CHARLES LIVRE A HUGUES GAPET. I
délibérait'. Charles voulut régner^ dit un historien % jEnais Hugues se révolta contre lui ^t vint l'assiéger dans la ville de Laon. La garnison fit une sortie et mit en déroute l'armée du rebelle. Ne pouvant réussir par la force ^ Hugues s'entendit avec le vieil Ascelin , évêque de Laon et conseiller de Charles. Au mépris de son ordre , s'écrie l'apnaliste dans un moment d'indignation 9 au mépris de son âge et de la mort qui s'approchait^ cet indigne évêque, imitateur d'Achitopel et de Juda^ ne rougit pas du nom de traître. Pendant la nuit , il livra la ville, Charles et son épouse, à Hugues, qui fit emprisonner son rival malheureux , et s'intitula aussitôt roi par la grâce de Dieu.
n parait, d'ailleurs évident, qu'à cette époqu? le royaume de France était électif autant quliéréditaire. « Puisqu'il vaut mieux ne pas 6'ejQgager , disait un abbé , au temps de Hugues Capet^ que de manquer à sa promesse^ il vaut mieux aussi ne pas souscrire à l'élection 4'up prince que de le mépriser, ou le proscrire
' Ex Chron. Màsciasensis ; Histor. de France, t. viii, p. 230. — < Willelm. Nangis , ibid. , t. ix» p. S2.
* Order. Vital., p. 369.
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après ravoir élu*. » Il ne faut donc pas s'étonner de l'entreprise de Hugues Capet. Le pays étant soumis à une anarchie complète y l'élection du plus puissant^ ou par la volonté du plus fort, devenait, en quelque sorte, une conséquence naturelle et inévitable de l'état des choses.
L'avènement de Hugues Capet ne rétablit point l'unité politique ; lui-même ne fut pas reconnu par tous les grands propriétaires de fiefs. Ces derniers se faisaient la guerre entre eux , indépendamment de l'autorité de celui qui portait le nom de roi. Introduit pendant les troubles du dixième siècle, cet usage acquit, pour ainsi dire , force de loi dans le onzième et le douzième ; nous en verrons un exemple sous Richard-cœur-de-Lion '*.
Point de tribut public que les seigneurs fussent obligés de payer à la couronne; absence complète d'une législation à laquelle ils fussent tenus de se conformer : ils jouissaient, au contraire , de la faculté d'imposer des lois à leurs propres vassaux; et le changement de lois ou de coutume suivait presque toujours le change-
' Mabillonis yetera Analecta, p. 136, col. i. * Script. po8t Bedam , p. 421 , verso.
ÉTAT POLITIQUE. tS*]
ment de seigneur. Le successeur de Richard h^ ayant cédé Dreux à Eudes de Champagne , qui lui abandonnait Tillières : « Adont, dit la chronique , Dreux où l'en usoit de la coustume de Northmandie^ fut muée en la coustume franchoise; et Tillières qui estoit en la coustume franchoise ^ fut muée en la coustume de Northmandie ^ »
Remarquons^ cependant^ que l'usurpation de Hugues Capet une fois cotnsommée , l'hérédité agnatique se rétablit dans le royaume des Français, et s'opéra toujours depuis sans di£ficulté , si l'on excepte les efforts en sens contraire de la reine Constance , femme de Robert fils et successeur de Hugues Capet.
Du reste, on ne voit pas que l'état politique du pays se soit amélioré sous les premiers Capétiens. Le système féodal s'affermit; les grandp vassaux se maintinrent dans l'indépendance de la couronne , qu'il ne reconnaissaient . guère que comme autorité médiatrice. dans leurs démêlés particuliers'. Quant au commerce de cette
' Chron. de Normandie, ap. Histor. de France , t. xi, p. 329. > Guill. Gemet., cap. 12, p. 254. — Foyez aussi Higtor. de France , t. x, p. 457 , 612, 622, 623 et passim.
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époque, on se fera une idée de ce qu'il pouvait être , en se rappelant que les proivinces n'entretenaient aucune relation entre elles , et que leurs populations ne se rapprochaient , en quelque sorte , que quand leurs chefs les poussaient les unes contre les autres pour se battre et s'exterminer. La Bourgogne, par exemple, était relativement à Paris une contrée lointaine , un pays inconnu; c'est ce qui fait dire au*comte Burchai'd , parti de la capitale de Hugues Capet pour le monastère de Ckmy : « il est à croire que, lorsque j'ai entrepris le travail d'un si long voyage , ce n'est pas pour chose légère que je suis venu vers toi. Je te supplie donc d'écouter ma prière, afin que je ne me repente pas de m'êtrè fatigué par une si longue route et d'être venu chercher un si lointcdn pays. » A quoi l'abbé de Cluny répond : « il nous serait bien pénible de passer en des régions étrangères et inconnues.... Adressez-vous plutôt à vos voisins qu'à nous, inconnu et vivant datis uli pays lointain^ » . La guerre voyageait donc plus que le
' Vit» Buvckardi ▼enerabilis comitls ; Jifâtor. de France, t. x, p. 353.
PUISSANCE ECCLÉSIASTIQUE. iSq
commerce; les soldats faisaient plus de route que les marchands , et les armées se mêlaient , sans mélange de populations.
On a dit * que le pouvoir de l'église avait décliné au dixième siècle} peut-être cette assertion est-elle un peu absolue. La puissance temporelle^ à la vérité , n'éprouva points pendant ce siècle , les humiliations que liii réservait le onzième; mais l'influence de l'église ne réside paà ilécessairement dans l'ambition d'un pape, et Grégoire Vil lui-même finit par tomber victime de ses propres excès. Pendant cette période lious trouvons. Chez plusieurs pontifes, un langage et des actes qui établiraient , au contraire , que l'église n'avait rien perdu de son autorité.
Benoît IV > remplaçant l'évêque de Langres sur son siège , frappe d'un anathème perpétuel quiconque apportera la ïlioindre oppositiôli à ses ordres , et il n'en excepte pas les rois *.
Un pape , au dixième sièele, s'interposa entre . un roi de France et ses sujets révoltés, ordonnant
' M. Sismondi; Hist. des Français,!, m, p. 439. "" Epistola Benedicti papae iv ; Labbe et Cossart, Concilia, t. ix ^ col. 512.
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impérieusement à ceux-ci de recevoir leur souverain ' .
L'empereur Othon descendait en Italie à la voix d'Agapet *.
Le roi d'Angleterre ^ Edgar, avait outragé la pudeur sur une jeune vierge ; Tévêque de Cantorbéry lui défend de porter la couronne avant sept années révolues, et le prince obéit'.
998. Robert, roi des Français, est également soumis à une pénitence de sept ans, pour avoir épousé sa cousine , et il est frappé d'anathème s'il résiste *.
Hugues Capet lui-même , après avoir fait déposer Tévêque Arnould , dans un concile tenu à Reims ^, a grand soin d'écrire au pape , en quelque sorte pour se justifier : « NoUs n'avons rien fait contre votre autorité, lui dit-il. Grenoble est située sur les frontières de l'Italie et de la Gaule; c'est là que les pontifes romains ont coutume de rencontrer les rois des Français;
' Labbe et Gossart , t. ix , col. 599.
* Baronii Annal, eccles. , t. x , p. 730.
> Labbe et Cossart , t. ix , col. 701-702.
^ Ibid. , ibid. , col. 772.
s Ibid. , ibid , col. 738.
PUISSANCE ECCLÉSIASTIQUE. ' l6c
nous pouvons nous y trouver, si cela vous est agréable ; nous vous y recevrons avec les plus grands honneurs; nous vous y rendrons tous les respects qui vous sont dus. Nous le disons dans notre sincère affection, afin que vous sachiez bien que, ni nous , ni les nôtres , ne prétendons nous soustraire à votre sentence *. » Arnould, à la vérité , demeura captif tant que Hugues- Gapet voulut ; mais il y avait raison d'état pour ce prince, qui ne pouvait laisser un descendant des Carlovingiens en possession de la métropole de Reims , et l'autorité du pape finit par l'emporter, puisque Févêque Arnôuld fut rétabli dans son siège'. Remarquons encore que le premier acte de Hugues-Capet , après son usurpation , fut la confirmation des libertés , donations et privilèges des églises; confirmation, disent les savans bénédictins , qui dut avancer beaucoup ses affaires ^.
Tout cela ne prouverait pas que le pouvoir de l'église eût décliné, proprement dit. Sans
* a Nihil nos [contra apostolatum Testrum egissescimus, etc. » Conc, t. IX y col. 743.
* Histor. de France, t, x, p. 118.
' Ibid. , ibid. , p. 548.