‹ Histoire de NotreDame de BoulogneChapitre 2 sur 45 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

be Minage de Notre-Dame de Boulogne, dùnsqiiel temps et de quelle manière elle est arrivée au port de Boulogne.

Les origines du culte de la sainle Vierge dan* la ville de Boulogne , échappent , pour ainsi dire, aux investigations do l'historien. Les pieux récits, que nos pères se transmettaient d*àgeen âge» ont été tardivement recueillis par la plume de nos devanciers mais a défaut d*autre document, et surtout quand il n'y a point de témoignage contraire, la tradition orale a sa valeur eu histoire. Qu'on no s'étonne point des merveilles que nous allons redire : on en rencontre de semblables dans les annales de tous les sanctuaires où la dévotion du peuple chre-

(i) Voyez notre Etude sur (a Légende de Notre Dont j de Boii* , hgne au XV< siècle; Utocliuic in ayee aix plniirhcs gravita*

2 Histoire de N.-D. de Boulogne,

tien se plntt à honorer la Mère de Dieu. Depuis fa Basilique Libérienne de sainte Marie Majeure, érigée k Rouie, au IV e siècle, jusqu'à l'église qui s'élève de nos jours, sur l'agreste montagne de la Sa let le, partout ob trouve une mystérieuse apparition, an éclatant miracle. Sur tous les points du globe* une trace lumineuse de bienfaits signale ainsi à travers le» siècles , le passage de Celle que toutes les généralions proclament Bienheureuse. Gomme Mère de miséricorde, Consolatrice des affligés, Secours des chrétiens. Refuge des pécheurs, cette Vierge fidèle et puissante a voulu dresser en mille endroits divers* le tronc où eHe s'assied pour entendre la prière : ici c'est Noire Dame de Grâce et de bon Secours ; la , c'est Noire - Dame des Victoires, ailleurs Notre- Dame de sainte Espérance ou de bon Conseil ; dan» notre ville, aux bords de l'océan qui frémit en rongeant nos côtes, c'est l'Étoile de la mer , guide et boussole du naulonnier, du voyageur et du pèlerin»

Laissons raconter aux anciens comment la divine Vierge elle-même est venue se choisir un sanctuaire sur la colHne de Boulogne *.

€ L'an &33 v ou 636 selon quelques-uns, sous le règne du roy Dagobcrt , arriva au port de Boulogne un vaisseau sans matelots et sans rames, que la mer, par un calme extraordinaire, sembtoît vouloir respecter. Une lumière qui brilloit sur ce vaisseau fut comme le signal qui fit accourir plusieurs personnes , pour voir ce qu'il conlenoit. L'on y aperçut une image de la sainte Vierge, faite de boisen relief, d'une excellente sculpture, d'environ trois pieds et demy de hauteur , tenant Jésus-

(1) Histoire fie Nostre-Dame de Boulogne , par M. Antoine le Roy, chanoine, arehidiacre et oflieiai de Boulogne. — Payi*. «.Audiuel, 4GSI.

Chcrp* /. — Origines.

enfant sut son bras gauche. Cette Image avoit sur le visage je ne sçay quoy de majestueux et de divin, (fui sembloit, d'un costé, réprimer rinsolcueo des vagues, et de l'autre, solliciter sensiblement les^ hommes h luy rendre leurs vénérations. Tandis que la nouveauté de ce spectacle ravissoit ceux qu'une sainte curiosité avoit attirez sur le rivage, la sainte Vierge ne causa pas de moindres charmes dans les cœurs du reste du peuple , qtii estoit , pour lors, assemblé dans une chapelle do la Ville haute, pour y faire ses prières accoutumées. Car s'apparoissant à eux visiblement, elle les avertit que les Anges par un ordre secret de la providence de Dieu, a voient conduit un vaisseau a leur rade , où l'on trouveroit son Image : Elle leur ordonna de l'aller prendre, et de la placer ensuilte dans cette Chapelle , comme estant le lieu qu'elle s'étoK choisi et destiné , pour y recevoir à perpétuité les effets et les témoignages d'un culte tout particulier. On tient mesme qu'elle leur commanda do fouir dans un endroit qu'elle leur découvrit , les assurant qu'ils y trouveroient de quoy fournir aux Irais nécessaires , pour mettre cette Eglise en sa perfection.

» La nouvelle de cette apparition se répandit aussilost par toute la ville , et en mesme temps le peuple descendit en foule sur le rivage , pour y recevoir ce sacré dèpost et ce riche monument de la libéralité divine. C'cstoit là véritablement la marchandise la plus précieuse qui fût jamais entrée dans cet ancien port * des Morins , autrefois si

{\) Cluvcrc partant de cet ancien nort des Morins , dit qu'il a eu trois noms différent, selon la diversité des temps, celuy d'Icitis, celuy de Gésoriac , et celuy de Boulogne; cri quoy il a este suivy de Monsieur Samson qn'< n sçait avoir le plus pénétre en la Géographie. Ce dernier a fuit un sçavant Traite sur ce sujet , qui n'a pas encore ette imprimé , niais qui m'a cAé corn*muniqué par son (ils, où il prouve à fonds , par les deux ports

Histoire de N.-D. de Boulogne.

fameux par son commerce ; et c'estoit là aussi ces qui luy de voit faire voir dans les siècles suivans plus de Roys el de Princes Chrétiens prosternez aux pieds des Autels de la sainte Vicrgo , que la commodité de son trajet no luy avoit fait voir auparavant de Césars et de chefs Romains.

» Cotte sainte Image fut solemnellement portée dans l'Église , où elle est encore à présent honorée ; Église qui peut passer à bon droit , pour un * des plus anciens Sanctuaires de toute l'Europe, où la piété envers la sainte Vierge ait fleuri davantage, et où Dieu ait opéré plus do merveilles par son intercession , la plus part des autres images et lieux de dévotion n'ayant esté connus que longtemps après,

» Outre les anciennes généalogies des Comte»

de Boulogne» qui nous parlent de l'arrivée et de la réception de noslre sainte Image \ toute l'histoire en esloit autrefois décrite dans de vieilles tapisseries qui servoient à l'Église, avec certaines rimes du temps, au bas de chaque pièce, d'où Ton a tiré en* tr'autres ces quatre vers, qui ont longtemps servi de frontispice a la principale porte de l'Église Cathédrale.

qui sont au dessus et nu dessous du port teins, scion César ; par le promontoire voisin c|iii porte le mesme nom, par la façon que le mesme César aborde en la Grand' Bretagne, par le vent qui luy sert, par la distance du trajet, |«ar la qualilé du port, par les chemins militaires ou Romains qui y aboutissent, et par plusieurs autres belles recherches, que Porlut lcius % Portus Morinus, Portus Morinoritm Hritanmcus , Gesorimctts Portus, Gesoriacum ISavale, Gesorigia et Bononia , ne sont que des noms (hfferens usitez en divers temps , par difterens Auteurs , pour exprimer un mesme lieu.— Note de Le Roy.

\i) Nous avons consulte' plusieurs copies des généalogies en question, sans y rencontrer un seul mot sur Notre Dame ; noua serions heureux de découvrir quelque part une des copies su* lesquelles s'est appuyé nolie historien.— >(Note de l'auteur*.

Chap. L — Origines. 5

Comme la Vierge à Boulogne arriva, Dans un bateau que la mer apporta, En l'an de grâce, ainsi que Ton comptait; Tour lors, au vray, six cens cl trente trois.

» Plusieurs écrivains modernes font aussi mention de loul cecy, comme le docte André du Saussay \ Evesque de Toul, dans son Martyrologe de France , le Pèro Poiré dans son Livre 2 de la Triple Couronne de la sainle Vierge, Gonon 3 dans sa Chronique , et quelques 4 autres , qui en rapportent toutes les mesines circonstances.

» La mesme tradition, qui nous persuade l'arrivée de l'Image, en la manière que nous venons de le rapporter, nous apprend aussi que Ton trouva dans le vaisseau deux autres reliques très-saintes , l'une do Jésus -Christ notre Seigneur, et l'aulro de la sainte Vierge, avec une Bible manuscrite : ce qui se confirme par ces deux vers latins que l'on trouve gravez en vieux caractères gotiques sur un couvert d'argent de cette mesme Bible*, et qui se ressentent si fort du temps barbare auquel ils ont. esté composez*

jtflcrt Doloniam navia , abs duciore , M aria m , LflC, Umbiiicum, et Tlicma llieoiogicum,

» Et Ton croit , suivant quelques anciens mémoires, que ces précieuses reliques furent ensuite

M) Martyrotog. Gallican in append. part. ull.

Sa i ici ne M inae Virginis Deifcrae susceplio mit ifione ïmnginis apud Bolonieiscs. — Note de Le lloy. Le Dictionnaire des pèlerinagts (tom. xmv île l'encyclop. calhol. de M l'abbé Mignr), met au 20 février la mention de N.-D de Boulogne dans le cukndrier majeur de Notre-Dame.

(2) Traitôl, Chap. 42, parag. 5, n 58. — Note de Le Roy.

(3) Chron. S. Dciparœ Virg. Denedicti Gononi Burgcnsis.— Note de Le Roy. Ce renvoi à la chronique de Gonon csl mal fondé ; on ne trouve rien dans cet écrivain sur N.-D. do Buulogne-sur-mcr,

(4) Milbrancq de Morinis, /. 3, c. 22.— N. de Le Roy.

6 H is love de N.-D. de Boulogne.

richement enchâssées par saint Éloy, Évoque de Noyon. Celte créance, après tout , n'est pas sans fondement, car nous lisons dans Méyèrt» \ sous Tan 64g» que ce saint Prélat , dans le cours de sa Mission Apostolique vers to eoste maritime de Flandres, visita, entr'autres lieux, la ville de Boulogne» et y laissa des marques de son aèle, et nous sçavons d'ailleurs, par le témoignage authentique de saint Ouen, son contemporain, qui a écrit 2 l'histoire de sa vie, que ce grand Évesque, qui avant sa promotion à l'épiscopat , a voit employé son art et son industrie, à orner et enchâsser la plusport des Reliques de son temps, ne laissa' pas, après mesme qu'il fut élevé à cette haute dignité, de s'appliquer souvent avec beaucoup d'affection, à cette sorte de travail de mains, en faveur principalement de plusieurs églises de sa Province : De sorte qu'il est très-probable, qu'estant à Boulogne, et y séjournant comme il a fait, il employa une partie de ce temps si précieux, qu'il consacrait tout à Dieu, à enchâsser les sacrées Reliques dont nous venons de parler, comme pour se délasser saintement des honorables fatigues de l'Apostolat.

» On ne sçail pas au vray, de quel lieu est venue l'Image de Noslre-Dame de Boulogne, mais si l'on regarde le temps de son arrivée , l'on pourra facilement donner dans la pensée de ceux, qui ont cru qu'elle venoit de l'Orient, et qu'elle esloit un reste du débris arrivé, selon Barouius 3 , environ ce tempslà , dans les villes d'Antioche et de Jérusalem, par l'invasion des Sarrasins , qui donna lieu , selon la remarque de ce sçavant Cardinal , de faire transporter par divers moyens, plusieurs reliques dans l'Oc-

(1) L. i, Annal. Fland.— N. de Le Roy.

4 (2) L 2, e. 7.— N. de Le Roy.

(3) Baron., tom t 8, ad an. 637. Mcyer. L % 2. ad an. 633.— ote de Le Roy.

Chap. I, — Origines 7

ci dent f oii l'Église jouissoit pour lors d'une profonde paix. Et ainsi la ville de Boulogne ,<juoy que située dans un coin des plus reculez de l' Occident» pourroit bien avoir profité, dans cette occasion» <les dépouilles de l'Orient; el limage avec les Reliques» dont nous avons parlé , pourroit bien eslre une partie des richesses qui luy Turent alors enlevées. Comme si Dieu, da«s le temps que ces barbares s'emparoient de la terre Sainte , avoit voulu, par un dessein tout particulier do sa Providence , tjue l'Image do sa sainte Mère chassée en quelque façon de la Palestine, trouvast son azile, justement dans une Ville qui devoit un jour donner fa naissance à l'invincible Godefroy ' de Bouillon, ce grand restaurateur de son saint nom dans les paîs du Levant*

» Au reste , comme ni la tradition ë ni les anciens moaumens ne décident rien louchant le lieu <Toii pouvoit venir cette Image , je ne m'aresteray pas d'avantage à vouloir par de simples conjectures sonder un secret, qu'il semble que le Ciel s'est voulu réserver ; il nous doit su (lire de sçavoir,que ce don si saint et si précieux est parti de la main libérale de Dieu , qui a des thrésors de grâce et de miséricorde, qu'il découvre et qu'il distribue, quand et comme il luy plaist, et qui a voulu sans doute attirer entièrement ces peuples tout addonnez au traficq de la mer , en leur envoyant nar la voye de ce mesino élément, l'instrument et 1 organe de ses plus rares faveurs.

» Ce seroit peut -eslre avec plus de fondement que Ton araoccroit, que celte Image a esté faite

(1) Oriunduc fait de regno Francorum , de flliemcnsi provincia, Civitate Boloniensi , qvtx est secus mare Anglicum sita. Guill, Tyr. t. 9, e. 5.— Note de Le Roy.— Voyez la savante dissertation de M. Vabbé Barbe, sur le lien de naissance de Godsfrs* de Bouilhn, (Br. in 8« de 426 pp.). Il est impossible de nûeuK démontrer la naissance boulonnais*; du héros des croisades.

Histoire de Notre-Dame

par saint Luc , aussi- bien que celle de Loreltc , h qui elle esl toute semblable , et en sa grandeur , el en sa matière» qui est d'une espèce de bois incorruptible ; puisque non seulement c'en a esté une créance continuelle descendue jusqu'à nous , par la tradition, et confirmée, solon quelques-uns, pai* des révélations particulières ; mais qu'outre cela , les Démons mesmes, quoy qu'ennemis déclarez de l'honneur de la Mère de Dieu, ont esté contraints quelquefois, par la force des exorcismes, de rendre témoignage à cette vérité par la bouche des personnes qu'ils obsédoient. Aussi est-ce une opinion communément reçue, que ce saint Evangélisle, qui avoit une grâce particulière pour pouvoir repré-* senter au naturel la figure de la sainte Vierge, h laquelle il estoit très -affectionné , en a fait diverses Images, tant en relief, qu'en peinture , que Dieu a rendues recommandables par un grand nombre de miracles. Outre celle de Lorelte taillée en bois Tune des plus renommées par tout le monde , à qui personne ne dispute la gloire d'eslre sortie des mains d'un si digne ouvrier; l'histoire Eccrési astique 4 fait une expresse mention d'une autre faite avec le pinceau, qui se voit à Rome, dans l'Église de sainte Marie-Majeure. Saint Grégoire le Grand» pendant une peste des plus violentes , qui désoloil toute la ville, la fit porter en Procession, et l'on remorqua que l'air corrompu se fendoit à son aboçd, et s'écartoit de costé et d'autre, comme pour luy céder la place. »

(*) Baron, tom. 8, an. 590.— Note de Le Roy.

de Bviûhgne* 9

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