CHAPITRE XXL
Hommage du cœur dor , au nom de Louis XIII et de Louis XIV, 1647;-— Dons et offrandes des particuliers , au milieu du XVII* siècle ; — Guérirsorts diverses, 1655—1658.
LBsrois François II , Charles IX, Henri III et Henri IV avaient négligé de payer h la Viergo de Boulogne l'hommage qu ils Lui devaient # leur avènement. Louis XIII était mort aussi, sans que les promesses qu'il avait laites h ce sujet eussent été réalisées. Ce n'était pas faute de démarches de la part du Chapitre, mais plutôt, comme dit Antoine Le Roy, « une négligence affectée de la part des officiers mal disposez à cet égard. » Un arrêt du conseil d'état, rendu le 10 mars i6i5, avait reconnu formellement le droit de l'Église de Boulogne. On déclarait expressément que « le roy , en son dit conseil , voulait accomplir ce qui était des bonnes et saintes intentions des rots ses prédécesseurs ; » mais , malgré l'ordonnance* par laquelle Louis XIII enjoignait à l'intendant des Eaux et Forêts de faire fuire une coupe de bois extraordinaire dans les forêts du comté, afin de réunir la somme due, l'affaire resta toujours à l'état de promesso 1 .
L'historien de Notre-Dame fait remarquer avec
<4) Cf. Le Roy, op. cit., pp. 480-482.
201 Histoire de N.-D. de Boulogne.
y mort n mo quo ce qui arriva , sous Lo jis XIU «.
est assez ordinaire en ces sortes d'occasions :
il est toujours vrai de dire avec le Prophète :
Bonnm est sperare in Domino quam sperare in principibus.
Le roi Louis XIII, lorsqu'il vint Boulogne, en. i65a , donna des marques spéciales de sa vénération pour la Suzeraine du comté. Un chroniqueur du temps rapporte qu'il « demanda luy-mesmo d'aller dans la Chapelle , encore qu'on luy eust préparé son siège dans le chœur, des chanoines; il y vit l'ancienne (mage quy estoit remise à sa place i.» Trois ans après ( 24 janvier iG35),le conseil d'état rendit un second arrêt qui n'eut pas plus d'effet que le premier. C'était en vain que le R. P. Alphonse de Montfort, capucin de Boulogne» avait rappelé au roi dans l'épitre dédicatoirc de son Histoire de Notre-Dame , l'obligation où il était de ne pas refuser ce qui était dû. « C'est le dessein de cette Histoire disait - il , où Vostre Majesté verra qu'elle tient un des fleurons de sa couronne h certaino charge , et comme un Cef de la Saincte- Vierge , Mère de Dieu. »
A l'avènement de Louis XIV ♦ les instances redoublèrent. Anne d'Autriche, qui avait obtenu de la Sainte -Vierge, après vingt - trois ans de stérilité, un héritior direct de la couronne.se montra plus empressée d'acquitter les dettes de religion contractées par la maison de France. Après des négociations qui durèrent trois ans, l'hommage du cœur d'or fut enfin définitivement accordé, par le roi en conseil de Régence , tant en son nom qu'en celui de Louis XIII , à condition que la somme de douze mille livres, assignée à cet effet, serait employée à la construction d'un autel et d'une clôture de marbre , pour le chœur de la cathé-
(1) Noie* msita <l\4nt. Le Roy , pro. cil. p. 141. . /
tfhap. XXL — Hommage dè Louis XIV. 205
âr?le , (1647)- Ce résultat fut l'œuvre de h Mcssîre Antoine d'Aumont, pour lors gouverneur du Boulenois, et depuis m ar esc haï duc et Pair de France et gouverneur de Paris, qui, par son grand Crédit, ses puissantes sollicitations et ses vigoureuses poursuites , devoil mettre l'heureuse conclusion à pet te affaire »
L'autel du chœur , commencé en 1 G53 etachevé 1 656 , formait, avec sa clôture, « une des plus \ décorations de la cathédrale. Outre les de lys et les chiffres de Leurs Majestés, dont 'âge était parsemé , suivant le témoignage d'Antoine Le Roy , on y voyoit représentez derrière l'autel , ces deux princes, (Louis XIII et Louis XIV) , à genoux , ofTrans chacun un cœur a Mostrc-Dame de Boulogne *, » avec une inscription commémoralive. ^
La piété des fidèles se montrait aussi, comme par le passé, généreuse et libérale envers la puissante Vierge qui rendait la santé aux malades.
, une dame de Lille, à fa fois noble et « par vœu de dévotion » deux rosaires grand prix, qu'elle destinait à être conservés (fans la chapelle et suspendus à l'Image de Notre- Dame 3 .
L'année suivante , le duc de Bassompierrc , ambassadeur de France en Angleterre, donna une somme de soixante livres pour les besoins do l'église* .
(1) Atst. Le Roy , op. cit. p. 484 ; pièces justifia pp. 29J, 292.
(2) Ibid. Un fragment de sculpture sur marbre blanc représentant un des deux rois, à genoux, offrant un cœur, subsiste encore dans le musée de Boulogne, où M. P. Bédouin l'a déposé.
(Z)iRegistr. ccncl. capit. D. n« 2. 1. f° 37. v°. (4) Ibid. f« 45.
Histoire dé N*-D. ék Boulogtie* J
Le 14 août i63o,«le comte de Croy et la comtesse sa femme, env oyèrent du puis d' Arthoié où ils demeuraient, «no. robe de soyc » brochée d'or et d'argent , «a fia voile avec des fleurs dirigent et deux couronnes do m es me > Tune pour la Vierge et l'autre pour l'finfant Jésus » Ces objets lurent présentés , au nom des donateurs par un chanoine do Bruges , nommé Martin de Poix , député à cet effet \ v
Ver» i635, «t Louise Isabelle d'AogeQoes-Maia* tenon, femme du marquis d'Aumoot, chevalier des ordres du roy et gouverneur du Boulenois s'acquit la qualité de bienfaitrice de Notre-Dame par te don qu'elle Ht de deux paremens d'autel , de salin blanc, avec le pavillon du tabernacle, le chasuble et les deux tuniques marquées de ses armes et de celles de son époux* » «
)► Anne cfAuraont, leur nièce, qui avoit épousé le comte de Lannoy, gouverneur de Montrcuil, fut encore une des illustres bienfaitrices de In chapelle* y ayant (ait, en i655. divers présens, qui obligé* rent le Chapitre à luy chanter un obit solemnei après son déceds*
)► Trois autres dames de qualité, la duchesse de Chèvre use, gouvernante de Picardie, Charlotte Cécile de Monchy, Abbcsso du royal monastère de Sainle-Austrebcrtho de Montrcuil, et la dame de Créquy d'Aufleu, honorèrent la sainte Image par un mesme genre de présent, luy donnant chacune une robbe de grand prix ». »
Lo duc de Chauine, dont nous avons déjà parlé* envoya plusieurs sommes importantes pour être employées à l'entretien et à la décoration de la
\\) Notes mutes d'Ant. Le Roy, jawn cit.! p, 3^. t J
(2) Cf. //«,/. cit., p. d89. . 7
(3} Ant. Le Roy op. cit., p. 488— 189.
ohapclle, a ce qui îluy en fit, A bon droit mériicr le wtre de bienfaiteur* dit Ànioinc Le Roy* aussi Lie» qu'à la duchesse Charlotte d'Ailly* dame do Péquigni, son épouse, laquelle, en. cette qualité rie bienfaitrice, foi depuis gratifiée par Je Chapitre é'une- Imago de Nostre-Dame de Boulogne, en* chassée en argent 1 » » • -
' Notre-Dame de Boulogne n'a pas été moins honorée par les chanoines de son église , on, comme les appelle Le Roy, « les fidèles gardiens de son Image* »
« Nicolas de Lespaut se porta avec Terreur à la décoration de la chapelle , à laquelle il laissa par testament un chasuble de toile d'or , avec queU que» revenus annuels pour fondation de Messes.
» Plusieurs autres chanoines, pour accroislre la vénération de ce saint • lieu, y ont pareillement légué le urs meilleurs ornements et leurs plus riches meubles d'église ; entre lesquels est un beau chasuble de salin cramoisi» rehaussé de grandes fleurs en broderie d'or, qui ©et un don de M. Noël Gantois, doyen et officiai 3
» Un calice d'argent cizelé, qui est un legs de M. Jean de la Planche» archidiacre^ officiai et grand-ficaire;
» Un autre chasuble de «atin, à fleurs en broderie, avec un grand caliee d'argent <loré et ciselé, et deux burettes de mesnie, qui est de la donation de M. Jean Moucque, aussi doyen* Ce dernier avoit une dévotion admirable à l'Image de N.-D., dont à a pendant plus; de quarante ans avancé le culte •Mïant qu'il lay a esté possible ; et pour s'acqtfitler >à'm ¥cen qu'il luy a*oit fait, il a laissé en mourant à la fabrique sa maison, située en la rue du Chasteau et constitué la chapelle légataire universelle du reste de ses biens.
(1; Ibid. p. *88.-A» 1G30.
30» JFlisioire de N.-D. de Boulogne, ;i
» Et», comme les boas exemples des personnes ecclésiastiques sont d'une grande force pour esta-^ blir la piété parmy le» peuples, plusieurs laïques de Pun et l'autre sexe, et.surtout de celuy a qiii h dévotion est comme naturelle, oui pris à tâche de les imiter en ce point. De ce nombre sont :
» La dame de Saint-Martin , présidente dé Calais, qui a îak don a l'Image d'une robe de satin cramoisi, garnie de passements d'argent ;\
» Marie dePoucques, damoiselle de la Cou?, qui a légué une chaîne d'or, employée depuis par~ la damoiselle d\Alinglun, sa mère , en l'achapt d'un-devant-d'àutel; d'un chasuble et d'une robûe pour l'Image, le tout d'un^veloux- figurée
» Antoinette Le Roy* damoiselle do Bcrghette,;.
Î ni adonné un- ornement de satin blanc enrichi de entoile d'or, avec plusieurs beaux linges d'autel; et qui, pour se montrer en mourant aussi libérale qu'elle l'avoit esté durant, sa vie, a laissé, entreautres dons pieux , une chaîne et un -chaînon d'or* avec un reliquaire de valeur notable, pour servir, ou le prix d'iceux, a la déeoraiion de, la Chapelle,, lieu de sa sépulture, et non à un autre usage. Sa dévotion envers la Sainte-Vierge, semble avoir depuis esté récompensée, en la personne d'une nièce» de mesine nom, laq«elle , dans l'extrémité de maladie, ayant esté vouée à NosArc-Dame de Boulogne, en receut la guérison-dans le temps qu'onla croyoit morte, et qu'on se disposait mesme à luy couvrir la face pour l'ensevelir ; de quoy Antoine Le Roy, président et lieutenant-général de* Boulogne, son père j et^lagdelaine Scotêé de Velinghen, sa mère, rendirent de publiques actions de grâces à-Dieu, par l'offrande d'un tableau, en
acquit de leur vœu.
» Marguerite Destailleiir,fdle ^i sieur- de Que.^- Ircqucs, procureur du Roy enla sénéchaussée de
Chap. XX. — Donàlions et offrandes. . 209
oulenois, en reconnoissance aussi do quelque laveur obtenue par la înesme intercession, donna un parement d'autel de veloux orangé.
i» Dame Antoinette Monel de la Salle , femme de Henry de Boyvin du Vaurouy, conseiller au parlement de Paris, fil présent d'un autre dcvanl- «TauteLde moire verte à fonds d'aigent, et d'une robbe de mesme, pour servir à la sainle Image.
» Je passe sous silence plusieurs autres présens de moindre considération, que divers particulier* de ce païs ont offert a la Sainte-Vierge», u
Nous voudrions pouvoir citer , à côté de ces noms illustres , ThumUlc oftrande du pauvre , le 'denier de la veuve, l'obole de l'orphelin; mais Dieu seul en a tenu registre sur le Grand -Livre éternel. Combien n'y en a-t-il pas qui ont donné q uelq ues sous de renlo annuelle, à charge de messes devant la sainte Image, « pour le grand zèlo et » dévotion qu'ilz a voient toujours eu et porté à la » chapelle Noslre-Dame, et alliu de participer aux » prière* quy se font dans ladite chapelle 2 ? Combien dont le sacrifice a été plus minime encore aux yeux des hommes, mais plus grand et plus méritoire aux yeux du Très-Haut ?
C'est que, parmi le peuple, la foi et la confiance dans le pouvoir do la Vierge fidèle étaient assez \ives et assez fortes pour obtenir uno continuelle effusion des grâces les plus abondantes.
En 1 055, « un pauvre homme de la ville de Calais, nommé Pierre Plet, incommodé d'une hanche ayant entrepris de faire le pèlerinage de Boulogne avec deux potences, fut tout surpris de ce qu'arri
M) Ant. Le Roy, op. cit., pp. 190-402.
(2) Préambule d'une donation de 70 sols tournois de rente Annuelle, faite par Maryc Prnvost, veuve de Jacques Guilbci t. 40 janvier 4640, Insinuée au Bailliage de Desvrene, (Re 4627 —1646, fo 115 et 116) j (Archives du Tribunal civil).
210 Histoire de N.-D. de Boulogne. •< ; - >
vant à Wimille, village distant de cette ville d'eni viron ane lieue, il n'en avait plus besoin, «t'de et que Celle dont il venait réclamer le secours dans son église l'avait exaucé avant même qiï^A y fût arrivé ; il ne laissa pas de poursuivre son chemin, et portant entre ses mains ce qui avaiV servi a le porter, il entra joyeux dans la chapelle, où il fit ses actions de grâces, et attesta cette mervfeitte ea présence de plusieurs témoins dignes de foi, le i e> jour du mois d'avril. »
» En la même année , et le 29 du même mois , Josse Cucheval, marchand de la ville deMontreuil, ' vint remercier Notre-Dame de Boulogne de ce qu'après lui avoir intérieurement adressé uâ vœu/ il avait à l'instant recouvré- t'usage de* 4a langue et la liberté d'un bras, dont il était déÉieuré perdu* par une indisposition subite que tous les remèdes n'avaient pu guérir. Il signa l'acte de reconnaissance avec la main dont il venait de recouvrer l'usage j> * «»inot - •> >s vi- >
» On regarda aussi comme* tfn effet ex traordrnaire de l'intercession de la« Sainte-Vierge M qui 1 arriva 4'an i655, à Robert Pennfer, -êgé de -i% ans, fils de Gilles Penniery matelot dé fa v»le à* Calais. Ayant perdu l'usage de ses jambes pat cm* ingelure invétérée, où tout l'ér» de* ta ctàrrtrgîe «v*it été vainement employé, il fit v&U d'àMè* étt pèlerinage h Boulogne*. 'Pour l'exécuter, it se ' mit en marche, soutenu sur deux potence*, ee qu^il n'avait pu faire jusqu'alors. Etant arrivé stir ufteéminence d'où Ton commence & découvrir lo clocher de l'église de Notre-Dame, il y ût sa prière, et aussitôt il reconnut qu'il n'avait pluV besoin dë ses béquilles ; c'est pourquoi il en chargea sa
(1) Ant. Te Roy, Abrège cit. 'AIR. 483$. t. itt. Cf. Histoire rit. cdii. lfiSJ, pp. 22*, .224 et 210.. - , ^
Chap. XX*— Don de lit reine d'Angleterre. 2\%
mère, cl d'un pas leste il acheva son/ pèlerinage. „ G» eu dressa, le (i juin de la même année, un procès-verbal en bonne forme; «igné de lui , do sa mère et de quelques -ou 1res , témoins dignes de foi, après visite (aile des -, jambes du malade guéri, et l'attestation des sieurs , Bénard et Jlarpalain, chirurgiens <le la ville d\ Calais, qui l'avaient traité dans sa maladie 1 . *
Pour que rien na manque à la gloire de celte Vierge des mers, de celte consolatrice de toutes les infortunes, il nous est donné de faire paraître la mémoire d'une grande reine, fille, femme ci mero do rois puissants ; de citer parmi les bienfaitrices de Nolre-Daine.de Boulogne Henriette- Mabib db France, doçt Je* malheurs ont été si éioquemmont racontés pair .Bossuel, Cette princesse donna , en iun beau et gçan4 ciboire de vermeil doré, cizejé, en rettonnoissanee de quelques grâces ïeceuca, d» jçiel par les mérites de Nostre-Dame de Boulogne, qu'elle n/a, Jamais manqué de visiter , ,av*c une grande dévotion, toutes les fois qu'elle a passé par celte, villes » , > Le 26 septembre i658, damoisclle Suzanne Le Camus, de cette ville de JSoologne, ^ifllifpée depuis longtemps d'une doulour k la l^nehe, qui I empêchait de inarcher autrement q^à l'aide de deux potences, se trouva heureusement guérie en faisant ses prières, devant l'Image miraculeuse. « EHo y laissa ses potence* et retourna chsa elle d'un pas libre et assuré. Peu de jours apçès on chanta ime messe solennelle pour remercier Ja Sainter Vierge .^e cette faveur ijrfigfla, donlf.leal ie monde était instruit*. » ; î;
(1) Ahrtgi cit. pp. 129, 130. Cf. Ilist. pp. 231 23a. ^ Ant.>Lc Roy, cit. p. 189, r • *
{%) Abrégé cit., p. 134. Cf. iiîst. p. 227* » j
$ï£ Histoire de N.-D.deBoutëgnï '--to
» En 1669, le marquis do CeraMe, gouvernée des ville et citadelle d'Anvers, envoya une grandi lampe d'argent de la voleur de mille francs, pou* estre suspendue dans la chapelle , comme uhë marque visible do sa gratitude envers la Sainte^ Vierge, do qui il avorl reccu quelque faveur 'partie ctilière ,f . i» * V •<