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CHAPITRE XIII

Travaux exécutés à Givors.

Qnel jour te verrons-nous, Vierge, pleine de gfâce»

Sur ta colonne de granit, Lever sur le serpent ton talon qui menace

Et nir nous ton bras^ qni bénit?

Qnel jour te verrons-nous, an cœnr de notre Fnnêe, Portant les yeux de tons côtés,

Répandre autour de toi l'amour et l'espérance Jttsqn'anz pins lointaines cités?

Quel jour te verronsHions. sublime et solitaire.

Tel qu'un nocturne fanal, De célestes rayon.<i illuminer la terre Qni se débat contie le mal?

Quel jour te Terrons-nons, admirable stylite,

Unir en un mystique hvmen t'figli&e qui triomphe et celL- qui milite.

Prenant lenrs dent mains dans ta nain ?

Est-il formé ce front où la grandeur respire, Cet œil dont le regard est connu du pécheur, Cette bouche si douce et si pleine d'empire, ' Ce bras toujours ouvert, et ce divin sourire Qni semble exnaler la fralebenr?

L'enfiint alTamé pleure et tfnd vers sa nourrice, La biche arilente aspire au lac di s environs, L'oiseau rêve un doux nid, la tlt^ur un ciel propice. Le sol aride implore nue eau réparatrice, Après ton arrivée ainsi nous soupirons.

Que dis-Je? tou<5 les jours, d--- que l'aube se lèTe, Assis comme Tobie au déloui du chemi-i, Nous regardons longtemps h l'horizon lointain

Si quelque poussière s'élève...

Rien n'arrive jamais, et notre espoir est vain.

L'abbé Josepb Roux, du dioc de Tulle.

Pendant que ces difficultés surgissaient au Puy et que Notre-Dame de France en triomphait, d*autres, non moins considérables, étaient vaincues à Givors.

Nqus avons du les raisons qui avaient fixé le

choix de la Commission sur M. Eustache Prenat, décoré plus tard par Pie IX. Parmi les artistes employés par lui, il est juste de menlionner avec distinction M. Fournier, chef de fahricaliun, ariisle, de génie qui, dans la couslrucUon du grand ino* dèle, a déployé une intelligence, une science de son art, une habileté hors ligne. Obligé de multiplier par 8 toutes les proportions du modèle moyen fourni par M. Bonnassieux» il a réussi dans cette opération difficile, avec autant de célérité que de bonheur. Pour se rendre compte de ses travaux, on peut consnlter avec intérêt une brochure qu'il a publiée sous le litre de La Statue colossale deNol/re- Dante de France. — Lyon, Pélagaud.

Près de lui, son fils Emile, élève de rËcole des arts de Lyon, sculpteur appelé à se faire un nom, a modelé avec un grand succès les parties les plus difficiles de la statue : la figure, les maips, les pieds et le manteau de la Vierge, ainsi querSn&nt- Jésus.

Pendant que le silence de M. Grozatier suspendait nos premières opérations, M. lechiMfioine Péala, archiprétre de Notre-i)aiûe, logé sur une première assise da rocher do Corneille, cherchait un artiste qui vottitit bien se charger de notre monument, dût-il employer le fer ou le zinc. M. Fournier, in- 'onn6:Ae œs défliarches, ûl tenir à M. Péal^ une note non signée, dont M. Eynac donna lecture à la

Commission dès le 17 octobre 16S4, Cette note a

fourni les éléments du contrat passé plus lard entre la Commission et MM. l^renat et Cie*

M. Prenat demandait deux ans pour toutes les opérations nécessaires à Fiiislallalion de la statue dont il prenait l^entreprise. Par le fait, depuis le traité passé le 10 septembre 1856 jusqu'au 12 septembre 186), date de bénédiction de la statue, quatre années s*écoulèrent, bien longues pour Tattente publique; mais tout ce temps fut parfaitement employé.

Il fallait faire d'abord le grand modèle de 16 mè« très, en terre glaise» et, pour le construire dans de bonnes conditions, l'entourer d'un abri protecteur, solide, commode et chauffé Tbiver, alin que le froid ne produisit pas de gerçures sur la matière employée. Cette première opération, commencée le 14 décembre 1856, fut terminée par M. Fournier, le 2 octobre 1857, après dix mois et demi d'un travail incessant.

Dès le 26 mal de cette année, la Commission, représentée par douze de ses jnembres et accompagnée par M. Bonnassieux, vint visiter ce grand modèle Ce fat avec un sentiment d'heureuse surprise et de pleine satisfaction, que nos Commissaires virent le chef-d'œuvre du grand artiste choisi par eux, reproduit avec son triple caractère de grAce, d'animatioui de ma^jestueuse simplicité, et l'harmonie de Tensemble conservée soit de loin, soit de

près, avec une perfection qu'on ne s'attendait pas à trouver dans une œuvre de si grande dimension. H.Bonnassieux se montra plus difBcile : îl en avait le droit. Il signala quelques imperfections de détail, que l'habile contre-maître de M. Prenat promit de corriger. Puis notre lauréat, accédant au vœu de la Commission, s'engagea à mettre la dernière main au grand modèle ; et un artiste de son dioix et de notre pays (M. Experton) vint s'installer à Givors et travailler sous son inspiration.

Ponr mettre le lecteur à même de juger du travail de M. Bonnassienx , de M. Experton (1) et de M. Fournier, nous nous contenlerons de citer quelques lignes de leur correspondance.

M. Prenat écrivait le 4 novembr») 1857 : « M. Bonnassieux a passé à Givors les 19 et 20 octobre avec M. Experton, pour lui indiquer les corrections à faire au grand modèle. M. Ëxperton a travaillé depuis avec assiduité. Il a terminé les corrections de la figure de la Vierge, dont l'expression a complètement changé. Le nez a été grossi, les paupières supérieures allongées, les lèvres plus fortement accusées; le bas do la figure a été un peu ditninué, le front est plus proéminent. La tôte de TEnfant a été peu touchée , sauf les cheveux sur le côté gauche.

(1) Le Si juillet 1858, la Cooifliiision alloua pour les ttavaux exécutés li Givors une ipratillcatiott de S,000 ftanes k M. Bonnassienx, et de l»000 francs à If . Expeftoii.

» En altendatit rarrivée de M. Bonnassleiix, qu

donnera le dernier coup de main du maître, M. Ëxperton iait les qaeiqaes corrections demandées èu mantean et au bras de la Vierge.

9 11 y a encore à touciier à une main et à terminer les plis de la robe.

» Toutes ces corrections ne seront guère terminées que vers le 20 novembre. »

Le grand modèle en terre glafte achevé et approuvé, il fallait en faire un second en plAtre, et celui-ci moulé sur le premier : opération non moins difficile que la construction première. — Ecoutons M. Foumîer :

c Le moulage en plâtre d*une statue de 16 mètres, avec rËnfant, qui en a près de 7» exécuté avec un moule unique, est, je crois, sans exemple, et la déposition de ce même moule en cent parties se rapportant en tous points et à creux-cassé n'a point de précédents dans les annales artistiques. Pcrsonrie, à ce point de vue, ne me refusera le mérite de l inyention. >

Une couche de plAtfe appelée chape dut être jetée

uniformément sur la terre glaise, et reprendre en creux Tempreinte du colosse; après quoi la forme en terre fut démolie. Dans le moule en pl&tre ainsi obtenu^ une nouvelle statue en plàlre lut coulée, et ce second modèle fut assez compacte pour pouvoir être scié par fragments de différentes dimensions. Ce sont ces fragments qui donnèrent leur em-

preinte aux moules de sable dans lesquels le métal en fusion prit enfin sa forme définitive.

Le 16 (léceiiibre 18j7, on coniineiiça à démonter les |âèces de la slcitue {jour l'aii e les moules. Le l'^août 1858, on écrivait de Givors : < M. Prcnat ne va [)as aussi vite qu'il le croyait. Il a partagé en deux les plus grosses pièces, alla de les remuer plus facilement. Âu lieu de quatre-vingts, il en aura cent. Soixante environ sont coulées et ajustées. Les canons sont sciés eu tronçons de 30 à 40 kilog. Ce travail ne peut guère s'achever avant la fin de Tannée. »

Cependant Pie IX, reçu en triomphe dans ses Etats que la Révolution devait si tôt lui ravir, avait accordé un Jubilé (fui pouvait être gagné dans un espace de trois mois (ixé par chaque Evêque. En annonçant cette nouvelle faveiir pontificale et en profitant de cette occasion pour recommander la ^ pratique du mois de Marie, Mgr de Morlhon ne manqua pas de dire à ses diocésains où en était rOEuvre si chère au pays. Après avoir énuméré les difficullés prévues et imprévues qu'on avait heureusement surmontées. Monseigneur ieniiinait ainsi :

c Oui nous la verrons, sinon aussitôt que notre filiale impatience l'aurait désiré, au moins à une époqile qui ne peut être éloignée, nous la verrons cette gigantesque statue de notre Mère, doniinant toutes nos habitations et nous bénissant par la main de son t'ils; nous la verrons nous présentant à tous

nioitiTPfi hv CjOOSle

ce divin Sauveur comme un gage de réconciliation et de paix; nous la verrons nous annonçant, par la matière même dont elle est faite, la fia de toutes nos dissensions et le triomphe complet de la justice et de la charité daus nos cœurs, dans nos familles, dans nos cités, dans la France et dans le monde.

» D'ailleurs notre OEuvre en a fait naître une autre qui en est le complément naturel et qui ne contribuera pas moins qu'elle à la gloire de Notre- Dame de France. A côté de ce monument artistique un monument littéraire s*élève, destiné à raconter les merveilles de la dévotion à Marie dans tous les diocèses de France, depuis l'origine du christianisme jusqu'à nos jours. L'un est la voix du présent, l'antre est la voix du passé : Tim et l'anlre sont le magnifique commentaire de ce beau nom de Notre-Dame de France. Or cette œuvre ne pourra s*accomplir sans de grands sacrifices que nous devons supporter en partie. •

Nous devons parler plus en détail de cette œuvre littéraire, qui préoccupe déjà si sérieusement Tattention de notre Evôque. Pour ne point briser le fil de notre narration, revenons à Givors :

Le 25 mai 1859, M. Bonnassieux écrivait à Monseigneur : € J'arrive de Givors; la statue est toute » montée. J'ai indiqué quelques corrections urgen- » tes, possibles, qui ne retiendront guère M. Ex* » perton à Givors qu'une huitaine de jours, après » lesquels sa nouvelle mission sera terminée. La

» présence de M. Experton àûivors a été essen* » tielie, L*oavrier-chef qui a conduit le montage » m'a déclaré qu*on n*en8eDilp.i8 venu à bout sans » M. Experton, qui a dû veiller et présider à tout. » Maintenant je crois (et je Tai dit à M. Prenat) » que les hommes qui ont opéré le montage à Gi- 1 vers doivent également être chargés du montage • de la statue sur son piédeslai définitif, opération » qui ne doit pas être longue. »

Quelques juurs auparavant (le mardi 17 avril 1859), M. lml)ert, ingénieur des ateliers de M. Prenat, arrivait au Puy. Le lendemain, il se concertait avec liM. Solvaiu et Micciollo aîné qui devaient exécuter 16 montage de la statue; et, le 19 avril, on lisait, dans le Moniteur de la HautC'Loire :

« Depuis bientôt un an la statue de Notre-Dame de France est achevée et attend le moment où elle pourra se dresser majestueuse sur le magnifique piédestal que la nature lui avait préparé depuis des sièdes ; depuis longtemps aussi les fidèles sont impatients de contempler cette rare image de la divine Protectrice de la France, et en particulier de la ville du Puy. Aujourd'hui encore on se demande avec sollicitude si l*époque de l'inauguration est bien éloignée. £h bien 1 nous pouvons calmer les impatiences et faire cesser les incertitudes. L'ingénieur désigné par M. Prenat pour dirige r les travaux nécessaires pour hisser le colosse sur on rocher très-élevé et à pic vient d'arriver au

Puy et n, mettre tecessamment la main à ronivre. Malgré les graves difficsllôs de plus d'an genre

qu*il faudra surmonter, M. Tingénieur assure que tous les préparatifs seroat terminé au mois de juillet. »

Pendant tout le mois de juin, la stftltic, toute montée dans les ateliers de M. Prenal, reçut journellement la vîslle d'une multitude ie personnes, parmi lesquelles on distingua beaucoup de connaisseurs et d-artistes, mais surtout S. £m. le Cardinal de Lyon, le premier Bvéqne du Puy depuis la restauration du siège épiscopal. Ce vénéré prince de TEglise, toujours si cher au diocèse de Notre-Dame, voulut être le premier Kvêque qui payât à Notre-Dame de France le tribut de son admiration. Les visiteurs, à Giyors, devinrent si nombreux que, pour éviter l'encombrement, M. Prenat se vit obligé .de n'admettre dans ses ateliers que sur la présentation d'un billet d'entrée.

Pendant qu'à Gi vors on travaillait ainsi, un fait digne d'être noté se produisait au pied du rocher de Corneille. Des charges de pierre étaient hissées par un cabestan au sommet du rocher, et un ouvrier, muni d'une longue corde, devait maintenir la charge ascendante à une certaine distance delà roche. Mgr de Morlhon, accompagné de deux Pères de Vais, était venu visiter les travaux. Une servante de i'hépitid était occupée, non loin d'eux, à étendre du linge* Or voici que louvrier, prêtant son attention à la

conversation engagée autour de lui, laisse son chargement» déjà très-éievé, heurter lourdement coDlre une aspérité du roc. Trois ou quatre grosses pierres sedétaclicnl, et, relancées an loin par les crêtes du roclhT, viennent, avec une force accélérée, Tuue elfleurcr la tempe de TËvéque, fautre tomber aux [)it'c!s(Jc la servante. LM'iVÔtpîe, sans rien perdre de son calme, dit aussitôt à Thumble ûiie : « Eh bien, mon enfant, n*avez-vous pas eu peur? — Oh î non. Monseigneur, répondit-elle, je pensais bien qu'aucun accident ne pourrait arriver ici. » — Pendant que sa fol naïve s'exprimait ainsi, les statistiques officielles constataient que le département de la Haute-Loire était un des six qu'avait épargnés le choléra.

Digiti/oû by Cjt.)0^lc

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