II. a
OKDERIC VITAL.
nommé Tyrrel , Alvise et Adélaïde. A cette époque, et depuis l'arrivée des Normands , il régnait en Neustrie une grande dissolution dans les mœurs du clergé , à tel point que non seulement les prêtres , mais encore les prélats usaient librement du lit des concubines et faisaient parade de la nombreuse famille qu'ils en obtenaient. Un tel usage s étendit beaucoup du temps des néophytes qui furent baptisés avec Rollon , et qui, plus instruits dans les armes que dans les lettres , envahirent violemment cette contrée désolée. Ensuite des prêtres d'origine danoise, très-peu savans, occupaient les paroisses, et, toujours armés, défendaient leurs fiefs laïques par un service tout militaire. Enfin le Lorrain Brunon, évêque de Toul, se rendit à Rome et devint pape sous le nom de Léon. Pendant qu'il entreprenait le voyage de Rome, il entendit les anges qui chantaient : Dicit Dominus^ego cogito cogitationes pacis et non afflictionis , etc. 1 . Ce pape s appliqua à faire beaucoup de bien, et gouverna avec distinction ses sujets par ses bonnes actions et ses bonnes instructions. L'an de l'Incarnation du Seigneur 1049, ce P a P e vult en France ; il dédia le jour des calendes d'octobre ( i er octobre) l'église de Saint-Remi, archevêque de Rheims , et, d'après l'inspiration de l'abbé Hermar, il transféra avec gloire le corps de ce bienheureux dans le lieu où il est maintenant vénéré. 11 tint dans la même \ille un concile général, et, entre autres biens qu'il fit à l'Eglise s il statua que les prêtres ne pourraient ni porter les armes, ni avoir des épouses. Depuis
nu$ t cogitationes pacis et non afflictionis, Jéaémie, xxtx, ti.
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cette époque, cette funeste habitude commença à sWaiblir. Cependant les prêtres, en quittant volontiers le maniement des armes, ne veulent pas encore s'abstenir de courtisanes ni s'attacher à la continence.
Le doyen Foulques , dont nous avons parlé , tout souillé de l'impureté de la corruption journalière , éleva son ame vers une meilleure conduite : déjà courbé par l'âge , il se retira à Ouche de l'avis de sou fils , et sollicita l'habit monacal , abandonnant bien moins le siècle qu'il n'en était abandonné. S'élant fait moine , il donna à Saint-Evroul l'église de Guernanville , une terre qui en dépendait , et une autre terre que Hugues, évêque de Baycux, lui avait donnée dans le même lieu , et qu'il avait long-temps tenue de Guillaume, fds d'Osbern , neveu de ce prélat. Guillaume , fils et héritier de Foulques , confirma publiquement ces dons en plein chapitre : devenu lui-même héritier avec son père, il déposa la donation sur l'autel de saint Pierre, et reçut en reconnaissance une once d'or de la charité des moines. Cette donation fut confirmée par Guillaume de Breteuil, Gilbert Crépin et ses deux fils, en présence de Roger de Clare, de Hugues l'Ane, de d'Estouteville , de Raoul de La Lande , de Raoul des Fourneaux, de Gaultier deChaumont, de Guillaume de Longueville et de Guernenville. Ces biens furent concédés en présence de Richer de L'Aigle, par Guillaume Guastinel, qui reçut pour sa concession une once d'or. Les témoins furent Guillaume Halis, Morin du Pin, Robert, fils d'Helgon , et Raoul Cloeth.
J'ai le projet de faire connaître ici en peu de mots
les biens de l'église d'Ouche , afin que les aumônes qui lui ont été faites fidèlement soient connues des novices , et pour que ceux qui en usent sachent en quel temps et de qui elles proviennent, soit par don, soit par achat. En effet, d avides possesseurs s attachent aux biens terrestres qui sont périssables , et s'occupent trop peu des choses suprêmes qui sont éternelles ; c'est pourquoi beaucoup de gens ne tentent presque rien dans l'espérance du ciel, à moins qu'ils ne voient dans leurs démarches des avantages temporels. Ainsi nos laïques retiennent injustement les dîmes que le Seigneur fit exiger des Israélites par Moïse pour le service du sanctuaire et des Lévites; ils ont l'audace de ne les rendre aux ministres de l'Eglise que lorsqu'on les rachète à grand prix. Les dispensateurs des biens des pauvres avertirent , dans leur sollicitude , quelques laïques de rendre les dîmes qu'ils avaient enlevées à l'Eglise de Dieu ; empressés de les leur reprendre par quelque moyen que ce fût, ils donnèrent de grandes sommes d'argent , ignorant que les saints canons ont absolument prohibé toutes ventes et achats de cette espèce. Même dans les conciles modernes , de saints prélats ont frappé d'anathéme ce commerce illicite ; mais , par l'effet de leur miséricorde , ils pardonnèrent pour les marchés anciens , et concédèrent à l'Eglise, avec l'autorité pontificale, pour quelle en jouit à perpétuité , les biens qui étaient alors en sa possession.
Des hommes d'un état médiocre commencèrent à fonder l'abbaye d'Ouche dans un territoire stérile, et, d'après leur position , ils ne purent donner que des biens de peu de valeur et fort dispersés pour la nour-
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riture des religieux. Dans tout ce pays le peuple est très-pauvre , et , comme il est sans cesse aux prises avec Tindigence et la dépravation , il ne s'occupe que de vols , de larcins et de rapines : c'est ce qui forçait les moines d'Ouche de tirer de loin les vivres qui leur étaient nécessaires pour eux et pour les hôtes qui leur survenaient. Comme ils s'attachèrent, dès le commencement de leur institution , à une discipline régulière , ils se firent aimer des grands personnages et des prélats religieux , qui furent fidèlement vénérés pour avoir donné aux moines tout ce qui leur était nécessaire, tant en dîmes qu'en églises et autres objets.
Raoul de Conches , fils de Roger de Toëni, qui fut le fameux porte-enseigne des Normands, voulant partir pour l'Espagne, vint à Ouche se présenter au chapitre de Saint-Evroul , implora son pardon de l'abbé Mainieretde l'assemblée des moines, pour avoir jadis secondé Ernauld d Echaufour, lorsqu'il mit le feu au bourg d'Ouche. Ensuite il fit réparation aux moines, déposa son témoignage sur l'autel , et promit dévotement beaucoup de choses s'il revenait heureusement de son voyage. Il leur recommanda son médecin Goisbert, qu'il aimait beaucoup, et qui, après le départ de Raoul , le quitta pour faire sa profession monacale , et l'observa courageusement pendant près de trente ans jusqu'à la fin de sa vie. Le héros dont nous avons parlé , revint quelque temps après dans sa demeure ; il se rappela sa promesse , se rendit à Ouche, et donna à Saint-Evroul, pour l'usage delà messe, deux arpens de vigne qu'il possédait à Toëni. Il fit en outre le don de tout ce qu'il avait à Guernanville , sa-
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voir une terre et le panage 1 , de manière qu'il n accordait pas toutefois le premier panage des domestiques , mais bien le second ou le troisième , et qu'il ne le donnait pas pour les moines. En outre , il leur accorda trois hôtes , un à Conches , un à Toëni , le troisième à Aquigni , que Gérold Gastinel tenait de lui et avait donné de son propre mouvement au sahit père Evroul. Ce Raoul , quelques années après, emmena avec lui en Angleterre le moine Goisbert, et, d après ses conseils , fit don aux moines d'Ouche de deux maisons , dont une à Norfolk appelée Caude- Côte, et l'autre dans la province deWorcester, nommée Alvington. Le roi Guillaume concéda ces biens, et, en présence des grands , les confirma de sa royale autorité dans une charte. Elisabeth, femme de ce chevalier, Roger et Raoul ses fils concédèrent de bonne grâce toutes ces choses. Les témoins de ces donations furent Roger de Gare, Gautier d'Espagne, Guillaume de Paci , Robert de RomiJli , Gérold Gastinel , Gislebert, fils de Thurold, Roger deMucegros et Gautier de Chaumont.
Alors Robert de Vaux donna à Saint-Evroul la moitié de deux parties de la dîme de Bernières. Après la mort de son père, Roger, fils de Robert, fortifia cette aumône par sa concession , pour laquelle il reçut quarante sous de Dreux \ sa femme eut dix sous de la charité des moines. Raoul de Conches , dont nous avons souvent parlé , qui était seigneur en chef, donna de bon cœur son assentiment, et exigea avec bienveillance le consentement de sa femme et de ses
' Le li ibut uayti par ceux qui envoyaient leurs îmies dan* un boi* au temps de la glandcc.
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enfans. 11 s était distingué par un grand mérite dans les armes-, il florissait surtout, par les richesses et les honneurs , parmi les plus grands seigneurs de la Normandie -, pendant près de soixante ans il combattit vaillamment sous les princes normands Guillaume , roi d'Angleterre, et Robert, son fils, duc de Normandie. 11 enleva de nuit Agnès , sa sœur utérine , fille de Richard , comte d'Evreux , et la donna en mariage à Simon de Montfort. En récompense il eut pour femme Isabelle , fille de ce Simon , qui lui donna de nobles enfans, Roger et Rodolfe, ainsi qu'une fille nommée Godehilde , qui épousa d'abord Robert, comte de Meulan, et ensuite Baudouin fils d'Eustache , comte de Boulogne. Enfin le vieux Raoul, après plusieurs événemens heureux ou tristes , mourut le 9 des calendes d'avril ( 24 mars ) : son fils Rodolfe posséda environ vingt-quatre ans l'héritage paternel. L'implacable mort ayant soumis à son empire les deux frères , ils furent inhumés avec leur père dans le couvent de Saint-Pierre de Châtillon *.
Isabelle étant restée long-temps dans le veuvage , se repentit du funeste libertinage auquel elle s'était trop livrée dans sa jeunesse -, elle abandonna le siècle, prit le voile dans le couvent des religieuses de Haute- Bruyère , et persévérant admirablement dans la crainte de Dieu , corrigea sa vie d'une manière salutaire. Le comte Guillaume , fils d'Osbern, ayant été tué par les Flamands, le roi Guillaume distribua ses biens à ses enfans : Guillaume , l'un d'eux , eut Breteuil et toutes les autres possessions de son père en Normandie; Roger obtint en Angleterre le comté de Hertford. Ce
* A Conchcs.
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Guillaume, qui était très-modéré, témoigna beaucoup d'attachement à l'abbaye d'Ouche, et lui donna plusieurs biens pour le repos de l'ame de ses parens : il envoya par le moine Roger du Sap le texte des Evangiles, orné d'or, d'argent et de pierreries, et confirma tout ce que ses hommes avaient donné ou vendu à Saint-Evroul. 11 accorda cent sous par an du Tonlieu * de Glos , et confirma de bonne grâce la charte suivante en présence de ses seigneurs :
« Moi , Guillaume de Breteuil , fils du comte Guillaume , je donne à Saint-Evroul et à ses moines , de mon Tonlieu de Glos , cent sous pour acheter du poisson, chaque année, au commencement du carême, pour la rédemption de l'ame de mon père et de ma mère , afin que tous les moines fêtent leur anniversaire et le mien , et pour qu'à chaque anniversaire on distribue aux pauvres la portion de nourriture et boisson d'un moine. Durant ma vie , il sera chanté pour moi une messe de la Trinité dans le monastère chaque jour de dimanche. Je donne aux moines un bourgeois à Breteuil , et leur concède tout ce qui leur a été donné par mes hommes , Richard Fresnel , Guillaume Halis, Raoul de Lacunèle, et par d'autres. Je donne ces choses en présent , et je promets aux moines dorénavant et avec fidélité mon conseil, mon assistance et plusieurs autres avantages. Quiconque après ma mort soustraira ces dons encourra l'excommunication. » Cette charte fut souscrite par Guillaume de Breteuil , Raoul le chapelain , Guillaume le sénéchal , fils de Baron , Ernauld, fils d'Ernauld , et Robert de Louviers.
1 Teloneum.
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L'an de l'Incarnation du Seigneur 1099, le même Guillaume assista à la dédicace de l'église d'Ouche , et ajouta cent sous, du revenu du cens de Glos, aux cent sous qu'il avait auparavant donnés à Saint- Evroul. Il déposa cette donation sur l'autel encore humide de la sainte consécration, en présence de trois évêques, de cinq abbés, et de tout le peuple avec le clergé, qui assistait à la cérémonie. Peu de temps après, du temps du duc Robert, le comte Guillaume mourut au Bec, le a des ides de janvier (12 janvier) 5 il repose enseveli dans le cloître du couvent de Lire , que son père avait fondé sur son propre fonds. On fête tous les ans son anniversaire dans le monastère d'Ouche. La charte de donation des dix livres dont nous avons parlé , fut munie du sceau de Henri , roi des Anglais ; les successeurs de Guillaume, Eustache, Raoul de Gadère 1 , et Robert de Leicester confirmèrent la concession faite aux moines, et l'ont jusqu'à ce jour parfaitement acquittée .
Guillaume de Moulins, du consentement de sa femme Alberède, donna à Saint-Evroul l'église de Mahéru avec la dîme , toute la terre du presbytère appartenant à la même église, et le cimetière du lieu. En outre, il fit don , dans la place de Moulins , de l'église de Saint-Laurent , ainsi que de la terre qu'il avait dans son domaine auprès du château , de même qu'il la tenait personnellement. Il fit cette donation en présence de ses seigneurs Gaultier d'Aspres , Evrard de Riz, et quelques autres réunis au chapitre : c'est ainsi qu'il mérita les bienfaits de l'église, comme frère et comme prolecteur généreux. Alors l'abbé Mainier
1 Raoul de Gaèl.
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offrit à ce marquis 1 , grâce à la libéralité des religieux, quinze livres de deniers, et le conduisit à l'autel pour y confirmer la donation avec Alberède, fille de Guitmond, du patrimoine de laquelle le bien provenait. En présence de tout le couvent, ils concédèrent volontiers tout ce qui avait été présenté, et le confirmèrent en forme dans une charte sur l'autel de saint Pierre. Quelque temps après, le héros dont nous venons de parler fit don de l'église de Bons-Moulins avec toute la dîme des moissons, du moulin et du four -, Rainauld-le-Petit , qui conservait par Tordre des moines ce qu'ils y possédaient, donna par charité trente sous.
Après qu' Alberède eut donné à son mari deux fils, Guillaume et Robert, le divorce eut lieu entre eux pour cause de parenté. Guillaume de Moulins ayant porté sa cause devant l'évéque épousa une autre femme nommée Duda, fille de Galerande Meulan, qui lui donna aussi deux fils, Simon et Hugues, lesquels furent frappés dans leur jeunesse par une mort prématurée, qui ne leur permit pas d'avoir des enfans. Alberède prit l'habit de religion , et termina sa vie dans un couvent de filles. Ce Guillaume était fils de Gaultier de Falaise , et il excella à la guerre : c'est ce qui détermina le prince Guillaume à lui donner la fille de Guitmond avec tout le fief de Moulins 1 . Il s'attacha trop aux louanges futiles et vaines, pour l'obtention desquelles il se rendit coupable d'un grand nombre d'homicides. On rapporte qu'il versa beaucoup de sang, et que sa cruauté féroce était si funeste
* Marchio. Ce Guillaume était en effet seigneur d'une place frontière , qui a pris et conservé le uom de Moulius-la-Marchc.
que quiconque était frappe* par lui, même légèrement, ne pouvait éviter une mort prochaine. Au milieu des alternatives de la prospérité et de l'infortune, il vécut jusqu'à la décrépitude, et jouit de grands honneurs en tout ce qui concernait le siècle. Enfin il mourut dans son château, le i4 des calendes de novembre ( 19 octobre) j il repose inhumé dans le chapitre d'Ouche.
Robert son fils, ayant obtenu l'héritage de ses aïeux, tout occupé de son salut à venir, se transporta à Ouche, confirma tout ce que son père et sa mère avaient donné ou concédé, et accorda avec bienveillance à Saint-Evroul ce que les hommes de son fief avaient donné ou vendu. En conséquence, il déposa à l'autel, sur le texte des Evangiles, la concession qu'il venait de faire , et ensuite il reçut de la charité des moines cinq marcs d'argent et un excellent cheval. Pendant près de quinze ans, il gouverna légitimement le fief de son père, et le défendit puissamment contre ses ennemis du voisinage, parce qu'il était très-fort , quoique peu habile dans l'art des combats : contre la défense du roi Henri , il attaqua les armes à la main Enguerrand, surnommé l'Oison, et combattit souvent contre lui avec un grand courage ; c'est ce qui détermina le roi , enflammé de courroux par les mauvais rapports des délateurs, à le priver de ses biens, et à l'exiler de Normandie dans laPouille, où il se retira avec Agnès, fille de Robert de Grandménil , qu'il avait récemment épousée , et où quelques années après il mourut après avoir erré dans les chaumières de l'étranger. La violence du prince ayant ainsi chassé le frère aîné, Simon lui succéda, et, de con-
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cert avec sa femme Adeline, confirma avec joie tout ce que ses prédécesseurs avaient donné & l'abbaye d'Ouche.
Roger de Mont-Gomeri , après la chute de la famille de Giroie, posséda, pendant près de vingt-six ans, tout le patrimoine d'Echaufour et de Montreuil. D'abord, tant que vécut sa femme Mabile, qui avait toujours détesté les Giroie, fondateurs du couvent de Saint-Evroul , Roger, à son instigation , vexa l'abbaye en plusieurs circonstances. Enfin le juste arbitre qui épargne avec bonté les pécheurs, mais qui frappe rigoureusement les impénitens, permit que cette méchante femme , qui s'était teinte du sang de beaucoup de personnes, et qui avait forcé tant de nobles, deshérités par la violence, d'aller mendier chez l'étranger, tombât sous le glaive de Hugues, auquel elle avait ravi un château qui était situé sur La Motte d'Igé et qu'elle avait ainsi privé injustement de son héritage paternel. Dans la douleur qu'il éprouvait , il conçut une entreprise audacieuse : réuni à ses trois frères, et doué d'une grande vaillance , il parvint de nuit à la chambre de la comtesse, dans un lieu sur la Dive, que l'on appelle Bures, la trouva au lit, où elle venait de se mettre après les délices du bain ; et , pour prix de son patrimoine ravi, lui coupa la tête avec son glaive. Après le meurtre de cette cruelle princesse, beaucoup de personnes se réjouirent de sa chute , et les auteurs de ce grand attentat se hâtèrent de fuir dans la Pouille. Hugues de Mont-Gomeri se trouvait à Bures avec seize chevaliers ; ayant appris le meurtre de sa mère, il se mit à poursuivre les assassins
• La Motte d'Igé, ou La Roche dUge.
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fugitifs \ mais il ne put les atteindre , parce qu'ils avaient eu le soin prévoyant de rompre derrière eux les ponts des rivières, pour ne pas tomber entre les mains des vengeurs de Mabile. L'hiver d'ailleurs, les ténèbres de la nuit, les inondations arrêtaient les poursuites , et les fugitifs , après s'être vengés , ne tardèrent pas à quitter la Normandie. Le cadavre mutilé* fut inhumé au couvent de Troarn, dont Durand était abbé , le jour des nones de décembre ( 5 décembre ) : non que Mabile y eût droit par aucun mérite envers ce lieu, mais à cause du crédit de ses amis. Durand fit inscrire sur son tombeau l'épitaphe suivante :
Alta clarentum de stirpe creata parentum , Hac tegitur tumba Maxima Mabilia.
hjec inter celebres famosa magis mulieres claruit in lato orbe su! merito.
ACRIOR INGENU), SENSU VIGIL , IMPIGRA FACTO,
UTILIS ELOQUIO , PROVIDA CONS1LIO ; ExiLIS FORMA, SED GRANDIS PRORSUS HON ESTAS ;