CONTINUATION I>E L’HISTOIRE
» midi. Tous les corps ont été le haranguer comme » gouverneur futur. La survivance qu’il a du gou- » vernement n’étant point encore déclarée , le corps » de ville lui présenta les vins d’honneur et l’invita » à dîner le dimanche suivant , à l’hôtel— de-ville , où » il a été régalé splendidement , avec les députés de » tous les corps, invités à ce dîner.
» Le roi vint à cheval , de Calais à Boulogne , le » long de la côte. Il y arriva le 6 juillet , sur les deux » heures après midi, au hruit du canon et aux accla- » mations du peuple. (1) Sa Majesté entra par le » port, traversa la rue de l’Ecu, la Grande Rue de la » basse-ville, la place de la ville haute , et fut mettre
pied à terre au grand portail de la Cathédrale.
» M. le sénéchal et tous les officiers de la séné- ?> chaussée , par un excès de zèle , étaient allés au- » devant de Sa Majesté dans la basse-ville , jusqu’au » Séminaire, où elle a été haranguée par M. le lieu- ' » tenant-général. -
(1) L’on croit généralement encore qu'un ancien tableau , sc trouvant dam la galerie de peinture du musée de Boulogne, représente l’arrivée de Louis XV en cette ville. C’est one erreur ; car les costumes des personnages, dont les principaux, et en particulier le roi, sont en carrosse, le lieu de la scène, le faire du tableau, qui est celui de l'école de Vander Meulen, appartiennent évidemment au siècle de Louis XIV. L'orthographe même de l'inscription qui y a été placée , et dans laquelle le peintre a employé le V pour l’U, confirme ccttc idée. — C’est toutefois un morceau précieux, en ce qu'il reproduit, avec exactitude, la haute et basse-ville de Boulogne au dix-septième siècle , avec les monuments qui y existaient alors. F, n le comparant aux tableaux faits, il y a peu d’années, par MM. TuiteetThilippe, on voit quel accroissement noire vjllea pris depuis celte époque. ’ ■
» Les clefs de la ville lui forent présentées, à la » porte des Dunes , en dehors , et elle fut haranguée ' » par M. le majeur, à là tête du corps , un genou en » terre. M. l’évêque, à la tête du chapitre, l’attendait » à la porte de l’église, où il le complimenta. Après lui » avoir présenté l’eau bénite et donné la croix à » baiser, on le conduisit processionnellement dans le » chœur et on chanta Yexaudiat.
» Le roi fut ensuite logeir au palais épicospal, où » M. le duc d’Aumont lui donna à souper et à toute » la cour, et le lendemain à dîner; il y avait huit » tables, indépendamment de celle du roi,, toutes ser- » vies avec délicatesse et profusion.
» Les rues où Sa Majesté a passé , en entrant » et en sortant , étaient tapissées et bordées des » habitants en armes et des troupes boulonnaises de » la garnison.
. » Il y eut lundi soir un feu de joie sur la place ;
» l’hôtel-de-ville était illuminé, ainsi que la haute et » basse-ville : ces illuminations n’ont pas eu le succès » désiré, à cause du mauvais temps.
» Le roi est parti le lendemain , à quatre heures » après midi, au bruit deJ'artillerie : les chemins par » où Sa Majesté passa, tant en venant de Calais qu’en » y retournant, étaient bordés de peuple qui y accou- » rut de toutes parts, et de distance en distance, par » la cavalerie du pays.
» Les vins d’honneur ont été portés par le magis- » Irai à M. le duc de Chartres, au prince Charles, à » M. d’Àrgenson , à M. de Maurepas , qui venait de
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» Toulon, et qui fut très-bien accueilli du roi. M. le » duc d’Aumont est resté ici jusqu’au jeudi à raidi, » qu’il est parti pour aller joindre le roi à Dunkerque, » après avoir donné à toute la ville, et on peut dire à » chaque habitant en particulier, des marques de poli litesse, de générosité , et de son amour pour ceux » de ce gouvernement. »
Ce procès-verbal indique, d’une manière certaine, que le roi Louis XV fit son hommage à Notre-Dame de Boulogne le 6 juillet 1744. Des notes, que nous avons puisées dans un rapport sur le culte delà Vierge, dont le respectable M. Dutertre , alors procureur de la commune, fit lecture le 4 mars 1791, en l’assemblée tenue au sein même de la chapelle, nous apprennent en quoi consista le présent de ce prince , qui donna, pour sa foi et hommage, un ornement de drap d'or, connu sous le nom d’ornement du roi.
Le génie du mal couvait toutefois dans l'ombre les germes d’une révolution. Suscité dès long-temps par les fautes et les doctrines corruptrices de la Régence, par les écrits des encyclopédistes, et par cet esprit de dissolution et d’impiété qui des rangs les plus élevés gagnait inserfsiblement sous le chaume', il ne devait pas tarder à faire fondre d’horribles tempêtes sur la France.
Les États-Généraux furent convoqués dans les intentions les plus droites et les plus généreuses de la part du trône. Des hommes d’un rare mérite, d’une haute vertu, étaient appelés à y siéger. La ville de Boulogne, en particulier, y envoya des mandataires dignes, par
leur talent et leur caractère, de toute sa confiance : ces mandataires étaient MM. de Mérie de Montgazin, Gros et Laiteux. Mais les efforts des gens de bien devinrent malheureusement inutiles.
Un roi, Louis XVI, qui, répondant au vœu de la sagesse, voulait de bienfaisantes réformes, et dont l’unique pensée était, en consolidant l’édifice monarchique , de faire le bonheur de son peuple , ne put arrêter le mal dans sa course rapide , et disparut , nouvel Œdipe, au milieu de l’orage. Son front auguste, que des barbares forcèrent à se courber sur les ais sanglants d’un échafaud, reçut la couronne du martyre ; et , au milieu du drame épouvantable du 21 janvier, la voix du respectable abbé Edgeworth proclama l'arrêt du Très-Haut , en disant à la noble victime : « Fils de saint Louis, montez au ciel !... »
Le peuple boulonnais fit alors et a souvent fait depuis une remarque qu’en notre qualité de chroniqueur nous ne pouvons passer sous silence : c'est que Louis XVI ne vint point , comme plusieurs des rois ses prédécesseurs, faire son hommage à Notre-Dame de Boulogne. De là est née l’idée qu’il eût évité les malheurs de son règne en accomplissant ce piçux pèlerinage. Nous ne partageons pas celle opinion, s’écartant, selon nous, des principes d'une religion éclairée , et du respect que l’on doit aux décrets de la providence ; car il est un moment , dans l’existence des empires , où la mesure du mal étant comblée, elle permet, selon les paroles de l’Écriture, qne l’impie soit adoré sur la terre , et ce moment était