ÉTAT POLITIQUE
villes méridionales de la Gaule avaient ', depuis plusieurs siècles^ des écoles publiques^ des professeurs rétribués % des grammairiens ^ des astronomes , des historiens et des poètes.
Quand Auguste vint dans les Gaules , il continua le système de César , ou plutôt celui de la politique romaine ; c'est-à-dire , qu'il conserva aux villes leurs lois^ leurs magistrats^ leur ad-ministration. Satisfaits d'une domination protec* trice dans ses commencemens, les Gaulois voulurent être Romains ; ils le devinrent bientôt;, et^ dès le règne de Caracalla^ plusieurs villes obtinrent le droit de bourgeoisie ; les principales familles purent aspirer aux grandes dignités de l'empire • .
Le droit romain était donc généri^lement suivi chez nous dès le commencement du troisième siècle ; les tribunaux prononçaient conformément à la nouvelle jurisprudence. La langue antique était abandonnée, le latin lui avait succédé; en un mot, tout était romain dansles^ Gaules, à l'arrivée de Clovis. Ce n'est pas que
* Easebii Ghron, , ap. D. Bouquet , 1. 1 , p. 609. » Tacittts, Ann. , lib. 12 , cap. 25.
I O GLOVIS.
la domination d^B empereurs ait toujonrs été 4o8. paisible. Les Armoriques , ou, si Ton veut, le gouverneiDent maritime , dont£a seeonde Lyonnaise, et par conséquent notre Normandie, faisait partie tout entière *, se révoltèrent contre les conquémns, en 4^8, et se cônslituèreht en république , sous des magistrats de leur choix *. Cet état^de rébellion et d'indépendance dura près d'un siècle, c'est-à-dire jusqu'en Tannée 497, époque à laquelle la seconde Lyonnaise se rangea sous la domination des Francs ^ commandés par Glovis ^
En conservant les titres distinctifs des indivi- 497' dus, ce nouveau conquérant* altéra, néanmoins, d'une manière sensible, l'administration civile du pays, au profit dé la puissance militaire. Parfaitementisolésetindépendansl'un de l'autre sous la domination romaine, ces deux pouvoirs se confondirent'sous celle de Clovis. Les fonctions ne furent pas précisément supprimées, mais elles passèrent à des hommes animés d'in-
' Notitia digDitatum per Gallias, ap. Di Bouquet, 1. 1 , p. 137. » Zozimius , lib. 6 , ap. D. Bouquet , 1. 1 , p. 587. ^ Procopius, lib. 6, ap. D. Bouquet, t.'ti, p. 30^.
SUCCESSEUR» D£ GI^OYIS. Il
térèts tout dii^r^ns, et le régime cii^U dégénéra ^^ > bientôt en despotisme militaire , sous des ducs et des comtes ^ étrangers , pa^ habitude , aua( connaÎ6sainces.du régime municipal.
Clovis étant mort.^ la Neustrie piassa^ sous la domination *de Childebert, le troisièna^ de ses fils^ et successivement après luL^ sous celle de ces chefs sanguinsâres ^e les écrivain» ont honorés du titre de Boi> et que je ne sais^ quant k moi^ de quel nom appeler. L'histoire de cette époque est celle du meurtre et de l'assassinat. SI l'on, veut voir le frère, égprger son fnère \ le fiU poignarder son père % le père étrangler spn£ls ^, le mari.tu/er sa femme ^, le. vainqueur jeter daas un puits ^aon ennemi vaincu, lui 3 s£^ femme et.ses ç^iifans ^, ua roi des Francs (Thiéry) appeler en Gooférenœt
un roi thuringien (Hei:menfroy), et le faire' jçter djui b^ttt, des rempaji^ts de la ville ^ un père
* Harii episcopi Chron. , ap. D. Bouqoet , t. u, p. 14. > Gregorii Turonensis Ilist. , iib. 2 , cap. 40. ^ Ibid. , Iib. 3 , cap. 5.
^ Àimoini monach. flor. de gesti^Francor., ap. p. Bpoquet, t. lU, p. 114.
^ Greg. Turpn. , Iib. 3 , cap. 6.
^ Gesta regum Francorum , ap. D. Bouquet , t. ii » p. 556.
13 MEURTRES ET CRIIHES;
ordonner que son fils soit brûlé vif '^ des moines tenter un assassinat nocturne sur la personne de leur évéque'^ des évèques dégradés en plein concile, pour cause d adultère et de meurtre', des femmes employer tour à tour le fer et le poison pour se défaire d'un époux outragé ou d'un adversaire dangereux * : si Ton veut voir le tableau de ces crimes, et de bien d'autres encore, il faut parcourir les annales des Francs , depuis Clovis jusqu'à Cfaarlemagne. Au récit de tant de forfaits, d'atrocités et de massacres, il vous iBemble marcher dans le sang, et heurter à chaque pas un cadavre.
Bien peu de pays échappèrent à ces horreurs, et la Neustrie, en particulier, n'en fut point exempte.
Huit évèques avaient occupé le siège de Rouen, depuis saint Victrice. Prétextât, élu
* Marii episcopi Chron. , loc. cit. , p. f 7.
* Ibid. , ibid.
' Gregor. Turon. , lib. 5 , cap. 28.
* Gesta regam Fraucor. , loc. cit. , p. 564. — Adonis Chron. de Francis, ap. D. Bonqset, t. ii, p« 668. — Greg. Tiir. , Hb. 8, cap. 31.
CHUiPÉRlG BT FREDÉGONDB. . l3
en 544 f exerçait encore en $67, lorsque Chil- 567. péric , roi de Neustrie , épousa Galsuinde , puis Frëdégon^e^ après avoir fait tuer la première \ Sigebert^ frère de Chilpéric, avait épousé Brunehaut^ sœur de Galsuinde '. Ces deux noms ^ Branehaut^ Frédégonde, caractérisent à eux seuls une époque. Le meurtre de Galsuinde détermina , entre Chilpéric et Sigebert , à Tinstîgation de Brunehaut , une guerre acharnée qui ne devait se terminer que par un crime atroce. Battu sur tous les points^ Chilpéric se réfugie dans Tournay; Sigebert s'empare de toutes ; les villes de Neustrie ^ jusqu'à Rouen ^ d'où il revient à Paris. Chilpéric est abandonné des siens; le voilà seul dans Tournay^ sansamis; sans armée , sans espoir de secours , tout près de s'avouer vaincu^ tout près de céder son dernier asile. Chilpéric oubliait-il donc qu'il lui restait encore Frédégonde? Elle fait appeler deux pages : « Allez trouver Sigebert , leur ditelle; feignez de vous rendre à lui^ et tuez-le. Si vous revenez sains et saufs , je vous comblerai $7 5.
■ Gregor. Tar. » lib. 4, cap. 30.
* Und.,lib.4, cap. 27.
l4 ASSASSINAT DE SIGEBERT.
dlionneurs, voas et vôtre postérité. Si vous succombez , je distribuerai pour vous de grandes aumônes aux tombeaux des saints *. n«
Les deux pages s'acquittèrent fidèlement de leur mission. Sigebert tombsi percé de coups ^ au moment même où f armée neustrienne le proclamait roi^ en l'élevant sur un bouclier. Il expira peu idfinstans après; t'rédégonde arvait pris toutes ses mesufi*es , la lame des poignards était empoisonnée '• '
L'histoire n'accuse point Chilpéric d'avoir pris part au meurtre de son frère ; et peu importe , après tout , pour k mémoire de ce roi neustrien : lorS(|u^iine épidémie cruelle dépeuplait la contrée, n'envoya-t-ii pas son fils, tout ex{»*ès pour qu'il en périt, dans le voisinage de Soîssons, 6ù elle exerçak le plus de rarvages? Et quand il vit que le jeune homme ne contractait point (la maladie > n'ordonna-t41 pas qu'il fôt Saisi, garroifté et Iv^é ji Frédégonde, sa ma-* rallie, ^i k fit assassiner ^ ?
* Gesta Francorum , ap. D. Bouquet , t. u , p. ô61 , 562. ■ Greg. Turon., Hb. 4, cap. 52.
' Ibid.,lib. 5, cap. 40.
BRUNEHA0T BfARIÉB BANS ROUEN. iS
Au moment où l'on poignardait Sigebert, son mari , Brunehaut était à Paris avec ses enfans. Gbilpéitc s'y rendit , fit emprisonner la veuve de son frère ^ et, peu de temps après, l'envoya en e^ul à Ronen. Brunehaut était encore jeune et belle; Mérovée , fils de Chilpéric, l'aima et s'en fit aimer. Le jeune prince, au lieu d'aUer conquérir le Poitou, à la tête de l'armée dont son père venait de lui confier le commandement, se rendit secrètement àBouen, où il épctusa Brunehaut^ veuve de son oncle*. Notre évoque Prétextât bénit leur union. A cette nouvelle , Chilpérip, qui soufirait sans scrupule qu'on a3j^assuiât l'une de ses femmes et le fils qu'elle lui avait donné % s'indigna de cette violation de,s lois cWLoniqueSj qui défendaient d'épouser âa tante. Il arrive à Rouen, avec le dessein, de rompre le mariage. Les époux se réfugièrent 576. dans Vax asile que Chilpéric n'osa pas violer, daifts une église , œlle de Saint-Martin , bâtie en bois, près de la Renelle, et sur les murs de
• Greg. T^M^.^.lil^. 5, oAp. t, t.