CHAPITRE XII
Hôpital tt f Audisque pour les pèlerins, 1484/ — Vœu de Charles VIII, 1493;— le maréchal Philippe d'Esquerdes ; — Les gouverneurs de Picardie et du Boulonnais f au XV siècle ; — Richesses de la trésorerie.
Couronnée du diadème royal, suzeraine des rois de France, dont elle tenait le cœur en sa main, la Vierge de Boulogne vit augmenter s* puissance et la gloire de son nom. «L'action de Louis XI dont nous venons de parler, a voit fait trop d'éclat pour ne pas piquer d'une sainte émulation les premières personnes de sa cour et de celle des rois ses successeurs. » Le peuple redoubla l'hommage de sa dévotion. Nous en civons une preuve dans les efforts qui furent tentéspour relever de ses ruines l'hôpital de Saint-Nicolas d'Àudisque, dévasté par les malheurs de la guerre.
Le i-3 décembre i484> Pierre, III e du nom, ahbé de Saint -Wulmer- de -Boulogne fit un appel à la piété des fidèles chrétiens, pour la réparation de cette maison hospitalière, dans laquelle, dit-il, les pauvres mendiants de Boulogne et des environs trouvaient, chaque nuit , un abri tutélairo, pou* eux , leurs femmes et leurs petits enfants J . Depuis les dernières guerres il n'y restait plus un lit; tout les linges, meubles et ustensiles avaient disparu; «c ce qui était un très-grand inconvénient, ajoutent -
. (1) Cùra ettam qnotittie ctulti paupercs, qui io 4>e vilain quacrunt in ipsa civitate Bolania? et in locia viciais , in pocte ibidem habitare Tcniunt ac plures uxores illic parturiunt, ac toto tempore parttu hujusmodi commorantur per multos d : es.
Chap* XII. -^Pèlerinage de Charles VJII. 113
» il, pour tes pèlerins, et surtout les pauvres, qui
£ voutà Boulogne par dévotion , offrir leurs vœux
» et leurs prières à la glorieuse Vierge Notre-Dame
» de Boulogne , ou qui en reviennent ! . »
1492. -^Pendant qae le roi^ d'Anglererre # Henri VII, assiégeait Boulogne, le comte d'Arundet, tué dans une sortie faite par les assiégés , fut enterré dans l'église de Notre-Dame 2 *
i4g3. — Le roi Charles VIII fit un voyage h Boulogne, raccompagné de plusieurs grand sei- » gneurs, entre les autres* Monsieur le maressal » d'Esquerdes. » Il se trouvait dan* cette ville , le samedi i5 du mois de juin'. Deux jours après * au rapport de M* Louendre, il faisait son entrée à! AhbeviUe, « revenant de Boulogne, où il avait été » présenter à la Vierge un cœur d'or du poids des » treize marcs 4 . »
1-494* ~- « Messtre Philippe de Créreeceur^ seigneur des Querdes et de Lannoy , conseiller et chambellan du ?oy Charles VIII, marissal d»
France , Lieutenant et capitaine général dudit roy ès marches de Picardie et d'Arthais, etc.; après ca
( 4 ) Post enim bella, c*»rte nec lectu* , neque lirrteamina % aliave utensilia remanserint , quod inconvénient maximum est peregrims , praecipue pauperibus , euntibus et redeunlibus, cans«i dévotion is ac voir, in civitaiem Bolcniae, ad gloi iosissimam Vir* ginem Domina m nos tram Bolonicnsem. — Ûne copie de cette Lettre se trouve dans les notes msstes de Le Roy, (Bibliothèque de M. Abot de fiaziughcn ),
(2) Journal de Dom Gérard Robert , rétif;, de Fabb, de Saint- Vaatt d*Jrras, publié par M. Godin. archiviste du Pas-de-Calais*, in 8° 1852. p. 86.
(Z) Ibid. pp. 422, *23.
(4) Histoire d'AbhcviUe et du comté de Ponthieu , T. ÏT, p. & — Nous n'avons pu constater avec plus de précision le pèle* rinage du roi Charles VU1. -
114 • Histoire de JV.-D. de Boulogne.
qu'il eut grandement gouverné soubs les roys Loys et Charles de France, en recepvant plusieurs honneurs et accumulant grans offices, et menant estât de prince , fort atténué de santé et débilité par griefve et longue maladie > tellement qu'il vesquit ung an entier par bénéfice et subside de médecine , termina ses jours , rendant son âme à Nostre- Seigneur le vingt deuxiesme d'apvril , h une petite ville ou bourgado, nommée B resta, à trois lieues près de Lion , sur la Rosne , où estoit le roy Charles son maislre, préparant son armée pour faire sdn votaige à Naples.
» Le corps dudit seigneur , accompaignié de soixante nobles hommes à cheval , en parure de doeil , fut honnorablement amené dudit lieu où il trespassa , jusques à Nostre - Dame de Bouloingne- *ur-laraer, où il avoit choisi sa sépulture; et à chacune ville où il fit station , luy fut faict ung solempnel service. Les seigneurs d'Amyens allèrent au devant de luy, et, pour le conduire oultre, luy donnèrent une chareite de torses ou (lambeaulx
« On luy érigea , dans l'église de Boulogne, ua mausolée, qui eat demeuré en son entier jusqu'au siège des Anglois , qui le démolirent avec plusieurs autres , et emportèrent mesme son effigie en* marbre » , dit Antoine Le Roy a . On lisait sur sa tombe 3 : T •>
(1) Chroma, dej. Molinet, Coll. Buchon , édit. 1828, T. XLVII, pp. 4 et 2.
(2) Ant. Le Roy. Uist. cit. p. 4*0.
(3) JNoles mis tes d'An t. Le Roy,sup. cit. Le P. Alplionce. cite deux vers de ceUe inscription , dans son Histoire de Cane, image deN.-D. p. 57. Un chroniqueur de S.iinl-Vaast, D. Gérard Robert, consacre au maréchal une inscription latine, recommandée à l'attention des amis de Crévecœur, (Crepicordms) , epi commence par ce vers :
Orbis honor, non improbitatis Cordiger auctor. {Journal de D. Gérard Robert , sup. cit , p. 448.)
Chap. XII .—Sépulture du maréchal dEtquerdet. tf 1»
Philippe* de Crëvecœur fut appelé par mon nom , Seigneur je fus d'Esquerclej par mon bruit et renom y En mes vielx jpurs j'ay eu du labeur grosse somme ; J'ay perdu maint repas et dormy petit somme.
De quinze cens, les six, s'il vous plaist , ostez les , Etl an de mou trespas en nombre trouverez Que la mort me frappa de son dart tant subtile, A soixante-quatre ans , es kalendes <f Avrile. Mon corps e*t inhumé à Boulognc-sur-mer, Devant la belle Dame qu'ay voulu réclamer; Si à tous n'ay corn pieu , que je sois excuse* Priant Dieu par sa grâce qu'il me soit pardonné.
« Par un trait de libéralité qui approche beaucoup de la magnificence royale r » dit Le Roy , le maréchal de Crévecœur donna à l'église de Notre-Dame» « quatre grandes lampes d^rgont, qui pesoient autant que luy tout armé; et , afin qu'elfes brûlassent continuellement devant la sainte Image, il légua à l'église quatre-vingts livrer de rente, à prendre sur tous ses bien*. Il montrait par là -, que son cœur brûlok d'une flamme plus pure encore et plus belle pour la Sainte-Vierge 1 .»
« Louis* MaHet , seigneur de Graville , admirai de France, un des principaux favoris de Charles VIII, succédant au maréchal de Crévecœur , dans le Gouvernement de Picardie, sucoéda aussi h son affection pour Noslre-Dame de Boulogne. Un calice de vermeil doré , du poids de six marcs , et un chef d'argent à demy corps , où estoient enchâssées des- reliques , qu'il donna à la chapelle, ea furent des pceuves convainquantes.
9. Louis d'Halluin , seigneur de Piennes, aussi Gouverneur de Picardie sous Louis XII , offrit à la Sainte - Vierge son effigie d'argent , à genoux , comme le prix de son vœu , et le témoignage de sa vénération.
a Antoine de la Fayette , Gouverneur et troi-
CiO Ant. Le Roy , op. cit., p 109.
116 Hiëiairt de N.*£f.. de Boulogne*
sième sénéchal du Boulenois , depuis sa réunipn à Ja couronne, entrantres marques de piété qu'il laissa à l'église de Nostre-Dame de Boulogne* donna on chasuble et deu* tuniques de veloux violet à fleurs relevées en broderie , qui accomp&r gnent quelques chappes de don royal et de mesme couleur , parsemées de fleurs de lys d'or.
» Oudard du Biez , maréchal de France , qui succéda aux deux mesmes charges , se signala aussi» dans les mesmes occasions de piété* Car il donnât à la Thrésoreric une double croix fleurdelisée», contenant, sous un crystal, du bois de I* vraye croix; et il joignit à ce présent , celuy d'une* crosse abbatiale , éniaiilée d'or» et enrichie de plusieurs ligures r le tout de vermeil doré. i
n François de Mcluo , comte d'Épinôy , neveu deFévesque de Thérouenne. de ce mesme nom v «t. chevalier de la Toison d'or, en reconnoissance : de quelque grâce obtenue par l'invocation de -Nostre-Dame de Boulogne , fit mettre devant sofi Image deux lampes d'argent, et nno d'or au milieu, arec dûrers écusspns ehargea des principaux quar*- 4iers d'alliance de sa Maison.
• Outre les vœux des sujets , la Sainte Vierge receufc aussi ceux des Rois et des testes couronnées » Charles VIII » Louis XII , et François I , qui parvinrent successivement à la couronne;, ap»ès Louis XI, relevèrent, comme luy, de Celle qu'il avoit établie la Dame souveraine du Boulenois, en luy payant chacun leur homçnage d'un cœur d'or de treize marcs. i
» L'an i5i4»Ies habitants de Boulogne virent : une nuire majesté prosternée aux pieds des autels . de leur auguste Patronne: ce fut Marie d'Angleterre , sœur de Henry VIII , pour lors promise en
Chap. XII.— Offrande de Marie a* Angleterre. .1-17
mariage au roy Louis XII. Celle Princesse 1 , accompagnée de plusieurs personnes delà première noblesse d'Angleterre, débarqua au mois d'octobre, au port de cette ville, où elle fut receue par François , pour lors duc de Valois , et depuis roi de France, suivi des ducs d'Àlençon et de Bourbon , et des Comtes de Vendôme , do Saint-Pol et de Guise; et la première chose qu'elle fit, fut d'aller droit à l'église, pour offrir ses prières 5 Jésus- Ciirist , devant l'Image de sa sainte Mère. Elle y fut conduite par les Abbez de Nostre-Damc et de Saint-Vulmer , qui estoient venus au devant d'elle en cérémonie, l'un lut ayant présenté à baiser le Reliquaire du laict de la Sainte - Vierge , et l'autre le chef de saint Vulmer richement enchâssé. Après que la princesse eût achevé ses prières , elle fut quelque temps agréablement occupée 5 admirer tous les riches présens et toutes les offrandes royales, qui faisoient le principal ornement de l'église. Son admiration ne fut pas stérile , puisqu'elle laissa dans cet auguste sanctuaire , pour marque effective de sa piété, un grand bras d'argent, émaillé des Armes de France et d'Angleterre , pesant huit marcs.
» Peu de temps après , la reine Claude , fille aînée et héritière d'Anne de Bretagne et de Louis- XII, et épouse de François I, y fit un autre présent, qui consisloit en une robbe de drap d'or, et un manteau de mesme, pour servir à l'Image de Noslre - Dame , avec une semblable robbe pour l'Enfant J£sus.
» Les inventaires qui furent faits, quelque temps avant le siège des Anglois devant Boulogne, et qui sont heureusement venus jusques a nous, contiens
(4) Tl'islolrc dô la Maison dt France, par 'Itfcswurs de Saînlc~ Marthe, L. 25 , C. de Le Roy.
118 Histoire de N.-D. de Boulogne. •
nent une infinité d'autres richesses , qu'il seroit trop long de déduire en détail. Je me contenteray de dire , en général , qu'outre tous les présens offerts par divers particuliers , dont les noms se sont conserve/ , et dont j'ay rapporté jusqu'icy la meilleure partie , Ton comptoit , dans la Thrésorerie , prè6 de cent reliquaires, tant en or qu'ea argent, dix-huit grandes Images d'argent, la plu* part garnies de très-belles reliques; onze cœurs et un grand nombre de bras et de jambes, tant en or
Îu'en argent; vingt robbes et douze manteaux 'étoffes très-précieuses, à l'usage de la sainte Image; el, pour ce qui est des diamans, des rubis, des saphirs et des autres pierreries qui rehaussoient le prix et l'éclat de la plus grande partie des joyaux de la Thrésorerie , il seroit bien mal aisé d'en dire le nombre au juste. Tout cela estoit placé en ordre, sous treize arcades, soutenues par autant de piliers, et renfermé dans des armoires destinées à cet usage. 11 y avoit, outre cela , deux layettes , qui n'estoient remplies que de Lettrés d'Indulgences et de Pardons accordez par divers Papes, légats, archevesques et évesques. Voilà quel estoit alors Testât et la disposition de la Thrésorarie. -
» Pour la Chapelle , elle n'estoit pas moins somptueuse et magnifique. Arnoul le Ferron-, conseiller au Parlement de Bordeaux , qui écrivoit un peu après ce temps'-là , nous en fait une belle description , dans son supplément de l'Histoire de Paul Émile 1 . « C'éloit un lieu, dit-il , des pins » saints et des plus augustes. Sept lampes , dont » quatre estoient d'argent , et les trois autres d'or, » brûloient incessamment devant l'Image de la » Sainte-Vierge. Cette Image montrait d'une main
Arnold, Ferron de rébus geslis Gallorum sub Francisa* I. imprett. 4550.--N. de Le Koy.
Chap. XJ1.— Richesses de la, trésorerie. 149
» un cœur d'er, et de l'autre, elle embrassoit son » Enfant , qui tenoit des fleurs d'or, où se voyoit » ur»e escarboucle d une prodigieuse grosseur ; les » piliers- el les colomnes, qui environnofent l'Autel, » estoient revêtues de [âmes d'argent: enfin tout » ce qui estoit dans cette Chapelle, le pouvoit » disputer avec ce que l'antiquité a jamais eu de » riche et d'éclatant.
» Mais comme ir n'est rien de constant dans le monde, et que souvent il arrive de grandes révolutions dans les choses qui paraissent les mieux, establies , l'église de Boulogne , ainsi que la dévotion à Nostre - Dame , ne demeura pas long-temps dans ce haut point de gloire; et nous Fallons voir tomber par deux fois dans une affreuse désolation , qu'il meseroit bien plus aisé de pleurer» que de décrire. Nous allons voir un prince voisin , et un peuple entier, dont les ancestres estoient si zéie7 pour le culte de la Sainte-Vierge , dépouiller son Image et sa chapelle de ce que la piété des fidèles y avoit amassé depuis tant de siècles , et faire tous les efforts possibles pour en exterminer tout-à-fait la mémoire. Nous verrons ensuite des ennemis domestiques succéder à ces étrangers, je veux dire des enfans de la France , apporter une seconde fois le fer et la flamme dans ce Sanctuaire .de dévotion , et j exercer tous les maux, dont l'hérésie et la sédition peuvent estre capables» «T#y regret de me voir obligé de rapporter des événe- , mens si tragiques, et de tremper , pour ainsi dire , ma plume dans le sang. Ce qui me console néanmoins, c'est qu'après des objets si tristes , il s'en présentera de plus agréables. Le calme succédera pour toujours 1 à ces orages passagers, et nous
fi ) L'homme est ainsi fait : l'avenir se présente à lui comnv devact être toujours pur et sans nuage. Moins d'un siècle après
Iîd Histoire de N.-D. de Boulogne.
Verrons, arec aotant de joye que d^admîralion, lâ ( Nasséllede Nostre-Dame -de Boufogne, semblable 5' celfo de l'Eiglise Universelle, Iriompher heureusement de toutes les l'empester que là fureur dô
rènfer aura suscitées conlr*e!lc >. »
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< CHAPITRE XHI.
£â#e. de Boulogne, par Henri VIII , cm i544; —
• . Pillages et ruines.
BRNii VIII , roi d'Angleterre , avait révéré l'Image de Notre-Dame de Boulogne,en 1 53*, • lorsqu'il vint dans cette ville s'entretenir avec François I er , touchant les affaires des deux royau*mes. Un historien» cité par Antoine Le Roy, nous apprend que le monarque Anglais logeait datw< l'Abbaye , et, « tous les jours, entendoit la messe à L'autel de Notre-Dame 2 . »
: Malgré toutes ces démonstrations extérieures d'amitié, l'entente ne fut jamais parfaite entre tes «Jeux princes rivaux. La guorre se ralluma» Boulogne, frontière de France, si j>rfcs de Calais, avait, souvent tenté la nation Auglaise; mais on s'était toujours briséeontre ses murs, réputés imprenables^ : ,
« La ville Noslre-Dame de Boulogne est bien
la mort de celui qui écrirait ces lignes , une tempête plus effroyable a battu la nacelle de Ivoire* Dame et celle de l'Église : il est vrai que le calme s'est fait de nouveau, mais durera-til? Mi lit ta vita hominis.
(1) Ant. Le Roy , op. cit., pp. 141—116. »
(2) Mpslanpcs hist. p. 406. 407 et 108, (sic), ap. Le'Boy, op. rit. p. 419.— Ilcury VIIÏ arriva à Boulogne le 20 octobre, et y c$*fa trois jours.. * «
0) Boulogne fut all-rjuc parles Anglais eu 1436, M05ct ÙOt*
Chap. XUL — Siège de Ë>outog?ic, ^/i (1541.) Mi
» forte , taat de bonnes grosses doulves [ fos&és et » murailles ] , qui sont tout à l'entour d'icclle
» ville, comme de gens; c'est le quartier depays ou ion fait les meilleurs gens d'armes de
» France ', » écrivait l'empereur Maximilien 1" à sa fille Marguerite, gouvernante des Pays-Bas, le 20 mai 1 5 1 5. Henri VIII, la crut à sa convenance et y vint mettre le sié^e, à la tête de cinquante mille combattans, le 1 8 juillet 1 544* H n'entre pas dans le plan de cet ouvrage, de raconter les divers incidents de ce siège mémorable , l'ardeur des assaillants, le dévouement des assiégés, la lâcheté du gouverneur et l'héroïque résolution que prit le Mayeur, Antoine Eurvin, au nom de tous les habitants, des'ensevelir, jusqu'au dernier, sous les ruines de la place , plutôt que do se rendre au roi d'Angleterre 2.
L'église de Notre-Dame fut extrêmement maltraitée par l'artillerie Anglaise. L'armée de Henri VIII semblait croire que c'était là le principal rempart de la ville. De leur côté, les assiégés mettaient toute leur espérance « en Dieu et en la Vierge Marie. » Le journal du Siège , écrit en rimes françaises par le prêtre Antoine Morin, frère de l'argentier de la ville, en fournit plus d'une preuve. Ainsi, à la date du 27 août, après un mois de tranchée ouverlo, le chroniqueur s'écrie :
Nostre Ganchc estoit en la Vierge Marie ; Chascun la réclamoit. De ce nul ne varie, Par la bénigne grâce de celle que je chante, lie leur artilleryc, n'es toit mort que quarante.
• li-* » ,. 1 . • *. * j. . . »i : 1
(1) Correspondance de l'Empereur MaximUten ï er et de Tilav guérite d'Autriche sa fille, ( Fubl. de la Soc. de TUist. de Fr., par M. Le Glay), X. II, p. 152. ^,
Cs. Le Siège do Boutoçnc, poë'mc, par M. le Baron d'Ordre avec les notes «le M. Al. Marmin , iii-8» 1824 j L. ttcuarrf, Ln§ P<*Xedc la vie d' Eurvin, br. in-fio
122 Histoire de N.-D. de Boulogne.
Le succès des sorties faites par la garnison r Finutilité des efforts et des assauts- tentés par les assaillants, tout est attribué à la « benoisle Image : »
La Vierge qu'on réclame prouveut à celle affaire. Miracle lors fut fait par la trêa-digne Vierge..
Miracles évidents furent faits à ce siège.
Qui' ne sont cy escripts, par la benoiste Vierge i Sans elle, point de doute que la pliupart du lieu N'y cust perdu la vie ; louange en soit à Dieu !
Lo 4 septembre on 1 dit une grand'messe :
Tout le peuple s'en vint devant la bonne Dame Priant sauver la ville et nous, de corps et d'âme 4.
Cependant Ta garnison , composée en grandopnrlie de mercenaires italiens , ou de troupes mal commandées, ouvrit les portes aux Anglais, le i4 septembre 1 544 » sans ten ' r compte des représen» talions du corps de ville, de la noblesse et du clergé*
» Il est aisé de se figurer , dit Antoine Le Roy, de quelle manière Henri VIII, se voyant maislrc de la place, s'y comporta envers les choses saintes. Après la sanglante persécution qu'il venoit d'exécuter dans toute l'Angleterre contre la religion de ses ancestres , et après les Horribles sacrilèges qu'il venoit de commettre dans la pluspart des lieux saints de son royaume, il ne falloit pas attendre de lu y un meneur traitement, pour l'église de Nostre- Dame de Boulogne. Ce Temple si auguste , qui avoit esté inviolable jusqu'alors, fut abandonné par ce victorieux à la discrétioYi d'uno soldatesque insolente, qui satisfit son impiété et son avarice par le pillage d'une infinité de richesses, que Ton y couservoit depuis tant de siècles.
» Entre les articles de la capitulation, il y en avoit
(4) Chroniques en brief par Ànt. Morin , Ms. de la Bibliolh. de Boulogne, passim.
Chap. XI IL — Pillage du sanctuaire. ff|
up, qui portoit que tous ceux de la ville, tant ecclésiastiques que séculiers , en pourroient sortir avec leurs meubles , sous de bons et fidèles sauf conduits r et les Anglois s'étoient mesrae obligez de leur fournir certain nombre de chariots pour cela. Mais quelle foy doit-on attendre de ceux qui l'ont faussée envers Dieu ? Hs ne tindrent parole ny aux Bourgeois, sur qui ris exercèrent les dernières violences, ny moins encore aux ecclésiastiques, qui se virent impunément dépouillez de tout ce qu'ils avoient cru pouvoir enlever en toute seurelé. Quatre vingts chariots, que l'on Gt venir, en- apparence pour servir aux habitants, ne servirent en cJTet qu'aux gens de guerre, qui les chargèrent pour eux-mesmes des meilleures dépouilles de celle ville désolée. L'Abbé de Nostre-Dame, qui avoit obtenu ayee peine un de ces chariots, et qui avoit mis dessus tout ce qu'il avoit pu sauver de la sacristie et d'ailleurs, eut le déplaisir de voir tout cola volé sur les chemins pendant la nuit.
V> Nous lisons, que lors qu'Alaric, roi desGolhs, força la ville de Rome, il ne mit au pillage que les choses prophanes,et qu'il épargna surtout fa Basilique des saints Aposlrcs , où il fit mes me reporter quantité de vases sacrez, que l'on avoit trouvez cachez dans une maison particulière. Les Anglois , plus impies que ce prince Arien , n'en usèrent pas avec la mesme modération: non conlens de sacrifier à leur avarice tout ce qu'ils trouvèrent de joyaux , de reliquaires et d'autres meubles précieux , dans l'église et dans la Thrésorerie do Boulogne, ils portèrent mesme leur rage et leur fureur jusques sur l'Image miraculeuse : diverses égralignures qui lui restèrent en quelques endroits du visage, et surtout une fraction nu nez , furent les tristes marques des outrages qu'elle reçeut dans cette occasion. Il faut croire
124 Histoire de N.-D. de Boulogne. r
qu'elle ne fut pas mieux traitée en Angleterre, oprèf que ces insulaires, soit pour l'outrager plus à loisir, soit pour donner quelque chose à (a curiosité de leurs compatriotes , Py eurent transportée , aveç plusieurs meubles sacrez, du nombre desquels çs T toient les belles orgues, qui font aujourd'huy le principal ornement .de l'église de Cautorbie K , » Certes, ce fut le comble pour l'affliction de Boulogne, de voir enlever l'Image qui a voit esté de tout temps l'objet de sa plus tendre dévotion , et le gage le plus asseuré de la protection du Ciel ; mais ce ne fut pas encore assez pour contenter l'impiété des Anglois. Comme s'ils eussent eu désV sein d'abolir pour jamais la mémoire d'une dévotion si ancienne, ils renversèrent de fond en, comble la Chapelle, où s'estoieot faits tant de pèlerinages, et ou s'estoient opérez tant de miracles; et ils élevèrent sur les ruines une espèce de boulevard, tandis qup le reste de Péglise leur servoit d'arsenal : Changeant ainsi En magazix de Vulcan et sanguinaibb officine de Mabs (ce sont les termes d'un Autheur* de ce temps-là) un lieu de si grand abord, saiii-
TBTÉ ET DÉVOTION , ET CÉLÈBRE PAR GRANDS ET MIRACULEUX PRODIGES BN TOUTE LA ChRESTIENTÉ 3 .#
Après être resté cinq ans et demi au pouvoir des Anglais. Boulogne fut enfin rendu à la France par le traité de Capécure, signé au fort d'Outreau, le a4 mars i55o. La conservation de cette ville était devenue impossible pour les Anglais , en pré-
(1) Nous n'avons pu vérifier ce fait , qui est affirme* par plusieurs historiens.— Note de l'auteur.
(2) Guil. Paradin, de quo infra.
(3) Ant.LeBoy, op.cit., pp.423— 430; il cite divers ouvrages aujourd'hui très-rares , et que nous n'avons pu consulter ; c'est d'abord Guillaume Paradin , De rébus memorice nestrte , L. IV,
C. 6, imprimé en 4548, et son Histoire parluy mise en français; puis Ainoul Le Féi on , in supp. ad Hist. Paul. Mmil. L. 9, «te.
Henri II rentre en possession de Boulogne. 125
sence des ïorces dont la France pouvait disposer. BHë léur avait du reste coûté assez cher , à taû9% <Tune peste effroyablé , qui décima plusieurs fois fi garnison , et qui fut regardée par Ids historiens wiânétuie punttioh du Ciel. Guillaume Paradin , dté par Le Roy, dît positivement que Notre-Dame fèngeaH ainsi la ruine et là profanation du temple auguste, où elle avait opéré tant de merveilles ». %