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CHAPITRE III

Le pèlerinage de Notre-Dame de Boulogne, au Xllt* siècle.— Philippe-Auguste ; Us comtes de Flandre, de Boulogne et de Ponthicu ; Henri Ut, roi d'Angleterre ; saint Louis; le concile de Boulogne.

EN l'année 1212, suivant le récit d'Ipérius , abbé de St.-Bertin 1 , «dcsmiraclcs nombreux, « à la louange et a la gloire de Jésus-Christ 11 et de sa très - glorieuse Mère, se firent dans la % ville dé Boulogne, et y attirèrent un grand con- » cours de peuple de tous les points du royaume. » C'est là , ajoute - t - il , Torigino du pèlerinage de n Notre-Dame de Boulogne, qui subsiste toujours » depuis lors a . n

Nous allons raconter, dans leur ordre chronologique les détails du concours des pèlerins , tels que nous les trouvons dans les chroniques, sans y iucllre môme toujours « le filet à les lier » dont parle Montaigne.

12 13. Philippe-Auguste, sur le point de passer en Angleterre, vint à Boulogne 5 avec une puissante armée, et y séjourna pendant quelque temps. C'était

(4) Jean d'Tprcs, plus connu sous le nom d'Tpcïius , 5S* abbé de Si. -Berlin , mort en 4383. Voyez le bel ouvrage de M. H. de Laplane sur les Abbct de S t.- Berlin, lom. 1er, pp 329-346.

(2) Eodem anno , ( 4212, Le Roy dit par erreur 4241) ad laii'lcm et gloriam Jeso-Cheisti et Mias gloriosissimce Malris, in Bolonia supra marc plurima fiunt miracula , magnuscpic populi confluxus ex omni parle regni , et indc ortum liabuit peregri* natio ad bcatatn Maiiiam in Bolonio, qnae adliuc est. Citron. S, Jiertiniap. Martenne, Thes. nov Anccdoi, T. III. col. 693; Cf. Jierum gallic. et franclc. script. T. XV11I. p. 603.

(3) Eodem anno (1213) venit rcx Fliilippus magnanimus,

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dans noire ville qu'il avait fixé le rendez-vous de sa flotte, composée de dix-sept cents barques > et des troupes qui venaient de toutes parts se ranger sous sa bannière» pour so rendre à Gravelines où il devait rencontrer les trahisons dont il allait se venger à Bouvines. On ne doute point qu*il n'ait honoré d'un culte particulier la Vierge dont la puissance s'était manifestée si visiblement par les miracles dont parle Ipérius. L'église de Boulogne conserva longtemps de précieux joyaux , dus h la munificence de ce prince» entre autres» «une » double croix garnie de plusieurs reliques de divers » saints et enrichie de quantité do pierreries 9 » et » une très -belle Image de vermeil doré, avec un 9 cœur efïigié en or »

1 228. « A. tous ceux à qui le présent écrit parviendra , Thomas , par la permission divine t humble abbé do l'église do Notre-Dame de Boulogne -sur -mer , et tout le couvent de ce lieu , salut dans le Seigneur. »

« Sachent tous quo Madame l'illustre comtesse Jeanne do Flandre, étant venue dans notre église, en pèlerinage , voulant et désirant, après avoir visité les saintes reliques qui y sont contenues , participer aux prières et autres bonnes œuvres qui

cinn iinmcnso exereîtu Bol on ia m , et ibi per dics aliquot naves suas et homincs de diversis partions venientes exspectans , transivit usque Gavaringas. Guill. Armorie, ap. Rer. gai. et Franc. Script. T. XVII, p. 88. Cf. Chroniques de saint Denys , Ibid. p. /i0 i . « Assembla li Rois grant ost et le conduist droit à Boloignc ; • Jnnalliclg. M»\d. de Roya, Ibid. T. XIX. p. 256 ; L\ d'Oudegherst Annal* de Fland. Edit. Lcsbrou.tsart, ch. 102, p. 82. « Le Boy de France vint à Bologne sur la mer à grande puissance avec intention du cingler de là en Angleterre.» Dans son Histoire des comlcs de Flandre, T. I , p. 477, M.Bdw. LeGlay fait partir la floltc du port de Calais. Il y a des historiens qui ont de singulières distractions.

Ci, Aut. Le Roy, UisL de tf-D. de 0. edit. 4681, p. 53.

Chap. III. —Jeanne de Flandre, 1228. 23

a présent se font et à perpétuité so feront dans ladite église, elle a , pour son ame et celle de ses ancêtres, donné et accordé à notre dite église,pour toujours, une aumône de rentes, sur lesquelles se prendra la dépense nécessaire pour lo pain et le vin qui servent à la consécration du Sacrement de l'Autel, et pour des cierges de cire , destinés à toutes les messes qui se célèbrent dans ladite église et à perpétuité y seront célébrées, comme plu? à plein est contenu dans les lettres scellées du sceau de ladite comtesse... Donné Tan du Seigneur 1 228. 1 »

Celte donation de Jeanne de Flandre, fille de Baudouin de Conslanlinople , est faite au nom du célèbre Ferrand, le vaincu de Bouvines , et datée du jeudi après la Nativité de saint Jean- Baptiste , 29 juin 1228. Elle consistait en huit livres, monnaie de Flandre, à percevoir sur le cens auquel les comtes avaient droit dans la ville de Gravelines.

« Margucrilc,comtessodcFlandrcselde Hainault, leur sœur et héritière, ensuite de leur déceds sans enfans, ne se contenta pas de confirmer celle donation, elle l'augmenta mesme notablement; car elle donna à l'Eglise de Nostre-Damc vingt - cinq livres de rente , à prendre tous les ans, à la Saint- Remy sur la mes me recopie » (les accises) « Gravelines, à condition qu'on entretiendroit deux cierges h perpétuité,» pesant chacun une livre de cire, «qui brûleraient jour et nuit devant les sacrée» reliques de la trésorerie , » corewn sacrosanctis dictœ ecclesiœ reliquiis. « Guy de Dampierrc, » comte de Flandre et marquis de Namur, «fils de Marguerite, approuva celle pieuse libéralité de sa mère, et s'engagea tuy cl ses successeurs les comtes

(i) Foppens, Dlpl. Bcfgic. nova Coltccl, site sunpl. ad oppi diplom. Aub. Mirai , Tom. 111, |>j>. 078 , C7U.

21 Histoire de N.-D. de Boulogne.

de Flandres à son entière exécution , par des lettres scellées de son sceau et de celuy do la comtesse su mère, en datte du mois d'octobre i?63

» Après nous être étendus sur ces témoignages de dévotion et de zèle que les comtes de Flandre ont rendus à Notre-Dame de Boulogne , il est juste maintenant, dit Le Roy» que nous rapportions avec la mesme exactitude 9 ceux qu'elle a reçus de ses propres domestiques, je veux dire des comtes de Boulogne. Nous avons déjà touché ailleurs ce que la comtesse Ide de Lorraine et ses fils Godcl'roy et Eustache ont fait en faveur de son église : à présent il nous faut voir ce qu'ont fait leurs successeurs» Et d'abord nous pourrions alléguer, comme une preuve générale de leur attachement au service de Nostre-Damc de Boulogne , leur cry do bataille 2 , qui estoit Noslre-Dame, au lieu de Boulogne-Bclle, qu'ils crioicnl anciennement. Mais en voicy de plus singulières et do plus précises» tirées de leurs fondations.

» Une des plus considérables, et qui mérite à bon droit de tenir le premier rang» est celle de Alahault» fille de Renaut de Dammartin et femme de Philippes de France. Celui-cy avoit voulu perpétuer sa mémoire dans le païs , par la construction des châteaux de Boulogne et d'ilardelot , par la réédificalion des murs de la ville , qu'il rétressit du costé du Levant, pour la rendre plus forte , et par divers autres ouvrages somptueux et magnifiques' : mais pour Mahault , elle employa ses richesses à des usages plus saiuls et plus chrétiens. Outre

(1) Ant. Le Roy, HUt. de N-D. de B. c\lit, 1681. p. 72 et 73.

(2; In Mt. de saint /?erfi/i,N. do Le lloy.

(3) D'Oudeghorst en sa Cliron. île Flaml. c. 6.

Uu oiiicoii Aiulrcnsc Guillelmi Abb. in fine, ail an. 1233.

Cencatog. de la M. de Boul.-N. de le lioj.

Ckap. Jll. — ilahaui de Boulogne. 25

rétablissement d'une chapelle en l'Hôpital Sainte- Catherine, elle en érigea trois autres dans l'église de Noslre-Dame, pardessus le nombre de cinq qui estoient déjà , el qui avoient esté fondées par les anciens comtes de Boulogne: et pour augmenter de plus en plus le service de la Sainte Vierge dans celte église de son nom , elle y légua la maison et les terres des Moulins - l'Abbé prés Boulogne , et quelques autres portions de son héritage. Une Bulle de Clément IV, de Tan 1268, qui confirme toutes ces donations, fuit aussi mention de quarante arpens de bois en une pièce , qu'elle accorda, outre l'ancien droit de chauffage donné par ses prédécesseurs, et qui consistait à pouvoir couper chaque jour, dans la foresl, jusques à deux charrées de bois. Enfin, après avoir fait l'église de Nos Ire- Dame, héritière de la meilleure partie de son patrimoine : elle décéda en 1 208 , et voulut que son corps fust enterré à l'entrée de celte tnesme église, auprès de celui de la comtesse Ide, fille de Mathieu d'Alsace, sa mère, qui avoit esté rapporté de Flandre* , où elle estoit decédée en 12 iG. Les tombeaux de ces deux comtesses se voyoient encore , avant que la ville fut prise par les Anglois ; mais l'un et l'autre furent renversez et démolis par ces ennemis , ainsi que plusieurs autres précieux monuments de l'antiquité. Au reste, ny l'injure des temps , ny le sort des armes n'ont pas esté capables de détruire un monument bien plus glorieux , que cette tnesme bienfaitrice s'est élevé dans le cœur des pauvres , par cette aumône publique , que l'on continue de faire tous les ans au jour de son Anniversaire , et qui du nom de sa fondatrice , s'appelle vulgairement La partie Mahault \ »

Jusqu'au dix-huitième siècle, en effet, les dernières volontés de la comtesse Mahaut furent

(l)Àat. Le Roy, Hisf. de N.-D. de B. c\Jit. 4G8i, p. 76 et 77.

religieusement exécutées. Un obit solennel , cél&* bré le 14 janvier de chaque année, allirait dans l'église de Notre-Dame une foule de personnes , à qui l'on distribuait indistinctement, au sortir de 1 office, un pain de douze onces et un hareng saur \ Les lettres de Clément IV, données à Vilerbe en ia68, dont il est fait mention dans l'extrait qu'on vient de lire , constatent que, avec les chapellenies qui jouissaient d'un revenu de 96 rasières d'avoine, l'église de Noire-Dame possédait encore l'église de Wierre- Effroi avec toutes ses appartenances 3 , vingtcinq livres parisis sur la vicomté de Boulogne, un viens (rue ou faubourg), situé près de la porte Gaiole, et 216 boisseaux d'avoine sur un tènement de Gautier, châtelain de Rollers , outre les biens dont nous avons déjà eu l'occasion de parler. C'était la coutume , à cette époque, d'obtenir ainsi du chef suprême de l'Eglise, regardé comme le Monarque en même temps que l'Évêque universel, la confirmation de toutes les propriétés ecclésiastiques, afin qu'elles fussent placées sous la protection de saint Pierre et In sienne, prœfatam ecclesiam

sanctœ Dei genitricis et virginis Mariœ Boloniensis sub B. Pétri et nostra protectione suscipimus 8 .

(i) Comptes de l'Église de Noire -Dame. Cette distribution cessa vers le commencement du xvnie siècle j et la somme qu'où y employait fut donnée à l'hôpital.

(2; Ecclesiam de Vuarchaii.fridi , ( Wierra-Hainfridi ), cam omnibus pertinenciis suis. Le Boy, op. cit., pièces justificatives, p. 462.

(3) Honorius II et Innocent III avaient accordé à l'église de Notre-Dame des lettres semblables. Le Roy ne les cite pas en entier. Dans celle d'Innocent III , datée de 4207 , (4209, d'après Lulo et Foppcns , DfpL iiclg. T. IV, p. 30) , on voit la confirmation des biens de N.-D, avec cette énumération ; t le lieu sur lequel est située ladite église avec toutes ses appartenances, terres, vignes, prés, pâturages et pâtures, bois, eaux et moulins, droits de pflclie , fermes, églises, demeures , hostes , droits de comté, familles, patronages et tous biens meubles cè immeubles, cultes et incultes, etc. *-Ant. Le Uoy. Op. cit. pièces juslif. p.

Chap. III. — Simon de Dammartin. *Zl

Reprenons le récit des pèlerinages , ou des dilations faites à Notre-Dame.

1233 , Février. Simon de Dammartin , comle d'Aumale et de Ponthieu , et Marie, sa femme» comtesse de Ponthieu et de Montreuil, déclarent donner à l'église de Notre-Dame de Boulogne, en perpétuelle aumône, pour le soulagement do leurs âmes et de celles do leurs ancêtres, quarante sous parisis 1 à prendre annuellement sur la vicomté de Rue, au terme de l'Assomption. Cet acte, daté de Boulogne , permet de soupçonner un pèlerinage accompli par Simon et Marie > peut-être en reconnaissance de la grâce que le comte avait obtenue de rentrer en France après seize ans d'exil. Quoi qu'il en soit, Simon, à son lit de mort, laissa encore une autre rente de vingt sous parisis, à prendre au même lieu, pour avoir chaque année, le jour anniversaire de son décès, un service funèbre dans l'église de Boulogne. Sa veuve* ratifia cette concession, par un acte expédié en oc* iobre 1239 2 .

Par un testament daté d'août 1248, « Bauduins.

(1) Cette somme est plus considérable qu'elle ne le parait de prime abord. Les éditeurs du T. XXI de&nerum gallic. et francic* Sert p tores , ont publié un tableau comparatif des valeurs monétaires au temps de saint Louis. D'après leur évaluation , les sous tournois ou parisis . ( dénomination conventionnelle qui ne répondait pas à une pièce déterminée ) , représentaient une collection de donze deniers» de même que le mot livre exprimait une collection de vingt sous. Le sou parisis atteignant à la valeur* intrinsèque de i fr. 12 c et une fraction, vingt sous parisis lont un peu plus de 22 fr. 46 c. La rareté relative des espèces monétaires quadruplait, ou peut-être même quintuplait cette somme?

(2) Archives capitulaires, D* u© 2. Reg. i, p. 244,

Ces deux pièces, copiées d'après des vidlmus donnés par Foffi • cial de Térouanne, sont inédites.— Simon de Dammartin mourut le 21 septembre 4239 ; Marie épousa en secondes noces Mathieu, de Montmorency, (ils puiné du célèbre connétable de même nom, et mourut en 1251, laissant pour héritière Jeanne de Ponthieu* femme de saint Ferdinand 111, roi de Castillcet de Léon.

88 Histoire de N.-D. de Bologne.

de Hésèquos , cc?aliers et sire do Hésèque », » légua « pour Dieu et en aumosne et pour la sauveté do son âme, à Nollre-Dame à Boulongne , xx sous de parisis a . »

L'année 1254 fut une des plus glorieuses pour le pèlerinage de Notre-Dame. Henri III, roi d'Angleterre, revenant de Gascogne, avait traversé In France en grande pompe. Saint Louis avait reçu avec honneur et cordialité son royal visiteur. Henri, de son côté , admirait cette France si belle et si riche, avec ses villes, « l'es plus populeuses du monde; » et Tétat calme et prospère de ce beau royaume lui faisait soupirer sur l'es malheurs dont l'Angleterre offrait le triste spectacle.

Après les fêtes de la cour , fe roi d'Angleterre retourna par Boulogne, où il arriva peu de jours avant la féte de Noël. Le vent était contraire; aussi le monarque ne pouvant remédier à cet accident , parce que, dit l'historien, la mer et les vents ne lui obéissaient point , fut contraint de demeurer dans notre ville, jusqu'à ce que le temps se fût apaisé. Pendant les loisirs que lui faisait la tempête, il visita l'église de Notre-Dame et honora les saintes reliques dont cette église était alors abondamment

enrichie, quarum copia habetur in ecclesia sanctœ Mariœ de Boloniâ. Mathieu Paris, à

qui nous empruntons ces détails , nous (ait remarquer que cet exercice de dévotion était dans les habitudes du monarque, et qu'en s'y livrant, H suivait l'inclination de ses goûts, en même temps que l'attrait de sa piété.

Henri III avait avec lui la reine Aliénor, sa femme, et la comtesse deCornouailles , toutes deux

Cl) Hezecquea est une commune du canton de Frugcs, atfron*» disse ment de Mon treuil.

(2) Dom Bétcncourt, collection des chartes de l'Abbaye d'Aucliy-lez-licsdin, O. S. B. lu 4o, 1788 , p. 172.

Chap. I IL— Henri 111, , dAnglôlerre. 29

sœurs de la reine de France et de la comtesse d'Anjou. Un clerc, originaire do Poitiers, nommé Pierre ChaceportJ ^conseiller de la couronne et teésorier de la reine, tomba malade à Boulogne et y mourut la veille de Noël, en faisant bonne fin, dit le chroniqueur 2 . Le roi, qui l'aimait beaucoup, lui fit fairé de magnifiques funérailles et donner une honorable sépulture, probablement dans l'église de Notre-Dame. Enfin, le dimanche 2 7 décembre de l'année i a54 , suivant noire manière de compter 3 , le vent et la mer étant devenus favorables , Henri III s'embarqua pour Douvres et fit une heureuse traversée *.

La comtesse de Flandre, en 1228, et Henri III d'Angleterre , en 1 254» font surtout porter leur dévotion sur les reliques dont l'église de Notre- Dame était l'asile et le sanctuaire. Le Boy fait à ce sujet les réflexions suivantes 5 : « Il n'y avoit peint alors dans tout le voisinage d'église plus riche et plus abondante en toute sorte de teliques, que

(i> On lit aussi Chaccporc ; 1c Monasticon Anglleanum, T. II. edit. Londin.l66J, p. 333, le fait archidiacre de Wells.

(2 } Pierre Chaceport fit Payant- veille de Noël un testament très-noble , [t&stamerUum nobiie nimis ) , dans lequel il léguait entre autres choses 600 marcs d'argent pour acheter une terré 06 Ton bâtirait une église de chanoines réguliers , d»ins laquelle ï^ieu serait servi dignement et lousblemeiit à perpétuité* , et ou Ton offrirait chaque jour à Dieu des sacrifices pour le repos de son ame et de celle des fktèJes défunts.

(3* Les Anglais commençaient alors l'année à Noël , c'est ce

2ui fait dire à Mathieu Paris que le roi quitta Boulogne en 1255. r ne circonstance prouve ciue c'e'tait bien en 1254 : Noël tombait cette année là un vendiedi, et plusieurs de la suite du roi mangèrent de la viande, suivant l'usage qui commençait à s'introduire, mais qui était encore assez nouveau pour que l'historien en fit la remarque.

(4) Matih. Parts. Hist. Angl. Henric. Tert. ad an. 1254 in fine, 4255, m init. Edit. Parisina 4644, p. G05. Gf. Du Chcsne, Hist' ri'Angl. (3« édit. 4641) , p. 664. et Ant. Le Boy, Hist. tfç If-.D,

(5) Ant, Le ftoy, jam. cit. p, 69.

30 Histoire de N.-V. de Boulogne.

l'estoit celle de Nostre Dame de Boulogne; ou Pdtt " faisoit mesme tous les ans, le 8 de juillet, une feste solemnelle, sous le nom de la fesle des Reliques 1 : et elles esloient comme les suites et les ' accessoires de nostre Image miraculeuse, ayant esté apportées, comme j'ay dit ailleurs, de différé n s endroits aux pieds de cette Image, ou par manière de dépost, ou par forme de présent et d'offrande. Ainsi, quoy que Mathieu Paris exprimant le séjour d'Henry à Boulogne, ne fasse pas une mention précise et distincte de cette Image, et qu'il se contente de dire en général que ce fut pour honorer les Reliques qui estoient en l'église de Nostre- Dame de Boulogne, nous devons néanmoins supposer, comme une chose incontestable, que sous ce nom de Reliques , il comprend aussi l'Image qui en faisoit la plus saine partie , et qui estoit mesme alors en sa plus grande réputation , comme nous l'avons prouvé dans son lieu, par le témoignage hv réprochable do Jean d'I près, abbé de Saint- Berlin.»

Pendant son séjour en France, Henri III avait entretenu le monarque français des difficultés qu'il rencontrait dans l'administration de son royaume » principalement de la part de ses barons* On sait comment le malheureux roi tomba peu après entre les mains des factieux, et comment il réclama l'arbitrage de saint Louis. Ce prince convoqua à Boulogne, au mois de septembre ia63, un parlement où le roi d'Angleterre fut mandé, mais où il

(1) Le Bréviaire de PAbbaye de Noire-Dame indique celte fête , sous la rubrique du 8 juillet, mais pour le premier diman* che aprê's l'octave des Apotrrs saint Pierie et saint Paul ; Domini» cà primé post octavam Aposlolorum , ccieùratur fesium redquiarum ecclesic Uolonimsis, dupleço sine octava. Voici la collecte des deux vêpres « Propiciare , quesumus. Domine, nobis indignis famulit luis per sanctorum tuoi um, quorum reliqme in hac continentur rcclcsin , mérita gloriosa ; nt eonim pia intercessioue ab omnibus jcinpcr munitimur adycrsis. Per D. »

Chap. III, — Concile de Boulogne, Si Louis». 31

ne put se rendre , bien qu'il eut engagé sa paroleroyale de ne pas tarder à revenir si on lui permettait d'y aller '. v L'affaire se trouva différée jusqu'au mois de janvier de l'année suivante , 1264, et la sentence do saint Louis fut prononcée à Amiens, en présence du roi d'Angleterre , qui revint par Boulogne et Wissant 2 (7 et 8 février).

La décision de saint Louis n'ayant pas été acceptée, le chef de l'Église résolut d'intervenir h sou tour* Le Saint-Siège a toujours tant fait pour le bien do l'ingrate Angleterre ! Au mois d'aoQtde l'an 1 v G 4 I (*uy Fulcodi , cardinal évéque de Sabine, arrivait dans la ville de Boulogne au nom du pape Urbain IV, pour tâcher de faire entendre au milieu du débat la parole du Pontife suprême. Saint Louis , au rapport de Guillaume de Nangis, accompagna l'envoyé du Saint Père , afin do joindre l'autorité de sa vertu et l'ascendant do sa persuasive sagesse aux efforts de l'évcque de Sabine. Il manda le chef des rebelles, Simon de Montfort, et eut avec lui un long entretien; mais il fut obligé de le laisser repartir sans avoir pu fléchir son obstination 3 . Le légat, de son coté, se vit iormer l'accès de l'Angleterre; et, forcé de restera Boulogne, il y convoqua les évêques de cetle île à comparaître devant lui. Le mardi 12 août, il assembla solennellement le peuple et le clergé dans l'église de? Notre - Dame de Boulogne, et là il adjura les barons anglais de lui ouvrir l'entrée de l'Angleterre avant le premier septembre , et de rétablir leur Roi dans son ancienne liberté, sous peine d'excommunication et d'interdit.

fômnitQ : JubI Jn'. 1 Jailli? I e ! . i\a asitonA ioo rw«<Jr>o'i e-frcfi ? • > (4) Ryincr , Fœtiera, e'dit. 1745, T. I. T\ II, p. 22. tes ilim$raires de saint Louis nous signalent su présence à Hcsdin le 10 août et se taisent sur le reste.

(2) Bymer, lbid. p. 83. snq.

(3) Guill. de Inju^co, ap. fler. cl fr. script. T. XX,

Histoire de Notre-Dame

• Quelques évêques seulement répondirent à Fappef du légat. Avec les deux députés politiques Simon do Montfort et Hugues le Despenser , nous ne pou* vons nommer que Walter , évêque do Worcester, Jean , évêque de Winchester, Henry, évêque de Londres p et Richard de Mephan , archidiacre d'Oxford. Personne no voulut sérieusement reconnaître l'intervention du légat. Aussi, après avoir vainement attendu ^Tévêqùe de Sabine se rendit à Il es d in, et là, dans l'église du prieuré de St-George, il publia solennellement la sentence d'excommunication contre les rebelles et jeta l'interdit sur leurs terres, sur la ville de Londres et sur les cinq port» de la Grande-Bretagne 1 (20 octobre 1264).

Celle mesure n'eut aucun effet. Les évêques n'étaient pas d'accord sur la question qui divisait le roi et les grands 2.

Bien que celte démarche de saint Louis et le séjour momentané que le pieux monarque a fait dans notre ville ne puissent pas être regardés comme un pèlerinage; cependant K personne ne saurait douter que la Vierge de Boulogne n'ait ét6 honorée d'une manière toute spéciale à cette occasion. Si Henri III lui rendait de si dévots hompiages en 1254>. assurément lo légat apostolique, les prélats anglais venus h cette assemblée qu'on a mise au rang des conciles'» lo roi de

p. 559. Les itinéraires de saint Louis indiquent sa présence à Boulogne le 2 août. Lud, JX matuioncs et iluicra, lbid. T. XXI, p. 420.

(4) Rjmer, Fœdera, T. I, P. Il, p. 9f. Quant aux évoques , le Dr. Lingard [Oist . (tAngl. ) dit que le légat en cita quatre à comparaître devant lui : «Ue vras content to sutnmon four of tbe Englisn prêtâtes to appear before bina at Boulogne.

(2) Le continuateur de Mathieu Paris dit : De eu jus causa non aatis certa diversi varie opinabanlur [op. cit. />. 674).

(3; Labbe , Concil. T, XI. P. I, coll. 829 et 830.

dç Boulogne. 33

France avec ceux des officiers de sa cour qui durent l'accompagner, n'ont pas négligé do vénérer les saintes reliques qui faisaient la réputation de l'église de Boulogne.

L'évoque do Sabine» élu pape sous le nom de Clément IV, à son retour de la mission dont nous venons de parler, donna en 1268 à cette église une bulle de confirmation que nous avons citée plus haut, souvenir adressé de Vilerbe au sanctuaire où il avait commencé d'exercer , au nom dUJrbain IV, sur les Royaumes et les Rois, cette juridiction paternelle qui lui était maintenant dévolue à lui-même

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