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Restalratiox de la chapelle de Notre-Dame du Désert

Le manuscrit d’Aveiielle nous a appris qu’à une époque indélerminée, mais antérieure au xvi® siècle, par suite d’une cause demeurée inconnue, la nef de la chapelle de Notre-Dame du Désert avait été réduite de moitié. Nous avons vu d’autre part que, vers la fin du siècle dernier « les murailles de la chapelle, disjointes dans beaucoup de leurs parties fondamentales, étaient dégradées ».

L’œuvre du prieur Hugues paraissait plus que compromise lorsque M. Paul-Louis-Félix Le Vacher d’Urclé entreprit de la sauver. Il rechercha soigneusement les fondations primitives et éleva les murailles de la partie de la nef qui avait disparu en observant scrupuleusement le style de celle qui avait été conservée.

Après lui, désireuse de mener à bonne fin cette délicate restauration qui avait été l’œuvre de prédilection de son père, de Ronald termina l’église, l’enrichit de deux nouveaux autels, de magnifiques vitraux et d’un chemin de croix commandé à l’ancienne maison des Montagnon de Nevers.

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PAUL-LOUIS-FÉLIX LE VACHER D’URGLÉ

On comprendra mieux Timporlance de ce travail en relisant une excellente description de la chapelle de Notre- Dame du Désert, écrite en 1858, c’est-à-dire six ans avant l’intervention de M. Paul d’Urclé. Elle est due à la plume d’un archéologue des plus distingués, M. Raymond Bordeaux.

(( An bord de la gorge sauvage où se perdent les eaux intermittentes du Lesme, petit cours d’eau singulier qui au lieu de grossir en s’éloignant de sa source s’engloutit au contraire dans un lit desséché \ se trouve dans la foiêt de Breteuil l’antique chapelle de Notre-Dame du Désert où une relique de sainte Suzanne attire chaque jour de nombreux pèlerins.

La tradition locale rapporte que saint Mélaine, évêque de Rennes, qui mourut vers l’an 533, aurait été solitaire en ce lieu avant son épiscopat. Dès lors les cénobites ou ermites se seraient retirés au milieu de ces solitudes profondes et auraient défriché les champs aujourd’hui enclavés dans la forêt. Il existe une copie de la charte par laquelle Robert, sire de Breteuil en Normandie et comte de Leycester en Angleterre, fonda en ce lieu un prieuré qui dépendit de l’abbaye de Lyre, et on voit par cette charte que déjà il y avait des moines et des défrichements en cet endroit.

La curieuse chapelle qui subsiste encore est le chœur de

^ C’est en pays plat que nos rivières se perdent et leur disparition n’a pour cause que la nature des couches supérieures de notre sol. Depuis le dessous de la terre végétale jusqu'à la craie on ne trouve qu’un terrain rougeâtre et sans consistance formé de sable, d’argile ferrugineuse et d’une grande quantité de silex de toute grosseur. C’est un terrain de transport. Les silex sont généralement ronds et dès lors ne se touchant que par certains points ils laissent entre eux des interstices remplis de sable. Une telle couche ne saurait devenir imperméable. L’eau y pénètre peu à peu pratiquant une infinité de petits passages en entraînant les sables qui séparent les rognons de silex. L’eau continue sa course sous les terres jusqu’à ce que resserrée sur un espace plus étroit et trouvant des issues elle revient au jour en formant des sources abondantes. Cette disposition du terrain se produit en petit à chaque instant dans nos contrées. M. Vaugeois, que nous résumons ici, cite comme exemple de ces disparitions momentanées ou prolongées des cours d’eau l’Aure et la Drôme dans le Calvados, le ruisseau de Fontenil, de Sommaire ; la Risle, l’Iton, le Lesme dans l’Eure.

Téglise bâtie par Hugues alors prieur du Désert et dont la dédicace fut faite en grande pompe le 27 avril 1125 par Audoenus évêque d’Evreux en présence de Robert et de sa femme Amicie, sous le pontificat d’innocent II ; Henri E*', roi d’Angleterre, occupant' le trône ducal de Normandie. C’était le temps où on bâtissait les gros piliers de la nef de la cathédrale d’Evreux ; aussi ce petit monument présentet-il les caractères les plus prononcés de l’architecture romane et offre-t-il un vif intérêt â l’antiquaire.

Malheureusement, l’ancienne nef tout entière a été démolie â une époque ancienne ; il en est résulté que l’ancien chœur sert aujourd’hui de nef et le clergé nombreux dans les jours où viennent les processions n’a plus pour se placer que l’étroit espace du sanctuaire primitif qui par cette raison a été menacé dans ces dernières années de tomber sous le coup d’un zèle peu éclairé pour être agrandi et rebâti â neuf.

Or ce chœur actuel est au point de vue archéologique F un des édifices les plus curieux du département de F Eure. C’est une abside circulaire percée de trois fenêtres â plein cintre d’un style très grave et très austère et bâtie en grisons, espèce de poudingue ou de roche agglutinée dont la couleur brune et le grain prononcé ajoute au caractère de cette vieille construction qu’aucun raccommodage intempestif n’a encore dénaturée â l’extérieur.

La nef actuelle, qui dans le plan primitif formait le chœur, est elle-même fort ancienne quoiqu’un peu altérée. Au nord, le mur, couvert d’un crépi vénérable, est décoré de deux contreforts plats en grison et de deux fenêtres où le cachet du xii® siècle est fortement empreint. Le vantail de la petite porte ouvrant de ce côté est rehaussé d’une curieuse peinture du xiiE siècle en forme de fleur de lis.

Au midi, l’église s’adosse au bâtiment du prieuré. La

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façade de ce bâtiment est très curieuse à l’est ; on remarque encore dans la muraille remaniée au xv® siècle des baies de fenêtres et des arcatures à plein cintre du xii® siècle.

A l’intérieur, ce qui frappe la curiosité ce sont les ex-voto accrochés aux environs des trois autels ; béquilles, bras et jambes de cire suspendus par les pèlerins qui affluent en ce lieu. On voit au-dessus du maître-autel placé dans l’antique abside une vierge enveloppée de soieries et de dentelles et une image de sainte Suzanne représentée lisant dans un gros livre. La muraille qui s’élève au-dessus de l’arcade du chœur actuel était couverte d’un semis de fleurs de lis dorées sur fond bleu. Il n’y a d’ailleurs à noter en fait d’objets d’art qu’un assez bon tableau placé sur l’autel et une décoration ancienne en fer forgé qui couronne la balustrade du chœur. Mais on remarque avec plaisir la jolie voûte de bois exécutée il y a deux ans par MM. Laumonier, sculpteurs à Couches; elle mérite de servir de modèle pour la décoration des églises rurales qu’il est aujourd’hui à la mode de plafonner comme des greniers à avoine ; et après l’avoir vue on comprend mieux la laideur des affreuses croûtes de mortier dont les anciennes voûtes de quelques églises voisines, les Baux, la Neuve-Lyre, Ambenay, ont été barbouillées. MM. Laumonier ont placé au milieu des rosaces délicatement découpées de leur nouvelle voûte l’écusson du propriétaire actuel de Sainte- Suzanne, M. Le Vacher d’Urclé, et nous rappellerons à ce sujet que l’ancien prieuré du Désert avait pour armoiries, selon d’Hozier, un écusson a or chargé d'un arbre de sinople et d'un cerf de gueules passant^

^M. Haymond Bordeaux cite incomplètement d'Hozier de sorte riu’il resterait un doute sur la place relative du cerf et de l'arbre. Nous avons vu à la Bibliothèque nationale qu'il faut ajouter ces mots « devant l'arbre » d’Hozier 1.9Ô3.

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