‹ Histoire de Normandie: depuis les temps les plus reculés jusqu'a la conquêteChapitre 35 sur 82 · AUTEURS ANCIENS ÉTUDIÉS A ROUEN · texte numérisé non relu

AUTEURS ANCIENS ÉTUDIÉS A ROUEN

la capitale du pays. Le soin que prend notre ëvêque de demander quel fruit on peut retirer de la lecture des auteurs profanes , tels que Pythagore, Socrate, Platon et Aristote, Démosthènes et Cicéron, Hérodote, Salluste etTite- Live, Homère et Virgile'; cette précaution, dis-je , fait nécessairement supposer que ces auteurs étaient connus, au moins d'une partie de ceux à qui s'adressait son langage. Je remarque aussi que saint Ouen , parmi les écrivains qu'il ^num^re, en cite dont nous ne possédons aujou^ d'hui que de courts fragmens , ou même dont nous ne possédons plus rien'.

Jusqu'ici , deux évêques surtout ont bien m<5rité de leur pays, sur le territoire appelé depuis Normandie : saint 'Victrice , qui s'occupa sans relâche et avec fruit de la réforme des mœurs , par la religion ; saint Ouen , qui dirigea ses efforts vers le même but, avec le même moyen, et qui , de plus , diminua l'ignorance où était plongée la masse du peuple. En effet, cetévêque, suivant en cela la doctrine des premiers

a Quid Pythagoras... » etc. Vita sancti Eligii , loc. cit. , ?• 77. Fabricii bibliotlieca grseca.

ABBAYBS DE F0NTE19ELLE ET DE JUMIÉGE8. ^'J

Pères dte l'église, repoussait les ouvrages produits sous rinfluence d'une autre religion ; mais il n'en travailla pas moins avec zèle h éclairer les esprits, à développer les intelligences. Fondées sous les auspices de ce prélat, les célèbres abbayes de Fontenelle et de Jumiéges devinrent , en ses mains> comme des instrumens dont il se servit pour faire fructifier les études. La première, surtout, s'acquit, sous ce rapport, une réputation que peu d'autres ont égalée. Elle est à peine créée, que les lettres y fleurissent. Une bibliothèque nombreuse s'y forme tout-à-coup . par les soins de Wandrille , dont elle prendra bientôt le nom. La jeunesse y accourt de toutes parts, et remplit ses écoles. Elle fournit de grands personnages dans presque tous les genres. Tels furent Génésion et Lambert, qui sortirent de son cloître pour monter sur le siège épiscopal de Lyon ' ; tel fut surtout Ansbert, qui mérita de succéder à saint Ouen sur celui de Rouen*; 683. Ansbert qui , voulant donner un grand festin le jour de son entrée en fonctions, lit dresser une

' N.eustria pia, p. 137.

• Ibid. , ibid.

a8 SAINT ANSBfiRT INTRODUIT LA VIGNE.

table particulière pour les indigens^ plaça les autres convives , chacun selon son raog, et alla s'asseoir au milieu des pauvres * ; Ansbert qui , pour remédier^ autant qu'il était en lui^ aux désastres d'une grande famine dont soufirit notre contrée sous son épiscopat^ fit servir les trésors de l'église au soulagement des plus malheureux"; Ansbert qui, le premier, introduisit chez nous la culture de la vigne *, tout-à-fait abandonnée de nos jours, mais qui, pendant cinq siècles , fut une source de revenus en Normandie.

Les temps qui suivent sont des temps de troubles, de désordres et d'obscurité. Les matériaux de l'histoire disparaissent dans la confusion générale. Les elTorls de saint Ouen eut faveur de l'instruction sont perdus. Presque plus de savans prélats à la tête des églises ; des gens sans lettres occupent les grands évêchés, et plusieurs à la fois. Un parent de Pépin* se

* Vita sancti Ausberti , ap. BoU. , t. n , p. 352.

* Ibid. , ibid.

3 Ibid. , ibid.

4 Orderic Vital, lib. 5, p. 562.

AKARCflftE^ UdURPATINS. ag

trouve tout ensemble évéque de Rouen ^ de Paris y de Bayeux , et de plus abbé de Fontenelle et de Jumiéges ' . Sous Charles-Martel y des gens de guerre régissent les cathédrales; des abbayes d'hommes sont données en bénéfice à des femmes^ et quelquefois à des femmes sans mœurs'. En pouvait-il être autrement à une époque tourmentée , si je puis le dire , pendant les dernières années d'une dynastie qui va s'éteindre? C'était la catastrophe naturelle de cette période d'anarchie et de bouleversement où s'agitent les successeurs de Clovis ; de cette période où la monarchie , tantôt partagée entre les enfans d'un roi qui mourait , tantôt réunie sous un seul , pour être de nouveau morcelée , n'était là que comme la proie ensanglantée qui devait rester au plus fort.^ au plus cruel ou au plus adroit.

Les Neustriens eurent leur part de tous ces malheurs. Les guerres continuelles^ les massacres dont ils étaient quelquefois victimes *; les

> Orderic Vital, lib. 5, p. 562. — Gointii Annales Franc. t. nr, p. 608. ~— Gallia Ghristiana, t. tu, col. 28.

* Mabillon , acta SS. Bened. , t. m , pref. , p. 89.

* Aimoini mon. flor., ap. D Bouquet, t. m, p. 77.

3o MALHBURS DE Là KEUSTRIE.

exactions de leur roi Chilpéric ( en 579 ) ; les violences de leur reine Frédégonde * ; plus tard^ Favarice de Dagobert, qui, malhefureusement, préféra le séjour de la Neustrie à tout autre ; le luxe effréné de ce prince, le despotisme avec lequel il dépouillait ses sujets de leurs biens, le scandale de ses mœurs ' ; la vénalité des juges, les arrêts iniques eu faveur du puissant coupable contre le pauvre innocent^ : tout cela peut donner une idée du bonheur dont on jouissait dans cette contrée, sous les successeurs de Clovis. Sans doute, le génie de Charlemagne suspendit un moment tous ces maux. Sous la domination de ce grand homme, il y eut plus de justice, de morale et de liberté. Plusieurs de .nos évêques figurent au nombre de ces missi domiruci, chargés par le souverain de rétablir l'ordre dans les provinces. Gilbert, l'un d'eux, avait été secrétaire d'état de l'empereur, et tuteur de Louis-le-Débonnaire*. Charlemagne s'appliqua particulièrement^ rétablir les lettres.

* Aimoini mon. flor. , ap. D. Bouquet , t. m , p. 81.

* Fredegar^i Chronicon, cap. 60.

^ Vita sancti Eligii , cap. 15.

^ Gapitul. reg. Francor. , ap. Baluze^ 1. 1, col. 378 et 641

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