CHAPITRE XXII
On place une Image de Notre-Dame* au-dessus- < te* portes de la ville ; Z&cktc d'Aumont fait cons* truirc un* Jubé de marbre, d l'entrée du chœur ; Miracle constaté par V autorité épiscopale ; — Marins sauvés du naufrage ; — Guérisons é* faveurs diverses.
TPT*' 1659* dît Antoine Le Roy, « les nrayeur cl ÏH eschevins firent élever au dessus de la prîncïï- JLjjpale porte do la ville, une grande tarage de Nostrc-Dame , exprimée en relief, tenant un cœrir dans la main droite , et posée dai>s un batleau, cfh plusieurs anges servent de pilotes. Etie fut béniè solennellement par le doyen de la cathédrale , a* retour d'une procession des Rogations , et saluée ensuite à trois diverses reprises par le chant de tout la Clergé , sous- lè nom de Nostre Patronne Singulière 2 . Cetlc cérémonie est "passée depuis eh coutume , et , toutes les ibïVque l'on rentre procès^sionnellenicnt par cette* porte , on ne manque pris de saluer , en là mcsnie manière, l'Image de certe
<4) cil. p. dSO. *
(2) L'invocation , spVciule à Téglise de Botilogtrc , Patiné a wojtra siNGULABis, ora pro.uobis, a été tout récemment approuvée par la Sacrée Congrégation des Rites. — Note de l'auteur.''*
Chap. XXL Donation, d'un, jubi de marbré. 513
que l'on reconnoist pour I* vraye Souveraine du païs : de mesme en quelque façon que ceux qui ri voient autrefois à Babylone f estaient obliger do saluer l'Image da Prince, qu'on leur présentait à Ja porte 1 ,
» Mai» rien de tout ce que j'ay remarqué jusque» icy, n'a encore égalé la magnificence du seigneur maréchal d'Àumont. Non content d'avoir donné à l'église de Kostre-Dame, un or sèment complet de drap d'or à grandes roses de veloux cramoisi, avec un excellent tableau de l'Assomption, il voulut , avant de mourir couronner tous ses bienfaits par un superbe jubé de marbre qui forme l'entrée du chœur , et qui en fait uue des plus grandes beautez. Quelques-uns croyent qu'un vœu au'il fit à Nostre- Dame de Boulogne , en quelque dangereuse occasion de guerre , a donné lieu à. ce grand ouvrage ; mais tout le monde sçait aussi , que la généreuse inclination qu'il avoit pour cette église y a eu la principale part ; c'est pour cela que le Chapitre luy* a témoigné tant de reconnoissance , et que, peur rendre la mémoire de son auguste bienfaiteur vénérable à la postérité , il a fait graver en lettres d'or celte inscription , qui en contient un assez grandpanégyrique :
ArUoniut cPAumont, Dux , Par et Mareschailm Franciœ , Paritiorum ac Urbis hujus et CamtatM Prorex, hanc domus Dei sanctuario frontem P. et BD. Anno Domini 4667>
y* Et, comme si la piété envers Nostro-Dame do Boulogne estoit une qualité héréditaire dans la maison d' Au mont, et une vertu attachée aux. gouverneurs de ce païs , da mesme qu'elle a toujours esté inséparable de la personne de nos rois, nous voyons encore a uj ou rd'huy monseigneur Le duc
[i) Philortiat. in viia Apollonii , L. I. C. 8,-N. de Le Ho*.
21V Histoire de N.-D. de Boulogne.
<P Aumoni, fils et successeur du maréchal dn ce gouvernement, et madame la duchesse son épouse de l'illustre maison de la Mothe - Houdancourt imiter celle mesmepiété^; l'un , s'appliquant avec soin à tout ce qui regarde l'embellissement de cette* église , l'autre, s'attachant avec zèle à" revêtir les autels d'ornemens précieux. La chapelle de la Vierge en possède deux , et le chœur un autre , tous trois estimez très - riches ; mais j'oseray dire que ce n'est pas tant à cause de leur prix qu'ils sont reeoinmendables , que parce qu'ils sont faits en partie de la main de la donatrice, qui fait gloire de consumer ses plus beaux jours, ainsi que ses biens» au service de Jésus-Christ et de sa sainte Mère \ ».
Gâs seritimerils étaient partagés parles membres; de la famille royale. Lorsque , Louis XIV tomba 1 subitement malade, à Calais en i658, la reinemère s'ë ni pressa de recourir à l'intercession de Notre-Dame de Boulogne; et , si , dans cette occasion , l'on ne crut pas devoir attribuer la guérison èu monarque à l'efficacité des prières qui furent faites devant la sainte Image, en fit remarquer du moins a la prompte confiance » de la pieuse Aune d'Autriche.
» Aussi , dit à ce sujet l'historien de Notre- Dame, dans les divers voyacés que la Cour a faits depuis ce temps -là à Bouïogpe*, avons-nous pu rémarquer dans Leurs Majesicz et dans la famille royale des sentimens extraordinaires de dévotion à cette sainte Image. Ces longues et respectueuses prières que. nous avons veu £wre en sa chapelle à la reine mère, et à la reine à présent régnaafe, tant à leur arrivée, qu'à leur départ; ces pieuses libé^
(1) Ànt. Le Boy , tfû/. çit.+pp.,m-*m. , v %
^\^9y a 6 es ' a c °ur P a r Boulogne, le ^ juin 4670 . Ie,l Diay 1072 et le 20 juillet lôb.-N. de Le Roy 7 ' ' * *
Ckap. — XXI. — Grâces et faveurs miraculeuses. 213
ralitez qu'elles y ont faite*, toute* les fois qu'elles y ont passé ; ce zèle de toute la Cour à se pourvoir de boites et de médailles 1 , pour conserver le sou* venir de cette sainte Image miraculeuse; le désir empressé que Monsieur, frère unique du roy , et le roy luy - iBesme , ont témoigné de vouloir esire instruits des particularîtez de son histoire, en ayant mesme emporté un livre avec eux, pour s'en entretenir le long du voyago, tout cela, dis-je, nous a pu faire assez remarquer la haute estime et la tendre affection que la première Cour de l'Europe avoit ( commo elle a encore) pour Nostre - Dame de Boulogne 1 . »
Reprenons le récit des faveurs miroeuleu&es que la foi des pieux fidèles obtenait chaque jour , par l'invocation de sa Patronne bien aimée.
» Le i5 juin 1671 , une pauvre femme de la ville de Calais, Anne Sire, vint faire dire la messe devant Nostre - Dame de Boulogne et asseura qu'ayant esté paralytique pendant six mois, et n'ayant pu tirer aucun soulagement des remèdes que les médecins luy avoient ordonnez , elle avoit trouvé tout d'un coup sa guérison dans l'invocation de cette Vierge , à qui elle en veuok faire ses re merci mens 3 . »
Le 18 juin 1672 , au passage du Rhin près du fort deTolhuis, un cavalier Français, sur le point de périr, appelle h son secours Notre -Dame du Boulogne. Aussitôt, dit l'historien, il croit entendre une voix qui l'exhorte à prendre courage , en
(4) Ces boites étaient une sorte de petit reliquaire . contenant an modèle de l'Image miraculeuse : elfes étaient décorées intérieurement arec plus ou moins de richesse , suivant leur valeur , et fermées pariin cristal , comme le sont encore aojourdbui les reliquaires.— N. de l'auteur.
(I) Ant. Le Roy , Uist. cit. pp. 486 et 487;
$ Ibid p.î27. '
216 Histoire de N.-D. de Boulogne.
Fassurant que bientôt il abordera heureusement h terre. « H s'y trouva en effet peuaprè»/et, depuis, il est venu en personne en rendre ses actions de grâces devant I image de sa libératrice »
Tous -ces faits , attestés par cçux qui en ont été les heureux témoins, et recueillis par l'historien Le Roy, du vivant même des personnes intéressées h réclamer s'il y avait eu quelque inexactitude dans son récit, n'ont pas été toutefois l'objet d'une information régulière et canonique. • Mfis voici, au rapport du même auteur» une guérjson qui a fait plus de bruit dans le pays : aussi renferme t-elle plusieurs miracles , et c'est un exemple des pins mémorables et tfes plus avérés du soin maternel de la Sainte - Vierge pour les personnes voisines du lieu , où elle ne cesse de faire ressentir la grandeur de son crédit à ceux qui y recourent dans leurs besoins. *
» Marie Sergeant, fille de Philippe Sergeant, ancien échevin et juge-consul de la ville de Calais, et d'Alix «du Rosel , travaillée depuis cinq ans de plusieurs maux compliqués que tous les remèdes humains ne faisaient qu'aigrir , mit enfin toute sa confiance en Notre-Dame de Boulogne , à qui elle se sentait déjà obligée de quelque faveur qu'elle en avait reçue dans son enfance. Elle voua une Neuvaîne de messes devant l'Image miraculeuse , et elle voulut même y assister, contre ,.1'avis des médecins, qui ne la jugeaient point en état d'entreprendre ce voyage. Le huitième jour de h Ncuvaine, qui était le i3 septembre 1674 , comme elle se disposait à communier dans la chapelle où elle s'était fait porter,elle fut tout étonnée qu'après un tremblement soudain et des douleurs aiguës ,
(4) Ibid. 7,09. Ce cavalier s'appelait Louia Le Vel , et demeurait à Etaple* en 1680. /
Chap. A' A'//. — Miracle constaté pw ÏÉvfyue. 217
suivie d'une sueur et d'une faiblesse extraordinaires, toutes ses infirmités la quittèrent en un instant. Les nerfs et les muscles de la hanche, dont elle souffrait depuis longtemps une fâcheuse contraction , devinrent souples , et la jambe , qui en était diminuée d'un demi-pied, se trouva égale h l'autre. L'œil droit, qui était tout rétréci et retourné par la violence des mouvements convulsifs qu'elle avait essuyés , reprit sa figure ordinaire; tous les autres membres reprirent leur situation naturelle et recouvrèrent leur première force; les vomissements presque continuels dont la malade était tourmentée, cessèrent depuis ce jour- là ; et, ce qui a paru plus singulier à ceux qui ont examiné les circonstances de cette guérison, un cautère qu'elle avait actuellement a la jambe se sécha et se referma tout-à-coup , sans laisser d'autre vestige que la cicatrice. Personne ne douta qu'une guéri- K>n si soudaine et si parfaite ne fût l'effet d une vertu surnaturelle. Néanmoins, pour ôler aux ennemis do notre religion tout soupçon d'une créance trop légère, œessire François Perrochel , alor> cvèque de Boulogne , doni la mémoire est eu bénédiction, en lit faire une information exacte par RI. OudarJ Hache , chanoine et trésorier, depuis archidiacre de celle église, et, de Ta v is de messieurs Porcher, Crandiu, Dumclz , de La Planche et de Boulogne , docteurs en théologie de la faculté de Paris, à qui l'information fut envoyée, avec la déclaration des médecins el chirurgiens, il lit publier celte guérison par tout. son diocèse, comme on vrai cl incontestable miracle obtenu par l'intercession de Notre - Dame de Boulogne ordonnant même qu'il s on fit une solennelle action de grâces
(4) Nous avon« cru devoir donner rn enlirr la lettre pastorale que le pieux éveque publia à celle occasion. On la trouvera en Appendice , a la (in de cet ouvrée.
218 Histoire de N.-D. de Boulogne.
dans la cathédrale par le chant du Te Deum , précédé d'une procession générale , où défait assister et assista tout le clorgé séculier et régulier de (a ville de Boulogne.
* Ce fut le premier jour de décembre de Tan 1675 que se fit cette pieuse cérémonie; et, comme souvent la reconnaissance d'un bienfait en attire un autre, Jacqueline Courtois, veuve de Toussaint Descamps , du village d'Eschinghen , crut que soq enfant, qu'elle y avait apporté, pourrait recevoir une pareille grâce par la môme intercession, qu'elle implora humblement. C'était une petite fille â^ée de huit h neuf ans, percluse de tous ses membres depuis le jour de sa naissance. La vertueuse veuve reçut sur-le-champ la récompense de la simplicité de sa foi : elle eut la joie de voir qu'ayant mis sa fille à terre, elle marcha jusqu'au balustre , et suivit la procession d'un pas fort libre , après quoi rlle la reconduisit du môme pas dans sa maison, en la tenant simplement par la main. C'est ce qu'elle a attesté par-devant nous, le 19 novembre 1678 *.
Ce qui est arrivé au sieur Nicolas de Roberly , secrétaire de monsieur le comte d'Est rées , viceamiral de France, était de plus fraîche date, lorsque Le Roy publia son Histoire. « il se trouva engagé dans ce malheureux naufrage qu'une partie de notre Hotte fit , le onzième de mai de l'année 1678, proche de l'Ile des Oiseaux, h la hauteur de Colossol et fionnaire, dans l'Amérique, où nous perdîmes douse gros vaisseaux, et où périrent neuf cents hommes. Au milieu de celte consternation presque générale, où chacun s'abandonnait à In merci des eaux, sans espérer de ressource, il fut inspiré, avant que de se jeter en mer, de faire un
(1) Ant, Le Roj , Abrité cit. p. 135-138. Cf. But. pp.
Chap. XX1L— Marins sauvés du naufrage. 219
vœu à Noire-Dame de Boulogne, qui lui était fort connue, à cause du voisinage de Monlreuil, lieu de sa naissance, et promit de visiter dévotement son église , s'il plaisait à Dieu , par son intercession , de lui donner les moyens de gagner terre. Ayant achevé de former son vœu, il se jeta avec confiance au milieu des eaux» et s'attacha, l'espace de huit heures entières, à un bout de, planche de la longueur d'uu bras; il lit, avec ce faible support , deux grandes lieues.de mer, jusqu'à ce qu'enfin il fut secouru et mené à bord par quelques-uns de ceux qui s'étaient sauvés du naufrage. Il vint à Boulogne six mois après , remercier Celle à qui il se croyait redevable de la vie, et lit une déclaration de tout ceci» en présence de M. Sainson do la Planche , docteur en théologie , chanoine de l'église cathédrale , vicaire général de l'évêcbé, et de M. Matthias Mortel, aussi chanoine et pénitencier delà même église; Nous, étaut alors officiai , en avons reçu l'acte le neuf novembre de ln même année 1 .
» Un an après, Michel Colombel, de la ville de Calais, maître d'un navire nommé le Saint- Jean de Dieppe» et ciuq matelots avec lui , furent garantis du naufrage d'une manière qui leur donna autant d'admiration que de reconnaissance- Ils ont solennellement attesté qu'au mois de mai 1679, faisant voile pour La Rochelle , ils furent assaillis d'une effroyable tempête , au travers des rochers de Glenan, sur la côte de Bretagne. L'orage dura près de deux jours , et le vaisseau ayant été démâté dès le commencement, le pilote se vit contraint de le laisser aller au gré des vents, et de s'abandonner à la merci des flots. Dépourvu de tout secours du côté de la terre, il crut qu'il fallait uniquement l'attcudrc du ciel : il le demauda avec
(\) Abrège cit. pp. 111-112 Cf. Hist. pp. 210.
220 Histoire de A\-Z>. de Boulogne.
instance à Celle qui en est la Reine, et il fronù* que s'il le recevait par son crédit auprès de Dieu » il irait l'en remercier dans sa chapelle de Boulogne» et lui présenterait un tableau en actions de grâces* Sa prière fut exaucée: lèvent, jusqu'alors contraire, changea tout -à- coup , et servit à leur faire doubler la roche nommée les juments» qu'ils appréhendaient le plus , et où ils ne pouvaient manquer dépérir, sans ce changement de vent, qui se remit ensuite comme auparavant , jusqu'à ce que, venant à se calmer le soir, il leur donna le moyen d'aborder au port de Qu imper lé. Le vœu fut accompli, quoique longtemps après, par celui qui l'avait fait : il est venu avec Pierre Btimont , autre maître de naviro de Calais, suspendre, à l'entrée de l'église de sa libératrice, la peinture du péril qu'il avait encouru,
» Nous avons divers outres témoignages , et beaucoup plus récents, de l'efficacité des vœux de ceux qui , dans de semblables disgrâces sur la mer, ont eu recours à la Sainte - Vierge et promis de venir honorer son Image miraculeuse à Boulogne; et nous nous croyons d'autant plus obligés d'en faire ici le récit, que des exemples de protection visible si connus sont capables d'inspirer la même confiance aux gens do mer du pays , qui courent les mêmes hasards sur ce terrible élément.
» En i6tj4» le sieur Herpin, capitaine d'une frégate du roi nommée V Audacieuse , se trouva dans un danger imminent de périr de faim et de misère avec son équipage vers le Togreban; la tempête cl le mauvais temps, qui avait duré plus de vingt -cinq jours, avait causé plusieurs maladies dans son vaisseau; il manquait de vivres et do remèdes , et il n'y avait plus à attendre qu'une longuo et triste mort pour sortir d'un si pitoyable état. Se voyant réduit à la dernière nécessité,
Chap. XXII. — Marins sauvrs du naufrage. 221
il prit le parti do s'adresser à Notre - Dame dw Boulogne , et de lui faire un vœu. Aussitôt après il lut joint d'une autre frégate , qui lui donna tous les rafraîchissements dont il avait besoin ; ensuite de quoi son vaisseau ayant encore e9suvé quelques risques , il aborda heureusement h Dunkerouc rc 8 septembre, jour de la Nativité de la Sainte-Vierge. Ce capitaine et la meilleure partie de son équipage vinrent a Boulogne, le 19 du même mois» honorer la puissautc protectrice à laquelle ils se sentaient obligés de leup conter /ation , et certifièrent loin ce quo dosai».
» Le sieur Augustin Lo Roi , lieutenant de vaisseau» Fendit les mêmes devoirs à la Sainte- Vierge le i5 juillet de Tannée suivante. Il rapporta qu'étant dans le Nord , au mois de mars 1695 , il s'était trouvé , lui et son équipage , dans le dernier péril , ce qui l'avait porté à faire un vœu h Notre- Dame de Boulogne. Il en obtint tout ce qu'il désirait , et il ne lut pas plus tôt arrivé à bon port, qu'il se mit en devoir de s'acquitter de son vœu , ayant fait ses dévotions dans la chapelle» et signé ensuite sa déposition.
m Le 2.1 septembre 1696, le sienr^de-Bassemesson, capitaine, efc tout son équipage , dp rès avoir été délivrés d'un très-grand danger de la- mer par le même moyen, y vinrent aussi donner dos témoignages de leur reconnaissance. Celle de Jean Poulet, capitaine d'une petite barque de Garais , fut rendue publique par l'offrande d'un grand coour d'argent, qu'il vint faire dans la même chapelle , accompagné de neuf à dix matelots, pour l'acquit de leur vœu commun, et on actions de grâces de l'heureux succès de leur course sur mer.
>k IJ y a quelque chose de remarquable pour sa singularité , en ce qui arriva à Jean Formentin , capitaine d'un petit navire du Havre dc^G race. IL
222 Histoire de iV.-Z). de Boulogne.
en était parti le 1 1 février 1 700 , et approchait de la côte de Dannes, à quatre lieues de Boulogne , quand il fui surpris d'une si rude tempête, qu'après avoir employé lout ce que l'expérience de la marine kit put suggérer, il crut ne -pouvoir échapper au naufrage sans quelque assistance extraordinaire. Il implora celle de Notre-Dame de Boulogne» et il en éprouva les effets, lorsque lui et ses compagnons effrayés ne savaient plus ce qu'ils en devaient espérer. Ayant été contraints de se jeter à la côte , le vaisseau fut renversé en touchant terre» et tous ceux qui étaient dedans se trouvèrent couverts des vagues et du bâtiment , sans qu'il leur fût possible de rien voir, jusqu'à ce qu'un coup de vent favorable remit le navire sur sa quille; et les matelots avec leur capitaine s'étanl jetés à la nage, arrivèrent tous heureusement au rivage. Incontinent après , ils accoururent à Boulogne dans le même état où ils étaient en se sauvant, visitèrent la montagne sainte, d'où ifs croyaient que le secours leur était venu , et y signèrent l'acte qui en fut dressé le 16 du même mois K
» Les anciens inventaires do la Trésorerie font mention de figures d'enfants, d'argent émaillé , offertes par des personnes de qualité ; et dans ces dernières années on en a aussi apporté plusieurs dans la chapelle , tant en cire qu'en argent ; ce qui montre que de tout temps Notre-Dame de Boulogne s'est plu à assister extraordinaîrement les femmes mariées, soit dans la disgrâce de la stérilité, soit dans les dangers de la grossesse, soit dans les difficultés de l'enfantement.
» Au mois de juin 1695, il fut présenté un enfant do fin or, de la part deBarthélemi de Meleun, chevalier, seigneur d'illy et de Domicour, demeu-
iij ibîd |> P . m-m.
Chap. XXII. — Vœu du sieur Faukonnier. 223
mot à Àmcltc, en Arlois, pour lequel fui en même temps célébré une messe en accomplissement de sou vœu.
» L'offrande du sieur Faulconnier est uno des plus récentes» et l'événement qui y a donné occasion mérite d'être ici détaillé. C'était un négociant <lo la ville de Dunkerque» conseiller de la Chambre de Commerce et commissaire du roi do Danemark. Il avait épousé Marguerite Cardon , d'une famille honorable de Saint- Orner, et depuis six ans qu'il vivait avec elle, le ciel n'avait pas encore favorisé leur mariage de ses bénédictions. Son emploi l'ayant obligé de voyager souvent en cette ville t il était instruit du culte particulier qu'on y rend à la Sainte-Vierge. Il avait même visité plusieurs fois sa chapelle avec édification» et les monuments de piété qu'il y avait remarqués lui avaient inspiré une dévotion des plus tendres pour Notre-Dame de Boulogne. Étant donc plein de confiance dans le crédit de cette puissante thaumaturge , il s'adressa à elle pour obtenir la fécondité do son épouse. II lui promit, s'il était exaucé» d'aller nu-pieds depuis le pont de Marquise jusqu'à sa chapelle (ainsi que le pratiquaient la plupart des pèlerins de Flandre) , d'y faire célébrer une messe solennelle» et d'y offrir un enfant d'argent. L'humble prière du zélé serviteur de Marie ne manqua point de pénétrer les cieux. Son épouse conçut et mit heureusement au monde un garçon. Néanmoins la joie que causa sa naissance fut bientôt troublée par fa crainlo de le perdre. Peu de temps après» cet enfant de grâce parut toucher à sa lin. Il était violemment agité par do fréquentes convulsions. A peine lui restaitil quelques signes de vie» et l'on n'attendait plus de lui qu'un dernier soupir. Dans cette fâcheuse exUéuiilé, son triste père, qui le tenait entre ses
221 Histoire de iV.-Z). de Boulogne.
bras , espéra contre toute espérance. Il s'adressa de rechef ^ Notre-Dame de Boulogne, et lui demanda a?ec empressement la conservation de son fils dont il était redevable à son intercession. Sa généreuse bienfaitrice ne voulut pas l'obliger à demi. Elfe mit le comble a la première faveur qu'il en avait reçue , en sauvant de la mort celui à qui elfe avaft d'abord procuré la vie. En peu de jours il fut parfaitement guéri, et ses parents , pour en témoigner leur reconnaissance , non contents d'acquitter leur premier vœu , firent chanter devant l'Image de la Sainte - Vierge , une seconde messe en actions &5 grâces. Ce fils si cher et si précieux 5 sa famille a joui long-temps d'une ferme santé , et sa naissance a été suivie de celle de deux filles. En acquît du Tœu dont nous venons de parler l'on a donné, et l'on voit encore dans la chapelle, une plaque d'argent où est la représentation d'un enfant au naturel couché dans son berceau , avec cette inscription ;
Et beatimmœ Virgini M a tri Beloniœ eullœ r Dionysius Pelrus Faulconnier , et Maria Margarita Cardon conjuge* , se se ejusque intercessionc dalum filixm Joachim Bcncdictum > non ingvati offerunt ,, dedicant, eteonsecrant,. Anno Domini 4696 1.
(1; Ibid. pp. 122-424;
rroleclion de N.-D. contre la pesle. 223