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CHAPITRE XIX

Notre Saint- Père le Pape et Notre-Dame

de France.

Pendant de longs siècles, tout enfant du Puy- Sainte-Marie était baptisé dans la chapelle de Saint- Jean; de là porté devant Tautel de Notre-Dame, à laquelle il était offert; puis, sur le grand escalier, il faisait une station devant la porte de l'Hôtel-Dieu, et sa petite main déposait dans le tronc des pauvres une offrande. Par là nos pères enseignaient à leurs enfants que Marie était leur Mère, et que la charité pratique devait toujours s'allier dans leur cœur à la vraie foi. A cette piété liliale envers Marie, à cet amour pour les pauvres et les malades, toutes nos traditions nous obligent à unir la vénération 1^ plus profonde et Tamour le plus reconnaissant envers le Souverain Pontife.

Les premiers fondateurs de nos églises et de notre béni sanctuaire : saint .Georges, saint Front, saint Martial, saint Scrulaire, etc., ne sont-ils pas envoyés de Rome ? N'est-ce point au Souverain Pontife que Notre-Dame doit son titre de cathédrale

dont Torigine date de saint Vozy et qui lui est rendu «n 1822; son titre de basilique octroyé en 1860; son grand Jubilé ; les indulgences dont elle est enrichie; les privilèges dont elle jouit depuis tant de siècles ? Nos Evéques n'ont-ils pas été déclarés par Sylvestre II suffragantsvmmédiats du Saint^iége? et Pascal II et saint Léon IX, confirmant ce privilège, n'ont-ils pas décrété que TËvéque du Puy devait être consacré par le Souverain Pontifef et par lui revêtu du Pallnm? Clément IV, qui, du siège du Puy, fut appelé sur celui de saint Pierre, n'at-il pas placé l'Eglise du Puy sous la juridiction spéciale du Souverain Pontife? Urbain II, Gélase II, GaKzte n, Innocent II, Alexandre III ne sont ils pas venus en personne visiter et vénérer Notre-Dame du Puy 7 Notre illustre Adhémar n'a-t-il pas été choisi par Irbain II pour diriger, au nom du Saint- Siège, les opérations de la grande croisade?

Mais ne parlons que du grand Pontife qui édifie l'Eglise par sa piété douce, ferme, patiente, magnanime.

Pie IX n*a-t-il pas mis le comble à toutes les fa.

veors déjà reçues par notre sanctuaire en couronnant Notre-Dame du Puy le 8 juin 1856? N'a-t-il pas accordé une décoration splendide aux membres de notre vénérable Chapitre, qui portaient autrefois la mitre et la crosse, et relevaient immédiatement du Saint-Siège? N'a-t-il pas comblé d'honneurs nos Ëvéques et plusieurs des magistrats laï-

quel qui les ont assistés de leur influence dans

raccomplissement de leur difficile mission ?

Notre-Dame de France n'a-l-elle pas été Tobjet de sa libérale sollicitude ? Tout ce que Pie IX a fait et publié à la gloire de rimmaculée-Conception a été pour notre entreprise un stimulant des plus opportuns, nous Tavons remarqué. G*est ce travail accompli à Rome le 8 décembre 1854 qui nous enhardit à dire, dans notre premier prospectus : c Un monument s*élève en France destiné à glorifier la Conception sans tache^ de la Mère de Dieu, et à perpétuer la mémoire de la définition de ce dogme. » Nous disions encore : « La première pierre est arrivée au sommet du rocher le 8 décembre 1854, au moment même où le décret pontifical était lu à Saint-Pierre ; elle a été bénite le 10, pendant que Sa Sainteté consacrait la basilique de Saint-Paul. » Nous ajoutions : « Rome a déjà envoyé au Puy un

• secours pécuniaire. » Plus tard, nous pouvions dire qu'avec cette offrande, Ffiglise romaine nous donnait, comme Président de la Sous-Commission de Paris, un Prince aussi éminent par son rang, qu*exemplaire par son dévouement à la cause pontificale et sa tendre dévotion envers la Mère des miséricordes; et, depuis le consistoire du 13 mars 1868, nous pouvons dire, avec Mgr Ricci, qu'en le revêtant de la pourpre, le Souverain Pontife a voulu récompenser les vertus dofU il a donné Pf'œempfe dè^ sa plus tendre enfcmce, surtout sa

fnhét4, sa modesPie. et son dési/ntéressement.

Le mouvement produit par la proclamation du dogme, de rimmaculée-Conception a été accéléré dans le diocèse par le couronnement de A^otre- Dame, par les Jubilés de 1851, de 1853, de 1857, c'est-à-dire par Faction constante, par les faveurs sans cesse multipliées du Vicaire de Jésus-Ciirist. Dans une lettre du 13 février 1854, Mgr de Mor- Ihon fit p^irt au Pape de son projet. Pie IX lui répondit dans un bref daté du 25 mars, fùte titulaire de notre Ëglise. £n yoici quelques lignes :

« Nousn*a>ons pas de peine à concevoir, vénéra- » ble frère, combien grande est la piété et la véné- » ration des fidèles de votre diocèse pour la très- » heureuse Mère de Dieu. Ils ont reçu de leurs » ancêtres ces sentiments, et leur désir ardent est de » ies rendre encore plus manifestes et plus éclatants » en élevant sur le mont Corneille et en consacrant 9 à la Reine du Giel de la terre une statue monu- » mentale, dont la vue soit, pour les habitants de » votre ville et pour les environs, une invitation à » implorer avec confiance et à mériter, par leurs • hommages et leurs Tœux toujours plus ardents, » le secours de cette Mère très-aimante.

» Ce zèle des habitants du Puy pour étendre le j) culte ol la dévotion envers la Mère de Dieu, et pour > s'assurer davantage sa très-puissante protection, i nous le comblons des plus grands éloges, et nous » vous félicitons de la manière la plus expresse, » vénérable Irère, de ce religieux dessein de vos » diocésaine et du concours empressé de leur zèle

» et de leur générosité. Que le Dieu très-bon et très- » grand daigne répandre sa céleste bénédiction sur » cette pieuse en Ireprise, et couronner d* un plein 9 succès les efforts par lesquels, à Texemple de » leurs ancêtres, les fidèles de votre diocèse appel- » lent, avec une ardeur toujours croissante, par » leurs bonnes œuvres, la protection puissante de la » Vierge Immaculée sur leur ville^ leur province, > et leurs personnes, p

Le 11 février 1856, le Saint-Père fait mieux encore : il ouvre le trésor des indulgences pour en enrichir tous ceux qui nous viendront en aide dans l'accomplissement de notre dessein, et tous ceux qui rendront à l'image de Marie un culte^religieux; il élève notre cathôdrale au rang des églises basilicales. Citons encore :

€ Nous avons lu la lettre très-respectueuse, dans » laquelle vous nous parlez de nouveau de la statue » colossale de Tlmmaculée-Conception de la Très- » Sainte Vierge Marie, Mère de Dieu, qui doit être » érigée au Puy, et vous nous faites savoir avec quel » empressement notre très-cher fils Louis-Napoléon, » Empereur des Français, et son auguste épouse, » et la maison impériale et un grand nombre » tant de Prélats français que d'ecclésiastiques de » divers diocèses, et les supérieurs des commu- » nautés religieuses, et toutes les écoles des Frères » de la Doctrine chrétienne se font un honneur de » contribuer, selon leurs moyens et de tous leurs

» efforts, à Térection de ce monument destiné à » lioaorer rimmaculée-Gonception de la Mère de

• Diea. Nous ayons éprouvé uné'bien grande joie, » vénérable frère, en appreaaat le zèle si pieux dé- » ployé chaque jour afin d'augmenter de plus eu » plus la dévotion à la très-glorieuse Vierge, et rien

ne pouvait nous être plus agréable ni plus con- » forme à nos vœux. C'est donc de grand cœur que, > » conformément à votre désir, par les présentes let- » très, de notre autorité apostolique et dans la forme » ordinaire de l'Eglise, nous accordons avec bonté > une indulgence de cent jours à tous et à ciiacuu

• des chrétiens fidèles, des deux sexes, qui, de » quelque manière que ce soit, auront contribué à » Térectiou de ladite statue deTimmaculée Vierge » Marie, ou qui, après son érection, la salueront

). dévotement de cette prière : 0 Marie conçue sans » péché, priez pour nous !

» En outre, à tous et à chacun des chrétiens fi-

» dôles des deux sexes qui, s'élant purifiés par la n confession sacramentelle et ayant reçu le très- » saint sacrement de l'Eucharistie, visiteront avec » piété cette église cathédrale du Puy dédiée à la » Sainte Vierge Marie, tant le jour môme où la » slatîie aura été bénite avec les cérémonies de TE- » glise que Tun des quatorze jours qui suivront im- » médiatement, et là, prieront Dieu dévotement se* » Ion rintention de notre mère la sainte Eglise, » nous donnons, de notre même autorité aposto*

1 lique, et nous accordons miséricordieusement

» dans le Seigneur l'indulgence plénière et la ré- » mission de tous leurs péchés, indulgence qu'ils i pourront gagner une fois seulement dans l'espace » desdils quinze jours.

» De plus, par les présentes lettres» de notre au- » torité apostolique, nous déclarons, nous faisons » et nous constituons à perpétuité cette église » cathédrale du Puy Basilique mineure^ à l'instar > des Basiliques du second rang qui se trouvent » dans notre ville bien-aimée, et nous lui accor- • dons tous leurs honneurs, droits et privilèges, de » telle sorte cependant que cette église cathédrale » commence à jouir de ce titre et de ces privilèges, » à dater seulement du jour où ladite statue de la » très-glorieuse Vierge aura été bénite régulière-* t ment.i

A CCS éloges, à ces faveurs, il faudrait ajouter le bref du 30 avril 1861, accordant à perpétuité une indulgence plénière à tous les fidèles qui, après s'être confessés et avoir communié, visiteront dévO' tement Téglise cathédrale du Puy, le deuxième jour de septembre ou l'un des sept jours suivants, et y prieront avec ferveur pour le bien de l'Eglise.

Il faudrait ajouter encore les titres {^Assistants au trône pontifical et de comtes romains conférés à NN. SS. de Morlhon et Le Breton ;

Le rescrit qui autorise Mgr Le Breton à couronner, au nom du Pape, Notre-Dame de Pradelles;

Le bref du 30 novembre 1867 à l'abbé Sire^ qui appelle sa collection une œuvre splendide et un

'monument d'une insigne magnificence.

Et pouvons^nous oublier ilnsigne honneur accordé à notre Commission, qui a vu son Yice-Pré- ^ sident élevé à la prélature, dom Pitra^ membre du Comité historique de Notre-Dame de France, honoré de la pourpre, et le prince Lucien, Président

de la Sous-Commission de Paris, promu au cardinalat et, malgré son jeune âge, nommé le premier

de la promotion.

Cette énumération pourrait être plus étendue;

mais ne suffi l-ellc pas pour exciter dans nos dmes le sentiment qu'exbalail le Psalmiste en ces termes: Que ferai-je pour te Seigneur en retour de tous les bienfaits dont-il m*a comblé? Quel est Tenfant de Notre-Dame du Puy qui ne se demande avec une certaine anxiété : « Vis-à-vis du Pape, surtout en ces jours d'affliction pour le Saint-âiége, me suis-je montré assez généreux, assez reconnaissant? » Sans doute nous avons repris avec empressement la prière liturgique de Rome ; nous avons répandu au loin VApostolat de la prière et le culte du Sacré- Cœur; nous avons fourni à TOBuvre de la PropOr gation de la foi un zélateur ardent : Mgr de Gharbonnel ; à rOËuvre de la Sainte-Enfance un promoteur et un organisateur puissant : M . Jammes ; nous avons envoyé des prêtres, des religieux, des religieuses jusqu'en Amérique ; notre séminaire diocé*

sain a fourni de bons ouvriers aux diocèses les plus dépourvus de JbYauGe et aux Missions; le séminaire de Yals, à lui seul, a fourni, de 1836 à 1867, cent cinquante-neuf religieux aux Missions étrangères, où trente-cinq ont trouvé la mort; nous avons donné à la cause ponlilicale le vicomte de Becdelièvre, lieutenant-colonel des zouaves de Lamoricière, qui nous a raconté en peu de paroles, mais avec une franchise toute militaire, l'origine et les premiers exploits de cette légion de braves formés par lui, qui ont sauvé le Pape et Rome par la victoire de Mentana (1). L'élite de notre chrétienté n'a pas hésité à le suivre dans cette sanglante arène où la noblesse de la France se retrempe dans le sang. Mais qui de nous osera dire : « Nous avons fait assez? » Nous avons un Comité chargé de promouvoir la souscription pour l'armée pontificale, j'en conv ens. Mais au moyen-âge nous étions pour Home d'un secours bien plus grand. Gharlemagne avait choisi le Puy- Sainte-Marie pour chef-lieu de perception du denier de Saint-Pierre,

(1) Éouvenir.i de famée pontificale, par M. le vicomte àe Becdelièvre. —

Paris, Lecoffre.

Un des drapeaux portés par les tirailleurs franco-belges au combat de Castelfidardo, donoé par Pie IX to vicomte de Becdelièvre comme témoignage de sa haute estime, oiTert par le noble vicomte au régiment des looaves

pontificaux, qui n'a pas consenti à le dépouiller de cette précieuse rcli(|ue, vient d'être «nvoyé par le digne enfant de Notre-Dame du Puy ii M^t Le Breton, afin d'être conservé dans le muSi'e de Notre-Dame. Cet envoi est accompagné d'une lettre du colonel Allet , commandant des zouaves pontificaux, qui Ciit le plus bel étoge des vertus et des talents militaires du brave officier • qui a présidé à la formation de ce corps devenu si justement célèbre.

et chaque année le Puy fournissait I92OO livres

pour le service du Siège apostolique; nous avons près du Saiot*Père une trentaine de zouaves, un camérier du P.ipe que ses quatre-vingts ans n*empùclient pas d'accourir pour faire son sei vice dès qu'il y a quelque péril à partager ; mais Adhémar de Monleil, légat du Saint-Siège, à la première croisade, entraînait à sa suite quatre cents guerriers du Puy, dont les vers du Tasse ont célébré la vaillance 1); mais le diocèse de ILirlem, à lui seul, compte aujourd'hui huit cents soldats enrôlés pour la plus sainte des causes. De ce que nous avons fait dans le passé, de ce que nous voyons faire auprès de nous, concluons, non pas que nous ayons fait assez, mais qu avec l'aide de Dieu, restant fidèles à nos antécédents, nous pouvons faire davantage.

(i) Âpres eux déploient leurs enseignes Guillaume et Adhémar^ tous deux princes et pasteurs des peuples toos deux» Vun et Taulre étaient sortis de Tombre des autels. Un casque presse leur lond^ue chevelure, et leurs mains, roii aérées h un mini>tère de p.iix, manient armes rruelles. Sous le premier marchent qnatrc cents guerriers Oraiii^e a nourris : le second en commande quatre cents autres, uou muius euurageux^ auxquels la ville du Puy donna le juur. (Chant

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