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L’EMPREINTE DE ROME 27
de répondre à une nécessilé urgenle. Quelle élait cette nécessité ? nul ne le sait, ce qui est incontestable c’est qu’il fallait aller vite. Les ouvriers, cela s’est vu depuis, travaillaient d’autant moins qu’ils sentaient mieux le besoin qu’on avait d’eux. Dans ces graves circonstances les habitants de Condé après de copieuses réflexions décidèrent de s’adresser au Diable. Ils obtinrent de lui qu’il avancerait les travaux avec une telle rapidité qu’un cheval lancé au galop trouverait toujours la route faite devant lui. C’est ce qui arriva. La parole donnée fut tenue et le chemin livré presque aussitôt. L’histoire ne nous dit pas quel intérêt pouvait avoir ce diable à hâter la construction de la voie qui devait amener bientôt chez nous les premiers envahisseurs !
B. Voie Condé-Lisieux [Conclate-Novlomagus). — Cette voie entre dans le canton de Breteuil après avoir traversé Lyre. Elle longe comme chemin vicinal, dit chemin de Paris, la commune des Baux à laquelle elle sert de limite au nord jusqu’à la commune de Guernanville [WarlenvUla). Elle borne les communes de Vieille-Lyre, le Fidelaire, Sainte-Marguerite-de-P Autel [Sancta Margarita de Altare)^ et se dirige vers le Chesne {Sancta Maria de Querca). Ap rès le château de Poligny elle avance un peu vers les Mares [Mai ^æ) et vient couper la route de Breteuil à Couches au niveau du Val [VaWs]^ de là, elle gagne Condé par un trajet parfois incertain en passant aux environs immédiats de Sotteville [Sotavilla) ^ Bordigny [Bordiniacam] ^ Le Chesnay (Chesnciüun).
C. Voie Coxdé-Paris {Condate-Lutetia). — Au départ de Condé, la position de cette voie est très imparfaitement déterminée. Nous nous rangeons à l’avis de ceux qui pensent
HISTOIRE DU NOTRE-DxVME DU DÉSERT
qu’elle se dirige d’abord sur la Bréviaire pour aller ensuite à Dame-Marie [Domina Maria). Le tracé direct plus conforme incontestablement aux habitudes des ingénieurs romains n’a pas laissé de traces. Après Dame-Marie, cette voie gagne Nonancourt et Dreux. Elle se divise ensuite et tandis qu’un de ses embranchements gagne Paris directement, l’autre passe à Genabam (Gien) et se dirige vers l’Italie par la Gaule méridionale. C’est le chemin de Paris pour les Bas-Normands et, comme le remarque M. Yaugeois, c’est aussi le chemin de Borne. Cette voie est manifestement le prolongement de la voie Condé-Lisieux. Les deux réunies nous donnent l’Itinéraire Lisieux-Condé-Dreux-Paris , ou Dreux-Gien-Bome.
D. Voie Coxdé-Séez [Condale-NmUonum). — Au sortir de Condé par le champ des tombeaux, cette voie gagne Breteuil qu’elle touche au sud, ])uis elle passe par Bois- Chevreuil, Lallier, le Marteau, la Borne et la Croix-Bouge sur la commune de la Guéroulde [Sancta Maria de Geroda). Ap rès ce trajet, elle devient parfaitement reconnaissable, laissant au nord, sur la rive droite du Lesme, la série de la mare aux Cornes et au sud la série de la Pierre blanche. Elle borne au sud l’étang du val du Lesme, laissant au nord et assez loin le village de ce nom sur la rive droite, et plus au nord encore, sur la rive gauche, l’ermitage du Désert.
Ce tracé est loin de concorder avec ceux que donnent les auteurs. D’autre part nous ne saurions admettre l’existence d’une voie romaine parallèle à celle-ci suivant le trajet Condé-Bémécourt-Ermitage : outre qu’il est bien difticile de comprendre l’utilité qu’aurait pu avoir la coexistence de deux voies parallèles aussi peu éloignées l’une de l’autre se rejoignant au Crétil, rien, absolument rien, ni dans le sou-
Le château de Coudé
L’EMPREINTE DE ROME
venir des hommes, ni dans les archives, ni d’après l’opinion des personnes qui connaissent à fond la forêl, n’autorise à croire à la double voie Condé-Le Crétil. Il faut chercher plus au nord, hors de notre territoire, le prolongement de la branche nord de la fourche du Crétil.
E . Voie Condé-Maloui [CondcUe-Malëmm) . — C’est la voie par excellence. C’est elle qui permettait aux Aulerques Eburoviques de se réunir avec leurs alliés les Cénomans et les Diahlintes. Nous devons nécessairement la considérer comme le prolongement du chemin clu^ Diable venant d’Evreux.
Elle va directement de Condé au cimetière de Saint- Nicolas qu’elle longe au sud-ouest, puis, ayant traversé riton, elle remonte au bois de Maloui où elle se divise en deux branches Maloui-Jublains, Maloui-Le Mans.
La première passe à Cintray [Cinetrcüum)^ au sud de Francheville [Frcmcavilla) , au sud de la ferme du Hamel et gagne Bourth et le Theil en se dirigeant vers Jublains.
La seconde passe au Manouillet, à la Pointelière, au chateau de la Motte [Molta)^ puis à Mandres, dans la direction du Mans.
IL CONDAÏE
Voilà certes une localité bien faite pour exercer la sagacité des chercheurs. Située dans une modeste vallée, privée de toute défense naturelle, elle a acquis à un moment donné une extraordinaire importance. Sa superficie dépassa jadis un kilomètre carré et elle a été l’aboutissant de six voies romaines !
Chose peut-être plus singulière encore, Condé figure sur
nos plus vieilles caries gauloises, et Coudé n’a pas d’histoire !
Il appartenait au savant qui, figé de quatre-vingts ans, parcourait notre pays pour se faire raconter par les ruines les secrets des siècles passés, de déterminer la cause de la grandeur momentanée de Condale.
Nos pères, dit Vaugeois, étaient incontestablement les maîtres du fer, opl'wium pesshmunqiæ cilæ inslnimenliim. Ils avaient à Condé un centre étendu de terrains défrichés, lesquels étaient encore entourés par rimmense foret dont les forêts actuelles ne sont en quelque sorte que les débris.
Le pays « était rempli de mines de fer et rabondance des bois en facilitait l’exploitation. D’autre })art, nos Aulerques, dès les premiers temps de l’invasion romaine, avaient donné à leurs eunemis des j)reuves de leur valeur et de leur ardent patriotisme. Ils prirent [)art à toutes les confédérations nationales et Ton sait que les cités de la ligue armoricaine dont ils faisaient partie combattirent les dernières pour la liberté des Gaules. On conçoit donc qu’une des premières occu[)ations des conquérants consista à s’emparer de la totalité des forges, à s’en assurer la possession exclusive. Il était de la plus haute importance pour eux de priver de fer et, par conséquent, du moyen de renouveler leurs armes, des peuples jaloux de leur indépendance, toujours prêts à se révolter contre leurs oppresseurs
Rome devait à son tour devenir maîtresse du fer et ouvrir des voies de communication avec les provinces voisines pour fournir à toutes ses garnisons l’indispensable métal. Voilà eertainement comment peut s’expliquer l’origine et le développement du centre romain de Condate.
' Tous les pays de notre plaine ont été pris sur la forêt par des défrichements successifs : les noms ne laissent aucun doute à ce sujet. Le Chesnay ; le Chesne ; le Fay {farius)\ le Tilleul ; le Tremblay ; le Boulais ; le Boshion ; le Buisson ; le Bosc-Roger; le Bosc-Renault ; le Bosc- André ; la Lande; les Essarts [essartis défrichés), etc., etc., Vaugeois, ch. iii, p. 484-i8o.
L'étang du Désert.
L’EMPREINTE DE ROME
Si nous considérons maintenant que d’après ces explications la population de Condé devait surtout se composer d’esclaves ferrons et de gardes chargés de les contenir, nous pourrions peut-être nous demander pourquoi cette localité renfermait des monuments luxueux, des œuvres d’art, des thermes h
A cela ne pourrait-on pas répondre que la situation de Condé, entouré d’arbres séculaires, aux bords d’une rivière élargie, pourvu de par les nécessités d’ordre industriel de nombreuses voies de communication, notamment avec Evreux, Lisieux et Dreux, a dû attirer nécessairement les riches Gallo-Romains des environs qui aimaient pour leur villa d’été les points où les futaies et les cours d’eau tempéraient l’ardeur du soleil. Plusieurs d’entre eux, après avoir passé quelques mois dans ce pays, durent s’y fixer définitivement. IV’avons-nous pas vu dans la suite des temps les évêques d’Evreux établir à Condé leur maison de plaisance et les châtelains qui leur ont succédé apprécier comme ils le méritent, ces parages ravissants?