‹ Histoire de Normandie: depuis les temps les plus reculés jusqu'a la conquêteChapitre 74 sur 82 · D£ L'ANGLETERRE · texte numérisé non relu

D£ L'ANGLETERRE

ies hommes du Nord ne tardèrent pas à savoir qu'ils pouvaient recommencer leurs courses en Angleterre. Ils arrivèrent d'abord avec sept 980. vaisseaux seulement y débarquèrent dans les environs <fe Southampton et pillèrent la province*. Six ou sept ans après, ils reparurent sur un autre point , et s'en retournèrent encore chargés de butin • . Trois années ensuite , nouvelle et plus formidable invasion. Le conseil d'Éthelred achète le départ des pirates au prix de dix mille livres sterlhig^. Enfin, au printemps de 994 , Olaf Tryggvas'son , prince nor- 994« wégiea , et Svein , roi de Danemarck, entrèrent dans la Tamise avec quatre-vingt-quatorze vaisseaux. Repousses de Londres, ils vont' ravager les contrées d'Essex, de Kent, de Siissex et de Hampshire ^. Seize mille livres sterling les apaisent pour quelque temps. Ce fut alors

que le compagnon de Svein , Olaf, se fit baptiser à 1^ cour du roi d'Angleterre, promettant de

* Saxon. Cbron. , p. 165. — Hoyeden, loe. cit., p. 245, recto.

* Ibid., p. 107. — Ibid., ibid. , verso.

' Ibid. , p. 168. — Ibid. , ibid.

4 Ibid. , p. 170. — rior. Wig., p. CK)9.— Sinj. Dooelm.,

col. 162.

194 UOKT d'oLAF.

n'y plus reparaître en ennemi : il tint parole'. Trois ans après , Svein , qui n'avait pas contracté d'engagement^ recommença ses pillages^ remporta même une victqire en bataille rangée^ et mît tout à feu et à sang. Vingt-quatre mille livres sterling furent cette fois eidgées'. Svein retourna dans le Nord ; il y retrouva Olaf , devenu sont ennemi depuis qu'il s'était £ût baptiser.

996. n y avait quatre ans qu'Olaf était parvenu au trône de Norwége. Svein l'attaqua sur mer avec des forces supérieures , et le défit. Ne voulant point tomber vivant au . pouvoir du vainqueur^ Olaf se précipita dans la mer et ne

1000. reparut. plus ^. J'ai dû fixer la date de ce combat et de la mort d'Olaf , parce que je me trou* verai tout à l'heure en opposition avec plusieurs écrivains français anciens et modernes ^^ qui

■ Saxon. Gbron. , p. 171. — Hem. Trunlindon, p. 305.

* Sim. Dunelm. » col. 163. •— Rodulph. de Diceto, coK 461.

^ Ghronologia ad Qistor. Snorrii, t. i, f. 52. — Saga af Olall Tryggva syni > ibid. , p. 344.

4 Foyez Bistor. de France » t. x» p. 188-213-306. — Depping, Hiflt. des expéditions maritimes» t. u, p. 177. — Rob. V^ace, M, p. 334 , note.

iTflELRED ÉPOUSE BMUA. I9S

conduisent ce roi de Norwége en Normandie once ans plus tard ^ c'est-À-dire en i o 1 1 .

Des chroniqueurs font paraître en Normandie^ h cette époque^ les Danois qui ravageaient looa TAngleterre^ où ils les ramènent Tannée suivante '. Le fait est peu probable : les hommes du Nord étaient bien plus les alliés que les ennemis des ducs normands^ et la puissance de ces derniers était trop bien établie, leur pays trop bien gardé , pour que des aventuriers y fissent leurs affaires.

Le repos laissé à Éthelred par les pirates n'avait pas été de longue durée ; de nouveaux ravages venaient d*être exercés; une nouvelle somme , plus considérable que toutes les autres , puisqu'elle s'élevait à trente-quatre mille livres sterling , avait été livrée aux pillards.

Ce fut probablemenjt pour se ménager une 1009. recommandation auprès des pirates qu'Ëthelred demanda et obtint en mariage Emma , sœur de Richard n, duc de Normandie'; mais il outragea

■ Sa;ioii. ChroQ., p. 173.— Flor. Wig., p. 610. — Chron. Jo. abb. Bancti Pétri de Burgo, inter Script, var. hist. Angli», p, 33.— Math. Westm. Flores histor., p. liNI.

• Saxon. Ghron. » p. 175.

jgG DESCENTE d'ÉTHBLRJSD EN NORMANDIE.

bientôt son épouse^ et l'abandonna pour de viles courtisanes '• Elle se plaignit à son frère : Richard fit de vives représentations ' . Ëthelred^ fort mal inspiré, dirige une expédition njavale en Normandie, avec ordre de porter partout le fer et le feu ; le monastère du Mont-Saint- Michel devait être seul épargné; quanta Richard, le roi d'Angleterre recommanda qu'on le prit vivant et qu'on le lui ^pnenât les m^Uns liées derrière le dos. Le début fut heureux pour les Anglais; ils débarquèrent sans obstacle à l'embouchure de la Sare , petite rivière dans le pays de Coutapces ; le littoral maritime devint la proie des flammes. Cependant, les vigies avaient signalé l'arrivée de l'ennemi ; Nigel , qui commandait dans cette contrée pour le duc de Normandie , rassembla les chevaliers du Cotentîfi, tomba sur les Anglais et en fit un grand carnag0. La flotte retourna au plus vite en Angleterre. TJne circonstance remarquable de cette action , c'est que les femmes y prirent une grande part, et se battirent comme les hommes. Voici

' Wil. Malmesb. , p. 35 , verso.

• Math. Westm. Flor. histor. , p. 199.

DÉFAITB d'ÉTHELBED. I97

du nioins^ le langage qu'un écrivain du onzième siècle , presque contemporain par conséquent, met dans la bouche de ceux qui rendirent k Ethelred compte de leur entreprise : « Boi sérénissime , nous n'avons point vu le duc îlichard; mais nous avons combattu > pour notre malheur, avec la population féroce d'un comté.

Là , nous avons rencontré , non-seulement des hommes valeureux , mais encore des femmes qui se jettent dans la mêlée , et fendent la tête

aux plus robustes adversaires, avec le joug dont elles se servent à porter leurs cruches * » • Nous adopterons sans difficulté cette intervention armée des femmes du Cotentiri, en nous rappelant ce passage d'un historien latin bien connu : « Plusieurs étrangers réunis ne §auroient résister à un gaulois assisté de sa femme , qui trouve des armes terribles dans ses pieds, dans ses bras, et dont les coups de poing produisent l'effet d'une pierre lancée par une fronde "*. » On a dit que le pape Jean XV ( c'est-à-dire XVI ) , était intervenu entre les

■ WiUelm. Gemet. , p. 251.

* Ammien Harcellin, lib. 15 , cap. 11.

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