‹ Histoire de Notre-Dame de BoulogneChapitre 19 sur 89 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

Pendant que la sainte Image demeure cachée à Honvaull, l’on relève peu à peu les ruines de la cathédrale. Au , bout de quarante ans elle est rapportée à la ville, où, après plusieurs enquêtes, elle est enfin reoonnue pour l’ancienne et miraculeuse Image de Nolre-IJamc , et continue d’y être révérée jusqu’aujourd'hui.

L'image de la Sainte Vierge ayant été 'jetée, comme je viens de le dire , dans le puits du ehâleau de Ilonvault , Dieu permit qu'elle en lut retirée par les soins de la demoiselle du lieu, qui était catholique , quoique son mari fût engagé dans le parti calviniste. On la porta secrètement dans l'endroit le plus exhaussé du logis , où tous les jours celle vertueuse demoiselle allait, comme une autre Judith , faire ses prières. On peut dire que la Mère de miséricorde prit plaisir d’exaucer les vœux de celle qui donnait asile à son image , et qu'elle voulut récompenser cette espèce d'hospitalité: car, outre que sa maison fut, par une singulière protection, préservée des grands maux que les guerres civiles et étrangères causèrent dans tout le Boulonnais , elle cul encore la consolation de voir son mari sortir de l'erreur et rentrer dans le sein de la vérila-

ble église. C’étaient là des bénédictions toutes visibles que cette arche du nouveau testament répandait sur la maison qui lui servait de retraite, tandis que l’on travaillait à relever les ruines de son temple et à rétablir son ancienne demeure (1).

Les chanoines n’avaient rien de plus à cœur que d’accélérer ce grand ouvrage. Pour subvenir aux plus pressantes réparations, ils ne firent point difficulté d’aliéner une partie de leurs fonds. Cependant le travail qui restait à faire était d’une telle dépense , qu’ils ne pouvaient l’achever en peu d’années sans être puissamment secondés d'ailleurs. Une libéralité royale , semblable à celle de Henri II après le désastre causé par les Anglais, eût été d’un grand secours dans cette occasion ; mais il ne fallait pas s’y attendre dans un temps si misérable, où les finances du royaume étaient entièrement épuisées par les guerres civiles. Tout ce que purent faire Charles IX et Henri III, son successeur, dans la confusion de leurs affaires , ce fut d'accorder quelques arpens de bois et quelques chênes deleurs forêts , pour être employés à la réédification des combles de l’église. Ainsi, la principale ressource du chapitre n’était plus que dans les aumônes des particuliers.

Entre ceux-ci se signalèrent Claude-André Dormy, premier évêque de Boulogne depuis le rétablissement du siège épiscopal ; François de Chaumcil, seigneur de

(1 ) Nous avons douuc l'historique Ju château d'IIonvault dans l’iine des lettres taisant partie «les souvenirs du Pas-de-Calais , avec une lithographie représentant ce château.

lit BOULOCNK.

Caillacq , successeur de Morvilliers au gouvernement de Boulogne; Antoine d’Estrécs, successeur de Caillacq au même gouvernement; Claude de Vendôme, seigneur de Ligny-sur-Canche , gouverneur de Dourlens ; les seigneurs de Blondel-Joigny, barons de Bellebrune; et les sieurs Adrien Bertrand, Guillaume Mouton et Robert Parenty , mayeurs de la ville de Boulogne. Les uns contribuèrent à la réparation des voûtes, les autres à la réédification des chapelles, d’autres à la construction des vitres , d'autres enfin à la décoration du dedans de l’Église.

Or, tout cela ne se put faire que peu à peu, et quarante ans se passèrent sans que l’église fût parfaitement rétablie. Cependant, quoique les choses y fussent encore en désordre et que l’image en fût absente , il ne laissait pas de s’y faire des miracles de temps en temps: ce qui fut cause que plusieurs personnes y offrirent des vœux et y firent des pèlerinages. Le cardinal Antoine de Créqui, évêque d’Amiens, en fit un à son retour de Rome, et laissa gravés sur une plaque d’argent ces vers, qui témoignent que l’amour de Marie était encore mieux gravée dans son cœur :

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