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CHAPITRE IL

Histoire de l'Église de Notre-Dame de Boulogne, depuis, sa première fondation jusqu'au développement du pèlerinage.

Bien que la ville (Te Boulogne, à cause de son importance sous la domination romaine et de ses rapports avec fa Grande Bretagne, comme principal port d'embarquement pour celle île , ait clé probablement honorée d'un sîége épiscopal \ dans les premiers' siècles de notre ère, l'histoire ne cite aucun texte précis sur la première fondation de l'église de Notre-Dame. Mais, si nous n'avons aucune trace des luttes que le Christianisme cul à soutenir pour triompher des faux-dieux qu'adoraient nos pères, nous savons du moins qu'à Boulogne, comme ailleurs, la croix de Jisus -Christ fut plantée sur les ruines fumantes de l'idolâtrie vaincue. Les débris du temple romain que nous avons retrouvé, sous la nef de Notre-Dame, nous l'apprennent assez clairement *.

11 faut attendre jusqu'au commencement du VIII* siècle, pour trouver un historien qui nous parle d'une église à Boulogne. Le vénérable Bède, consciencieux annaliste de l'Église d'Angleterre , rapporte qu'en 606, ou environ, il y avait dans notre ville une église, où l'on transporta le corps du premier abbé de Cantcrbury 3 , dont les reliques y furent long-

(!) Voyez notre Étude sur l'existence d'un siège épiscopal dans la ville de Boulogne avant te V\U siècle. — Brochure in-8»,— 4856

(2) Voyez notre Notice historique, archéologique et descriptive sur ta Cryptede l'Église N. Z>.— Brochure in-8<>,— 1851.

(3) Bedne Historia ccclcs, gentis Ang bru m, —Lïb. I, cap. 33.— Ne' en C73, Bèdc mourut eu 735.

10 Histoire de N.~D. de Boulogne.

temps honorées d'un culte solennel On parle aussi d'un édiiice que le roi Clotaire II aurait commencé, sous son règne , et qui n'aurait été achevé qu'après l'arrivée de la Vierge miraculeuse; mais on ne peut rien affirmer à ce sujet 2 . La tradition que nous avons invoquée dans le chapitre précédent rapporte qu'au VII* siècle l'image sainte fut mise dans une chapelle « couverte de ^enests ou de joncs » marins, qui avoit bien plus l'air d une pauvre b Église champeslre que d'une Église Matrice et • principale de tout un païs. Ou en voyoit autre- » lois la triste figure t dans les vieilles tapisseries » dont nous avons déjà parlé et qu'on dit avoir t esté renouvelées de temps en temps pour estre t un continuel mémorial de l'antiquité 3 . »

L'historien de Notre-Dame, auquel nous empruntons ces lignes, signale un «vieux légendaire» qui dit, « sans pourtant spécifier le temps, qu'ayant » esté brûlée par trois diverses fois , » l'église de Boulogne « s'est vue renaistre autant de fois do » ses propres cendres 4 . » Les fouilles qui ont été faites, lorsqu'on a ouvert la crypte, sous le sol de l'église actuelle . n'ont amené la découverte d'aucun reste d'architecture appartenant au style latin

(1) Le Bréviaire de l'Abbaye île Notre Dame de Boulogne, dont nous possédons un exemplaire manuscrit, contient deux offices de St. Pierre, abhé (vulgairement appelé St. Pierre dAmbleteuse, à came de la baie où il fit naufrage) ; le 29 Décembre , Pétri , abbalis et confessons vj Icclionum, et le 1 1 juin, Etcvatio bcali Pktki abbalis, dup'ex, vj iéctionum Le cbef de ce Saint était conservé dans un riclic reliquaire dout tes iuveutaires de la Trésorerie otit fait mention plusieurs fois.

(2) Ferreoîus Lerrius in Maria Augusta ; L. 4, c. 64, an. Le Boy, édit. 46SI, p. 23 Le Martyrologe des fondations de PEi;Iise de N.D. , imprimé en 4694 , met le roi Clotaire II. parmi les bienfaiteurs dont ou doit célébrer t'obit daus la cinquième semaine de décembre.

ii) Ant. Le Roy ; édit. ifôi, p. 23.

('»; Ant. Le Roy.éJît. 16S1, p. 23.

Chap. IL —Fondation de FÊylisc. IL

tjui a précédé l'époqtie % byzantine ; mais il est facile tle supposer que les édifices qui ont été ainsi consumés successivement par l'incendie, étaient construits eu bois , comme c'était assez la coutume avant Tau 1000, même pour des églises cathédrales K

Le grand évêque des Morins, saint Orner, a célébré les divins mystères et présidé l'office canonial dans l'église de Notre-Dame de Boulogne. Ses successeurs, pendant tout le X* siècle, ont résidé dans noire ville, où ils avaient transféré leur chaire épiscopale 2 .

Lorsque la famille des comtes de Boulogne , qui se rattachait par alliance aux descendants de Charlemagne , commença , sous les Eustache , a jouer un rôle important dans l'histoire de la France et de l'Angleterre', l'église de Notre-Dame fut l'objet de la sollicitude de ces princes. Vers Tan i io4 » la bienheureuse comtesse Idc, femme d'Euslachc II, mère d'Eustache 1H et de Godcfroi de Bouillon, fit rebâtir l'édifice, tel qu'il subsistait encore, en grande partie , à l'époque de la Révolution française. C'est à la même date que nous reportons la construction de l'ancienne crypte. On peut voir , dans la notice que nous avons publiée sur ce monument, les raisons^qui nous ont fait adopter cette opinion 4 .

Il est probable que l'église de Noire-Dame , qui à cause de son ancien titte épiscopal , avait la ju-

(1) On croit rpie la cathédrale de Chartres , avant sa reconstruction par l'cvcVjiie Fulbert , n'était bâtie qu'en bois. Cs. Daniel Ramée , Manuel de l'histoire générale de l'architecture, t. H , p. 440.

(2) Cs, L'Élude sur l'existence cCun siège épiscopal , citée plus S baut.

(3) Cs. Du lieu de naissance de Godcfroi de Bouillon , par M $ i'ahbé Batbe.

(4) Cs. Notice sur ta crypte, citée plus haut.

12 Histoire de iV.-Z). de Boulogne.

ridiction paroissiale sur toute la ville de Boulogne a été, jusqu'au XII e siècle, desservie par un chapitre de chanoines séculiers, gouvernés par uit doyen. C'est ce qui nous semble résulter d'un acte par lequel l'évêque des Morins , Jean de Commincs , déclare, en 1 129 , confirmer l'église de Boulogne dans la possession de ses biens et revenus. On y voit qu'un Baudouin, connétable du Boulonnais , avait autrefois remis entre les mains du doyen et des chanoines de cette église, in manu decani Ct canonicorwn , une donation considérable pour l'entretien du luminaire; et la lettre de confirmation, qui nous fournit ces détails, est adressée simplement Dilectis in Christo fdiis, sancte Boloniensis ecclesie canonicis, « à nos chers fils en . Jésus-Chr;st les chanoines de la sainte Église de Boulogne* »

Nous devons citer ici les noms des villages, hameaux ou fermes, sur lesquels, h cette époque , l'église de Notre - Dame étendait son patronage ; car depuis sept cents ans , les fils des anciens donateurs s'empressent de venir honorer la Reine du Ciel, dans son vieux sanctuaire , et d'acquitter en hommages de respect et d'amour la dette de famille contractée par leurs pères. Le chapitre do Notre - Dame possédait alors les autels de Condelte , de Ilessinguehen ( Echinghen) , de Questinguehen (hameau de Bainclhun), ct les cures de Bellcbrune et de Wicrre - Effroy. Il avait en outre de nombreuses métairies 2 , terres et portions de dîmes « à Cormont, Frenc, Dannes, Nelles, Maninghcn, Wabinghen (Outrcau) , Her-

(1) Voyez pour plus de détails V Appendice à noire Élude sur

Vcxislcncc d'un siège cpiscopal,

|2) luto, {Mèm, mis. sur l'histoire de Boulogne et de son comte), , «1 lu hospices; c'est une fausse interprétation du mot hospitia ; Tome 1er, p. 424, 425. Cf. p. 379. Le 1115. de Luto est dans ta mdiolhcijuc de Boulogne.

Ckap. II. — Gode/roi de Bouillon. 12

merengues f bameair d'Isquc) , Isque, Herclingue: (hameau d'Isque) , Macquinghen (ha m. deBaiucthun) , Brunembert , Wicardene (hameau de St.- Martin-lès-Roulogne) , Odre (ferme Je Boulogne) p Treliactun (ham. de Wimille),. Odreselle (Audresselfcsj, Sin-Hongrerelt (St.-Inglevert) , Godinctun (ham. de Pernes) , Waudringhen (Vaudrioghen) , Odinghen (Audinshen), Leulinghen, Fiennes, Hardentun ( ham. de Marquise ) f » et plusieurs autres endroits moins connus'. La plupart de ces donations ont probablement été faites par les comtes , et par les seigneurs les plus importants du pays; mais, en l'absence de document certain 2 il faut se borner à des conjectures*

Godefrol de Bouillon , au rapport de l'historien Le Roy, qui a recueilli les traditions de ses devanciers, enrichit l'église de Notre-Dame «r de quan- » tilé de reliques très-précieuses, qu'il envoya de » Syrie et de Palestine , pour gage et prérogative » d'amour singulier 3 :» «Ce sont,» ajoute t-il, » les termes d'un ancien titre tiré des archives » de l'Église coHégiale de Le os en Artois, qui » eut aussi part à ce présent , et qui se glorifie » d'avoir les mesmes comtes de Boulogne , pour » ses restaurateurs et ses bienfaiteurs. On tient » mesme que la couronne d'argent, qui luy fut » présentée , quand il fut proclamé Roy de Jéru»- » salem , et qu'il refusa do porter, se souvenant

(1) Lulo, notre sent guide sur ce point, cite Rebinghen, Turne, Badinghen ( Bazinghen ? ) Beaumont, Bikendal , Elinctun. Le Roy indique ce document ( p. 29 ), mais il n'en fait aucun usage , si ne n'est pour mentionner la donation du connétable Baudouin, BaJdevintts constabularius t p. 79.

(2) Luto , à l'endroit indiqué en donne une analyse , avec la mention marginale ; Ex cartario V. M. Béton, (p. 379).

(3) Le Roy , cite en marge : * Quad.im prerogativâ spéciales amoris. Otiv. Fred. in Gcncal. Fland,, tome T. Voyez pour plus de détails ; Du lieu de naissance de Codefroi de Bouillon, pas M. l'abbé »arbc, pp. 75, 76,

14 Histoire de N.-D. de Boulogne,

» que le Roy des roys en avoit porté une d'épines i en ce lieu-là mesme , fit partie de sa libéralité » envers Nostre-Dame de Boulogne * On conserva jusqu'à la Révolution françoise une couronne qu'on disait être celle de Godcfroi de Bouillon, « où sont à l'enlour divers petits chasteaux (huit reliquaires) , où sont les reliques de la Terre- Sainte,» dit un ancien inventaire *. Elle était en c argent étranger, sans poinçon 3 , »

Parmi les reliques venues de la Terre-Sainte, la tradition signale une relique du Saint-Sang , qui était « tenue par deux anges d'argent doré, » renfermée dans un petit cristal , • avec cesle inscription à l'entour : Sanguis Dni lesu Chri. 4 » On nous assure qu'il en subsiste encore do nos jours quelque parcelle; et il serait à souhaiter que l'autorité ecclésiastique soulevât enfin les voiles qui l'ont cachée à la vénération publique depuis la Révolution française. La susception de ces précieux c gages d'amour singulier» envoyés par Gode froi de Bouillon à sa villo natale , a déterminé la fondation d'une chapelle , dite du Saint-Sang , située dans le faubourg de Bréquerccquo. Ce fut là que la procession du clergé de Notre-Dame rencontra ceux qui apportaient les saintes reliques, au-devant desquelles on s'était empressé d'accourir, afin de les recevoir en grande pompe et solennité.

Nous ne saurions dire l'époque à laquelle l'église de Notre-Dame cessa d'être une collégiale de chanoines séculiers, pour devenir une Abbaye régulière. Le Roy attribue celte réforme au comte Eustache

(4) Hist. de N. B. de B. y édit. 4681, pp. Î7, 28.

(2) Noies msttes tur Vh 'at. de N.-D. de B., par^nf. Le Roy S (dans !a riche bibliothèque de M. Abot de Bazingheu ) , p. t>5. Voyez encore l'ouvrage tic M. l'abbé Barbe, p. 78.

(3) Inventaire du 14 janvier 4794, cité par M. l'abbé Barbe.

(4) Nvlet msstcs d'Aut. Le Koy, dôjà ciL'cs, p. C5.

CIwp. II. — Donations, XII* siècle. 15

III, « environ Tan 1 1 09 1 ; » mais il n'apporte point d'autorité sérieuse, à l'appui de son opinion. Luto fait remarquer que l'abbaye do Noire-Dame occucupait le troisième rang au chapitre général de la Congrégation d'Arrouaise , dont Gervais le premier abbé , qui était natif de Boulogne, a été installé on liai a . Ce n'est que sous le pontificat du pape Innocent II ( 1 i5o-i i43), qu'on trouve la mention d'un abbé de Notre-Dame. Luto cite uno bulle de ce Pontife, adressée à a Jean, abbé de Sainte-Marie de Boulogne » , et nous retrouvons la signature ou Je nom de ce prélat dans plusieurs écrits datés de 1 132, et années suivantes *. Si l'on nous avait conservé la copie des quatre bulles données par Innocent II en faveur de l'église de Notre-Dame, suivant le rapport de Luto, aussi bien que des bulles d'Honorius II (1 124-1 i3o) dont parle Le Roy, nous aurions probablement d'amples détails sur les biens dont les seigneurs boulonnais du XI e siècle ont enrichi l'église de leur vénérée patronne 4 . Nous saurions quelque chose sur les donations du comte Euslache $ , vaguement énoncées dans une bulle d'Innocent 111 de l'an 1207; sur celles qu'avaient faites Warin ou Guarin de Fiennes, ce dévoué serviteur de Dieu et des pauvros , le sénéchal (dapifer) Ardulf, le chambrier Gibelin, le doyen Ingelramn , Euslache de Pernes et Gocelin d'Ordre , dont les noms seuls sont parvenus jusqu'à

(1) Ant. Le Roy, ///if. de iV.-D. de B. eclit. 4681, p. 29. En marge cette vague indication : Mss. Eccles. liolm.

(2) Luto, Mcm. mss. cites, p. 378 et 37<J.

(3) Gallia chrittiana , t. X, col. 4 536, in Abbat. B. M. de Bolonia»

(4) Luto. Mcm. cites, ibid.— Le Roy, c { dit. 4684, p. 29.

(5J Terras cl mon su ras ex dono commis Eusl:«rhiiecrlesix vestr* collaUs. Aut. Le i\oy 9 edit. cit. Pièces justif. p. 26.

16 Histoire de N.-D. de Boulogne:

nous 1 . Peul-êlre sera-t-M possible de rencontrer quelque part une copie de ces documents que le temps parait avoir dévorés sans pitié.

L'église de Notre-Dame de Boulogne, à peine érigée en Abbaye, voulut ressaisir l'honneur de son ancien siège épiscopal. Nous avons essayé de raconter, dans une notice spéciale, la tentative que les clercs de notre cité ont faite en 1159, pour obtenir du Saint-Siège l'érection de leur église en évéché distinct de celui de Térouannc; et nous-;y y renvoyons le lecteur 2 . Outre l'insuccès de leur démarche à celte occasion, le ciel envoya une terrible épreuve à l'Église de Boulogne. Le comte Mathieu d'Alsace, non content de son mariage avec une femme consacrée à Dieu , union sacrilège qui fit tomber sur sa tète les foudres de l'Église et jeter l'interdit pendant dix ans sur le Boulonnais, chassa par force hors de leurs églises les deux abbés de Notre-Dame et de Saint-Wulmer, ainsi que tous les frères, « hommes réguliers et craignant Dieu ». Il y lit entrer à leur place des hommes sans mœurs et

(1) Lettre du B. Jean de Commines, de Fan 1129 , citée plua haut ; ap. i.uto, Mèm. cit. p. 424.

(2) Un document intéressant avait échappé à dos recherches : c'est une lettre de Jean de Salisbury, secrétaire de S. Thomas- Becket, puis du pape Alexandre III. Il n\nit pas plutôt appris* la démarche des Boulonnais, qu'il adressa au pape Adrien IV t f prédécesseur d'Alexandre M), en 41511 , de vives réclamation»» contre « l'ambition de l'Église de Boulogne. » II espère que le Pontife prendra la défense de l'Eglise de Térouanne, cette mère dévouée qui comble d'amour des enfants ingrats : les Boa Ion naischerchent leur propre intérêt, déchirent le sein qui lésa nourris, rendent le mal pour le bien, etc. Ecclesia Morinensis his quieam imp ugnant materna m semper impendit amorcm...; ipsi autem proêonis mala rétribuant, et y quœrentes qum sua &unt, matrem suam scindera conantur ; indc est quod... supplicamtis ut gratta vestra qum consuevit pttnirc ingratos.,, conatus manifestai ambitioni* vacuet.

Joan. Saresber. Ep, 41 ap. licrum gaUic. et /rancic. script. t. XVI, p. 4î>fr.

Chap. il.— Passages des SS. par Boulogne. 17

sons discipline, qui furent excommuniés, aussi bien que le comte, par l'évêque des Morins , Milon II , l'archevêque de Reims, Henri de France, et le

1>ape Alexandre 111 , qui écrivit à ce dernier deux eltres relatives à cette malheureuse affaire

Notre but en esquissant quelques traits de l'histoire ecclésiastique de Boulogne jusqu'au XIII e siècle, a été de suppléer à l'énorme lacune qui existe entre l'époque où la tradition place l'arrivée de la "Vierge et celle où commence le développement du pèlerinage , dont il n*y a aucune trace positive avant l'année 1212. On pourrait citer, pendant tout cet espace de temps, le passage de beaucoup de saints par notre ville; depuis le prêtre romain Birinus , allant évangéliser les Bretons au VII* siècle, jusqu'h saint Anselme qui vint visiter sainte Ide à Boulogne. Les bienheureux Lugle et Luglieu y débarquèrent pour se livrer à la prédication de l'Évangile; le corps de saint Bertulphe de Renli fut longtemps déposé dans notre église; c'est encore à l'ombre de son patronage et sous la protection des murs de la cité que reposa pendant quelque temps le corps de saint Ansbert , archevêque de Rouen , tandis que les reliques des saints de Fontenclle s'abritaient sous le toit du moulier de saint Quentin de Wabinghem (Oulreau), en attendant que le comte de Flandre, Arnoul-lc-Vietix, les fît transporter , en 9)4» dans son abbaye de Blandinherg, à Gand. L'église do Notre-Dame fut aussi l'asile du corps de saint Maxime» pendant les troubles que l'avidité sacrilège de Robert-le-Frison suscita dans l'église de Térouanne (io83). Ces saintes reliques ne furent reportées a Térouanne que vers l'an 1 133; encore les Boulonnais, par un larcin assez commun de leur temps, en avaient-ils.

(1) Àlcxandri III. Epp. 62 cl 63 an. Jtar. gallic. f( françic icript. t. XV. p. 785 et sq.

16' Histoire de N.-D. de Boulogn*.

volé la tête qu'ils furent obligés de rendre. Nous indiquerons en outre la présence du célèbre Lapfranc à Boulogne vers Tan 1068 et celle de S. Bernard en 1 j 3 1 ; mais rien dans les récits originaux u'indique encore la trace du pèlerinage

Il y avait pourtant à travers toute la chrétienté un grand mouvement de pérégrination. Les croi-, sa des, commencées en io«j5 et incessamment continuées pendant tout le XII e siècle, avaient répondu h la tendance générale du peuple chrétien pour ces pieux voyages vers les saints lieux de l'Europe et de l'Asie. Les peuples se mêlaieut, pour moins se haïr; il n'y avait pas de pèlerin qui , suivant l'expression de Chateaubriand , ne revint à son village ou dans sa ville, « avec des préjugés de moins et quelques idées déplus. »

C'était pour satisfaire à celle ardeur do lointains* voyages qu'avail été érigé en 1 i5 i , par un Oilard de Wimille a , le prieuré-hôpital de Sonlinghevelt » mal à propos nommé depuis Saint-Inglevert , et qu'on établit h Wissant ua cimetière spécial pour la sépulture des Écossais» des Irlandais et autres, pèlerins \ Une chapelle aliénante à ce cimetière dépendait de l'abbaye de St-Wulmer et fut con~ firmée à cette abbaye dans un acte du pape Alexandre 111 de l'an 1177. Cette érection d'ui* cimetière spécial pour les étrangers à Wissant ner

^ (4) Cs. Bérfe, Jl'ut, eectes» gent. Angl, Lîb. If t. cap. 37 1 Eadmer, Ilist.nov. Lib. I. part. II, cap. 4; Locr \us,Chran. Rclg* ad. an. 700 ; Act. SS, ord. S. Bened. srce. II. p. 552 ; Bolland. Acl. SS. Febr. t. 11. p. 347, Juiii t. V. p. 2S5 ; Hem. Febr. t. 1, p. 6S2. Mcycr, Annales flandr. ad an. 4083 ; S. Bernardt JSp. 334 ; Le Roy, IIUt.de N, JE), passif», Luto, Mcw. cit. passinu

(2) Lambcrti Ardcnsis Chrorâc. Chunense cap. 41. (édit. de M. le M»« de Godefroy Menilglaise), p. 97, sqq.

(3) In sepulhirani Scolorum et Hyberniensium et aliorum. pore^nnonim. Cs. UUt. de N. D. de B. par le R. P. Alphonse de M ont fort, canuciu, (1634;, pp. 67, 63. Ant. Le Roy, tléfa «tUf, p. 6&<

Chap. II. —S. Jor t cP Arménie. 19

s'explique pas seulement par l'alïlucnce des pèlerins mais aussi par l'importance que cette ville avait acquise depuis un certain temps. Le port de Calais n'existait pas encore ; et celui de Boulogne avait été dépossédé d'une partie de son ancienne gloire.

I/historicn Le Roy s'efforce dt trouver avant le XIII e siècle, des vestiges du pèlerinage do Notre- Dame de Boulogne. La tradition n'en fournit qu'un seul; encore le fait repose-t-jl sur des autorités qui sont de beaucoup postérieures à l'événement t.

c La dévotion à NosUc Darae de Boulogne s'est toujours accrue, et la renommée s'en est si fort étendue de tous costez, qu'elle a attiré les peuples» non seulement des Païs et des Royaumes les plus voisins , mais mesme des dernières extrémités de la Chreslienté. Molan 2 h que le cardinal Baronius ne cite jamais qu'avec éloge, nous fournit une grande preuve de cecy » dans son Traité des Saints de Flandres'* Il rapporte que, dès l'an io33». ce Pèlerinage esloit en si grande réputation par tout le monde , que S» Jor y vint du bout do l'Orient. Il estoit natif de la grande Arménie, et évesque du Mont-Sina; poussé d'un désir extraordinaire de visiter tous les lieux saints do la Chreslienté , et animé à cela par l'exemple de S. Macaire son frère* Patriarche d'Àntioche , qui en avoit fait autant , et qui esloit mort en Flandres durant le cours de son Pèlerinage , il quilla son païs, traversa toute l'Europe , et vint on France , où entr'autres lieux de piété , ausquels il s'arresta , il visita avec beaucoup de dévotion l'Eglise de Noslre-Dame de Boulogne \ Ce fut presque la dernière action de piété

Ci) Ant. Le Roy, Hist, de N.-D. de B. edit. 4681, p. 33, 34.

(2) Vide cap, 9 prœfat. âlartyrol. Rom* Ap. Le Boy.

(3) Jn natal, SS, Uetg. 2C. lut, (Ibitl.;

(4) Martyretog. Ecclcs. Colley S, Dartholom*. D et h un. (lbiil.>

ÎO Histoire de Notre-Dame

qui couronna tontes les autres de sa vie; car, comme il s'en rctournoit.il mourut à Bélhune, clans le baiser du Seigneur, et alla jouir dans le Ciel de la présence de Celle dont il venoit d'honorer l'Image sur la terre. La pluspart des Annalistes de Flandres 1 nous confirment la mesme chose, selon les m es mes circonstances, ciitr'aulres Ferry de Locre 2 , lequel parlant de la mort précieuse de cet illustre Pèlerin de l'Orient, dit qu'elle arriva immédiatement après, que par un motif général de Religion, et par un engagement particulier de s'acquitter de son vœu , il eut esté visiter l'Eglise de Nostre-Dame de Boulogne , et honorer sa sainte

Image. Cum religionis et voti gemino flabro impulsus, Boloniensis in Picardis Virginis Jcunculam atque aramprœsens honorasse t.

v Voilà pour ce qui regarde l'antiquité de nostre Pèlerinage : Or ce que nous avons maintenant à considérer davantage , c'est sn perpétuelle duréo pendant tous les siècles qui ont suivy son estabK& sèment. »

(t) Gazet, Ilist. Ecclcs. des Pats-bas, p. 160. (lbiJ.> (2) In Chron. Bclg. ad an, 1033. (Ibid.)

de Boulogne.

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