III. — L’empreinte sacrée; le désert
A l’autre extrémité du territoire de BrUoHum, la forêt prend un aspect triste et désolé, les forges deviennent de plus en plus rares, les hautes futaies sont remplacées par des arbres plus modestes. Çà et là, de vastes clairières rem-
' On trouve à Condé des vases, des anneaux, des tuiles à rebords, des tuyaux, des inéilailles. Le cimetière occupait plusieurs arpents de terrain. On a trouvé un fragment d’anse de vase en terre avec ces lettres SACL FA, des bagues en or, des débris de mosaïque, des agrafes d'armure. M. Bonnin, qui a publié trois planches sur les antiquités de Condé dans son beau livre sur les antiquités des Aulerques Eburoviques, nous donne le dessin d’une moitié d’un cachet de médecin oculiste. Sur Fune des extrémités de ce cachet on lit Ellini llluni et sur l'autre Illini Ân/ium. Les thermes renfermaient tout ce qui peut intéresser une population riche et adonnée au luxe (Antoine Rich).
plies de ronces et d’ajoncs rendent la solitude plus imposante. Un ancien étang formé par le Lesme démesurément élargi parait immense sous le ciel gris. Trois rochers de grison placés à quelques pas les uns des autres forment comme les pointes d’une fourche gigantesque sortant du sol sur lesquelles les oiseaux migrateurs s’arrêtent un instant pour surprendre dans l’herhe vaseuse quelque reptile remonté à la surface. Et chaque année, avec une régularité instinctive, ces voyageurs aériens reviennent dans ce lieu où la voix humaine ne les troubla jamais, où la nature semble être restée ligée depuis les grandes convulsions géologiques.
Im|)osante impassibilité des choses, provoquant la méditation et la prière I
S’il vous arrive, même de nos jours, de descendre par un soir d’hiver le chemin qui conduit du village du Lesme vers le sud, vous serez frappé au bout de peu d’instants de la sauvage grandeur de l’étang ceinturé de bois ; vous oublierez bien vite les belles et riches propriétés que vous venez de laisser au nord de la route de Breteuil à Bugles et vous comprendrez combien nos pères ont admirablement exprimé Limpression intime de l’ame en nommant ce lieu (( le Désert ! »
C’est qu’en effet ce site étrange et saisissant semble avoir emprunté à quelque tbébaïde africaine son aspect désertique et la pensée ne vient pas qu’il est situé à trois lieues à peine de Condate dont il semble séparé par un continent.
Mais nous devons quitter un instant notre pays. De vives lueurs ont paru en Orient, où se passent les événements qui vont changer la face du monde.
Dans une grotte, sur une montagne, douze personnes de modeste condition viennent de se réunir. Ce sont des pêcheurs, des laboureurs et un percepteur d’impôts. Ils ont entendu quelques années auparavant leur maître prononcer
L'église Saint-Sulpice de Dreleiiil
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L’EMPREINTE DE ROME
ces paroles mémorables : « Quand j’aurai été élevé de terre, les bras étendus sur la croix, c’est alors que j’attirerai tout à moi », et depuis, après la mort et la résurrection du Sauveur, ils ont reçu la vertu du Saint-Esprit. Pierre leur chef, dans un premier discours, a converti trois mille personnes. Le cadre de l’Eglise primitive de Jérusalem s’est rompu, le moment est arrivé d’obéir au divin maître, il faut se séparer pour ne plus se revoir en ce monde. Mais cette séparation doit nécessairement être précédée parla création d’un signe de ralliement permettant aux adeptes de Jésus de se reconnaître jusque dans les points les plus reculés de l’univers.
C’est pour arrêter les termes de ce signe ou symbole que les douze apôtres viennent de pénétrer dans cette grotte à quelques |)as du lieu où ils ont vu, sept ans auparavant, Notre-Seigneur Jésus, les yeux fixés sur le Calvaire, s’élever et disparaître dans une nuée du ciel.
(( Tandis que le monde entier adorait à la face du soleil « mille divinités bonteuses, douze pêcheurs, cachés dans (( les entrailles de la terre, dressaient la profession de foi (( du genre humain et reconnaissaient l’unité de Dieu créa- (( teur de ces astres a la lumière desquels on n’osait encore (( proclamer son existence. Si quelque Romain de la cour (( d’Auguste, passant auprès de ce souterrain, eut aperçu « les douze Juifs qui composaient cette œuvre sublime, quel « mépris il eut témoigné pour celle troupe superstitieuse î (( avec quel dédain il eût parlé de ces premiers fidèles î et « pourtant ils allaient renverser les temples de ce Romain, (( détruire la religion de ses pères, changer les lois, la (( politique, la morale, la raison et jusqu’aux pensées des (( hommes C »
' ChateaubrianJ, le Génie du CUrditanisme ; in Drioux, les Apôtres.
Saint Léon a remarqué que le symbole renferme autant de propositions qu’il y a d’apôtres. Cette observation a donné lieu à penser que chaque apôtre est l’auteur d’une proposition. Pierre aurait dit : « Je crois en Dieu, le père tout-puissant, créateur du ciel et de la terre. » Jacques le Mineur : « Je crois en Jésus-Christ, son Fils unique, notre Seigneur. » André : « qui a élé conçu du Saint-Esprit, est né de la Vierge Marie. » Philippe : « Oui a souffert sous Ponce Pilate, a été crucidé, est mort et a été enseveli. » Thomas : « Qui est descendu aux enfers et le troisième jour est ressuscité des morts. » Parlhélemy : « Qui est monté aux cieux, qui est assis à la di*oite du Père tout-puissant. » Mathieu : « Qui, de là, viendra juger les vivants et les morts. » Jacques le Majeur : « Je crois au Saint-Esprit et à la sainte Eglise catholique. » Simon: « La communion des saints et la rémission des péchés. » Jude : « La résurrection de la chair. » Mathias : (( La vie éternelle. »
Vous noterons en passant (|ue le soin d’aftirmer la résurrection a élé réservé à Thomas !
Et puis les messagers de la l)onne nouvelle se séparèrent dès l’aurore, marchant à la conquête du monde. Et on entendait ces envoyés de Dieu émettre des idées vraiment singulières. « Les richesses, disaient-ils parfois, ne doivent pas être le but de la vie, elles constituent souvent le plus grand obstacle au salut des âmes ! » Les Romains, sans cesse portés à entasser pour jouir, écoutaient; étonnés, comprenant difticilement. Les Juifs, tellement apres au gain que Moïse n’avait pas hésité à leur offrir Tahondance des biens de la terre comme récompense de la bonne conduite, comprenaient trop bien et déclaraient absolument épouvantable une doctrine pour laquelle ils éprouvaient une répulsion invincible.
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