‹ Histoire de Notre-Dame de BoulogneChapitre 25 sur 89 · CONTINUATION Ï»E‘ L* HISTOIRE · texte numérisé non relu

CONTINUATION Ï»E‘ L* HISTOIRE

Certes, voilà des souvenirs dont l’église et la ville de Boulogne peuvent se glorifier!... Ne réunissentils pas la sainteté religieuse à la majesté royale etù la noble commisération qti'inspirent toujours de hautes infortunes?... • ■

Après avoir échappé à la poursuite -du prince d'Orange, son gendre, Jacques II, qui avait pris la fuite dans une barque longue, assailli par la tempête à peu de distance de la côte de France, fut recueilli à bord d’une frégate de Dunkerque et débarqua à Ambleteuse le 4 janvier 1689. — Nous avons raconté, dans les souvenirs du Pas-de-Calais , les détails de la réception de ce prince chez M. de Chateau Guillaume, commissaire de marine, et ensuite à Boulogne, où on lui rendit tous les honneurs dus à son rang, fl)

Son séjour dans cette ville nefutque de quelques instan ts ; mais i 1 y revint en 1 696 lorsqu'il fût question d’une expédition ayant pour but de le replacer snr le trône. On était alors dans la semaine sainte, et ce roi suivit tous les offices qui eurent lieu dans l’église Notre- Dame. M. de Breteuil, en ce moment évêque de Boulogne, arriva exprès de Paris pour donner plus de solennité aux cérémonies religieuses auxquelles Jacques II assista. Le 29 mars un salut en musique fut chanté pour la prospérité de ses armes , et le 1 1 avril suivant commença le jubilé institué par le pape Innocent XII, pour l’union des principes chrétiens. Scotté de Velinghen , dans les notes qu’il nous a laissées ,

Cl) Souvenirs historiques et pittoresques du Pas-de-Calais, lettre xtiii.— La Franc « Littéraire et la Berne Maritime ont reproduit cette lettre.

rapporte que le 23 du même mois tous les Anglais se trouvant à Boulogne fêtèrent l'anniversaire du couronnement de leur roi en plaçant sur leurs chapeaux un écusson blanc, avec la croix de gueules , qui est la croix de St. -Georges, patron de l’Angleterre .

Notre Vierge miraculeuse fut le constant objet des hommages de Jacques II , jusqu’au jour où il quitta nos murs, le 3 mai , après avoir été passer en revùe son régiment des gardes à pied , qui était en garnison à St.-ômer. , . -

A la dévotion des grands de la terre envers Notre- Dame de Boulogne vint se joindre, depuis 1697 jusqu’en 1700, celle d’une foule de particuliers , et surtout des habitants des campagnes et des marins. Ces derniers ont toujours été fidèles au culte de là Vierge; le temps et les révolutions n’ont point affaibli la ferveur de leur zèle, et peut-être est-ce aux bons sentiments que cette divine patronne leur inspire qu’ils doivent la conservation de leur loyauté primitive et de cette pureté de mœurs qui les distingue.

Dans le cours des trois dernières années du dix-huitième siècle, les confréries de St. -Pierre de Calais , de Marck et de Wissanl; celles de St. -Pierre et du Saint Rosaire de la basse-ville de Boulogne , -de Wimille , de Samer et d’Hucqueliers , firent de fréquents pèlerinages k Notre-Dame. Elles arrivaient à cette église en procession de plus de cinq cents personnes , avec çroix et bannières en tête , et terminaient ordinairement cet acte pieux "parjune visite à la chapelle de St.-Adrien de Baincthun, encore en grand renom de

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nos jours. Indépendamment de l’influence morale de ces proçessions.ne doit-on pas aussi les regretter quant à l’intérét matériel et artistique?... Quel mouvement ne donnaient-elles point à notre ville , et combien d’argent ne répandaient-elles pas dans les classes ouvrières et marchandes !... Il y a toujours de la poésie dans une grande réunion d’hommes accomplissant un voeu religieux , et Diderot lui-même en a fait la remarque dans ses écrits: Ce qu’un faux orgueil appelle de nos jours progrès de la civilisation, affranchissement des préjugés, nous prive de cérémonies nobles , touchantes, que les esprits sages , les âmes naïves et élevées ne cessent de redemander.

Le 16 septembre 1701 .Jacques II mourutà St.-Germain,et peu d’années après, son fils, devenu roi légitime d’Angleterre,voulut tenter une expédition dans ce pays , afin de remonter sur le trône.. Il arriva à cet effet à Boulogne le 9 mars 1708, à 7 heures du matin , accompagné seulement d’un page , de son gouverneur , et d’un courrier qui les devançait. Les chroniqueurs du temps font observer, dans les notes qu’ils ont laissées, que ce prince avait à son chapeau un plumet vert et blanc , mêlés , en signe de bon droit et d’espérance. Il ne s'arrêta que pour changer de chevaux , et sortit de la ville par la porte au - dessous de l’abreuvoir , aujourd’hui porte des Dunes. Son embarquement se fit à Dunkerque le 17 mars, à six heures du soir.

Cette expédition n’ayant point réussi , Jacques III revint à Boulogne le 17 avril suivant; il fut reçu avec magnificence dans le" Palais Episcopal , par M.

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de Langle. On lui donna pour garde un bataillon de la milice boulonnaise et douze hommes d'armes de la gouvernance. Les chroniqueurs que nous venons de citer disent qu'il était fort pâle et paraissait très- affligé de son insuccès. Le lendemain 18 il entendit la messe dans le chœur de la cathédrale , où l’on avait placé pour lui un prie-dieu, avec accoudoir. Ce fut le chanoine Blondet, aumônier dé l’évêque , qui officia. Les orgues jouèrent, et quelques motets en musique furent chantés.— -Ce roi donna un louis d’or à chacune des quêteuses pour la Vierge et le St. -Sacrement. Après la messe on le conduisit dans la chapelle de Notre- Dame, à laquelle sa mère l’avait voué, et il y récita dévotement son oraison. En sortant de l’église il monta en carrosse a\ec son gouverneur et M. le marquis de Colembert, commandant de Boulogne , fut visiter les remparts, et repartit ensuite en chaise de poste pour Versailles.

Ces actes de piété des souverains étrangers envers la Vierge de Boulogne prouvent de quel renom elle jouissait encore au commencement du dix-huitième siècle. . •

Cependant un affaiblissement progressif des principes religieux ne tarda pas à se faire sentir dans les dernières années Jdu siècle de Louis XIV. Les habitudes sévères et majestueuses de ce prince, auquel l’histoire peut reprocher des faiblesses^ mais qui , indépendamment de ses conquêtes , a mérité à taht de titres le surnom de grand , maintenaient seules la licence, et le dérèglement, prêts à s’emparer des hautes

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classes de la société. 11 mourut le 1" septembre 1715; et, sous le régent, véritable fanfaron de vices , à qui la nature avait départi de brillantes qualités qu’il se plut à ternir, l’immoralité et l'oubli de tous les devoirs levèrent le voilé et s'affichèrent sans honte et sans pudeur.Cette époque fatale est empreinte de cette corruption signalant le règne de quelques-uns des douze Césars. Il eût fallu , pour la comprimer, pour arrêter les ravages qu’elle devait produire, un prince ferme, d une piété éclairée, et qui ne se laissât point séduire et diriger par des hommes ambitieux , des courtisans avides et sans mœurs. Malheureusement Louis XV ne ressemblait en rien au modèle que nous venons de tracer. , * .

Le 15 février 1723 il atteignit sa majorité , et les commencements de son règne donnèrent les plus belles espérances. De l’esprit, un bon cœur, un jugement sain , telles étaient dans ce roi les qualités qui justifiaient ces espérances ; mais la faiblesse de son caractère, un penchant décidé pour les grossiers, plaisirs des sens , dont on abusa perfidement , élargirent de plus en plus les plaies profondes que la régence avait faites au royaume de France. Louis XV était loin d'être incrédule , et cependant le scandale de ses liaisons et l’insouciance qui en fut la suite le laissèrent

désarmé contre les progrès de l’incrédulité.

Le 4 septembre 1725, Marie Leckzinska, fille unique de Stanislas, roi détrôné de Pologne , fut mariée à Louis XV. Après trois années d’union cette princesse devint enceinte , et ses sentiments de piété la firent alors entrer en correspondance avec M. Henriot,

évêque de Bdulogno, qui donna l’ordre de dire quatre cents messes à l’autel de Notre-Dame pour obtenir, par son intercession, l’heureuse délivrance de la reine et la naissance d’un dauphin. L’évènement répondit aux vœux que l’on avait formés , et le 4 séptembre 1728 Marie Leckzinska accoucha d’un prince qui fut depuis le père de trois rois, Louis XVI, Louis XVIII et Charles X. Le lendemain cette joyeuse nouvelle parvint dans nosmurs,et fut le sujet de nombreuses actions de grâces rendues à la mère de Dieu , et de grandes réjouissances.

Le roi Louis XV < voulant suivre l’exemple qui lui avait été donné par ses ancêtres, en faisant son hommage à Notre-Dame de Boulogne , arriva dans cette ville le 6 juillet 1744. ,

Nous avons puisé, dans un procès-verbal inséré aux registres des délibérations de la mairie , pour v l'année d’alors , des détails curieux sur la visite de ce monarque à la chapelle de notre Vierge. Ce. document , outre son authenticité est écrit sous des inspirations que arienne saurait remplacer. C’est pourquoi nous nous plaisons à le citer textuellement :

« Le roi étant à Lille à la fin dii mois de juin 1744, » après avoir mis sous son obéissance les villes de » Menin etYpres, ditkM. le duc d’Aumont , premier » gentilhomme de la chambre, maréchal de camp , et .» un de ses aides-de -camp ,* qu’il lui demandait à » souper à Boulogne pour le lundi 6 juillet 1744.

» M. le duc d'Aumont s’y est rendu dès le jeudi »'2 dudit mois de juillet, sur les deux heures après

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