‹ Histoire de Normandie: depuis les temps les plus reculés jusqu'a la conquêteChapitre 62 sur 82 · RICHARD FAIT HOMMAGE A LOUIS · texte numérisé non relu

RICHARD FAIT HOMMAGE A LOUIS

merci de vassaux plus puissans que lui , Hugues rendit au roi tous les honneurs dus à son rang , 946. ei lui/it soumission ' . Il raccompagna ensuite en grande pompe sur les bords de la rivière d'Epte, à l'endroit même où le père de Louis avait traité avec l'aïeul de Bichard. Le jeune duc reçut de nouveau tout le territoire cédé à Hrolf , plus les pays successivement ajoutés à ce domaine primitif. Richard en fit hommage à son suzerain ; mais avec cette clause que^ ni lui , ni ses successeurs , ne devraient le service militaire au roi*. S'il faut en croire une chronique anglaise, il fiit convenu , en outre, que , désormais^ dans toute conférence que le roi de France pourrait avoir avec le duc de Normandie , celui-ci pourrait se présenter Tépée au côté , celui-là , sans arme d'aucune espèce^. On jura de part et d autre sur des reliques.

Si Louis d'Outremer se fût montré aussi habile que jaloux du pouvoir, il eût, sans doute, repris qe que Charles-le-Simple avait perdu. Il

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* Frod. Chron. , p. 610.

* Budo, p. 126.

' a Liceret duci , gladio accingi , régi verô ncc gladium nec cultellam ferre liceret. » Bromtom , inter Scriptores decem; col. 8&6.

t34 LA BRETAGNE DONNÉE A RICHARD.

posséda même un instant la Haute-Normandie; mais cette contrée, qui semblait devoir échapper pour toujours aux £ls des Scandinaves , rentra subitement sous la domination de ces conquérans, pbis forts désormais qu'ils ne Tavaient encore été.

La mésintelligence de Louis d'Outremer et du comte de Paris avait sauvé la famille normande ; la division survenue dans le même .temps entre les chefs bretons , lui fut également 944. favorable. Les pirates de la Loire, réunis, comme je le crois ^ aux Danois auxiliaires amenés par le roi Harald", livrèrent aux Bretons plusieurs combats sanglans, dont le résultat définitif fut la soumission générale du pays. C'est donc seulement à dater de cette époque que la Bretagne appartint aux ducs normands, et cela au moment même où- ib paraissaient sur le point de tout perdre.

Après l'entrevue de Saint^-Clair-sur-Epte , les chefs bretons firent également hommage à Richard, lui promettant de plus , qu'ils n'avaient

■ « Ipsique Normanni , qui noper a transmarinis yenerant rcgionibus, ecnrum terram invadunt. » Frod. Chron., p. 609.

ENTEÉE DE RICHARD A ROUEN. l35

promis au roi , secours en guerre , aide et service ^ On se rendit ensuite à fiouen , et tel fut^ dit notre historien Dudon *, l'empressement général à se porter au-devant de Richard y que le clergé , qui était lui-même sorti en grande pompe ^ put à peine dépasser les faubourgs y à cause de la multitude qui encombrait les passages.

Fendant la captivité de Louis d'Outremer à Laon y la reine Gerberge , sa femme , avait réclamé l'assistance de son frère Othon> roi de Germanie , qui était déjà en France à la tête d'une armée nombreuse y lorsque Louis fut mis en liberté. Celui-ci ne se crut probablement pas très fortement engagé par les promesses qu'il venait de faire au jeune Richard y ni par ses stipulations récentes avec le comte de Paris. Il se hâta^ en effet, de rejoindre Othon , avec les troupes qu'il put rassembler , revint avec lui mettre le siège devant sa ville de Laon , qu'il ne reprit pas, puis devant Reims, où il pénétra.

■ « Fecenint iterum fidem militationis auxiliique et scrvitii. » Dad. Sancti-Quintini, p. 126.

» Ibid., p. 127.

l36 SIÈGE DE ROUEN.

Les deux rois envahirent ensuite les domaines de Hugues , gagnèrent le territoire normand sur 946. la rive droite de ]a Seine, ravagèrent les champs, pillèrent les villes ', et se présentèrent enfin aux portes de Rouen. Les historiens normands donnent ici quelques détails qui ne se trouvent point ailleurs , et que je rapporterai , parce que le fait général est constant^ et que ces particularités n ont rien d^nvraisemblable.

Les troupes allemandes , disent-ils , avaient déjà éprouvé un échec sur le pont de la porte Beauvoisine, placée, à cette époque, rue des Cfirmes , à la hauteur des rues de l'Aumône et des Fossés -Louis -vin ; un neveu du roi de Germanie aurait même péri dans la mêlée.

Ce fut postérieurement h ce revers que les trois confédérés, Othon, Louis et le comte de Flandre , Arnould , se présentèrent sous les murs de la ville , du côté du nord , avec une armée formidable. Othon s'informa d'abord s'il était possible d'interrompre less communications qui avaient lieu d'une rive à l'autre de

' Frod. Chroo., p. 610.— Witichindi Annales; Histor. de France» t vni, p, 219.

• OTHON DANS l'ÉGLISE DE SAINT-OUEN. ï 3'J

la Seine, au moyen de bateaux ' ; ce qui établit, pour le dire en passant, qu'à la fin de cette année 946 , il n'y avait pas encore de pont à Bouen " ; on lui répondit que cette manœuvre était impraticable , non-seulement à cause des crues régulières de la marée , mais parce que le fleuve baignait le pied même des remparts. Othon fit aussitôt demander à Richard un saufconduit pour aller faire ses dévotions dans l'église du monastère de Saint-Ouen, alors dans le faubourg de la ville. Le duc consentit , et lé roi de Germanie , suivi de ses généraux , aussi bien que des évoques, qui, d'après la coutume de ces temps j accompagnaient les armées, se rendit au monastère. Son but réel n'était probablement pas de • prier , mais de tenir une conférence secrète , sans éveiller les soupçons jde Louis et d'Arnould. En effet , à l'abri des murs du couvent, il réunit autour de lui ses conseillers , et après avoir exposé

■ « ut qui transvehuutur navigio , non transgrediantur. » Dado, p. 132.

' Robert Wace y t. |, p. 210 ^ parle d'un pont en cette circon* stance ; mais Dudon , qu'il suit d'ailleurs pour tout le reste , dit au contraire navigio.

l38 LEVÉE DU SIÈGE DE ROUEN.

toutes les difficultés de l'entreprise , l'impossibilité même de la réussite y il proposa de s'emparer du comte de Flandre , et de le livrer , chargé de chaînes^ à Richard^ qui pourrait ainsi punir l'assassin de son père. Les prélats et les grands repoussèrent ce moyen de faire la paix avec le duc de Normandie ; mais ils pensèrent aussi que la prudence ne permettait pas à Othon de continuer le siège , et l'engagèrent à prendre des mesures pour le départ , qui fui fixé au lendemain.

La conférence n'avait pas été tellement secrète qu'il n'en revînt quelque chose aux oreilles du comte de Flandre. Pour prévenir toute espèce de malheur personnel , il résolut lui-même de partir seul , dès la nuit suivante , et exécuta son projet. Le tumulte inévitable d'un corps d'armée qui décampe jeta l'effroi parmi les troupes des deux autres confédérés, qui se crurent attaqués par le duc et les Rouennais. On s'agite, on se presse en désordre, la confusion est partout. Les assiégés , de leur côté, au bruit qu'ils entendent sous leurs murs, se persuadent qu'ils vont avoir à repousser un assaut , et courent en armes sur les remparts.

CARNAGE DES ASSIÉGEANS. iSg

Le point du jour les désabusa^ en éclairant la fuite de leurs ennemis. Richard veut faire une sortie à la tête de ses Normands ; mais ils lui représentent sa trop grande jeunesse , le péril qu'il va courir, le besoin qu'ils ont de le conserver ; peut-être aussi n'est-ce qu'un piège pour attirer la garnison hors des murs , et s'emparer de la ville privée de défenseurs. Enfin, le duc consent à rester avec une partie des troupes. L'autre partie tombe sur les étrangers , dont elle fait un grand carnage , en les poursuivant jusque sur le territoire d'Amiens. La tradition veut que la place de la Rougemare , assez loin hors la ville , à cette époque , ait reçu , dès- lors , le nom qu'elle porte aujourd'hui, à cause du sang répandu en cet endroit.

La retraite du roi de Germanie fit dégénérer les hostilités en une multitude de combats isolés, qui ne pouvaient rien décider, et dont la Normandie n'était plus le théâtre. Il faut remarquer ici l'alliance étroite, offensive et défensive, qui existe entre Richard et Huguesle-Grand. L'histoire ne parle en aucun endroit de ce traité d'alliance ; mais il est suffisamment révélé par les faits. La Normandie û'était point

l4o ALLIANCE DE RICHARD ET DE HUGUES.

intéressée dans les démêlés du comte de Paris avec le roi de France ; et cependant , c'est à la tête de troupes normandes que Hugues attaque

q4q^ Soissons, ravage la campagne de Reims, et donne des assauts h la ville de Laon*. Ua conseil général est convoqué par le pape , à Ingelheim, pour prononcer sur les différends de Louis et de Hugues' ; les évêques normands ne s'y trouvent point, en cela d'accord avec ceux des pays soumis au comte de Paris. Un fort , appartenant à Téglise de Rouen , est surpris et enlevé par les soldats d'un comte Rainold ; Hugues intervient et fait rendre le fort à ses

gSo. propriétaires ; enfin , Louis d'Outremer étaiit mort en 954 f et le comte Hugues deux ans après , Richard épousa la fille de ce prince

960. d'outre Seine , comme l'appelle le contemporain Frodoard^. Les deux jeunes gens avaient été fiancés plusieurs années auparavant , quand ils n'étaient encore nubiles ni l'un ni l'autre , et le jeune Hugues, depuis surnommé Capet, placé

* Frod. Chron. , p. 614-616.

* Labbe et Cossart , t. ix, p. 623.

3 Frod. Chron., p. 616-620.

tOTHAIRË. l4<

par son père sous la protection de Richard * . La puissance du roi Lothaire , fils et successeur de Louis d'Outremer , était tombée au dernier degré d'abaissement. Ce prince n'avait point de vassal qui ne fût plus fort que lui-même , ou du moins en état de lui résister avec succès. Il avait régné d'abord sous la tutelle de Huguesle-Grand, ou, si l'on veut, Hugues-le-Grand avait régné sous le nom de Lothaire ' . Après la mort du comte de Paris, la reine Gerberge , veuve du feu roi , dirigea le plus souvent la conduite de son fils. Cette femme , par un sentiment de dignité dont la source était honorable , conçut le projet de rendre au roi son fils une partie de son pouvoir , et conséquemment du territoire possédé par ses ancêtres. S'en prendre aux vassaux de la couronne était peu facile : accoutumés, surtout depuis Charlesle-Simple , à jouir virtuellement des domaines de la famille , par le seul droit d'hérédité na~

' Willdm, Gemet. , p. 244.

* a Lotharias rex Francise praclatus est solo noraine ; Hugo yero BOQ uomine, sed actu et opère.» Gerberti Epistoiae; Histor. de Fr., t. IX y p. 28^.

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