‹ Histoire de Notre-Dame du DésertChapitre 29 sur 33 · II. — Hospice et hôtel de ville · texte numérisé non relu

II. — Hospice et hôtel de ville

C’est sous radministration de M. Paul d’Urclé que furent

riiospice occupait remplacement de l’iiôtel de ville actuel. Vers 1858, il fut rééditié sur la route de Damville sur un terrain exproprié; c’est une très belle construction entourée de larges espaces, fort bien située C L’hôtel de ville a pris sa place, et l’ancien clocheton de l’hospice se trouvait exactement là où s’élève aujourd’hui celui de l’hôtel de ville.

Les plans et les dessins de cette dernière construction svelte, gracieuse, très originale et très artistique sont dus à M. Simon, architecte à Rouen. Le conseil municipal de Breteuil décida la construction de l’hôtel de ville le 16 novembre 1863. M. Pillard Lizot s’engagea à exécuter les travaux suivant les plans de l’architecte, approuvés par le préfet.

Nous ne saurions trop recommander aux étrangers qui

* L’hospice de Breteuil remonte à une haute antiquité puisque dès 1192 le pape Célestin III par un bref donné à Saint-Pierre de Rome prend sous sa protection les pauvres lépreux de Breteuil. Ce bref muni de son sceau se trouve dans les archives de l’hospice d’ailleurs très riches. Elles renferment outre les pièces les plus anciennes parmi lesquelles nous pouvons citer la confirmation par Robert de Leycester de la donation faite par son père d’un muid de blé et d’une once d’or, treize liasses de pièces concernant : 1° les droits dans la forêt : 2° les baux; 3“ les donations ; 4° les exemptions de décimes ; 5° les titres des biens-fonds, 6° les droits de la foire de Saint-Simon et de Saint-Judes ; 7<> les baux de la dixme de Bertoisel ; 8° ce qui concerne le droit à l’once d’or et au muid de blé sur les moulins de Breteuil ; 9<> les réparations demandées par le grand maître de l’ordre de Saint-Lazare ; 10“ les comptes de gestion. Nous avons trouvé là les comptes de Louis Le Vacher, administrateur nommé par les bourgeois de Breteuil, pour les années 1748-49-50-31 ; 11“ ce qui concerne la fiefîe de Boulais ; 12“ les rentes constituées ; 13“ les terres de la Magdeleine ; 14“ les terres de l’Hôtel-Dieu.

Ces archives très complètes et très curieuses renferment des pièces revêtues de la signature de rois de France notamment Charles IX et Louis XIV. Elles seraient fort utiles et très suffisantes pour qui entreprendrait d’écrire l’histoire de l’hospice de Breteuil.

construits

et l’hôtel de ville actuels. Autrefois

PAUL-LOUIS-FÉLIX LE VACHER D’URGLÉ

visitent Breteuil de consacrer quelques instants à la grande cheminée delà salle du conseil. Ce beau morceau de sculpture se compose de deux parties : un bas-relief représentant une scène de la Révolution où M. de Perla sauve un laboureur poursuivi par des furieux, et de magnifiques colonnes très découpées d’un goût exquis.

Le bas-relief a été exécuté par un sourd-muet nommé Dunglard, de la maison Bonet de Rouen. Quant à la cheminée elle est l’œuvre de M. Pillard-Soulain alors âgé de dix-huit ans. C’est lui-même et lui seul qui a exécuté ces magnibques sculptures.

Nous devons ajouter que M. Paul d’Urclé a fait cadeau à la ville de cette magnifique pièce qui a été payée aux artistes sur ses deniers personnels.

HT. — Œuvre posthume. L’asile Paul d’Urclé

L’œuvre de M. Paul d’Urclé ne devait point être interrompue à sa mort survenue le 4 octobre 1889.

Son souvenir et l’ardente piété filiale de sa bile ont inspiré la création qui s’adaptait le mieux aux conditions de notre localité éminemment industrielle. Les magnifiques résultats obtenus nous disent aujourd’hui combien cette inspiration fut heureuse.

C’est le 24 septembre 1894 que l’asile Paul d’Urclé a été inauguré solennellement. Ce bâtiment situé à l’extrémité des Plesses, non loin du groupe scolaire, répond admirablement à sa destination en même temps qu’il réunit au plus haut degré les multiples conditions réclamées par l’hygiène contemporaine : emplacement sur la périphérie de la ville, salubrité du sol, belle orientation, aération abondante, ventilation parfaite, isolement des bâtiments voisins par des rues, etc., etc.

La construction de Fasile a été confiée à M. Walon, le distingué architecte parisien, fils du vénérable sénateur; elle a valu à son auteur la plus flatteuse des récompenses.

L’asile Paul d’Urclé.

La population tout entière de Breleuil a tenu à prendre part à la cérémonie présidée par Sa Grandeur 1\P Sueur, alors évêque d’Evreux. C’est en présence des autorités municipales que cet éloquent prélat a fait ressortir avec une netteté saisissante la double pensée qui a guidé de Bo-

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nald dans sa généreuse initiative : piété filiale en voulant perpétuer à jamais le souvenir de son vénéré père, en donnant à l’asile ce nom de d’Urclé qui sera éternellement béni par les enfants et par les pauvres, ce nom que l’on rencontre depuis si longtemps à toutes les pages de l’histoire de Breteuil ; charité, en se souvenant que la mère de famille, dont le mari travaille dans nos usines, pourra s’occuper plus avantageusement de son ménage et même augmenter par son travail le bien-être des siens si elle peut confier aux religieuses de l’asile ses jeunes enfants.

Assurément cette pieuse pensée de charité sociale était ce qui pouvait le plus toucher le grand cœur de cet homme si bon, sans cesse préoccupé, comme ses aïeux, d’assurer le bien-être des ouvriers de Breteuil. Il est juste d’ajouter que le pays tout entier lui a gardé une profonde reconnaissance. Nous avons entendu le soir de la fête de l’inauguration de l’asile, les vieux maçons, les vieux ouvriers du pays rappeler avec orgueil qu’ils avaient travaillé du temps de M. d’Urclé et parler de lui dans des termes tels que les larmes en venaient aux veux.

M. Board, conseiller municipal, au nom des travailleurs dont il a toujours été l’ami actif et le défenseur permanent, a porté un toast à celle qu’il ajustement appelée la bienfaitrice de l’ouvrier, la providence des pauvres et il a associé à de Bonald la noble amie qui collabore à toutes ses bonnes œuvres et dont l’activité si intelligente se multiplie en raison de la grandeur des entreprises.

Certes, quand on rencontre une aussi éclatante manifestation de l’assistance privée, on ne saurait trop s’en réjouir, non seulement pour la somme énorme de bien qui en résulte immédiatement, mais aussi et surtout à cause des sentiments dont elle procède et de ceux qu’elle inspire.

L’inégalité fatale des fortunes, des intelligences et des

qualités physiques et morales, si elle n’engendre pas la bienveillance et le dévouement, produit inévitablement la colère et la révolte : ceci revient à dire que si les classes sociales ne se pénètrent pas, elles sont amenées à se combattre. Aussi est-ce un beau spectacle de voir les favorisés se retourner vers les faibles, tendre la main à leurs enfants, à leurs vieillards, à leurs malades, les visiter, les conseiller, les encourager, leur donner enfin leur argent sans compter et, ce qui est plus rare encore, leur cœur!

Quanta nous, en présence d’un si beau spectacle nous ne savons que nous taire. Il existe en effet des âmes douées d’une si grande délicatesse que l’on craint, en vérité, de laisser arriver jusqu’à elles un léger nuage d’encens. 11 faut savoir refouler au fond de notre cœur l’admiration qu’elles provoquent, puisqu’elles-mêmes s’appliquent sans cesse à dissimuler aux yeux du monde leurs œuvres les plus admirables dont personne ne connaîtra jamais ni l’importance ni le nombre !

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