‹ Histoire de Notre-Dame du DésertChapitre 9 sur 33 · IV. — Les reliques de sainte Suzanne · texte numérisé non relu

IV. — Les reliques de sainte Suzanne

Nous lisons aux premières pages du manuscrit d’Avenelle sur le noble fief du prieuré de Notre-Dame du Désert : « Il « est difficile de dire au vray en quel temps l’on a commencé d’invoquer sainte Suzanne en cette chapelle et « l’occasion qui a faict naistre cette dévotion ; il est très « constant qu’elle est très ancienne et qu’elle a toujours

‘ Voir manuscrits communiqués par M. le curé doyen de Sainte-Suzanne, Landais, et M. de la Sicotière , cité dans ces manuscrits.

- Nous prions le lecteur de remarquer que l’étang de Sainte-Suzanne n’était pas alimenté par les eaux de la Garonne.

(( esté très grande, et de nos jours l’on voit encore les pel- (( lerins y venir par dévotion de hiiict à dix lieues et plus (( loing et j’ay ouy dire que anciennement plusieurs chap- (( pelains ne pouvaient fournir à satisfaire à leur dévotion. « L’église a toujours été honorée du titre de Notre-Dame <( du Désert et si sainte Suzanne y a été honorée c’est à « cause d’une partie importante et précieuse de ses reliques « que l’on y conserve bien soigneusement en une chasse (( dorée et un bras aussi doré : et cette viei*ge martyre, y (( ayant donné des marques d’une protection spéciale par (( plusieurs faveurs grâces et miracles qu’elle y a faictes en « faveur de ceux ou qui l’y ont invoquée ou qui s’y sont « recommandés par veu, le peuple insensiljlement lui a (( donné le nom de chapelle de Sainte-Suzanne ou prieuré (( de Sainle-Suzanne. »

Nous n’avons pas grand’chose à ajouter à ces paroles écrites en 1084. Nous avons dii cependant nous livrer à quelques investigations pour arriver à savoir par quelle voie les reliques de sainte Suzanne étaient parvenues au prieuré, et aussi pour rechercher ce qu’est devenue la châsse doi*ée dont parle Avenelle et qui ne se trouve plus dans la chapelle.

Mme liévérende Abbesse de Saint-Bernard de Sienne nous a écrit : « Le corps de la sainte fut enseveli dans le « cimetière de Saint-Calixte. En 1595 le cardinal Rustinicci, « vicaire de Sa Sainteté, fit transporter le corps de la sainte (( dans notre monastère. Mais, quoiqu’il y ait certitude « absolue à ce s Lijet, les religieuses n’ont jamais pu retrou- « ver le lieu où repose le corps de la sainte. Son Excellence

le cardinal vicaire pense que avant 1 595 aucune relique « de Sainte-Suzanne n’a pu être prise.

« Du reste il nous conseille de nous adresser au Révé- « rend Custode de la Lipsanoteca du vicariat de Rome dom

SAINTE SUZANNE

« Anselme à Sainte-Marie Libératrice au Forum romain. » Nous avons suivi ce conseil sans obtenir aucun résultat positif.

Il n’est pas inutile de remarquer que le bon Avenelle nous dit: a 11 est constant que la dévotion à sainte Suzanne

Sainte-Suzanne (Mayenne).

a est fort ancienne et cette sainte y a été honorée à cause (( de ses reliques »; il écrit en 1684: Si les reliques étaient e arrivées au prieuré après 1595, moins de cent ans avant « lui, l’expression, fort ancienne^ n’aurait guère de sens. » Les renseignements que nous avons reçus de Home paraissent inexacts si on se rapporte aux quelques faits que nous allons relater.

M. l’abbé Landais, le digne et bon curé de Sainte-Suzanne (Mayenne), nous communique l’extrait de l’bistoire du

Mont-Saint-Michel établissant que la tête de la sainte était dans le trésor du Mont bien avant 1595.

« Le trésor de l’abbaye, ce palais des anges dont toutes (( les parties rivalisent de splendeur, contenait une quan- « tité considérable de reliques qui ont été dispersées lors « des pillages de l’époque révolutionnaire. C’était un reli- (( quaire renfermant des charbons provenant du martyr de (( saint Laurent et un autre, où se trouvait la tête de sainte « Suzanne vierge martyre et quantité d’autres objets de <( sainteté donnés au monastère par les souverains pontifes « ou apportés par les pèlerins de toutes les parties du « monde chrétien. »

Dans l’église de sainte Suzanne (Mayenne) se trouve depuis bien des siècles des reliques de sainte Suzanne. Elles sont actuellement renfermées dans une boîte ovale en argent ornée de figurines gravées au burin avec assez de délicatesse; ce reliquaire sort des ateliers de Brissau, graveur à Laval ou peut-être à Alençon.

Les Espagnols prétendent avoir le corps de sainte Suzanne qui aurait été transporté de Rome en Portugal à Braga où on lui avait bâti une église ; puis on le dirigea sur Compostelle où il fut reçu l’an 1102 par l’évêque D. Diégo qui fit solennellement la cérémonie le 16 décembre; on le plaça dans l’église du Saint-Sépulcre, appartenant aux Templiers appelés depuis du nom de Sainte-Suzanne.

Ainsi le prieuré du Désert, sainte Suzanne (Mayenne), le Mont-Saint-Micbel et Compostelle possèdent des reliques reçues antérieurement à l’année 1595. S’il en est ainsi on s’explique aisément que les religieuses Bernardines n’aient jamais pu retrouver le corps de la sainte dans leur monastère.

Il est à noter que les Bollandistes qui n’ont certes pas l’habitude de parler à la légère, nient formellement que l’Espagne possède le corps de sainte Suzanne.

SAINTE SUZANNE

(( De relïquis nunc super est ut pauca dlcamus (Je sucris (( Sanctæ Suzrninæ reliquïis mm sunt autern in Hispaniam : (( Et si minora quædam una in alias rerjiones transferri po- (( tuerint. »

Nous n’avons pas qualité pour conclure. Le lecteur appréciera.

Il est possible que les nobles vicomtesses de Sainte- Suzanne, qui, selon nous, ont établi dans le prieuré du Désert la dévotion à leur patronne, aient pu prendre dans leur pays d’origine une partie des reliques qui s’y trouvaient et les transférer dans leur pays adoptif.

Il nous reste maintenant à rechercher ce qu’est devenue la ch àsse dorée qui se trouvait dans la chapelle et qui renfermait une notable partie du corps de la sainte, et peutêtre aussi l’authentique. Il est triste de penser que cette disparition, en quelque sorte contemporaine est enveloppée d’autant d’incertitudes que le transfert des reliques qui doit avoir eu lieu au début du xiiU siècle.

Nous avions pensé tout d’abord que, le grand séminaire d’Evreux étant devenu propriétaire du prieuré à la fin du xvn*" siècle, un de ses supérieurs avait fait transporter dans sa maison la chasse du prieuré. Dans notre esprit cette relique avait pu échapper peut-être à la sauvagerie de 9o et se trouver actuellement dans le nouveau grand séminaire

de notre chef-lieu.

Notre vénérable compatriote M. Mangé, supérieur actuel, n’a pas eu de peine à nous montrer que nous suivions une voie erronée. L’ancien séminaire n’avait pas de reliques de la vierge martyre, le nouveau séminaire n’en a pas davantage.

Il semble d’ailleurs, d’après les monographies succinctes du prieuré, écrites par MM. les curés de Saint-Christophe des Baux, que cette chasse était encore dans l’église de

Sainte-Suzanne vers 1830. Mieux encore la petite histoire des Baux, écrite en 187^2 par M. rinstitutenr Goberville, dit que sainte Suzanne a été honorée au prieuré du Désert à cause d’une partie de ses reliques « quon y conserve dans une châsse dorée e( dans an bras doré ». La chasse était donc dans l’église en 1872. Malheureusement des renseignements nombreux et pris aux bonnes sources nous permettent de nous inscrire en faux contre ces assertions successives.

Les reliques de noti*e vénérée sainte ont probablement disparu lors de la mort du chapelain Louvet delà Rivière; il ne nous a pas été encore possiljle de les reti‘ouver. La chasse seule a disparu, le bras dont parle A venelle est toujours dans la chaj)elle h

Mais il est temps de revenir sur nos pas et d’examiner l’état des esprits et la naissance du christianisme dans notre propre pays.

’ De nouveaux reuseipnements nous permettent de mettre hors de cause la famille du chapelain Louvet.

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