‹ Histoire de NotreDame de BoulogneChapitre 16 sur 45 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

Destruction de la ville de Térouanne ;—Le Chapitre de cette église est transféré à Boulogne , 1 553 ; — Immense concours de pèlerins ; — S. Pie V érige le siège épiscopal de Boulogne , 1567.

Tandis que l'église de Notre-Dame de Boulogne se relevait glorieusement de ses ruines, une lamentable affliction écrasait le diocèse de Térouanne, dont Boulogne faisait alors partie. La vieille cité des Morins , vaincue et subjuguée le so juin 1 555 , subissait la colère du vainqueur. Charles - Quint n'y voulut pas laisser pierre sur

Ïûerre : il fil passer la charrue et semer le sel sur 'emplacement de cette ville infortunée, qui avait été I un des boulevards de la France et le siège d'un illustre évéché.

Les chanoines de l'insigne cathédrale, ne pouvant rester au milieu des ruines de leur église désolée, demandèrent à leur supérieur immédiat , Tarche^ vêque de Reims, de leur assigner, en France, un asile provisoire, pour y vaquer à la prière et à la célébration de l'office divin, en attendant que le Saint-Siège , d'accord avec le roi de France , eût pourvu à l'érection d'une nouvelle cité épiscopale. Par ses lettres, en date du i4 juillet suivant, l'archevêque transféra le Chapitre à Boulogne-surmer, dans l'église abbatiale de Saint - Wulmer. C'est là que, depuis la veille de la Toussaint 1 555 jusqu'au 1 5 janvier i557 , le collège sacerdotal de l'antique Morinie put trouver un abri passager.

Charles- Quint, maître de la ville de Térouanoc, avait espéré conserver l'évéché de celte ville sous

Cfiap. XK. — Ruine de Tévèchè de Térouanne. f 3£

sa domina lion temporelle; maïs le Chapitre, composé en très - grande partie de sujets Français, prélendit rester fidèle à son roi et ne voulut pas se ranger sous l'autorité du vainqueur 1 .

Henri II appuyait leur résolution. Il écrivit en effet au cardinal de Bellay et sieur Lansac , son ambassadeur à Rome, la lettre suivante, datée de Compicgne , le 3o juillet ]555.

« Il y a aussi une autre requeste que j'ay h faire à noslre dit Saint - Père , pour les pauvres chanoines de l'église cathédrale de Thérouenne , qui se sont relirez devers moy , comme à leur Prince, protecteur et conservateur, afin de leur donner et assigner lieu certain en leur diocèse , sous mon obéissance, où ils se puissent retirer pour faire leur devoir de célébrer et continuer le service divin; sur quoy je leur ay accordé ma ville de Boulogne, pour leur retraile , en l'une des églises d'icclle ville, qui est du diocèse dudit Thérouenne; ayant délibéré et résolu de leur aider et pourveoir h leur enlrelèncment , en attendant qu'ils puissent jouir de quelque portion de leur bien et revenu, situé et assis au pays do l'Empereur , mon ennemi. Parquoy vous supplierez noslre dit Saint - Père de ma part, à ce que son bon plaisir soit d'accorder

la translation du Siège Ëpiscopal dudit Thérouenne en ma dite ville de Boulogne.

A quoy ledit Empereur, ny autre, ne peut prétendre inlérest , allendu que c'est le lieu du diocèse dudit évéché, qui est en la disposition de mon induit, comme estant des anciennes limites

(i) On a conserve?, jusqu'à la Révolution Française, dans les Archives du Chapitre , un « Mémoire d'instructions pour faire des représentations au Roy , au sujet de la prétention de l'emnei cur Charles V , qui voulait se rendre maître de l'évéché de Térouanne, ou le diviser. • —Cette pièce a disparu de* Archives , où clic figurait sous la cote C 3 u© 2,

MO Histoire de N.-D. de Boulogne. % 3

de mon royaume, car la pitic est grande en ce€ endroit 1 . »

Nous sommes obligé de passer rapidement sur ces détails, qui trouveront leur place dans ua •utre ouvrage; il faut ici nous borner au nécessaire.

Six chanoines de Térouanne, réfugiés à Sain L- Omer, sous la protection de Charles - Qumt ► malgré les protestations de leurs confrères et le* ordres de leur Supérieur, s'obstinaient à représenter le Chapitre entier, dont ils s'appropriaient a eu seuls les revenus. Henri II , de son côté, confisquait, à titre de représailles, les biens que les communautés étrangères possédaient dans ses états; et, comme il le dit avec une énergique vérité, % la pitié était grande en cet endroit. »

Le diocèse de Térouanne , comme plus tard celui de Boulogne , était assis sur un territoire qui était loin d'appartenir tout entier à la France. Celte frontière du Nord, le grand chemin des invasions, peuplé d'une race mixte , a été, jusqu'à la paix de Nimègue , un perpétuel champ de bataille. Pouvait-on espérer d'y maintenir un seul évêque Français, ayaut juridiction sur une population dont les trois-quarts obéissaient à un souver »ain étranger 2

On résolut de diviser le diocèse en deux parties, égales sous le rapport du territoire , des charges et des revenus. Le traité de Cateau * Cambrésis , ( i avr|l i55g ) , arrêta en principe cette division , qui fut effectuée dans la partition d'Aire r signée le 29 juiq suivant. ; , .

Depuis quelque temps, Charles-Quint travaillait è augmenter considérablement le nombre des évéchés, dans les Pays-Bas Espagnols. Cette contrée*

(A) G. H il) ici-, Lettres cl mémoires d' Estât, servant à t'histoinf 4t François l , Henri II et François II , T. Jt» . £2V .lU

Ckap. XV. -Concours des PUerins à Boulogne. 141

pleine de Tilles opulentes , regorgeant de population , avait en effet bien peu d'églises cathédrales; et, suivant la remarque du Pape Pie IV. il était difficile que les évêques pussent administrer, avec tout le soin convenable , la grande multitude d'âmes confiées à leur sollicitude En conséquence, les grands évéchés de Liège, de Tournai, de Cambrai, etc., furent démembrés successivement; et, en outre , deux sièges , au lieu d'un , furent crééi dans la partie du diocèse de Térouannequi échut à l'Empereur. Saint-Omer et Ypres se partagèrent cet honneur, en conséquence des bulles du Pape Pie IV , du 11 mars *56o.

Pendant ce temps , les Vicaires - généraux de Té rouan no ( le siège vacant ) et les vingt -.deux chanoines retirés à Boulogne attendaient que le Saint-Siège rétablît leur évéché, pour la partie française. A la mert de Jean de Rebinfrhes, Abbé* de Notre-Dame de Boulogne ( 1 557 ) , il fut arrêté que cette abbaye serait supprimée , réunie aux possessions du chapitre et du nouveau siège, pour servir de résidence à l'évêque , et d'église cathédrale au diocèse , conformément aux supplique» qui avaient été adressées au Saint-Père, Les chanoines y furent , en conséquence , transférés par lettres patentes du 01 décembre 1 557 et entrèrent en possession le 16 lévrier suivant.

« ' L'Image de Noire-Dame était alors • visitée d'un concours de peuple si extraordinaire, que les pèlerins trouvaient à peine où se loger, quoyqu'en ce temps presque toutes les maisons servissent

V (. 1 ) Fro fanta oppidorum cHoberrimorum freqacntia, loca? nimquc suoiiirn multitudine, adeo paucas ccclcsias callicdralos bàbtuat , ut earum epiacopi ca qua optis erat dilîgcntia tautam animarum mullitudinem minime rrgerc pnterant. — Bull* d «faction de l%véchè de S t. -Orner, dans le Gui lia Chrtsimna , T. 111. Institm. p. 99. ' , * ...a»

142 Histoire de N.-D. de Boulogne.

d'hostellerie. Aussi l'église ful-elle honorée de grand nombre de vœux et d'offrandes, dont les inventaires, qui furent faits alors, se trouvent chargez , et particulièrement ceux des années j56i et i564, par Pierre Eurvin, thrésorier , et Jean de Maillcfeu, depuis prieur de Beussent et grand-vicaire de l'évéché, tous deux chanoines réguliers de l'abbaye de Notre-Dame. Les registres du Chapitre 1 parlent aussi d'une somme considérable que le roy Charles IX et le jeune duc de Guise , Henry de Lorraine, depuis si puissant dan» 1 Etat , avoient aumôné et dont on préparoit les comptes d'employ, pour l'arrivée prochaine de Sa Majesté en cette ville 2 , » le 29 juillet i566.

Le concours des pèlerins étrangers qui se rendaient à Notre-Dame do Boulogne était tel qu'on affectait d'y voir un danger pour la France. Les réformés de ce pays s'en alarmèrent. On lit dans les mémoires du temps que le roi de France aurait bien dû mettre t hors de ses villes et frontières les » images ausquclles y a si grand apport, comme

* de Noslre-Dame à Boulongne, de Saint-Esprit à » Rue, et autres. » Comme on reprochait aux Flamands de venir quelquefois en France afin d'y assister aux conventicules des Huguenots , ils ajoutent: « Pour un Flamand qui vient en France pour ouïr » les presches de la religion réformée, il y en vient » ordinairement plus de cent en ces pèlerinages , » avec chariots et grands chevaux; voire que, » depuis les troubles, plus que jamais, on les y a

» veu venir plusieurs chariots à la fois , et dt

* grans seigneurs dedans ; qui n'est pas $ans

» donner quelque chose à penser h ceux qui pré-

* voyentde loin; attendu les beaux coups qui se

(1) Àrchi*. Capit. D. n n 4. 3. fo. 35.

(2) JÀnt. Le Roy , op. cit., pp. 440 et 150.

L/iap. AK.- Erection de i JSvéché de Boulogne, U3

* sont faits en divers lieux , sous ombre de telles ir allées et venues à de tels charia^es \ »

La mort imprévue de Henri II, Te règne si court de son successeur et les tristes complications des guerres religieuses apportèrent quelque retard à l'érection du siège épiscopal de Boulogne. Du reste, le gouvernement Espagnol fit encore quelque opposition : Tévéque de Saint-Omer, Gérard d'Hamericourt , en fut l'organe, intéressé ou officieux. En i566, nous voyons l'official de Térouanne! maître Sulpice Charlemagne, député vers te viceroi , à Bruxelles , pour y prendre des informations et y porter des mémoires relativement aux difficultés qui s'étaient élevées depuis peu 2 . Le président Dormy, dont le neveu et le fils ont été successivement évêques de Bouloçne , paraît avoir pris une très-grande part à la solution de ces difficultés. Il entretenait avec le Chapitre une correspondance active; et, par son crédit, ses efforts et ses soins, il obtint du Siège Apostolique une décision favorable à 1 érection de l'évéché de Boulogne-sur-mer

Le 5 des nones de mars i566, (c'est-à-dire le 3 mars 1567, suçant notre manière de compter 3 ) ,

JlL?^?"" TAZ hrU ' l ~^ lr î Wei è Observation de lYdit de pac ficahon de 4555, au T. V, des Mém. de Conde, p. 270

l P à. Hu S uenoi ° * l îa U*** ^ diocès* de Boùb ë Z\

(2) Une délibération du 4 septembre 45flfi »et •

« Perlecti. litc, is Domini VrJRl^jS^.!!""^ ' régis copii, et aliorum ,1e imped imên" ZSl **™»>™ reosem faeti, super parli.ione Episcopam Ef-Ti. ™T£ aot al*. engendUorni,» mei< capitXri.er ce "g™ « de! f runt ofl.cialem Morinenscm ad pro6cisce.,dum Biuxelîas cTiuT ] Cad l C Z»T™£ SE C ° |,iaS art T '? rum et «-môria'ru

Ic.tre, de -év^ue de Saint W tUguT eTcVsfZ m k' e t % Werm. Botontam Iran.tati, ( Archives «pitulaires, D n .7. 3 T

(3) L'année commeoçait alors, a Rome li> 2<s c '• . „. V . y «t été iatroni* £ 17 jauyW ^ \t *S

144 Histoire de N.-D. de Boulogne.

le grand Pape saint Pie V , amené h cela , dit-il, par les prières de son très-cher Fils en Jésus-Chmst, Charles IX, roi de France très-chrétien, voulant, pour la gloire de Dieu et. l'exaltation de l'Église catholique , accomplir cette œuvre insigne, considérant la population et la célébrité de la ville de Boulogne, la fertilité de ses campagnes, l'étendue de son commerce et la facilité de ses communications « , invoquant l'autorité des Apôtres saint Pierre et saint Paul, supprima l'abbaye de Nôtre- Dame, érigea la ville en Cité , et l'église en cathédrale, sous le nom de Boulogne et l'invocation de la Bienheureuse Vierge Marie 2 .

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