‹ Histoire de Notre-Dame du DésertChapitre 6 sur 33 · IV. — Les disciples et les parfaits. Fleurs d’orient · texte numérisé non relu

IV. — Les disciples et les parfaits. Fleurs d’orient

Fruits d'occident

Ce qu’il y a d’admirable dans la doctrine évangélique c’est que, au-dessus des vertus communes que tout le monde doit pratiquer, il y a les vertus exceptionnelles que Jésus montre aux cœurs les plus héroïques comme le but suprême que peut atteindre l’etîort de l’homme : « Si vous voulez être parfaits, allez, vendez ce que vous avez et suivez-moi. » 11 y eut donc parmi les adeptes du Christ, à coté des disciples et des fidèles se contentant de suivre les règles obligatoires, des natures plus vibrantes, quelque chose comme une armée d’élite, qui, dès l’an 50, lorsque Marc évangélisait Alexandrie, s’enfoncait dans les campagnes d’Egypte, ouvrant la voie aux ascètes, aux ermites et aux moines qui devaient porter si haut la gloire de l’Eglise : c’étaient les Parfaits.

A cette époque, Paul, toujours sur la brèche, toujours aux endroits les plus périlleux, attaquait avec une vigueur inouïe le polythéisme antique dans cette ville d'Antioche, ramas de bateleurs et de courtisanes, ville de jeux et de courses, où s’entassaient les bacchanales et toutes les folies de l’Orient.

Simon Pierre exerçait sur les communautés naissantes sa haute surveillance et dans la maison du sénateur Pudens à Home où il s’était réfugié, il donnait fonction sainte à ceux qui allaient évangéliser l’Occident. C’est ainsi ([u’il envoya en Gaule Trophime, Martial, Austremoine, Saturnin et Valère, et là encore, là comme partout, la parole embrasée de ces hommes qui avaient vu Pierre, lequel avait vu le

Seigneur, produisait les mêmes etîels, cliacuu s’empressant de soumetlre sou esprit à la direction suprême de celui (pii par lui-même et dans tous les temps par ses successeurs, devait être le flambeau de vérité éclairant les hommes. Uhï Petrus^ ïhï E cries la !

Cependant la vie monacale coulem[)lative avait continué eu Egypte sou extraordinaire dévelojipemeut avec les Paul, les Basile, les Macaire et un très grand nombre d’autres. Les fleurs poussent vile eu Orieul, mais les fruits ne donnent pas toujours ce (pi’avaieiit i)romis les Heurs. Lors(]ue, eu oiO, l’idéal évaugéliipie lait moine sous la forme d’Atliauase, vint apporler à Borne la vie écrite des moines du désert, il fut reçu avec une certaine réserve. Ou cacha sous des formes polies l’impression ressentie j)ar les meilleurs chrétiens. Quekpies-uus laissèrent entrevoir (pie la façon de vivre des solitaires leur [laraissail sinon insensée du moins

ridicule

Les Bomains, nés législateurs, moins s[)éculatifs et toujours praticpies, circonscri^ ant l’idée dans le domaine (in possible, hésitèrent avant d’adoider les théories d’Atlianase et leurs hésitations servirent sans aucun doute à donner à la vie monacale une direction un peu dilférente (pii devait lui permettre de produire jiar la suite des résultats tellement considérables, tellement merveilleux (pie l’esprit humain en est en ({uehpie sorte confondu. Après

' Sai/il BenoU, son acHo)i l'elif/ieuse et sociale pa>' Dom Louis Tasti (Desclée de Brower et Société de Saiiit-Aii^ustini. Retiré dans sa sotitnde Benoît reçut lin jour un prêtre qui lui apporta un repas confortable autorisé par la solennité du jour. « Je sais que c'est Pà(fues, dit Benoît, puisque j'ai le bonheur de vous voir. » C'est avec cette courtoisie de gentilhomme romain qu'il reçut la première personne qui se fut présentée à lui depuis trois ans. On a pu lire plus tard dans la règle de l’ordre écrite de sa main : « Omnes supervenientes hospiter tunquani Chcislus sascipianfur. » Benoît unifia le code monastique, ferma la porte à l'arbitraii'e des supérieurs et à la licence des subordonnes. 11 divisa en 12 monastères les religieux qui le voulurent pour maître, mais il garda toujours autour de lui une élite réservée aux grandes destinées.

L'EMPREINTE DE ROME

Eiisèbe, Ambroise et Aiiguslin, le grand artisan dn monachisme occidental, naquit à Norcia en 480, il quitta Rome on il étudiait pour fuir la société des jeunes gens qui, paraîtil, n’était pas très recommandable, et vint vivre dans une gi'otte pour prier et méditer. Cet homme, ascète et romain, père des archives du monde, conservateur des produits de la raison humaine, également honoré par les gens de toute religion et même par ceux qui aflirment n’en avoir aucune, est à coup sur un des pins illustres parmi les enfants des hommes. C’est lui qui ennoblit le travail, portant ainsi le premier coup de hache à l’arbre de l’esclavage. C’est lui qui parcelle seule réforme aurait sauvé l’empire romain, si l’empire eût pu être sauvé.

Ce météore du ciel italien est peut-être le seul grand homme auquel chacun de nous doit quelque chose. 11 se nommait Benoît et appartenait à une famille illustre. Deux de ses disciples Placide et Maur qu’il destinait à la Gaule étaient comme lui de grande noblesse ; il reçut aussi au mont Gassin les Boniface, les Bahau, les Bède et même pour un temps le grand saint Thomas d’Aquin.

Maur fonda en France l’Ahhaye de Grandfeuil, mère féconde dont les enfants rendirent à notre pays les plus signalés services.

Ft puisque nous habitons non loin de ce qui fut l’illustre et glorieuse abbaye du Bec, qu’il nous soit permis du fond de notre néant d’adresser à ces grands morts qui furent des évêques, des papes et des rois, des érudits et des savants, des maîtres dans la critique et dans la science historique, des précurseurs dont la méthode lleuril de nos jours dans la savante Allemagne le pieux tribut d’admiration et de respect du plus humble et du plus indigne d’entre nous tous.

Ce grand sanctuaire d’érudition que fut l’ Abbaye du Bec va bientôt avoir son histoire et certes, en dehors de la

grandeur du sujet, le nom de l’historien suffit à expliquer l’impatience avec laquelle elle est attendue.

La vie cénobitique avait existé en Occident dès le quatrième siècle, mais les ermitages et les monastères n’avaient généralement pas de règles fixes. La volonté d'un ermite élu par ses frères tenait lien de loi. Ces communautés furent en grande partie absorbées par les Bénédictins qui servirent toujours de modèles aux parfaits isolés et indépendants b Nous en verrons un exemple dans l’union du prieuré de Notre-Dame du iJéscrt avec l’abbaye de Lyre.

Mais six siècles avant la création de notre prieuré un modeste oratoire créé ou inauguré par Melan'nis surmontait la crypte que nous possédons encore aujourd’hui.

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