XXXII. Si une femme en fait autant , semblable peine
XXXIII. Si un mari quitte sa femme , ou la femme son mari sans la permission de l'évêque , semblable peine.
XXXIV. Ceux qui consultent les morts ou font des maléfices , semblable peine.
XXXV. Si quelqu'un désavoue ou nie le crime qui lui est imputé, et qu'il en soit convaincu par le jugement du fer, si ce n'est pendant la trêve de Dieu , semblable peine.
1 BcuU égaré. — * Si quis assaUicrit... .
HISTOIRE DE NORMANDIE; L1V. V. 3l3
XXXVI. Celui qui résistant à la justice souffre qu'on l'excommunie , semblable peine.
XXXVII. Les crimes des paroissiens, qui sont de la compétence de l'évêque, comme c'est l'usage, seront examinés par le jugement des évéques.
XXXVIII. S'il y a opposition au jugement, que l'affaire soit terminée devant l'évêque.
XXXIX. Si le jugement du fer a été prescrit par jugement, il s'exécutera devant l'église.
XL. S'il y a lieu à se purger par jugement, on se rendra où l'on a d'abord plaidé.
XLI. Que personne ne se permette de prêcher dan» la paroisse de l'évêque sans sa permission.
XLII. Celui qui commettra les fautes dont on vient de parler, pourvu qu'il vienne de lui-même à la pénitence , la subira selon la gravité du crime , et il ne sera exigé de lui aucune somme d'argent.
XLIII. Si un laïque commet un vol dans le parvis , il sera soumis à l'amende au profit de l'évêque.
XLIV. Si le vol a eu lieu ailleurs , de quelque manière que ce soit, l'évêque n'aura rien.
XLV. Les évêques percevront les droits de douane dans les mêmes lieux où ils les ont eus du temps du comte Robert, ou par la concession du roi Guillaume. Quant aux choses qui en sont quittes , elles auront cette exemption, comme elles l'ont eue jusqu'à ce jour. Dans toutes ces justices et droits , le roi se retient ce qu'il a possédé jusqu'à ce moment.
XLVI. Si un prêtre pour une affaire ecclésiastique est en instance contre son seigneur, et le fatigue injustement en l'appelant devant l'évêque , il payera par amende dix sous à son seigneur.
XL VII. Si les évêques peuvent prouver devant la cour du roi qu'ils ont possédé du temps du comte Robert, ou par la concession du roi Guillaume, quelque chose qui ne soit pas écrit ici, le roi ne leur en conteste pas la propriété ; mais ils ne doivent pas s'en saisir, jusqu'à ce qu'ils aient prouvé à sa cour qu'ils doivent l avoir. Il en est de même des laïques auxquels le roi ne retire, par le présent décret, rien de ce qu'ils pourront prouver à sa cour que les évêques n'ont pas droit de posséder : toutefois les évêques n'en seront pas dessaisis jusqu'à ce que les laïques prouvent à la cour du roi que les évêques ne doivent pas le retenir.
Ce synode fut célébré sur le bord de la Seine , dans un bourg royal a où fut autrefois l'antique ville que les habitans appelaient Calet, d'où le pays circonvoisin, depuis la mer jusqu'à Talou 3 , a été appelé Caux 4 . Comme on lit dans les anciens livres qui traitent des exploits des Romains , C aïus Jules-César assiégea cette ville et la détruisit pour se venger de l'excessive obstination des assiégés, qui se défendirent très-vivement dans l'intérieur de la place. Ensuite, ayant, suivant ses désirs, puni ses ennemis, et considérant les avantages du lieu, il y bâtit provisoirement un fort pour y établir les Romains , et l'ap-
» Episcopos inde non disaisiscant....
* In vico reguli.... Sigebert l'appelle aussi Sedes regia.
3 Talaucium. On Ht dans d'autres auteurs Talogium. C'est le comté de Tellau ou plutôt Talou , qui prit ensuite le nom de comté d'Arqués , vers le X e siècle.
* Le mot Caletes, dans Jules-César, désigne les habitans du territoire que nous appelons le pays de Caux. Quant à une prétendue ville nommée Caletus , comme le dit ici Orderic Vital , et comme l'a re'pété Nagercl , on ne trouve nulle part aucune trace d'une semblable dénomination pour un tel lieu.
pela de son nom Julia-Bona , dont les Barbares ont , par la corruption du mot , fait sortir celui de Lillebonne. César parcourut exactement toute laNeustrie , et fit bâtir sur le fleuve de la Seine la ville de Rouen, dans un lieu très- avantageux , où les rivières d'Aubette 1 et de Robec a coulent pour aller se jeter dans la Seine à l'orient, tandis que la Maronne 3 coule à l'occident. Cette ville fut appelée par ses fondateurs Rodomus, comme pour signifier la maison des Romains ( Romanorum Domus ). Là se fixa en sûreté une légion romaine, pour gouverner et contenir les provinces d'alentour 4 .
La ville de Rouen est très-peupléè et très-riche par différent genres de commerce \ elle est très-agréable à cause de l'affluence de bâtimens qui se réunissent dans son port , par le murmure de ses eaux courantes et par l'agrément de ses prairies. Une grande abondance de fruits , de poissons et de toutes sortes de denrées ajoute encore à son opulence. Les montagnes et les forêts dont elle est entourée de toutes parts , les murs, les retranchemens et les autres constructions militaires, la rendent très-forte. Elle reçoit beaucoup de lustre de ses édifices ainsi que de l'aspect de ses maisons et de ses églises. Ce fut vers elle que saint Denis, du temps de l'empereur Domitien, enyoya l'évéque Nicaise avec ses compagnons-, mais, pendant leur voyage , Nicaise fut arrêté dans un certain lieu
1 Albula.
3 Rodebeccum.
3 Ou B a paume.
* U serait difficile de découvrir où Orderic Vital a puisé toutes les erreurs qu'il raconte ici sur Lillebonne et sur la fondation de la ville de Rouen.
3l6 ORDER1C VITAL.
qu'on appelle Ecaux 1 par Sisinnius Fescenninus , et , persévérant constamment dans la foi du Christ , il fut décollé avec le prêtre Quirin et le diacre Scunicule 3 , le 5 des ides d'octobre (n octobre). Les persécuteurs de ces saints firent abandonner leurs corps aux oiseaux de proie , aux chiens dévorans et aux autres bêtes féroces pour leur servir de pâture ; mais, par Tordre de Dieu tout- puissant, ils furent conservés intacts, grâces aux soins des anges. Quand les satellites profanes se furent retirés , les saints martyrs se levèrent miraculeusement la nuit suivante , par le secours de. Dieu-, puis, ayant pris leur tête , ils passèrent la rivière d'Epte vers un gué jusqu'alors inconnu aux hommes et se reposèrent dans une île très-agréable que forme cette rivière. En mémoire de ces saints, ce lieu a conservé jusqu'à ce jour le nom de Gâni 3 , c'est-à-dire gué Nicaise. Par les mérites de ces martyrs , Dieu accorda beaucoup de bienfaits à ceux qui Timploraient avec foi. Les anciens Gentils , après le martyre de leurs prédicateurs , possédèrent long-temps la ville de Rouen et la remplirent des innombrables ordures de leurs idoles jusqu'à l'époque de saint Mellon archevêque.
Dans ce même temps , la foi du Christ avait conquis la ville des Evantiques, c'est-à-dire d'Evreux 4 ,
* ScanciiUy et non pas Scamnis , comme on lit dans le texte de Duchesne, page 55$. On écrit aujourd'hui plus communément Ecos. Celte commune est dans l'arrondissement d'Andelys, département de l'Eure.
" Saiut-Nicaise ou Nigaisc j Satnt-Cerin ou Quirin (Quirinus) ; Sainl- Escobilleou Egobille {Scuniculus, Scuviculus , Scubilius, etc.). J y ani y id est vadum Nigaùi.
* C'est l'ancien Mcdiolanum Eburovicum. 11 ctait situe au Vieil- Erreux , à deux lieues sud-est de la ville actuelle.
HISTOIRE DE NORMANDIE; LIV. V. 3l 7
laquelle est située sur la rivière d'iton , et y répandait ses lumières. En effet , le bienheureux Taurin y avait été envoyé par Denis Macaire, et, avec l'aide de Dieu, avait fait de nombreux miracles ; car Dieu était toujours avec lui et dirigeait glorieusement toutes ses œuvres. C'est ce qui lui avait fait choisir courageusement les souffrances et les tourmens de ce siècle. 11 avait laissé à Rome son père Romain Tarquin , et sa mère Eutychie, très-pieuse adoratrice du Christ, avec plusieurs autres personnes qui étaient de ses amis ou de ses parens. Par Tordre du pape Clément , ce jeune et agréable voyageur s'était rendu dans les Gaules avec le Grec Denis. Lorsque la seconde persécution exerça ses rigueurs contre les chrétiens sous l'empire de Domitien, ce Denis, promu à Féveché de Paris, ordonna évêque Taurin qu'il aimait comme son fils, et qui était déjà parvenu à Fâge de quarante ans , et , après lui avoir prédit tout ce qu'il aurait à souffrir , il l'envoya au nom du Seigneur auprès des habitans d'Evreux. Comme l'homme de Dieu s'approchait des portes de la ville, le démon se présenta devant lui sous trois formes différentes : il voulut effrayer le champion du Christ en s offrant à ses yeux comme un ours, comme un lion et comme un buffle ; mais Taurin , semblable à un mur inexpugnable , résista fortement dans la foi et reçut l'hospitalité dans la maison de Lucius. Le troisième jour , comme Taurin prêchait le peuple d'Evreux , et que ses nouveaux auditeurs éprouvaient un grand plaisir à recevoir les douceurs de la foi, le diable, plein d'affliction, se mit à tourmenter Euphrasie , fille de Lucius, et la jeta dans le feu. Elle mourut aussitôt : mais, peu après, Taurin
s'étant mis en prières et ayant ordonné à cette fille de ressusciter, elle revint à la vie au nom du Seigneur. On ne trouva en elle aucun signe de brûlure. Tous ceux qui virent ce miracle éprouvèrent une terreur soudaine, et dans leur stupeur crurent an Seigneur Jésus -Christ. Ce même jour, cent vingt hommes furent baptisés , huit aveugles rendus à la lumière, quatre muets recouvrèrent la parole, et beaucoup d'autres personnes affligées de diverses infirmités revinrent à la santé au nom du Seigneur.
Taurin entra ensuite dans le temple de Diane , et , par la vertu de Dieu, força le diable de se rendre visible au peuple. A cette vue , toute la population païenne fut saisie d'une grande frayeur 5 car il leor apparut clairement sous la forme d'un Ethiopien noir comme la suie , ayant la barbe longue, et jetant par la bouche des étincelles de feu. Ensuite un ange du Seigneur arriva brillant comme le soleil , et, aux regards de tout le monde, emmena le démon les mains liées derrière le dos. Dans le cours de cette journée deux mille hommes furent baptisés , et tous les malades furent guéris par le secours divin. Déodat, frère d'Euphrasie, vit ces choses-, il crut, fut baptisé, et, devenu prêtre , il rapporta avec vérité par écrit ce dont il avait été témoin. Alors Taurin fit son entrée dans le hideux temple de Diane , le purifia par ses exorcismes , ses prières , et le consacra au service divin en l'honneur de sainte Marie mère de Dieu. Il se mit ensuite à détruire les idoles dans tout le pavs aux environs, à consacrer des églises au Christ , à visiter tout son diocèse , à faire des ordinations canoniques , et à établir des hôpitaux en tous lieux.
HISTOIRE DE NORMANDIE: L1V. V. 3l9
L'env ieux Satan s'affligea de voir tant de bien ; il essaya de porter atteiute à l'homme de Dieu, par diverses machinations , et suscita contre lui beaucoup d'ennemis. Deux magiciens, Cambisses et Zaraa, étaient prêtres de Diane. Ils gémirent de voir le peuple se ' convertir à Dieu , et engagèrent vingt de leurs disciples à tuer Taurin. Dès leur arrivée, l'homme de Dieu les vit de loin et les reconnut; faisant contre eux le signe' de la croix , il les força aussitôt de rester immobiles. A son ordre ils redevinrent libres , se jetèrent à ses pieds , crurent et furent baptisés au nom de la sainte et indivisible Trinité. Quand les magiciens virent que leurs artifices étaient impuissans contre le soldat du Christ , ils se tuèrent de leurs propres couteaux. Cependant le comte 1 Licinius entendit parler du bienheureux pontife , et se le fit présenter dans sa maison de Gisai \ Comme on y conduisait Taurin , ilTencontra un paralytique dont la sœur était aveugle, sourde et muette. Aussitôt il bénit de l'eau, en versa sur les malades, et ils recouvrèrent la santé. Les bourreaux virent ce miracle et crurent aussitôt au Seigneur. Le prélat et le comte disputèrent vivement sur l'idolâtrie et la croyance de Dieu ; le comte ordonna , dans les transports déraisonnables de sa fureur, de dépouiller Taurin et de le frapper de verges. Le saint prélat pria Dieu avec fidélité , et fut reconforté par une voix qui se fit entendre du ciel. Les mains des bourreaux se desséchèrent à l'instant. Licinius , enflammé de colère contre sa femme Léoville , parce qu'elle parlait en faveur de l'homme de Dieu , le fit livrer aux tortures.
* Consul. — ' In Gixaico villa. Dans l'arrondissement de Bernai.
3 20 ORDEBIC VITAL
Pendant que ces événeinens se passaient , un com rier vint lui dire que son fils s était tuéavec son écuyc en tombant dans un précipice , comme il était à ] chasse aux environs du château d'Alerce Liciniu et toute sa suite furent vivement affligés, et, par la per mission divine , il fut contraint de prier rhomnie di Dieu, qu'il avait commencé à faire torturer. Taurir se prosterna dans l'église de Sainte-Marie , se mit l prier, et, réuni au peuple, se rendit auprès des corps des deux défunts. Etant là , il supplia dévotement le Seigneur, termina sa prière, prit la main du jeune Marin, son cousin , et le ressuscita de la mort au nom du Sauveur. Ce qu'ayant vu Licinius , sa femme et tous les grands, ils se réjouirent, et, tombant aux pieds du prélat, le prièrent de leur conférer le saint baptême. Ce jour-là on baptisa douze cents hommes.
Cédant à la demande formée par Marin en faveur de son écuyer, Taurin s'approcha du corps de cet homme, invoqua Dieu, appela à haute voix Paschase, et le rendit à la vie par la puissance de Dieu. Ces deux hommes, ressuscités, rapportèrent aux vivans ce qu'étant morts ils avaient vu dans les enfers. Paschase prédit a Marin qu'il mourrait le jour où il quitterait le blanc *. C'est ce qui arriva en effet: Marin fut saisi d'une légère fièvre , et mourut le huitième jour de son baptême. Ce fut par ces miracles et beaucoup d'autres que Taurin, premier évêque d'Evreux, ac-
1 Castcllum Alerci. Peut-être est-ce Àlisai dans l'arrondissement df Louviers.
m D'api ès ïe dix-neuvième canon du concile de Rouen de io63, conforme aux usages d'alors, les nouveaux baptise's restaient pendant Luit jours vêtus de la robe blanche qu'ils avaient reçue dans cette cérémonie.
quit une brillante réputation , et conduisit à la connaissance de la vérité et de la justice plusieurs milliers d'hommes. Lorsque le pape Sixte était assis sur le siège apostoliqu r , et qu'Elius Adrien gouvernait la république , Taurin , plein de jours et de vertus, fut appelé au ciel le 3 des ides d'août ( 1 1 août ) -, et aussitôt , en présence du peuple , l'église fut remplie d'un nuage épais et odoriférant. Au bout de l'espace d'une heure, la nuée se dissipa , et Ton vit le pontife assis dans sa chaire et comme priant , ayant les mains étendues et les yeux tournés vers le ciel. La mort du pasteur accabla d'un deuil profond tous les paroissiens. Par l'ordre d'unangequi apparut au peuple, sous la forme d'une personne de haut rang, l'homme de Dieu fut enseveli hors la ville , à environ un tiers de mille vers l'Occident. Ce lieu resta long-temps négligé -, mais maintenant, par la grâce de Dieu, un troupeau de moines choisis y est établi , afin d'y combattre pour le salut. Il arriva une chose extraordinaire lors de l'inhumation de ce vénérable évêque. Pendant que , suivant l'usage , on le déposait dans le mausolée et que le peuple se livrait à une douleur excessive , on le vit tout à coup se lever vivant de sa fosse -, il dit : « Mes enfans, que faites-vous? Ne craignez rien; « écoutez cet homme qui vous parle. » Il inclina la tête et garda le silence. En effet , aussitôt que le serviteur du Christ fut enseveli , l'ange de Dieu dit au peuple : « Retirez-vous promptement de peur d'être « enveloppés par les ennemis ; cette ville est près % d'être bouleversée , mais aucun de vous n'éprouvera « de danger. Pendant long-temps ce lieu restera in- « connu. » A ces mots on ne le revit plus , et tout ce n. 'i i
3l* ORDERIC VITAL.
qu'il avait prédit reçut son accomplissement. En effet, le tombeau du saint prêtre et l'anniversaire de sa mort furent long-temps dérobés à la connaissance des hommes*, mais, par Ja révélation de Dieu, ils obtinrent ensuite une glorieuse manifestation. Journellement il se fait encore à Evreux de nombreux miracles par l'intercession de ce saint. Le démon qu'il avait expulsé du temple de Diane resta long-temps dans la même ville, et se présenta fréquemment sous diverses formes, mais il ne put nuire à personne. Le vulgaire Tappelle Gobelin et assure que, jusqu'à ce jour, les mérites de saint Taurin l'ont empêché de nuire aux hommes : comme il avait obéi aux ordres du saint évéque en brisant ses propres statues, il ne fut pas à l'instant replongé dans l'enfer, mais il subit sa peine dans lè lieu où il avait régné, et vit sauver les hommes auxquels il avait si souvent insulté en travaillant de tant de manières à leur perte.
Les habitans rapportent , et ce fait est vrai , qu'il ne peut vivre aucun animal venimeux dans la ville d'Evreux, quoique le sol naturellement gras du pays, baigné par le cours de la rivière d'Iton, produisît beaucoup de couleuvres ainsi que de serpens , et que la ville d'Evreux fût remplie de ces animaux. A la demande des citoyens qui se plaignaient amèrement d'une telle peste , saint Taurin pria le Seigneur de
délivrer la ville de cette calamité , et de ne pas per-
' Le Gobelin, démon très-facétieux , est encore connu en Normandie. Dans le département de POrne, on le désigne aussi sous le nom de cheval Bavard. M. Louis du Bois a inséré uu chapitre sur le Gobelin , dans la grande Statistique du département de rOrne, qu'il rédiga en 1S07 ; il a reparu en partie dans les Annuaires dn même déparlement , et dans le tome 1— des Archives Normandes en iS«4«
mettre qu'à l'avenir aucun reptile venimeux pût pénétrer dans les murs de la ville. La prière du saint fut exaucée. Si par hasard une couleuvre ou un crapaud se trouve apporté dans quelque paquet d'herbe, dès qu'il a pénétré dans l'enceinte d'Evreux , il meurt sur-le-champ.
Long-temps après , la religion chrétienne prit de l'accroissement; et le clergé d'Evreux, réuni aux fidèles du pays , fit la recherche du tombeau de son premier évéque Taurin , et le trouva par la grâce de Dieu , qui le fit connaître. Le corps fut tiré dé terre avec beaucoup de respect, et transféré peu de temps après par les fidèles dans la ville de Fécamp. On y construisit un vénérable couvent de moines pour rendre continuellement hommage à Dieu , et le corps du saint homme y fut placé respectueusement dans une châsse précieuse.
Par les prières et les mérites du pieux prélat Taurin , que Dieu nous délivre de tout le venin des vices, qu'il nous décore de l'éclat parfait des saintes vertus , et qu'il nous réunisse dans les demeures célestes à la société de ses saints , afin que nous puissions dignement chanter les louanges du Roi des rois pendant tous les siècles des siècles ! Ainsi soit-il !
Sous l'empire d'iElius Adrien et d'Antonin-le-Pieux, la rage des ennemis frappa vivement dans les Gaules le christianisme naissant , et la sainte mère Eglise reçut de grandes humiliations pendant cent soixante ans. Nous ne voyons clairement dans aucune histoire quelle fut la nation qui opprima d'une manière intolérable les Chrétiens et les idolâtres, ni d'où elle vint , ni sous quel prince ou quel tyran elle exerça
3^4 0RDER1C VITAL.
ses fureurs. Dans les actes de plusieurs saints de ce temps , ou voit clairement que > sous ces princes, tune armée barbare et cruelle ravageait horriblement les Gaules. Dans ce temps , cette contrée n'avait aucun monarque : elle était gouvernée par les empereurs des Romains , ainsi que les autres Cisalpins , depuis la conquête de Jules César , et leurs gouverneurs ou tous autres magistrats commandaient dans chaque ville à leur gré.
On ne s'occupa guère de Dieu dans la Neustrie, après la mort du saint évêque Taurin, jusqu'au temps de Dioclétien et de Maximien , qui exercèrent la dixième persécution de fureur diabolique , dont fut frappée l'église du Christ, plus durement et plus longtemps que par les autres. Au reste , celui qui a promis d'assister constamment les siens dans les affreuses tempêtes des tribulations a reconforté admirablement son épouse j il Fa délivrée , protégée et élevée 5 il la manifestement glorifiée par de brillans triomphes. Il la récompensera du diadème éternel dans la céleste Jérusalem. Ainsi il n'a pas voulu que celle qu'il a tant aimée manquât de maîtres illustres au milieu de la fureur des persécutions.
Pendant que la dixième persécution menaçait rigoureusement les Chrétiens, durant le cours de dix années , et faisait périr par toutes sortes de supplices d'innombrables milliers de martyrs , qu'elle envoyait aux lieux décorés glorieusement de leur précieux sang \ Quentin et Lucien, Valérien, Rufin, Eugène t Mellon, Avicien, et plusieurs autres personnages qui appartenaient au clergé et à la noblesse romaine, quittèrent Rome et se répandirent dans les Gaules pour y
prêcher avec confiance la parole de Dieu. Quentin se rendit à Amiens , et Lucien à Beauvais ; Mellon , Avicien , et quelques autres hommes distingués passèrent à Rouen.
Dioclétien et Hercule Maximien ayant déposé volontairement les faisceaux de la puissance, Constance, prince d'une grande bonté, prit l'empire en Occident, après l'abdication d'Hercule. Il témoignait aux hommes une grande clémence, à Dieu une profonde piété. Ainsi que l'atteste Eusèbe de Césarée , Constance n'avait pas, malgré la fureur de ses collègues, souillé son règne du sang des hommes pieux, ni détruit par une dévastation furieuse, comme l'avait fait Maximien , les oratoires et les lieux de réunion des chrétiens. 11 fonda en Neustrie une ville, que de son nom il appela Coutance. Ce fut dans cette province qu il prit pour concubine Hélène, dont il eut le grand Constantin, qui depuis fonda Constantinople. Dans ce temps-là , le vénérable Mellon , avec quelques autres fidèles , se fixa à Rouen , et , suivant la volonté de Dieu, y occupa le premier la chaire pontificale. Depuis ce prélat jusqu'à ce jour, cette ville a conservé la dignité métropolitaine. Elle a pour sufFragantes les six villes des Béiocases c'est-à-dire Bayeux , des Evantiques, c'est-à-dire Evreux, de Lisieux 3 , d'Avranches, de Coutances , * et des Salariens 3 , c'est-à-dire Seès. L'église de Rouen a déjà eu quarante-six évêques ; le clergé y a publié 4 pour l'instruction de la
1 Biducasscs , Viduca&scs ou Jiajocasses.
a Liixovium. — 3 Solarium.
* C'est donc à tort que le* P. Ponimeraye, dans son Histoire de* tirrheréqua de Rouen , attribue ces distiques à Orderic Viml.
3a6 ORDERIC VITAL.
postérité, un distique héroïque sur chacun de ces évéques: je vais les placer dans cet ouvrage , agréablement et par ordre, avec quelques additions indispensables.
Autistes Sfnctus Mallonus , /* ordine primas , Exeoluit piebem doctrina Rotomagensern.
( Le saint prélat Ma lion, le premier dans Tordre des évéques de Rouen, en instruisit le peuple par sa doctrine).
Il brilla du temps du pape Eusèbe et de Melchiade , et se rendit auprès du Seigneur le 1 1 des calendes de novembre (22 octobre). Il resta long-temps enseveli hors la ville , dans une crypte de l'église du saint martyr Gervais. Son mausolée s'y est conservé jusqu'à ce jour ; mais le corps en fut enlevé après y être longtemps resté , par la crainte que Ton eut des Danois. Il fut transféré dans une ville forte du Vexin, que Ton appelle Pont-Oise. On l'y conserve respectueusement dans une église bâtie en son honneur , et un couvent de chanoines y célèbre ses louanges.
Po$t hune, prœcipuus dévolus et Avidianus Obùnuit regimen, curam çuoçue plebis herilem.
( Après Mallon , le grand et dévot Avidien gouverna Y église, et comme un bon maître prit soin du peuple ).
Il assista au concile d'Arles 1 , qui eut lieu du temps du pape Silvestre , sous l'auguste Constantin , qui commença à régner Fan de Rome 1061. Ce fut alors que fut tenu le concile de Nicée * par trois cent dix -huit Pères , parmi lesquels brillèrentprincipalement Nico-
' En 314. — • En3a5.
las, évêque de Myrre en Lycie, et plusieurs autres prélats d'un mérite éminent.
Successif prœsul fulgens virtuêe Severus, Moribus insignis, commissis oc sibi mitis.
( Il eut pour successeur Sérer, prélat éclatant par sa vertu , distingué par ses mœurs , et comme à lui-même doux au troupeau qu'on lui confia ).
Il fleurit pendant qninze ans , du temps de Constantin et de Constance, sons les pâpes Marc et Jules. Alors brillèrent comme des astres les évêques Maximin à Trêves, Hilaire à Poitiers, Athanase à Alexandrie, Eusèbe à Verceil, et Denis à Milan.