CHAPITRE IX
Mort de M. Crozatier.
— L'Abbè-Prince Lucien Bonaparte nommé
Commissaire de l'Œuvre. — Premier prospectus de la souscription
nationale. — Souscription de S. M. l'Empereur.
— Congrès scientifique du Puy.
O Yieiyel e*68t ainsi ^ae la France tlionore!
Dans Uk temples sacres qu'un saint zèle décore
C'est peu de notre or répandu.
Pour que rofTrande enfin soit digne de ta gloire, La France à son secours appelle la Tîctoiie, £t ia victoire a répondu.
<f Les voilà, Vierge immaculée I Ont dit nos valeureux soldats, Ces eaoons qui, dans la mêlée, Vomissaient sur nous le tr^as...
Contre la mitraille homicide Ton bras nous a servi d'égide, Et nous t'apportons en retour, 0 Mère tendre et secourable, Ge bronze, li jamais mémorai>le Monamem de gloire et d'amonr. >
Et déjài, spectacle sublime!
Dans la fournaise au large flanc L'airain guerrier roule et s'abîme Encore teint de notre sang !
Le fluide embrasé bouillonne...
Bientôt la fanfare résonne, Tout n'est que joie et saint tiansporl, Quand soudain la foule ravie Voit naître un emblème de vie Dn métal qui donnait la mort.
Et ces intMiies soldats, qui déliaient la foudre, Qu'on voyait au combat, noirs de sang et de pondre Sous le feu meurtrier s'avancer sans pâlir, 0 Vierge 1 t'apporlant aujourd hui leur hommage. Devant ce bronxe, ton image, S'agenottiUent pour te bénir.
Léon Valéry.
Juste deux mois après la pose de la première pierre de notre monument, M. Crozatier mourait
à Paris, le 8 février 1855, assisté par M. Tabbé Gory, membre de la Sous-Commission de Paris, et muni des Sacrements de l'Eglise. Par son testament, il léguait à la ville du Puy : 1** une somme de 200,000 fr. affectée à la construction de la fontaine monumentale qu'on admire sur la place du Breuii et qui a contraint la ville à faire arriver les eaux de Vourzac dans un cb&teau-d'eau placé sous les pieds de Notre-Dame de France; 2*^ une somme de 100,000 fr. destinée à la construction d'un nouveau musée; 3^ une somme de 40,000 fr. dont les revenus servent à entretenir à Paris un élève des écoles de la ville du Puy, chéz lequel ont été reconnues des dispositions excellentes pour la peinture, la sculpture ou Tarcbitecture ; et eniin une somme de 8^000 fr. pour la fondation de quatre lits à l'hospice. Ainsi s*est-il montré ïami et le bienfaiteur de son pays. L'Eglise, qui ne sépare pas ses intérêts de ceux de l'humanité, témoigna pour sa mémoire reconnaissance et respect. Notre- Dame n'aura pas oublié qu'il eut pour Paccrois» sèment de son culte des intentions généreuses.
Gcipendant M. Crozatîer, laissait entière la difficulté financière qui se dressait toujours menaçante devant nous. Il n'y avait plus qu'un seul moyen : celui que nous indiquait Texemple des trois cent mille élèves des Frères des Ecoles chrétiennes. Il fallait faire sortir la souscription, des limites de la contrée, et, de diocésaine qu'elle était, la rendre
natimalê ; il fallait obtenir du concourt de la na-
tien que noire slatue lût le nionumenl élevé par la France entière en mémoire de la proclamation du dogme de rimmaculée-Gonception et faire retentir en tous lieux cet appel au secours, prononcé, le 10 décembre, du haut du piédestal de la croix. C'était un moyen héroïque, devant donner à noire monument une valeur hors ligne, mais l'exécution en était difficile. Depuis que Rome avait parlé, tous les diocèses élevaient à Tenvi des monuments à la gloire de rimmaculée-Gonception. Au midi delà province, la municipalité de Béziers dressait une statue à la Yier^^e sans tache; Marseille renouvelait de fond en comble son sanctuaire de Notre-Damede-la-Garde; Lyon agrandissait sa chapelle de Fouryiôres et la couronnait d'une statue en bronze doré ; Lille travaillait à sa ba&ilique de Noire Dame de-la-Treille; Roc-Amadour et Agen restauraient leur pèlerinage; Notre-Dame de Genève se construisait à Taide d'ofirandes recueillies surtout en France; Rennes, Avignon, Montauban, Orange, Boulogne-sur-mer, Bordeaux, etc., érigeaient des statues ; Notre-Dame de la Salette, Notre-Dame de Lourdes se dressaient sur la cime des Alpes et aux pieds des Pyrénées ; Notre-Dame d'Afrique sur les sommets qui dominent Alger. Les rédacteurs du Hosier de Marie ouvraient une souscription dans lebut de construire à Paris une église monumentale en rUouneui'de ilmmacuiée-Gonceptiou, etc., etc..
Or, chacun de ces projets semblait contrarier notre
entreprise en lui opposant des rivalités fâcheuses. Combien de lois nos prédicateurs, rencontrant dans leurs courses l'Evéque d'Alger quêtant pour Notre- Dame d'Afrique, ont di\ s'éclipser au plus tôt devant Sa Grandeur. Ët,puis surgirent les embarras linanciers et la détresse du Saint-Siège, avec la pressante nécessité d'y pourvoir. Gomment demander de l'argent pour une statue quand le père de la famille chrétienne en manque ?
Notre-Dame se chargea de résoudre elle-même ces difOcultés, YÔire même de les transformer en moyens de succès. Voici qu*en 18S51a station qnadragésimale de Saint-Louis-des-Français, à Home, m*est dévolue. Mgr de Morlhon, qui n'avait rien demandé à Rome en 1854, sentit qu'il était temps d'appeler du secours, surtout de ce côté-là; il dit ^ donc à son humble serviteur empressé de porter ses commissions au Saint-Père : « Tâchez d'obtenir de Mgr Level un sermon de charité pour notre (Euvre à Saint-Louis. » Cette faveur fut accordée sans dinicuHé. L'ambassadrice (Madame de Rayneval) et la duchesse de Salviati Borglièse acceptèrent les fonctions de quêteuses ;^le prédicateur réussit à intéresser à Notre-Dame de France quelques Cardinaux, comme Leurs Eminences Frauzoni, Gorsi, Altieri, etc., Mgr La Croix, le prince Torlonîa, elc^ qui me fit remettre cent écus romains. Bref, je rapportai de cette quête près de 3,000 francs*
L iyiii^cd by Googte
Maïs je fis à Rome une connaissance fim précieuse encore. Un de mes auditeui s les plus assidus à Saint* Louis était Son Altesse Sérénissime l'Abbé-Prince Lucien, qui devait prochainement venir à Paris pour y séjourner. J'allai le voir le 21 avril, je lui exposai notre œuvre, je l'engageai à placer sous le patronage de Marte son voyage et son séjour en France, en donnant à notre entreprise et sa protection et son concours. Plein d'une humilité sincère, mais d'une piété plus grande encore et d'un dévouement sans bornes à la Mère de miséricorde, le jeune diacre s'excusa d'abord, mais Unit par promettre sa coopération. Le titre de Commissaire non-résidant lui fut imuiédialement conféré par Mgr de Morlhon.
Peu de temps après, Spn Altesse se rendit à Paris, et ne cessa de se montrer Commissaire actif et dévoué de Notra-Dame de France. Prévenir en notre faveur Ffinipereur et son gouvernement, nous gagner les sympathies des plus hauts personnages de la Cour et de plusieurs Evèques, obtenir l'exécution des promesses qui nous furent faites plus tard, tels furent les fruits précieux de sa coopération. La correspondance du Prince est pleine de l'expression de sa sollicitude. Le 11 octobre, il propose une très-belle et très-bonne acquisition pour la Commission parisienne de Notre-Dame de France. D expose les démarches qu'il a faites pour obtenir les canons promis. < Du reste Jt>, dit-il,
< nous pouvons èlre certains que TEmpereur se souviendra de nous. — •
Et le 26 janvier 1 859 : « Je suis heureux des bonnes
nouvelles que vous me donnez au sujet du mo^ nument si cher consacré aux gloires de notre Mère rimmaculée Vierge Marie, et je vràs prie de ne
pas m'oublier dans vos prières à cette miséricordieuse Reine du ciel. »
Et le 21 juillet de la même année : « Les détails que vous me donnez sur le monument de Notre- Dame de France m'inspirent le plus vif in* lérèt. »
Mais suivons la marche des événements. Désormais nous avons à Paris et à Rome un patron aussi puissant que dévoué. Pour ouvrir une souscription, nulle autorisation n*était nécessaire. Poiir Tannoncer à la France» il fallait un prospectu$. Il parut en grand format, portant en tète la vue du Puy et celle de la Vierge de Bonnassieux, sous la date du 8 septembre iB55» fête de la Nativité de la Sainte Vierge.
Après avoir exposé le but de Tdiuvre et ses débuts, il disait : « Il ne saurait convenir à un monu- » ment pareil de rester Tœuvre d'une petite ville » et d'un diocèse pauvre. Le rocher de Corneille est » au centre de la France et c'est, sans contredit, le » plus beau piédestal que la France puisse fournir à » une statue colossale de Marie. Notre-Dame du Puy
• porteàrétraiigerlenomdeA^oire-A/a/iie de France i et S. Léon IX a dit de son sanctuaire que nulle » part, en France, Marie ne recevait plus de vé^ » nération et d* amour. Le concours pour la statue » et le Congrès scientifique de cette année appellent » sur le site duPuy Tattention des savants eldesar- » listes de toute r£urope, qui seront jaloux d'ajouter
• à ce panorama, déjà si pittoresque, son plus bel » ornement. Et la France ne saurait oublier, dans » cette occasion, qu'elle est consacrée à la Mère de » Dieu ; qu'elle a montré toujours le plus grand zèle » pour la gloire de sa Conception sans tache ; quVIIe » a reçu de tout temps des faveurs signalées » de Notre*Dame du Puy^ Les villes de Limoges, » (Je Toulouse, de Bordeaux, de Lyon, etc., ontap-
• pendu leurs ex-voto aux murs de son sanctuaire ; » nie de Ré dans l'Océan, le comté de Bigorre dans » les Pyrénées, lui payaient un tribut annuel;
^» i'ËgUse d'Amiens avait une confrérie qui portait
• son nom. Quinze de nos rois sont venus lui ren* V dre hoiiiiiiage ; et sur le théâtre d'une de ces vic-
• toires qui ont arraché la France à l'invasion > étrangère, on voit encore aujourd'hui une cha-
• pelle à Notre-Dame du Puy. Charles VII lui dut » Jeanne d'Arc, Louis XI un héritier, et Louis XIU » disait d'elle : c L'une des églises lie mon
» royaume en laquelle j'ai plus grand amour et* t singulière dévotion esl l'église de Notre-Dame » du Puy, où j'ai aperçu qu'à l'intercession de
» Notre-Dame Dieu m'a |ait les plus grandes » grAoes. »
» La statue de Notre-Dame-du-Puy-sur-Corneille
• sera donc un monument élevé par la France » entière. Sa Majesté FEmperenr a trouTé cette » idée digne de Marie» de la France et de lui, et » sa haute protection est acquise, son généreux » concours assuré à notre souscription devenue » nationale. Son Altesse Sérénissime Monseigneur s le Prince-Abbé Lucien Bonaparte s'honore du » titre de membre de la Commission du monu- » ment.*.,
» Tous ceux qui aiment Marie et sont heureux o de pouvoir graver sur le bronze leur acte de foi à » son Immaculée-Conception ; tous ceux qui aiment » la France et désirent appeler sur elle la protec- » tion de Notre-Dame-des- Victoires ; tous ceux qui > aiment cette vailknte armée qui combat, pro-
• tégée par la médaille de Marie et abritée par sa t bannière; tous ceux qui aiment les beaux-arts et » tiennent à les voir multiplier leurs chefs-d'œuvre, » s'empresseront d*ajouter leurs noms aux noms
• illustres qui figurent déjà sur les registres de la » souscription nalionale. t
Monseigneur avait déjà fait part de son projet • à Sa Majesté TEmpereur, qui Tavait encouragé; maintenant que le suffrage de la "France entière allait être demandé, que le prospecius annonçant les dispositions favorables du Chef de l'Etat était
imprimé, que TAbbé Lucien, cousin de l'Empereur, était Commissaire» le moment était venu de demander à Sa Majesté sa souscription.
L'heure était solennelle : noire armée était en Grimée, où le siège deSébastopoi se prolongeait outre mesure. Pélîssier avait succédé à Ganroberl, qui avait remplacé Saint-Arnaud. L'emprunt proposé pour faire face aux frais de la guerre avait été dix fois couvert ; le choléra décimait nos populations du midi ; l'Impératrice était enceinte de six mois ; enfin l'Abbé Lucien était à Paris, s'estimant trés-honoré, comme il le disait lui-même, d'exercer ses fonctions de diacre auprès de notre Evêque, en lui rendant tous les services qui seraient jugés utiles à son projet, et surtout en l'accompagnant dans sa visite à l'Empereur.
Monseigneur arhve à Paris; il demande une audience qui lui est assignée pour le 5 septembre (1), à Saint-Clond, à une heure. Averti la veille au soir, Monseigneur ne lait prévenir Son Âltesse que le lendemain matin, et son messager trouve TAbhé Lucien déjà sorti. A midi, Sa Grandeur et moi nous arrivons à i'hôtel du Prince qui n'est pas rentré. Je fais de vaines instances pour obtenir que Monseigneur attende celui qui, mieux que personne, peut et doit patronner son OBuvre auprès
(1} M. MaDdet place cette audieure le 18 décembre 1855. C'est une errear de copiste on deprote, car if iitoote : « Deox jonn après cette promesse, . nos armées victorieuses an àsssrait la réoUsation procliaine. »
de Sa Majesté. Craignant de inanqîidr d'exactitude au rende^TOUS, FEvèque part (four Saint*Gloud » sans autre compagnon que son serviteur très-humble, chargé de porter les prospectus et le registre, sur lequel l'Empereur, nous l'espérons bien, daignera écrire son nom..
Arrivés au ch&teau, nous dûmes attendre une heure trois quarts ; et ce délai nous fit plus vivement regretter le calcul trop prudent qui nous empêchait de nous présenter, accompagnés de notre introducteur naturel. L'Empereur reçut Mgr de Morlhon avec une bonhomie pleine de cordialité. Il commença par s'informer de l'état des récoltes dans le département de la Haute- Loire, car la saison était mauvaise. L'Bvéque, ayant répondu à toutes ces questions, lui demanda la permission de lui lire une note précisant Tobjet de sa requête. Voici cette note, qui provoqua plus d'une fois le sourire approbateur de Sa Majesté :
« Sire,
» Il y a six mois, j'ai eu l'honneur de vous entretenir du monument que nous exécutons sur le rocher de Corneille, à la gloire de Notre-Dame de France.
» Comme moyen d'exécution,Votre Majesté a goûté celui qui lui réussit si bien : une sorte d'appel au peuple par la voie d'une souscription nationale.
- Ici'—— ^>-.'vj^le
• Je viens aujourd'hui vous prier d'inscrire votre nom en tète de nos listes ; je viens demander à l'auguste Cbef de la fiation très-elirëlienne, que Louis XIII a consacrée à Uarie, de l'or et du bronze...
» De Tor... et s'il vous en nrianque, vous pouvez eu emprunter, Sire, car vous avez du crédit.. •
» Du bronze... car Notre-Dame-des-Victoires vous en a déjà donné beaucoup, et s'apprête à vous en donner bientôt davantage. Des canons pris sur les Russes transformés en statue colossale de Notre- Dame de France, ce doit être une des merveilles de votre règne qui allie si bien i la gloire des armes tous les progrès industriels, artistiques et religieux qui sont Tœuvre de la paix.
» Notre Œuvre, Sire, est éminemment catholique, française et populaire : catholique, car c'est une proi'ession de foi à la Conception-Immaculée de la Mère de Dieu, que Pie IX a pu défiuir, grftce à la paix dont à Rome vous l'avez fait jouir;
» FrançaUe, car c'est au cœur de la Erance, qu'à Taide d'une souscription surtout française, nons élevons une statue d Notre-Dame de France* C'est comme un vœu de la France à Marie pour obtenir par la victoire la paix et à l'Impératrice l'accomplissement dp ses désirs intimes qui sont ceav de la nation...;
» Populaire, car, jusqu'à ce jour, 140,000 francs nous ont été donnés, et surtout par le peuple.
Les trois cent milie eulaols des Bcoles chrétiennes ont fourni 15,000 francs pour le piédestal. Les Sœurs de Charité doivent demander leur obole à toutes les petites filles qu'elles élèvent. Tous nos montagnards donnent volontiers pour cette statue qu^ils veulent faire si haute, si haute, disent-ils, qu'on la voie de tous les confins du département... Et'le fruit de cette OEuvre sera de ramener à notre antique sanctuaire, le concours des pèlerins et de faire la fortune d'une contrée montagneuse, que sa position rend des plus pittoresques, mais des plus délaissées.
» A tous ces titres, TOEuvre, dont Monseigneur Lucien a bien voulu être Commissaire, doit ravir toutes vos sym[)athies et celles de votre auguste épouse ; et nous serons consolés du refus d'autorisation d'une loterie par une double souscription en rapport l'une et l'autre avec la grandeur de notre projet.
» A votre souscription, Sire, daignez ajouter Tordre que le métal nous soit fourni par l'Etat, et ce beau monument; dignement exécuté, ira redire aux plus lointaines générations et la gloire de Marie et celle du règne de Napoléon 111.
» Paris 5 septembre. »
L*Binperear répondit en tonriant : « Haii c^est
une pièce d'éloquence que vous me lisez là? »
Kt aussitôt, pour établir sa souscription dans une juste proportion ayee nos besoins, il sMnforma du chiffre total de la dépense que devait entraîner le monument. Il put voir que, sur ce point important» nous n'étions point encore fixés. N'importe, après avoir jeté, un coup-d'œil sur le prospectus» sur la vue du Pay, sur l'esquisse de Bonnassienx qa*il trouva fort belle, sur le nom de l'Abbé Lucien inscrit pc^rmi les Commissaires, il écrivit luimême sur notre grand registre : Souscription DE l'Emperbur pomt Là ViBRGB DU Pot. 10,000 fr.
DE l'Lmpératrice 2,000
Puis, afin d'épargner à TEvéque la peine d'aller • chercher dilleurs cet argent, il tira des tiroirs de son secrétaire une certaine quantité de billets de banque, qui, tous réunis, ne firent pas son compte. Les abandonnant étalés sur sa table, il nous laissa quelques instants seuls dans son cabinet et revint bientôt, apportant douze billets de banque de 1 ,000 francs que je reçus et consignai dans mon portefeuille. Puis, abordant la question de la matière de la statue que la note épiscopale avait appelée du hrmie et du bronsepris sur les Busses, il fil remarquer que l'artillerie russe était enfer; sur quoi i'fivèque exprima la pensée que le fer, en cas d'émeute, n'aurait pas l'inconvénient de tenter la cupidité, et qu'ennobli par la victoire, il serait accepté avec reconnaissance.
Il n'y avait plus qu*à le prendre. L'opération ne devait pas tarder à réussir.
Dès qae la souscription de rSmperear fat complétée par celle de ses ministres, ce qui eut lieu les deux jours suivants 6 et 7 septembre, alors le 8, tète de la Nativité de la Saltote Vierge, tout était terminé. Sébastopol, avec ses arsenaux, ses citadelles et son port remplis de canons, tombait entre nos mains. Bientôt deux cent treize canons, rcprésenldiit un poids de 150,000 kil. de fer et une valeur de plus de 20,000 fr., furent mis par le ministre à la disposition de Mgr rEvêqne du
Puy.
L'audience avait duré trois quarts d'iieure. La souscription impériale égalait celle de la munici-
palité ; nous avions en sus la promesse que la matière nous serait fournie par l'Etat. Les journaux de Paris du 6 septembre reproduisaient l'adresse de l'Evéque à TEmpereur, et nos 36« et 41«listesde souscription, publiées par lest journaux de la localité, portaient les noms de l'Empereur, de Tlmpératrice, des principaux membi esdela Famille Impériale, des ministres, de plusieurs sénateurs et membres de l'instîtiil, du président général des conférences de Saint-Vincent-de-Paul, etc., etc..
Nous dirons bientôt dans quel but et comment Mgr de Morlhon institua, avant de quitter Paris, une Sous-Gommisbion chargée de promouvoir la souscription nationale. Le vénérable curé de Saint-Sulpice M. Hamon, son digne vicaire, M. Vi-
tal Bertrand, notre concitoyen, dont la mémoire
sera longtemps en bénédiction, et le baron Sérurier, ancien préfet de la Haute-Loire» se chargèrent d'être, comme le Comité eœéùutif permanent, répandant les prospectus^ rédigeant les listes de souscription, les communiquant aux journaux, etc. Nous dirons aussi dans quel but fut formé le Comité historique destiné à écrire les fastes de Notre-Dcmede Frame.
A son retour au Puy, TEvêque troui^ réuni le Congrès scientifîque de France, accomplissant sa yingt-deuxième session. Dans la séance du 17 septembre, séance publique et solennelle que VEvêque daigna présider, Monseigneur, entouré de cette
pléiade de saYants et d'artistes, leur fit part de son
projet et de ses espérances, plus que jamais affcrniics, dans un discours plein de grâce et de cœur, que nous regrettons de ne pouvoir insérer ici tout entier. Nous en transcrirons au moins quelques fragments aux Pièces justificatives.
A cette question qu'il se proposait à lui-même : c Pourquoi Férection de cette statue a-t-elle été réservée à notre époque ?» le Voyant dlsraél faisait cette réponse : < C'est que le ciel a vouhi que le diocèse de Marie répondît le premier, par un monument des plus expressifs et des plus durables, à la voix de rfiglise proclamant le dogme de Flmma* culée-Conception... ici.. . au centre delà France... au lieu même où, dans les premiers siècles de TEglise, Marie daigna, suivant la tradition, se montrer en
personne el demander qu'on lui élevât un sanctuaire destiné à devenir le théâtre de ses miséricordes .. en face du château d*EspaIyoù fut proclamée la royauté de Charles VII, que rhén/ine de Vaucouleurs devait faire sacrer à Reims... à quelques pas de la chapelle aérienne où saint Michel, le patron de la France et de rfiglise, reçoit depuis dix siècles un culte religieux. »
Puis FEvéque exposait les difficultés de l'entreprise, que la piété généreuse de ses diocésains pouvait seule surm >nter ; le dévouement de son clergé et de Ses communautés religieuses ; rinstitution et les travaux de la Commission formée de l'élite !u clerçé et de la cité, et fière de compter parmi ses membres le président même du Congrès (M. de Caumont); il racontait les encouragements qu*il avait reçus du Pape, de TAhbé Lucien et enfin de l'Empereur, les heureux débuts de la souscription nationale, la merveilleuse coïncidence de la promesse de rËmpereur et de la prise deSébastopol...
L'Evèque du Puy terminait en exhortant les membres du Congrès à prendre sous leur protection ce projet si intéressant pour la religioni pour Tart, pour la prospérité du pays, â le faire connaître dans leurs départements et aie soutenir et de leur parole et de leur influence.
La réponse du Congrès scientifique fut telle que Monseigneur pouvait la désirer. M. de Caumont déclara que les membres de la Société française présents au Puy avaient décidé de doubler le chif*
-Ici ^^-.'^'^IC
fre de la souscriptioa déjà votée. De plus, il demanda rautorisation de faire ouvrir par la Société
française une souscription particulière dont il promettait d*étre le zélateur ardent ainsi que la Société elle-même.