DI VÆ MARIÆ VIRGINI
BOJLOMF.XSl SACRUM.
Postquàm ego su m patriis, comités quoque reddilus orit
Urbe ex Romuled, salvus et incolumis.
Hic pia vota tibi , meritasqu * txsolvere grates ,
Tandon aliqunndô dalmn est , Virgo tacrala, mihi, <
IIoc ego te his lacrymis exposco . suscipe Christ i N o mini s et causée mite palrocinium.
Sanetis inflictum sponsev miserabile vulnus ,
Victricique regat gallica sceptra manu.
Commissumque gregem . liberos. chetramque sororem , Familiamque oculis omnibus aspiciat.
Obtrcctatorurn lacérer si morsibus , in me herc Turba tamen valeat juris habere nihil.
Fcelix. 6 fœlix, virgo sanctissima , votis Si facili omnipotens annuat ore Deus.
Quod superest vitœ tibi pendant . te Theotoxnn .
Te Dominant cerli dicere non vereor.
Ponebat A. cardinalis de Créqüi,
13 Cal. J»n. 1571.
Quelques années après , un chanoine et écolâlrc de l’église d’Amiens fit aussi à la Sainte Vierge un vœu qui était gravé sur une plaque d'argent, en ces termes:
Deo O. M. cl integra Virgini Maria Bolonicnsi , voti rcligione ac pietale obslrectus Thomas Obry , Ambtanensis eccJesiœ scholaslicus ac canoniçus anathema hoc posuit 9 Cal. Jun. 1584.
Ce qui montre qu’on ne laissait pas de visiter toujours l’église de Notre-Dame de Boulogne , quoique l’image miraculeuse en eut été enlevée, comme si celte étoile éclipsée eût laissé après elle certaines traces de lumière pour y conduire et attirer les fidèles.
Nous allons voir cesser enfin cette longue éclipse.
Le seigneur de Honvault , quoique redevable de sa conversion à la Sainte Vierge , n’avait pas encore osé jusqn’ici déclarer que l'image était cachée dans sa maison, parce qu’il avait toujours craint que cela ne le fit passer pour complice de son enlèvement et des autres vols qui avaient été faits en même temps dans l’église. Mais Dieu , disposant peu à peu l’humeur et l’esprit de ce gentilhomme, et l’élevant insensiblement au-dessus de ses craintes ordinaires, permit qu’un jour il s’en ouvrît à unf saint ermite de la forêt de Desurennes, appelé Vespasiende Fontaines, son parent et son ami. Il lui déclara confidemment qu’il avait chez lui cette image miraculeuse de la Sainte Vierge, qui avait été enlevée par les huguenots durant les derniers troubles , et qu’il avait dessein de la lui remettre entre les mains avant que de mourir. Ces paroles comblèrent de joie le pieux solitaire , qui ne manqua pas de venir quelque temps après à la maison du gentilhomme , et le pressa tellement de s’acquitter de sa promesse , qu’il lui permit enfin d’emporter ce sacré dépôt. La charge était pesante; mais,- outre que l’ardeur de son zèle la lui fit trouver légère , il fut aidé à la porter par Antoine Gillot , prêtre de l’église de Boulogne , qu’il avait amené avec lui pour cet effet. Tous deux chargèrent tour à tour ce vénérable fardeau sur leurs épaules , et le portèrent jusqu’à la ville avec une incroyable facilité.
Au premier bruit de leur arrivée, chacun courut en foule à la maison du sieur Guillaume Mouton , ancien mayeur , où ils avaient déposé la sainte image. Plu-
96 msTone »e notbe-dame
sieurs personnes dignes de foi remarquèrent qu’il en sortait une odeur suave qui ne permettait point de douter quelle n’eût quelque chose de miraculeux. Beaucoup d'autres indices persuadaient fortement que c’était celle-là même que les huguenots avaient jetée dans un. puits , après avoir vainement essayé de la réduire en cendres , ainsi qu’on se souvenait de leur avoir ou! dire à eux-mêmes dans le temps de leur tyrannie. Cependant on n’osa pas tout d’un coup l’exposer à la vénération publique , à cause de quelques difficultés qui s’élevèrent à ce sujet. Elles n’étaient d’abord fondées que sur des soupçons assez légers ; mais elles se grossirent de jour en jour par les artifices du père du mensonge , lequel, prévoyant que le culte de cette image devait être fatal à son empire, fit tous ses efforts pour l’empêcher. Cela fut cause qu’on voulut approfondir davantage les choses touchant la vérité de l’image. On fit diverses enquêtes , où Jean de Frohart , écuyer , seigneur de Honvault, qui avait alors soixante-quinze ans, ses enfants et plusieurs autres personnes âgées et irréprochables , témoignèrent unanimement que l’image rapportée de Honvault par le prêtre et l’ermite , le 26 septembre 1607 , était la même que celle qui avait été anciennement révérée à Boulogne , et qui avait été renvoyée d’Angleterre l’an 1550.
Toutes ces informations , avec quantité d’autres preuves authentiques , furent envoyées en Sorbonne , où le tout mûrement examiné et mis en délibération entre les docteurs de la faculté , ils déclarèrent qu’il
DK BOULOGNE.
fallait rendre ses premiers honneurs à cette vénérable relique de l'antiquité, et la reconnaître pour l’ancienne et miraculeuse image de Notre-Dame de Boulogne.
Le témoignage du ciel concourut en cette occasion avec ceux de la terre. Comme on fut obligé de retailler l’image en de certains endroits où les ennemis de la religion avaient causé quelque fraction ou autre difformité, la piété, qui est toujours ingénieuse, inspira à quelques-uns de faire faire de petites images avec les éclats qu’on tira de la grande , et Dieu y attacha la même vertu miraculeuse qui résidait dans celle dont elles étaient détachées. On ne douta plus qu’une image dont les moindres parcelles étaient des instruments de miracles, ne fut miraculeuse elle-même : ainsi devintelle semblable, en quelque manière, à ce bois précieux sur lequel Jésüs-Christ a opéré notre rédemption , dont la vertu salutaire, dit un ancien père (1), se communique indivisiblement aux moindres éclats qu’on en tire.
La lumière de la vérité ayant dissipé tous les vains nuages que le prince des ténèbres avait répandus dans quelques esprits peu crédules, l’on ne songea plus qu'à rétablir cette sainte image sur son ancien trône, pour y recevoir les hommages publics de la piété des peuples. Il fallait pour cela réparer sa chapelle, qui était demeurée en ruine depuis le ravage des Anglais.
M) S. Paulin , cp. 2 ait Serer.
Il existe an de ces fragments entre les mains de M. Florent Du tertre , pharmacien , et il est joint à une des anciennes médailles en argent de U Vierge de Boulogne.
HISTOIRE DE KOTRE-IUME
Messire Claude Dormy, neveu et successeur du premier évêque de ce Dom , adressa pour ce sujet , à tous les fidèles de son diocèse, une lettre pastorale, en date du 21 avril 1621. Mais , quoiqu’il eut la satisfaction de voir ce pieux édifice entièrement achevé, il n’eut pas celle d’y voir la sainte image rétablie , parce que la mort le prévint.
Cette consolation était réservée à messire Victor Le Bouthillier, son successeur , depuis archevêque de Tours , qui , par son zèle pour le culte de la Sainte Vierge , et par toutes les autres qualités dignes d’un grand prélat, ne s'est pas rendu moins recommandable que l’atné de ses frères et l’un de ses neveux l’ont été par les charges de surintendant des finances, de secrétaire d'État , et de grand-trésorier des ordres du roi, auxquels leur mérite les a élevés. Ce fut lui qui , le Samedi Saint, 30 mars de l’an 1630, fit la cérémonie de ce rétablissement, que messieurs de Sainte-Marthe ont jugé digne d’être rapporté entre les plus mémorables actions de son pontifical. Voici comme ils s’en expliquent dans leur France chrétienne , en parlant des évêques de Boulogne: Cùtn aulem B. Virgin is Imago apud bononiam inclyta miraculis , Novatorum bello ingruente, fuisset deperdita, iterùm reperla suo loco reponilur in Cathedrali à Victore , et eodem cullu quo multis sœculis claruerat, condecorata est, signis plurimis ad Divœ aram paulô mox palralis. C’est-à-dire , l’image de, Notre-Dame de Boulogne , si célèbre en miracles , ayant été perdue dans les derniers troubles des huguenots , fut enfin retrouvée et remise, par les soins de l’évêque Victor, dans son église cathédrale ,
DK DOCLOGSE.
où l’on recommença de lui rendre le môme culte dont elle avait été honorée pendant plusieurs siècles ; et bientôt après on vit éclater plusieurs merveilles devant l’autel de cette Vierge.
Ce dernier rétablissement, ou plutôt ce nouveau triomphe de la Sainte Vierge , fut suivi de nouveaux hommages et de nouvelles marques de respect , tant de nos rois très-chrétiens que de leurs principaux sujets. Louis-le- Juste , de glorieuse mémoire , ayant su, à son avènement à la couronne, qu’il devait à Notre-Dame de Boulogne l'hommage d’un cœur d’or , auquel le roi Louis XI s’était assujéti , lui et tous les rois, ses successeurs, se mil en devoir d’y satisfaire par un arrêt donné en son conseil le 10 mars 1615. Il
arriva néanmoins , soif par la négligence des officiers, soit par d’autres incidents, que cet arrêt ne fut point exécuté du vivant de ce prince , quoiqu’il eût promis, dans les deux voyages qu’il fit à Boulogne, de le faire mettre en exécution , et qu’il l’eût même ordonné depuis par un second arrêt daté du 24 janvier 1635. Il semble que Dieu ne l’ait ainsi permis que pour rendre plus incontestable à l’avenir le beau droit de l’église de Boulogne , par la vérification qui s’en devait faire sous le plus éclairé de tous les règnes.
Louis-le-Grand , dont le trône n’est pas moins affermi par la justice qu’il sait rendre à tout le monde que par l’invincible pouvoir de ses armes toujours victorieuses , s’est fait un honneur de s’acquitter d’un hommage si légitime; et pour deux cœurs d’or qu’il a reconnu devoir en son nom , et pour le roi son père , il a accordé au chapitre de Boulogne une somme de
douze mille livres, qui a été employée à la construction de l’autel du chœur et de la clôture de marbre , en conséquence tant des arrêts du conseil d’État du 9 mars 1644 et 12 juillet 1645, que des lettres de jussion du 7 mai 1647 , registrées en parlement et en la chambre des comptes ; ouï le procureur général du roi, les 3 et 15 juillet suivant (1).
Ce n’est pas seulement la piété de nos rois qui a rendu célèbre ce dernier retour de notre sainte image, plusieurs autres personnes l'ont honorée de leurs libéralités. On travaillait encore au rétablissement de l’ancienne chapelle , lorsque le duc de Chaulne , maréchal de France et gouverneur de Picardie , voulut avoir l’honneur de contribuer à ce pieux ouvrage par une somme considérable qu’il donna à cet effet. Après que la chapelle fut achevée , et que l’image y eut été remise, il y fit plusieurs autres dons, entre autres celui de deux chandeliers d’argent du poids de neuf marcs, qui lui en firent mériter le titre de bienfaiteur, aussi bien qu’à la duchesse Charlotte d’Ailly, dame de Pecquigny , son épouse.
Celle-ci venant à Boulogne en 1636 , y fut reçue par le chapitre , comme bienfaitrice de leur église, et on lui présenta à son entrée une image de Notre-Dame enchâssée en argent. C’était le présent ordinaire que
(1) C’est dans les ornements el les seulplures de celte clôture de marbre que sc trouvait le bas-relief représentant le vœu de Louis XIII, morceau précieux échappé à la fureur des vandales révolutionnaires , et que j'ai donné au musée de Boulogne.
DE BOl'LOCXE.
les habitants de Boulogne faisaient aux personnes de qualité. Par un effet de la tendre affection qu’ils avaienl pour leur chère patronné, ils regardaient ses images et ses médailles comme les plus riches joyaux qu’ils pussent offrir, même aux reines et aux princesses. En effet (1) la ville en fit faire une l'an 1567, pour la prochaine arrivée de la reine Catherine de Médicis ; et l'an 1551 , on en avait présenté une autre richement façonnée à Marie de Lorraine , femme de Jacques Stuart V du nom, roi d’Écosse, et mère de la fameuse Marie Stuart.
La libéralité du duc de Chaulne et de la duchesse son épouse fut secondée de celle de plusieurs autres dames de considération , comme de Louise-Isabelle d'Angennes-Maintcnon, femme du marquis d'Aumont, chevalier des ordres du roi et gouverneur du Boulonnais ; d'Anne d’Aumont , leur nièce , mariée au comte de Lannoy, gouverneur de Montreuil ; de Marie de Rohan , duchesse deChcvrcuse% gouvernante de Picardie ; de Charlotte-Cécile de Monchy , abbesse du monastère royal de Sainte-Auslreberte, et de la dame de Créquy d’Affeux , de la maison de Vieuxpont, qni toutes honorèrent la chapelle par les divers dons qu’elles y firent.
La nouvelle du retour de la «ainte image s’étant répandue dans les provinces voisines d’Artois et de Flandre, plusieurs personnes de ces pays-là en témoignèrent leur joie par les divers présents qu’elles lui
(t) Regidrei du chapitre at de U Tille.
firent. La marquise de Croix, entre autres , lui offrit, par le sieur Martin de Poix, chanoine de Bruges, une robe de velours cramoisi, en broderie d’or , avec un voile de crêpe par feuillages, et deux couronnes d’or.
Depuis ce temps-là les vœux et les hommages ont toujours continué. Le présent de Henriette de Bourbon , reine d’Angleterre , en est un des plus considérables. C'est un grand et beau ciboire de vermeil doré ciselé, qu’elle donna en 1657, en reconnaissance de quelque grâce obtenue du ciel par l’intercession de Notre-Dame de Boulogne , qu’elle n’a jamais manqué de visiter avec une singulière dévotion toutes les fois qu’elle est .passée par cette ville. Le vœu du marquis de Ceraldc, gouverneur des ville et citadelle d’Anvers, fait l’an 1659, mérite aussi son éloge particulier. C’est une grande lampe d’argent de la valeur de mille livres, qu’il a fait suspendre dans la chapelle , comme une marque éclatante de sa gratitude envers la Sainte Vierge, pour quelque faveur qu’il en avait reçue.
Parmi tout ce qui a été offert dans ces derniers temps , rien n’a encore égalé la magnificence de messire Antoine d’Aumont, maréchal de France , gouverneur de Paris et du Boulonnais. Outre l’ornement complet de drap d’or à grandes roses de velours cramoisi , avec un excellent tableau de l’Assomption de la Sainte Vierge, dont il a enrichi son église , il en a encore voulu relever la beauté, en 1667 , par un superbe jubé de marbre qui forme l’entrée du chœur. Le chapitre , pour faire passer sa reconnaissance à la postérité, y a fait graver le nom de son bienfaiteur en lettres d'or.
DE BOULOGXE.
Messire Louis-Marie d’Aumout , son fils , premier gentilhomme de la chambre , et son successeur au gouvernement de ce pays , ne travaille pas moins h y rendre sa mémoire immortelle par ses bienfaits et la protection qu’il ne cesse d’accorder à cette église , aussi bien qu’à l’hôpital érigé sous ses auspices , dont il fait l’objet le plus ordinaire de ses soins et dç sa libéralité , pendant que la duchesse son épouse , de l'illustre maison de La Mothe-Houdancourt , met sa principale gloire à s’acquitter de tous les devoirs de la plus solide piété. Entre les riches marques qu’elle en a laissées à la même église , deux paremfenfs de satin blanc , faits en partie de sa main , accompagnés de chasuble et tuniques à bandes de point d’Angleterre rehaussé de broderie d’or et d’argent, avec une chasuble et la robe de moire d’argent pour la sainte image, rendent témoignage de sa vénération singulière pour l’auguste souveraine du Boulonnais.
Je pourraisjoindre à tous ces présents, faits de nos jours , les diverses fondations de messes et de prières publiques qui les ont suivis , et qui sont encore de ' nouvelles preuves que l'ancien culte de Notre-Dame de Boulogne s’est perpétué jusqu’à nous sans interruption. Mais je passe sous silence toutes ces marques récentes de vénération, pourfinir ce chapitre par celle que messire Nicolas Lavocat Billiard, évêque de Boulogne a laissée, de concert avec les chanoines de son église cathédrale: c’était un prélat pénétré de respect et d’amour pour la gloire de la Mère de Dieu , et il en avait fortement défendu les intérêts par ses doctes
ouvrages (iy lorsqu’il n'était encore que chanoine de Paris. Depuis qu’il fut élevé sur le trône épiscopal de Boulogne , rechercha les moyens de favoriser la dévotion de£$n clergé , et d’accroître en môme temps ceâtôdes peuples envers cette incomparable Vierge. Il établit pour cela , le 30 janvier 1680, une station solennelle devant la sainte image , avec le chant de l'antienne Salve Regina en musique , où le chœur assisterait processionnellement» après compiles , toutes les veilles des fêtes de Notre-Dame et des premiers dimanches des mois: ce qui s’est observé jusqu’aujourd’hui avec toute l’exactitude et l’édification possible.
(d) Vindici* FarLlienica , et Rcpetit* Vindiciæ.
DK BOULOGNE.