‹ Histoire de Notre-Dame de FranceChapitre 25 sur 32 · CHAPITRE XVlil · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVlil

Monumenl projeté par Mgr Morlhon sur le rocher d'£spaly. — Monument élevé à sa mémoire au pied de la statue de Notre-Dame de France.

Mgr de Morition ne devait pas jouir longtemps du succès de toutes ses œuvres. Il vit Notre-Dame de

Frmce pendant deux ans célébrée» exaltée, glorifiée, bénie, attirant à elle et à l'église basilicale du Puy des pèlerins toujours plus nombreux; il put lire les deux premiers volumes de V Histoire du culte de Marie en France^ par M. Hamon, et, dans le second^ tout ce qui est dit à la louange de Notre-Dame du Puy. Ainsi qu'il avait inspiré l'ouvrage de M. le chanoine Monlezun sur V église Angélique (1), de même il avait encouragé les premiers travaux qui donnaient naissance aux colleciions de plus en plus intéressantes du curé de Saint -Sulpice et de rabbé Sire.

Heureux d'avoir accompli ou fait naître, par sa

(1) VEgtUe àm§éUfU$ on BiaUnre de Nolre-Dme du Puy, par Bf . Moalezon, auletir de VUislaire de Gutcogne*

sympathique protection, ces OËuvres, aussi belles que salutaires, le digne Evèque de Notre-Dame s^empressa d*aller chercher sa récompense et son

repos Dans une Œuvre semblable!.. Rien n*est

plus propre à faire connaître Tintarissable générosité de ce noble cœur que la révélation d'un secret dont le journal le Monde a soulevé le voile et qu'il est temps de faire bien connaître à nos lecteurs. Je n'en parlerai pas sur de vagues ouï dii e, mais d'après la témoignage le plus certain : celui de TETèque lui-même.

A un demi-kilomètre environ de la cathédrale, na peu au nord-ouest de sa façade/ et vis-à-vis la face de Corneille qui présente la plus grande étendue, s'élève, sur la rive droite de la rivière appelée la Borne, le rocher d'Ëspaly, brèche volcanique assise sur le calcaire. Ce rocher, parfaitement isolé au milieu de la vallée qui se rétrécit à l'ouest derrière lui, n*a pas la taille svelte du monolithe d'Âiguilhe, ni l'attitude flftre et martiale du rocher de Polignac, ni l'élévation et 1 étendue du rocher de Corneille, mais, comme les rochers voisins de Ceyssac, de Solignac, de Bouzols, il a les pieds baignés par les eaux, et jadis il porta un château-fort appartenant à TEvôque, dont le plan grossièrement figuré se trouve sur un des panneaux des boiseries du vieux castel de la Rochelambert.

Le rhâleau d'Espaly est cél^re dans l'histoire du Velay, Construit au XIII^ siècle par Guillaume de la

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Roue, achevé par Jean de Bourbon au XV* aiècle» il Ait fortifié, au XTI«, par Antoine de Sem^eterre.

En 1394, TEvôque llliicr de Marlrcuil y reçut le roi Charles VI et le traita avec une magnificence royale. Le 25 octobre 1422, le dauphin y apprit la mort de son père, arrivée cinq jours auparavant, et aussitôt il se rendit dans la chapelle du chAteau; il fit chanter le De profundis, et, proclamé roi de France, prit le nom de Charles VU. Ce tut au château d'Ëspaly qu'il reçut le serment de fidélité de ses principaux vassiiux du Languedoc. Les états-généraux du Velay s'y réunirent une première fois en 1425, puis en 1589. Pendant la guerre civile» dite du bim public, qui fut faite à Louis XI ; pkis tard, pendant les guerres du protestantisme et de la ligue, le château d*Espaly eut beaucoup à souflk'lr ; il fût pris, rendu, repris, et saccagé plusieurs fois. En 1590, le bjiron de Saint-Vidal en Ht sauter les voûtes; trois ans après il était complètement ruiné, et ses débris servaient à la construction du village qui l'entoure, c Dès la ûn du règne de Henri IV, dit la » Loire histùriqwp on ne voyait plus en ce liea » qu'un roc aride, lézardé par la mine et que les

> chèvres seules gravissaient pour y brouter une » herbe rare et brûlée. Si vous montez pénible- » ment sur cette roche basaltique, veuve du châ- B teau qui la couronnait, votre œil rêveur retrouve

> encore un des piliers de la chapelle renversé, » mais dont l'actif salpêtre n'a pu désunir les pier-

i re», tàtit cllei sont fortement liées ensemble. L'oi-*

0 seau des nuits croasse là où la noblesse française, B LiriUaDie d*anniires et de chaînes d'or^ salua jadis • ùn nouma roi, et le reptile se glisse entré les » herbes sauTSges, au lieu où se posa le petit pied

1 des dames de la cour de Aiarle d'Anjm (I) ! • Rien n'est (pittoresque comme cette postlion. Rien

n'est ravissant comme le coup-d'œil dont on jouit du haut de cette roohe découronnée depuis trois siècles. Les rois de France eux-mêmes ont youIu jouir de ce S|MCtacio« A l'ouest, on aperçoit, des plus hautés cimes du rocher^ la délicieuse railée de la Befnarde, entre le rocher de Ceyssac flanqué de sou château et ces groupes de hasalles prisuiatiqiles qu*0B a bien nommées les orgues d'Espaly^ Au sud s'élèvent les cimes de Rouzon et, sur le versant de la colline, le chemin de fer, qui va circuler bientôt entre deux avenues bien plantées. Au nord, le regard plonge sur le riche coteau qui porte Saint-Marcel et Paradis; Païadis, si bien nommé, où nos Frères de Ylnstrucêion chréiienm ont fixé leur chef-lieu; ce coteau, dont les pieds sont arrosés par la DorAe, est coufotiné plir le mont sourcilleux de Denise^ dominé lui-même par la tour crénelée de Polignac. Mais c'est du côté du levant que Taspoot est surtout ravissant La îiviôre, qui

(l) On t>eit voir dans Fai^AS de St-Fond, p. 359» l'état des ruioe^eu 1777 i)ans Médicis, on trouve çà et là quelques déta;Is sur la distribiitioo iatérienre (Il HttHlIt*

coule entre des vergers et des prairies, vient baigner les murs de Saint-Laurent, dont la façade, appréciée des artistes, (ait grand honneur au génie patient de M. Eynac; plus loin elle serpente autour de cet obélisque taillé en aiguille, dont le périmètre, à la base, ne dépasse pas 25 mètrcS; et qui porte, à 90 mètres au-dessus du sol, le sanctuaire aérien de saint Michel. Plus à l'est, c'est la ville qui apparaît, la cité privilégiée de Noire-Darne^ bÀtie en amphithéâtre aux pieds du s<mc%uavre ingélique, dn rocher de Corneille étalé dans sa i>lus grande dimension, et de la statue de Notre-Dame de France. Ses dix étages de couvents, de chapelles, de donjons, de maisons bien blanches s'échelonnent autour de cet escalier de cent trente marches^ dont les profondeurs aboutissaient autrefois au pied de raulel de Notre-Dame, et vont se perdre aujourd'hui dans une mystérieuse obscurité. £t cependant un double cadre décore ce paysage si varié : Tun plus rapproché, plus gracieux, se compose de cette multitude de bastides et de villas parsemées en grand nombre sur les coteaux d*alentour; Tautre, plus sévère, est formé à l'horizon par les sommets du Pertuis, du Mezenc, du cratère de Bar.

Or Mgr Joseph-Âuguste de Morlhon avait conçu le projet d*élever, sur le rocher d*Fspaly, un monument destiné à glorifier saint Joseph ; saint Joseph, son patron, le- royal éj)oux de Notre-Dame de France,

honoré avec elle, dans nos contrées, d'un culte religieux dès les premiers siècles du christianisme; * saint Joseph qui a fait naître, aux pieds de notre BasiUquo, la congrégation religieuse qui porte aujourd'hui son nom dans une multitude de diocèses, et jusqu'en Amérique; saint Joseph, le patron et le . modèle de nos ouvriers et agriculteurs. Ainsi Tantique manoir, bâti et habité durant trois siècles par nos Ëvêques, visité par nos rois, assiégé par les routiers, parles protestants, par les ligueurs, devait être heureusement transformé en un lieu de prière, en un but de pèlerinage; et notre panorama, déjà si riche de merveilles, devait se compléter par une restauration attendue depuis près de trois siècles. Pour aider à la construction de ce monument nouveau, l'Evêque, encouragé par le succès deTOEuvre accomplie, déclara qu*il donnerait 10,000 francs, 10,000 francs, précisément la somme qu'il avait souscrite et versée en faveur de Notre- Darne de France / comme si ces deux monuments étaient pour lui d'une importance égale; 10,000 francs, alin de donner à ses diocésains la mesure des sacrifices à faire pour rendre de dignes honneurs à un si grand Saint, en pareil lieu. Cette déclaration n'a pas été consignée dans le testament du pieux Pontife, et nul ne peut en réclamer l'exécution auprès de qui que ce soit. La Commission n'a pas jugé qu'elle eut à s'occuper de ce projet. Les fonds sur lesquels comptait Mgr de Morlhon ont été très-pro-

bablement employés en œuvres plus urgentes. Mais cette pieuse pensée de restauration a été conçue

dans sou cœur. C'est uue boime semence qui germera eu son temps.

Dans la pensée de Mgr de Morlhon, ce monument devait être un éditice religieux surmonlé d'une statue de saint Joseph» de grandeur au moins liérolque. La statue aurait dominé le dôme ou le clocher ( 1 ). Ainsi l'humble serviteur et virginal époux de Marie aurait apparu modeste, mais debout* en présence de sa grande Reine élevée sur le double piédestal que lui ont fait l'art et la nature, et l'archange Michel, leur fidèle acolyte, se serait interposé pour servir de symbole au lien virginal de leur angéiique alliance. Pour rallier ces deux monuments, il ne manquerait plus qu'à ouvrir une large voie, le boulevard de Morlhon^ parlant de l'escalier de la Basilique, descendant la rampe élargie et rectifiée des Tables, et , sur une chaussée inclinée un peu vers le nord-ouest, conduisant à Saint-Joseph d'Ëspaly. Honneur aux édiles qui entreprendront Fexécution de ce plan magnifique ! Mgr de Morlhon voulut préluder à la construction du sanctuaire par l'érection de la statue de saint Joseph.

(1) D*aprè8 de savants arehéolofoes, la ville da 1^«y ]»088ède le i»1vs ancien monaoïent qui oxistp îi ia gloire de saint Joseph. Ce sont deux basreli( fs, de la fin du 1 v» nu du commeoceMeni du V* siède» ûgacant le songe et ie mariage de saint Joseph.

A la suite de Toraison funèbre de Mgr de Mor- Ihoti par M. Coupe, chanoine théologal, on lit ces paroles, extraites d'une correspondance du Puy au Monde : « Avec le reste du métal donné pour la 1 statue de Notre-Dame de France, l^Evècine avait » le dessein d'ériger sur le rocher d'Espaly une » statue héroïque de saint Joseph, son patron. 11 » avait fait, pour atteindre ce but, toutes les dé- • marches préliminaires, et rien ne semblait plus » pouvoir s*opposer à Texécution de ce projet, que » la mort, nous Tespérons, ne fera point abandon- « ner. »

D'autre part, M. Alirol écrivait le 21 août 1862 : « Le projet d*Ëspaly est en bonne voie. Je viens n d'écrire pour cela à Givors. Avec la statue de » saint Joseph, il est aussi question de rorncmen- » tation du piédestal de Notre-Dame de France. Les » deux choses iront ensemble et se monteront en » même temps. »

Ainsi tout était prévu, et Térection de la statue de saint Joseph devait amener la construction de son sanctuaire. Il était nécessaire que la ville et le diocèse connussent ce trait nouveau d*unc bonté d*àme qui ne disait jamais : Cest assez. Si les âges futurs voient, comme nous Tespérons, s'élever sur le rocher d*£spaly un monument religieux, ils sauront à qui appartient le premier mérite de cette inspiration aussi belle que salutaire. Mais hélas 1 un antre monument, un monument funèbre, devait

être érigé, avant même la statue de saint Joseph. Le dimanche 5 octobre 1862 , Mgr de Morlhon

était allé clore la mission de Retournac. Arrivé le matin, il avait célébré les saints mystères, prêché, distribué longtemps la communion ; dans l'aprèsmidi il avait encore prêché et en plein air, au pied de la croix, avec une chaleur, une animation plus vive, plus pénétrante qu'à l'ordinaire. Le lendemain il avait administré la confirmation durant trois heures; après dîner il avait daigné recevoir, dans un local trop étroit, les remerciements des enfants confirmés, et, malgré le malaise qu'il avait éprouvé dans celte circonstance, il s'était mis en route avec son digne frère, M. Tabbé de Morlhon, chanoine du Pny. Chemin faisant, le pieux Pontife récitait son bréviaire, quand tout-à-coup le livre lui tombe des mains, sa tète se penché sur Tépaule de son frère, il pousse un soupir... c'était le dernier... Mgr de Morlhon n'était plus.

Ce n*est point ici qu'il faut dire combien ce bon Père a été pleuré par ses enfants. L'Evêque de la grande Madone était mort comme un valeureux champion sur le champ d'honneur, les armes à la main, trois heures après avoir prêché, quelques mois après son retour de Rome, récitant le bréviaire romain, qu'il avait rendu au diocèse du Puy. Il venait de célébrer, avec une de ses paroisses régénérée par la mission, la fête du Saint-Rosaire; il allait rentrer dans sa ville épiscopale, il en ap-

prochait, et peut-ôtre, en s'éteignant, son regard a cherché à l'horizon Noire-Dame iie France!!...

Pendant que le Juge suprême décernait la cou^ ronne de justice à son serviteur fidèle, qui, lui aussi, avait combattu le bon, combat, achevé sa course, conservé la foi et la fidélité jurée, la conférence de MM. les aumôniers du Puy députait deux de ses membres auprès de M. Montagnac» vicaire capitLihiire, dans le but de demander qu'un monument lui fût érigé aux pieds de la statue de Notre-Dame de France, Ainsi la Mère de grâce et son di^iie Fils devaient apparaître inséparablement unis; ainsi rËvôque, en oraison aux pieds de la vénérable image, devait commander par son attitude la prière aux nombreux pèlerins qui montent au rocher; jainsi devions-nous être avertis d'ajouter une prière pour TEvôque défunt, aux supplications adressées à Notre-Dame. M. Montagnac s*étant concerté avec M. le Préfet et le Préfet ayant obtenu lautorisation impériale, un Comité fut nommé pour recueillir des fonds et surveiller leur emploi. Mais la Commission de Notre' Dame de France ayant pris de 5 à 6,û()û francs sur ses propres fonds pour parfaire la somme de 26,000 francs, prix de la statue de Mgr de iMorlhon (1), je ne puis me dispenser de dire ici quelques mots d'une QËuvre dont la Commission a tait la dépense pour près d*un quart.

(1) ^5,000 francs ont été donnés a M. Bonnassieux pour U statue. Le reste a été dépeniié en frais accessoires.

MM. Montagoac el Vareaier, vicaires capitu- " laires, s'exprimaient en ces termes dans un mandeuieat daté du 1*^ décembre 18G2 :

c Noas avons la confiance de répondre aux vœax du public en lui annonçant Touverlure d*une souscription destinée à ériger à Mgr de Morilion un mausolée surmonté de la statue du vénéré Prélat, aux pieds de Notre Dame-de France. Chacun de nos concitoyens croira acquitter une dette de cœur > en contribuant par son offrande à honorer la mémoire du saint et liieo-aimé Pontife, dont le souvenir rappellera toujours la bonté la plus touchante unie à Télévation de TinteUigence, et dont le nom restera inséparable du monument grandiose qui fait la gloire de notre pays. Nous savons que les Iiautes sympathies de S. M. l'Empereur et de son gouvei*nement sont acquises au projet... >

Suivait la liste des membres d'une Commission spéciale présidée par M. Demonts, qui a remplacé à la Préfecture M. Emile Paul ; MM. les Vicaires capitulaircs y figurent comme Vice-Présidents.

Dans une circulaire adressée à tous les Maires, M. le Préfet lenr recommande la souscription pour les mêmes motifs qu'ont fait valoir MM. les Vicaires capitulaires. 11 autorise les conununes ellesmêmes à souscrire.

La Commission nouvelle rendit hommage au talent de Bonnassieux , en le chargeant d'exécuter la statue de Mgr de Morlhon. Le 13 mai 1864, elle

accepta les propositions du célèbre artiste, qaî,

pour le prix de 25,000 francs, se chargeait de la statue en bronze, du piédestaly^du transport et de

Ja pose.

Comme la souscription n'atteignait alors que le chiffre de 19,000 francs et qu'il y avait peu d'espoir de la voir dépasser 20,000 francs, la Commission décida que TOËuvre de Notre-Dame de France fournirait tout ce qui pourrait manquer. A la date du 26 avril 1868, imuvre avait fourni 5,325 fr. 30 c.

S. M. TEmpereur, qui dès le commencement (1) approuva Térection du monument de Mp^r de Mor- Ihon, voulut bien souscrire pour 1,000 francs. Voici la lettre par laquelle M. Piétri en informa M. de Latour-Maubourg :

« Mon chbr Monsieur db LATOUR-BiAUBOURC,

» L'Empereur a accueilli avec plaisir la demande de souscrire pour le monument à élever à la mémoire de Mgr de Morllion, évèque du Puy. Sa Majesté aime à associer ses regrets à ceux de toute votre population pour un Prélat dont elle appréciait les qualités éminentes et qui a laissé parmi vous de si grands souvenirs de charité et de vertus chrétiennes. Elle me charge de vous envoyer la somme de 1,000 francs renfermée sous ce pli, en

(1) La d^et est du 80 oovambra 1868.

vous priant de rajouter à celles oilertes par les habitants de la Haute-liOire.

)» Veuillez agréer, etc.

• L alUché au secrétariat particulier, » PIÉTRI. »

La quarante-unième liste de souscription portait le nom de Mgr Le Breton, digne successeur, longtemps attendu, du Pontife défunt; puis les noms de son vicaire -général, ancien archiprètrede la cathédrale de Saint-Brieuc, M. Menard, et de plusieurs membres de la Commission parisienne» entre autres de Amédée Tbayer, séna* leur, de M. du Havelt, de M. Baudon, du marquis de Béthisy, du baron Sérurier, etc.

Le 8 novembre 1864, octave de la Toussaint, fut le jour choisi pour Tinauguralion du monument; elle fut précédée d'un service solennel célébré dans la basilique de Notre«Dame par Mgr Le Breton, en présence d'un nombreux clergé, de M. le Préfet de la Haute-Loire, de M. le Maire du Puy et de toutes les autorités civiles et militaires, en costume ofUciel. Remplie d'hommes seuls, la cathédrale se trouva trop étroite, et ce vaste auditoire était aussi ému qu'il était nombreux et distingué. Après Toffice , le nouvel Evèque et le nouveau Préfet, animés d'une même pensée, donnèrent à notre siècle si égoïste, si divisé^ si froid, un spectacle remarquable et touchant. L'Evèque parla dans son église, du haut de sa chaire, en

termes empreints d'une foi vive^ et d'une vigueur apostolique. Il fit ua juste éloge de son prédécesseur, lorsqu'il dit : « A la prière de Marie, son au- » guste. Mère, dont la toute-puissante sollicitude » veilla toujours d*un œil jaloux sur sa chère Eglise » d'Ânis, Jésus-Christ vous avait envoyé un de ces » anges au cœur aimant, un de ces Pontifes choisis » qui ne manquent jamais de marquer leur pas- » sage à travers les populations par une trace large

> et profonde... Ses actes, ses'^vertus, ses bien- » faits... sont écrits au livre de vie, eu même temps » qu'ils sont préseuls à la mémoire de nos » cœurs ... »

11 glorifia dignement l'Ciluvre capitale de Tépiscopat de Mgr de Morlhon, quand il s*écria : « Hom- » mage et bénédiction à la mémoire du Pontife qui 1 conçut, ou tout au moins qui poursuivit avec tant

> de patience, qui eut la consolation et la gloire de » mener à bon terme l'exécution d'une Œuvre si » magnifique I »

Cette vaillante parole promettait à rduvre de Notre-Dame de^ France le concours dont elle aurait encore besoin, promesse dont nous voyons avec bonheur l'accomplissement.

Le Préfet parla en plein air, au pied de la statue de Notre-Dame de France et du mausolée, en présence de Mgr l'Evôque, de M. l'abbé de Morlhon et de la multitude des ecclésiastiques et des fonctionnaires répandus sur la plate-forme, et voici en queisf termes

pleins de foi et de délicatesse il résuma celte hisloire de noire monument, que nous veDons d'écrire : € Mgr de Morllioa avait eu pendant toute sa vie une déYotlon profonde pour le culte de Marie ; mais lorsqu'il fut appelé par la Providence au siège épiscopal du Puy, lorsqu'il prit possession de ce diocèse si particulièrement placé sous la protection de la divine Mère du Sauveur, lorsqu'il devint le premier serviteur de cette célèbre Vierge du mont Anis qui avait vu tant de générations et tant de puissants monarques s'agenouiller au pied de son autel, sa dévotion à Marie dut s'augmenter encore. 11 dut se considérer, suivant l'heureuse expression dont s*est servi le Saint-Père lui-même» comme VEvéquc de la Madone, et désonnais ses pensées s'absorbèrent en un seul objet : celui de rendre au culte de Marie toute la splendeur dont il avait joui jadis, et de proiiter de la disposition de ces rochers pour élever sur leur cime un monument, une statue qui, par ses dimensions, par la perfection de ses formes, par la convenance et l'harmonie de toutes choses autour «d'elle, n'eût rien qui pût lui être comparé, et devînt, pour le monde entier, un objet de curiosité, de pèlerinage et de dévotion. Cette grande et audacieuse pensée, que d'autres peut-être avaient pu concevoir avant luiy Mgr de Morlhon eut au moins le mérite exclusif de lui donner vie et d'en faire une réalité. Au prix de quels soins, de quelles peines, de quels efforts, c'est ce que savent tous ceux qui l'ont vu à

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l'œuvre. Mais le courageux Ëvêque semblait obéir à une divine impulsion, et rien ne pouvait arrêter son élan. Dès le mots de mars 1853, une première Gomiuisslon avait été nommée par lui pour s'occuper de l'érection du monument, et, par une coincidence heureuse et à jamais remarquable, le jour même où le Saint-Père proclamait à Rome le dogme de rimmaculée-Gonception, la première pierre du piédestal arrivait et prenait sa place au faite du rocher.

1 Je n'ai pas à redire les phases par lesquelles dut passer une si grande entreprise. Je ne rapporterai qu'un souvenir glorieux pour la France et pour tous. Gomme malgré les ressources considérables déjà recueillies» il fallait un poids énorme de métal pour fondre ce colosse, et qu'elles n'auraient sans doute pas suffi, Monseigneur eut l'idée d'aller demander à TEmpereur les canons russes qui seraient nris à Sébastopol. € Quand ils seront pris, répondit l'Empereur. — Us le seront, Sire. • Ceci se passait le 5 septembre, et le 8, trois jours après, Sébastopol tombait sous les coups de noire vaillante armée et laissait en notre pouvoir un nombre considérable de canons qui , sous la direction d'artistes distingués, sont devenus cette magnifique et colossale statue, qui semble couvrir de sa protection la ville, le diocèse et la France entière : monument à la fois religieux et patriotique, digne de l'admiration générale.

» Voilà rORuvre capitale de iMgr de Morlhon, voilà cette (Duvre si grande et si belle, dont la renommée croissante appelle de plus en plus sur la ville du Puy Tattenlion du monde, et qui explique et justiûe pleinement les sentiments de reconnaissance voués par le pays au Prélat auquel il est redevable d'une telle gloire. »

Appréciant dignement l*œuvre nouvelle de Bonnassienx, M. le Préfet ajoutait :

<x r/est bien Mgr de Morlhon. C'est sa physionomie à la fois noble et douce. Le voilà qui, les maiîis jointes et les yeux fixés sur la grande statue, implore la Sainte Vierge et appelle sur ses chers diocésains les divines bénédictions. Quelle ardeur dans sa prière ! Quel senliment de foi profonde 1 II me semble voir le diocèse tout entier en la personne de son premier Pasteur, prosterné devant la Mère du Sauveur. Remercions et honorons l'artiste qui a si bien compris et rendu les intentions de la Commission, et vient de s'illustrer encore par cette nouvelle œuvre I »

Ces nobles paroles échangées entre le chef hiérarchique de la religion dans le diocèse et le magistrat qui représente, dans le département, le Chef de la nation très-chrétienne font oublier les dissentimr^nts, qui s'étaient produits sous la précédente administration et montrent combien est précieuse, dans rintérèt du bien public, l'union du sacerdoce et de TEmpire.

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