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Empreinte profane. Antiquités romaines

Le pays des Aulerques Eburoviques avait pour capitale Évreux [Medïolanum Aider cor um), et non pas Vieil-Evreux [Gïsacm ‘).

Quatre centres romains plus ou moins importants se trouvaient dans le territoire correspondant au département

^ Recueil des travaux de la Société libre de VEure, 3® série, t. IV, p. 333. Extrait d’une lettre de M. Le Prévost à M. Bonniii notre savant compatriote. « J’avais toujours supposé conformément à la tradition locale que l’emplacement du chef-lieu des Aulerques Eburoviques avait été le Vieil-Evreux... Vos savantes recherches dissipèrent toutes mes illusions... Aujourd’hui, ^râce à vous, les pierres ont parlé et leur témoignage place Mediolanun à Evreux. Gisacus, où se trouve le palais de quelque personnage important, remplace le nom si mal approprié de Vieil-Évreux... C’est là un fait délinitivement acquis à la science; je pense que c’est un devoir rigoureux de l’enregistrer dans ses actes. » Voir Le Prévost. Notes sur le départemenl de l'Eure. Notice historique et archéologique, vol. I, p. 10.

2î HISTOIRE DE NOTRE-DAME DU DÉSERT

de l’Eure, lequel fît partie de la Celtique d’abord, puis après la conquête de la province Lyonnaise sous Auguste, enfin de la Seconde Lyonnaise quand cette province eut été créée par Dioclétien à la fin du iiC siècle.

Ces centres étaient Uggade^ Rilumagus Ccmetiim et Condate. M. Le Prévost les place dans les localités actuelles de Pont-de-P Arche, Fleuri, Bertouville et Condé-sur-lton.

Comme nous n’avons à nous occuper que du canton de Breteuil [Brllolium ^ Brilogilum), la localité qui attirera toute notre attention sera Condate et la partie de son territoire qui, remontant Piton sur ses deux rives, atteint Saint- Ouen-d’Attez [SancUis Audoënus Allegiarum), Saint-Nicolasd’Attez [Scmctii^ Nicolaüs Atlegiannn) et Cintray (Cinetrdium) .

Borne a possédé notre sol pendant cinq cent cinquantequatre ans, de Pan 57 avant Jésus-Christ jusqu’à la prise d’Évreux par Clovis en 497, et après quinze siècles écoulés, les débris de la ville romaine de Condate couvrent encore nos campagnes ; tandis que vers POuest à l’autre pôle de notre canton un modeste ermitage, habité et bâti peutêtre par un grand saint, s’est maintenu sous des formes diverses jusqu’à nos jours. Là aussi, là surtout, nous reconnaîtrons l’empreinte delà ville éternelle, de la grande cité juridique. Borne, toujours Borne, centre de la monarchie du Christ sous la forme du souverain pontifîcat !

Laissant de côté les antiquités gauloises \ nous avons à signaler les nombreuses médailles retrouvées dans notre canton. M. Poucbet, ancien instituteur à Saint-Ouen, en possède environ deux cents dont quelques-unes assez rares,

• Nous possédons dans le canton le Men-hir de la Gour, haut de douze pieds situé en face de ce qui fut le parc de Maulny. Nous pouvons signaler une pierre druidique non décrite qui se trouve dans la forêt de Bourth mais sur le territoire de Francheville, près de la ferme du Hamel à quelques mètres de la voie romaine de Condate à Nœodunum. On trouve dans tout le territoire de nombreuses haches en silex de toutes variétés et quelques haches de bronze d’un modèle très remarquable. (Voir la collection de M. Pouchet à Morainville.)

L’EMPREINTE DE ROME

On ne peut guère entreprendre des terrassements dans les communes de Condé, Saint-Ouen, Saint-Nicolas et Cintray sans en mettre à jour un certain nombre.

En 1820, on a trouvé près de l’ermitage de Notre-Dame du Désert un Philippe, un Gordien Pie, un Posthume d’argent, une Lucile de grand bronze et un Maximin de moyen bronze. Aux Landes on a mis au jour un Auguste en or. En 1850, dans un même point de la forêt de Breteuil, on exhuma deux cents médailles de cuivre parfaitement conservées parmi lesquelles des Posthume et des Gallien. En 1834, un maréchal ferrant en bêchant son jardin trouva une collection de 196 médailles en or appartenant toutes à la fin de la République. Que de surprises lorsque des fouilles méthodiquement dirigées seront entreprises dans notre canton !

Nous devons signaler des murs romains sur Cintray et des débris de briques et de poteries romaines en si grande abondance que l’on a pu en retirer en quelques heures quatre charretées dans le même petit champ près de Baudoin.

N’oublions pas le magnifique tumulus inexploré du bois de la Tournevraie sur la propriété de M. Desportes à Cintray, des camps où les légions s’arrêtèrent pendant quelques jours, et que l’on désigne sous le nom de camps de César conformément à une habitude absolument injustifiée pour notre pays. Le nombre des aqueducs et des souterrains " est con-

' Dans la forêt de Breteuil en face la Tabourerie se trouve une vaste étendue de terrain qui porte le nom de Camp de César. Au moyen âge un château fut bâti au beau milieu de ce camp. On sait que les demoiselles du seigneur connu sous le nom de Seigneur de l’Enclos se rendaient souvent â Cintray où leur père avait des propriétés. Elles suivaient un chemin qui passe entre le Pont Ibou et la gare de Francheville. Ce chemin porte du reste encore aujourd’hui le nom de Chemin des Demoiselles. Camp Romain, Château Féodal, Gare de Francheville» -L’histoire de France en trois mots!

Entre Malicorne et la Hoyère existe un vaste souterrain comblé en partie. En 1819, nous écrit notre amie M™® Carières de Francheville, le terrain qui le re»

sidérable ; le plus grand nombre d’entre eux est d’origine incertaine.

Mais, ce qui caractérise notre canton c’est le nombre des voies romaines qui le traversent. Nous devons les décrire sommairement et pour plus de clarté nous les considérerons comme partant de Condé \

Nous aurons ainsi les voies :

Condé-Evreux [Condate-Medlolanum) ;

Condé-Lisieux [Condale-Novlomacjus] ;

Condé-Paris [Condale-Lutel'id] ;

Condé-Séez [Condate-Niid'iomim) ;

Conde-Maloui [Condate-Malëlmn).

Cette dernière se divisait en deux branches au bois de Maloui, une branche allant à Jublains, l’autre au Mans.

{Blalëlum-Nœodunum).

[Mal ëi um-Su'mdimmi).

A. Voie Condé-Evreux [Condate-Medlolanum). — Cette voie peut être suivie à pied de Gouville aux environs des Houlles. Elle traverse le village du Perron et laisse à droite Arpentigny pour aller ensuite servir de terrassement à la route directe de Breteuil à Evreux. Elle est connue dans le pays sous le nom de chemin du Diable. Il paraît, dit Vaugeois, que cette voie fut construite rapidement en vue

couvre s’effondra sous les pieds d’un cheval appartenant à M. Malherbe Chevalier. Malgré toutes les tentatives il fut impossible d’effectuer le sauvetage, l’animal avait disparu.

‘ Après avoir parcouru pendant dix-sept ans dans tous les sens le canton de Breteuil nous avons formé le projet de déterminer le tracé des voies romaines partant de Condé, sans tenir compte des travaux des maîtres. Messieurs les instituteurs nous ont désigné les altïeurements des voies et messieurs les fermiers nous ont indiqué les points de leurs champs où sur une largeur de 15 à 2ü pieds les récoltes restent chétives. Toutes ces indications, réunies sur la carte de l’état-major, nous ont donné les grands alignements qu’il n’y avait plus qu'à vérifier. Ce petit travail de patience nous a permis de rectifier quel({uefois les tracés antérieurs et même d’effacer complètement uns voie romaine dont nous nvions été indûment gratifiés.

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