer.

Heureux celui qui possède la louange et la sagesse pendant toute sa vie! Car de perfides conseils nous arrivent souvent de la boucbe d'autrui.

Point de meilleure provision^ en voyage, qu'un grand fond de prudence. Cette vertu est plus précieuse que la richesse : dans le pays étranger , elle est la vie du pauvre.

. Point de pire bagage , au contraire , qu'une trop grande disposition à boire. La coupe de l'ivresse n'est pas aussi favorable qu'on le dît aux enfans des hommes.

Le pire résultat de la table, c'est l'ivresse portée à l'excès. Plus un homme boit, moins il est maître de ses esprits.

L'oiseau de l'oubli plane sur les buveurs de profession; il dérobe leur raison. Les ailes de

HAVA-MAL» axxyt

cet oiseau m'offusquèrent moi-même , dans le palais de Gunnlath.

Je m'enivrai moi-même , et je m'enivrai avec excès chez le ruséFiallar. Une liqueur généreuse n est réputée excellente qu'à la condition de ne pas enlever , sans retour , à l'honmie sa raison.

Que les fils des rois soient réservés dans leurs paroles , prudens , et toutefois intrépides à la guerre. Que tout homme soit ferme et joyeux^ même à l'heure de sa mort.

Le lâche s'imagine qa'û vivra éternellement s'il évite les combats. Mais, si le fer ennf^mi l'épargne i la vieillesse ne l'épargnera pas.

Le fat; en s'asseyant au festin , prend un air languissant. Il se parle bas à lui- même ^ ou garde un silence obstiné. Mais> qu'il vide la coupe , le secret de son cœur lui échappe.

Celui-là seul qui voit beaucoup de pays et beaucoup de choses, peut connaître, à l'aide d'un esprit observateur , le génie des peuples divers.

CLxxyi INTRODUCTION.

Usez delà coupe, c'est bien; biivez, mais aveo discrétion; parlez à propos, ou taisez-vous tout-à— fait. Personne ne vous fera un reproche de vous retirer le soir de bonne heure.

Le gourmand, s'il n'y prend garde, mange la maladie qui doit le tuer. Sa gloutonnerie lui attire souvent le mépris des hommes modérés au milieu desquels il se trouve.

Les troupeaux connaissent l'heure de rentrer à retable, et alors ils s'abstiennent de pâture; mais l'homme privé de sens ne connaît poûit la mesure de son estomac.

Le méchant rit de tout; il ignore ce «ju'il devrait savoir : ce sont ses propres défauts.

L'insensé passe toutes les nuits k méditer mille projets divers. Il est accablé de lassitude quand vient le point du jour ; itiais il n'est pas plus avancé qu'auparavant.

L'insensé s'ioàagine que tous ceux qoi Faborden-t eu scxuriaut sont ses am». Il ne comprend

HAV A-MAL. Oxznt

même pas les quolibets dont Taccable la foule joyeuse dont il se trouve entouré.

L'insensé prend pour ami quiconque se montre de son avb. Que le moment de Tëpreuve se présente^ il verra bien> alors > que ses partisans sont peu nombreux.

L'insensé pense tout savoir , si , par basard , il a répondu à une question facile ; mais il reste en défaut si des savans Tinterrogenl.

Un ignorant se trouve-t-il dans une réunion d'hommes instruits ? qu'il se taise , c'est le mieux qu'il puisse faire ; personne ne s'apercevra de son ignorance , à moins qu'il ne parle plus qu'il ne faut. H ne sait pas , cet homme dépourvu ae sens i que son bavardage même lui est funeste.

Cel^i-là se croit savant qui sait faire .des questions et répéter ce qu'il a entendu. Les fils des hommes ne peuvent cacher leur ignorance , puisque Tignorance règne sur la terre.

Il parle trop, celui qui n'ouvre la bouche que I. »a*^

CU»JitVIII iNTRQWCTIOiî.

pour déjbîter des f alilité^. Uae langue légère , si de sages amî^ œ lu retiennent^ parle soi»v#iii; contre celui qui l'exerce.

• Ne montrez personne au, doigt j ptt« même rJiâtte kkoonnu. Beaucoup de §pen9 se crcHent érudits ^ parce qu'on ne les a point interrog!é& ^ en leur permettant de sécher leurs vètemens au foyer domestique.

Tel homme s'estime beaucoup pour avoir forcé son hôte à la reff:aite ; mais c'est montrer peu de jugement que de railler un étranger.

Eclater de rire dans un fes|;in , c'est importuner

de sérieux convives.

Beaucoup, de |[ens se témoignent une bienveillance réciproque^ et pourtant ils seharcèlenl; mutuellement 9 même dans les épanchemens de la table. Il sera éternellement vrai de cfire que ITiôte et l'étranger deviennent bientôt ennemis.

Souvent l'homme est obligé de se mettre en route de hon m&îia, p^ur* atteâi<dre à l|i'Ûe-

lAVA-XâL. Cixxw

meure hosfntalière. Il arrÎTe ayant faim et soif, se montre amical , et lait peti de questions.

Il est long , le chemin qui conduit à un infidèle ami , bien qu'il demeure sur la route même ; elle est droite, la route qui conduit à iin ami vrai , bien que celui-ci soit beaucoup plus éloigné.

Il faut s*en aller , il faut ne pas rester éternellement dans le même lieu ; Thomme aimé part détesté , s'il s^établit trop lt>ng-temp$ dans le domicile d'autrui.

Ce qu'on a , quelque peu qu'il soit , l'emporte sur tout. On est toujours bien chez 5oi , pourvu qu'on possède deux chèvres et un toit couvert de joncs. Cela vaut mieux que d'aller mendier.

Ce qu'on a ^ quelque peu qu'il soit, Tem-porte sur tout. On est toujours bi^ chfz soi. Vous faites saigner le cœur de celui à qui voW êtes dans la nécessité de demander k manger à chaque heure de repas.

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