HARALD
sors que souyent elles ne possédaient pas^ et finissaient par jeter leurs victimes dans les flammes. S'ils voyaient une mère allaiter son enfant , ils lui arrachaient l'innocente créature^ qu'ils lançaient en Tair et recevaient alternativement sur la pointe de leurs piques'.
Faut-il s'étonner que ces hommes ne connussent dé larmes que celles qu'ils faisaient répandre?
Voilà les compagnons de ce Urolf ^ fondateur d'une souveraineté nouvelle en France y et dont la postérité devait s'établir avec tant d'éclat sur le trône d'Angleterre.
Harald^ l'un de ces petits princes qui régnaient en Norwége au neuvième siècle , venait de perdre son père ^ Halfdan-le-Noir. Harald n'avait alors que dix ans. Les chefs ses voisins^ ainsi que cela se pratiquait souvent dans le pays^
' « Nonnalli, quod dicere pudet, per verenda suspensi deflciant. Matronae,... dùm thesanros quos non habebant cogantar prodere,
capillis distracte, ad nltimom flammis injectae morinntur.
Super omnia in minorem œtatem cmdelitaa desœ^it ; dùm par- Tnli k matrum uberibus eviilsi ant lanceis exciperentur. » Anglia Sacra, pars 2 , p. 135» Londini , 1691 , in-f.
4^ HARALB.
envahirent les possessions du jeune héritier. Mais celui-ci; aidé par son oncle Guthorm^ triompha de ses ennemis^ et prit à son tour Foffensive '. Après beaucoup de combats ^ où il eut constamment l'avantage ^ il comprit qu'il pouvait soumettre toute la contrée ^ et fit vœu de ne point peigner ses cheveux avant d y être parvenu • . Il y parvint , non sans peine , car il s'attaquait à des hommes aussi braves que luiméme^ etqui^ déplus^ sebattaientpourleurindépendance. « Il ne nous reste qu'un moyen de <c salut 9 s'écriait l'un d'eux, c'est de nous réunir tf tous contre Harald. Cela fait, nous serons assez « forts pour la résistance : le sort décidera ensuite « delà victoire. Sans doute, une autre voie nous « est ouverte ; mais il serait indigne de nous , « égaux de Harald , de nous soumettre volontaia rement à sa loi. Tombons sous ses coups dans
' HaraUds Saga , ap. Snorre, t. 1 , cap. 1 et 2. — Selon Torfœos , Harald descendait d'Odin à la vingt-sixième génération ( Séries regnm Daniae, p. Q23 ), et naquit vers 853. (Not« posteriores, p. 12.)
* Ce vœu n'a rien de contraire aux mœurs du Nord à cette époque. J'abandonne d'ailleurs, TOlontiers , l'anecdote de la princesse Gyda. (Harallds Saga , ibid. , cap. 3 et 4#)
CONQUÊTES DB HÂRAlD. 4^
ce la mêlée ^ mais tombons roîs^ plutôt que de « vivre ses esclaves \ »
Enfin, la bataille navale de Hafursfiord vint, après dix ans , relever Harald de son vœu " . Ce n'était plus IBLarald à l* horrible chepelure» c'était Harald aux beaux ckes^euœ, ainsi que venait de le surnommer le Hche^ le puissant Rognvald, son plus fidèle ami, le père de Hrolf ^
A mesure que Harald étendait ses conquêtes, il déclarait que le sol lui appartenait en souveraineté. U exigea ensuite de tous les colons une redevance pécuniaire annuelle, institua dans les provinces des iiorZ^fcomtes)qui recueillaient les tributs et rendaient la justice, divisa ces comtés en espèces d'arrière-fiefs, sous le nom de herseriy et les assujétit au service militaire. Le iarl, en temps de guerre , était tenu d'amener et d'entre-
' Harallds Saga y ap. Snorre, cap. 1 1 .
' Ibid. , cap. 19 et 20. — Le combat de Hafar.Hfloi'd ayant eu lieu en 885 , et ce prince étant né en 853 , il a^ait trente-deux ans environ au moment où il se vit maître de toute la Norwége. ( Heimskringla, préf.» p. 51, 52.)
' c< Haralldum cognominarunt lvfa {crines horridum). Deinceps Terô, noYO insignitum nomine, Haralldum haarfager(/>i//cV'comttm)eum yocavit Rognyalldus. » Harallds Saga , ibid. , cap. 23.
44 hàrald défend la piraterie.
tenir à ses frais soixante combattans; le faers« n'en devait que vingt '.
C'était là une sorte de régime féodal^ que Hrolf parait avoir apporté chez nous.
Une grande émigration avait suivi la conquête de Harald' . Il fallait repeupler le pays désert^ ramener la sécurité dans la population^ et tourner vers des travaux utiles le génie actif des habitans ; la piraterie fut sévèrement interdite dans les limites du nouveau royaume ^.
n était impossible que cette défense trouvât tous les esprits dociles. La piraterie^ comme je l'ai dit, avait été jusqu'alors l'occupation de la jeunesse du Nord. Les fils des chefs , les chefs eux-mêmes, en faisaient leur exercice favori *; % ils y trouvaient tout ensemble des sources de richesses , des titres de gloire ^ et des consolations dans leurs chagrins domestiques^. Harald, enfin,
' Harallds Saga , cap. 6.
* ibid. , cap. 20.
^ « Seyero sanxerat edicto , ne quis iutra patriœ limites praedu ageret. » Ibid., cap. 24.
^ Ynglinga Saga , cap. 26 , 28, 32 , 35 et passim.
^ « Interea Ragnaris fllii, militaris gloriœ ayidi, piraticam exerceic cœperunt. » Torfœus, Séries reg. Dan., p. 347., Hafniae, 1702 , in-4''.
' « Thora moritar. Régneras ut contractam ex conjugis obitu