‹ Histoire de NotreDame de BoulogneChapitre 35 sur 45 · CHAPITRE XXXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXII

Slationet pèlerinages de 1854 ;~Cloches delà nouvelle cathédrale ; ~ Proclamation du dogme de Clmmaenlée Conception ; — Station, pèlerinages et procession du 15 août , en 1855 ; — Le colonel Dupuis , tué devant Sébastopol , lègue sa croix de commandeur à Notre-Dame de Boulogne ; — Funérailles du brave colmiel , 17 avril 185G,

Ainsi les rues de Sîon avaient cessé de pleurer leur solitude : on revenait enfui prier dans le Temple où nos pères se sont agenouillés si pieusement; les solennités avaient repris leur cours. Mais une chose manquait jusqu'alors, pour donner le signal de l'arrivée, pour convoquer les fidèles. L'édifice grandiose portait fièrement dans les airs sa majestueuse jeunesse ; sou dôme s'élançait au Ciel , pour y faire monter l'adoration et la prière du pèlerin; il régnait sur la ville et la contrée, dominant toutes les autres constructions , pour proclamer la supériorité de l'idée religieuse sur tous les intérêts terrestres; et lorsque, dans ses jours de fêles , il livrait au vent les couleurs flottantes de ses oriflammes diverses , il parlait aux yeux et hissait deviner ce qui se passait en son sein ; mais sa voix n'était pas articulée , il était muet.

Inspirés par le désir de faire cesser cet état de choses , et dévorés du zèle de la maison de Dieu , deux de nos concitoyens, généreux et intelligents amis de notre ville, Mgr. Jules Lcfèvre , abbé de Lavagna'et vicaire-général du diocèse d'Aquila ,

(1) L'Insigne Basilique Innocen tienne de Sl.-Sauveur de Larogna a été fondée par Innocent IV , dans les domaines de la famille Pieschi , près de Gènes , en mémoire de l'institut iou du chapeau rouge pour Jes cardinaux , en 4245.

322 Histoire de N.-D. de Boulogne.

(aujourd'hui commandeur de l'ordre de Constantin-Ie-Grand ) , et M. Auguste Adam, aidés de quelques bienfaiteurs de lu nouvelle cathédrale 1 t ont voulu donner une voix h cette église , qui déjà s'essayait aux cérémonies saintes , et lui permettre de sonner les heures de ses fêles. Une cloche , du poids de a,5oo kilogrammes , Supérieure à toutes celles des églises de Boulogne, fut fondue à Angers dans les ateliers de M. Guillaume-Besson , ainsi qu'une autre , plus petite, du poids de »5o kilog. , offerte à M. Haffrein^ue , le jour de sa fôle , par les élèves de son établissement. Ces cloches , d'un métal magnifique , sont tournées et polies 9 ce qui ajoute à l'intensité et à la durée des vibrations.

Le dimanche ^3 août 1 854, à quatre, heures après midi, Mgr. Pierre-Louis Parisis, évoque d'Arras, de Boulogne et de Saiut-Omer , fit la bénédiction solennelle des deux nouvelles cloches. Depuis bien longtemps aucune cérémonie de ce genre n'avait été vue dans notre ville 3 » Aussi la foule s'y était portée avec empressement. Le chœur de la Société de l'Union chantait les mélodies grégoriennes avec le rhythni»et l'expression du XIII* siècle» tantôt à l'ûnisson, tantôt harmonisé alla Palestrina, d'après le livre choral de M. Fanart de Reims , et posait dans notre ville la première pierre de la restauration du chant liturgique, déjà accomplie à Arras sous l'impulsion de S. G. et avec la coopération active et intelligente de M. le chanoine Planque. D'autres villes nous avaient précédés dans

celte voie : la Société de l'Union aura l'honneur

(1) Mesdames la Baronne de Colbert , !a Comtesse O'Mahony , la Comtesse de Koc<|ui^ny, M»« Trrnaux Grandsire . MM. C- Al. Adam , Àbot de Bazingtien , J.-T. Grandsire ctL. Grandsire. — V. Les Inscriptions des cloches, 4 |>p. &>.

(2) Ces détails sont extraits de V Impartial de Boulogne , du 47 août 1854.

Chap. A A A //. — Bénédiction des cloches. 3*23

de nous y avoir fait entrer. Nous ne nous ferons point l'écho des critiques — . il devait y en avoir — ni des louanges — il y en eut beaucoup plus, et par* tant de plus haut ; — mais nous dirons que la Société de l'Union et son habile directeur M. Godefroid, ont fait preuve de beaucoup d'intelligence et de goût, en nous donnant, pour cette solennité, du chant religieux grave et antique, au lieu de suivre .le chemin battu et de foire de Vopèva dans l'église.

La musique du i a me léger a fait entendre plusieurs morceaux d'harmonie écrits dans un bon style, et exécutés avec la plus grande perfection.

Le R. P. Garboy a prononcé un discours, de circonstance, dans lequel il a considéré la cloche comme étant l'écho du passé, l'enseignement du présent et l'espérance de l'avenir, pensée féconde dont il a tiré le plus beau parti.

Apès la cérémonie de la bénédiction, Mgr. adressa à la pieuse assistance quelques paroles dont nou& essayons de rappeler le sens.

« Lorsque , après plus de soixante ans , un Evêque fait entendre sa voix pour la première fois, dans cette gracieuse cité de Boulogne, sous ces voûtes merveilleusement relevées, — ce ne peut pas être pour exhorter, cdr tous les cœurs sont émus du même sentiment ;' — ce ne peut être que pour prier et pour bénir. »

* Mgr* appela ensuite les bénédictions du Ciel « sur l'homme incomparable qui a rétabli le sanctuaire et le pèlerinage de N.-D. de Boulogne, sur les familles les plus nobles et les plus distinguées, les hommes les plus recommandantes par les services rendus, les magistrats et les chefs de notre glorieuse arroéo qui se sont pressés aux pieds de ta Patronne de Boulogne. »

Puis il invitait Marie à venir prendre possession

324 Histoire de iV.-Z). de Bouloghe.

de son lemple qui n'est pas encore achevé, mais que le zèle décore avec tant rie goût et de magnificence. — « 0 Marie , vous êtes la Reine du Ciel* mais la Reine de Boulogne en particulier ; aussi Ton vous traite en reine; et voilà pourquoi l'on vous élève un dôme magnifique, on vous offre des calices d'or ; et quand» h la voix de cet airain bénit, les populations des environs viendront entourer votre autel et vous offrir leurs hommages» ce sera, encore pour reconnaître votre glorieux titre de Reine. »

Mgr. a terminé son allocution en exprimant le vœu de voir Boulogne, « cette ville si distinguée , si polie, si élégante, devenir de plus en plus profondément sainte et chrétienne. »

La quête, faite par M. l'abbé Ilaffrcingue , au profit de son œuvre, a produit une somme do près de 2,000 francs.

Toute notre population était présente à celte imposante solennité; les places réservées étaient occupées par les parrains et marraines des cloches, M. le comle de Cossé-Brissac et M mc Adam-Ternaux, M. Abot de Bazinghen et M 010 Lan -don ; par M. Alexandre Adam, président du Conseil général, M. Louis Fontaine, maire de Boulogne, M. le général do Courtigis, M. le Commandant de place, et plusieurs autres notabilités administratives et militaires.

Voulant témoigner sa noble reconnaissance pour l'honneur qui lui était fait, et déposer dans l'église de Boulogne un monument durable de sa généreuse munificence, M. le comte de Cossé-Brissac a offert à la Cathédrale un magnifique calice d'or, de style gothique, ornementé à la moderne, ciselé par M. Froment - Meurice , un des premiers orfèvres de Paris. Autour du pied, on remarque trois

Chap. XXXII.— Procession du 15 août 1854. 325

croupes en relief, on argent oxyde, représentant la Foi, l'Espérance et la Charité. Le nœud de la tige e«t décoré de médaillons en bosse, figurant les principaux Apôtres. Le tout est surmonté d'une coupe riche, entourée de ciselures représentant des épis de blé et des grappes de raisins. Autour du pied, on lit ces mots en caractères gothiques : Sic

Deus dilexit mundum usque ad morlcm.

Nous no nous étendrons pas sur la grando procession du jour de l'Assomption : tout le monde a pu admirer, comme nous, l'éclat de ces pompes religieuses, si bien faites pour ramener le calme et le sentiment du devoir au cœur des populations. L'ordre qui régnait dans celle imposante cérémonie , les témoignages de respect qui accueillaient partout le pieux cortège , h présence d'un évoque éminent, qui venait inaugurer solennellement une fêle si chère aux Boulonnais /tout était propre à exciter, dans la foule immense des assistants, une profonde et religieuse émotion.

Parmi les diverses corporations qui composaient le cortège, on a remarqué spécialement le pensionnat des dames Févrillier, les dames de l'œuvre des pauvres églises, et surtout le groupe des dames Anglaises, avec leur bannière éclatante et leur costume à la fois si riche et si modeste. Les membres de la conférence de Su-Vinccnl-de-Paul , entouraient les reliques de leur patron, enfermées daiu une chasse bysantinc. Derrière t'évëquc marchaient M. le sous-préfet et M. le maire, qui avaient bien voulu prêter leur concours h ceUe belle (etc.

Du reste, chacun avait payé son tribut 5 Notre- Dame de Boulogne Les maisons, généralement décorées avec goût, formaient dans l'ensemble un coup d'ecii magnifique.

Le iG, U cloche de Notre-Dame s'est fait entendre à diverses reprises , pour saluer l'entrés

826 H is foire de N.-D. de Boulogne.

solennelle du pèlerinage de quatre paroisses. C'étaient La Capeile, Baincthun/Wirwignea et Fiennes, qui avaient envoyé une dépntalion nombreuse pour invoquer la protection de la Patronne du Boulon* nais. Conduits par leur curé, croix et bannières en tête, ces pieux fidèles s'avançaient au chant des cantiques, et, dans un profond recueillement, assis* taient à la messe célébrée par leur pasteur sur l'autel de Notre-Dame, recevaient en grand nombre de sa main la sainte communion et se retiraient processîonnellement.

Le 18, les trois paroisses du Portcl, d'Oulreau et d'Equihen nous amenèrent un nombre de pèlerins plus considérable encore que l'année précédente. L'enceinte du dôme et de la chapelle de Notre- Dame ne suffisant pas à contenir la foule , on dut se servir de l'autel provisoire, qui avait été érigé , pour la bénédiction des cloches et les salut* du soir, dans la grande église ; et, pour la première fois depuis la Révolution Française, le Saint-Sacrifice fut célébré sur l'emplacement du chœur. M. l'abbé Lebègue, curé d'Ëquihen, a eu l'honneur de celle inauguration»

Le dimanche »o, eut lieu, avec édification et recueillement , la procession de Saint-Mai lin , puis celle de Wimillc.

Le 21, arrivèrent celles de Pernes et de Conteville, enfin celles de Condette de Saint-Étienne et de Saint-Léonard* Cn fit la clôture de la ne u vaine, le mercredi s 3. « Le U. P. Carboy avait promis à Noire-Dame de Boulogne de lui faire donner par .«•rs auditeurs la somme de 3,ooo francs avant la clôture de sa mission. La dernière heure allait sonner, et il manquait encore 200 francs , lorsque la Providence envoya parmi nous le vénérable doyen du Chapitre d'À...., et un billet de 1,000 francs tomba dans la bourse du quêteur. C'est donc

Ch. XXXI 1 .—F êtes de l Immaculée- Ccncep lion. 327

3,8oo francs qu'a recueillis le zélé prédicateur 1. »

Pendant que la fille de Boulogne honorait Marie par des fête* aussi splendides , le vicaire de Jésus- Christ s'apprêtait à prononcer une sentence dogmatique, attendue avec impatience par tout le monde chrétien. Lorsque, prompte comme la foudre, la nouvelle de la proclamation du privilège sublime accordé à la Mère de Dieu dans sa Conception Immaculée, fut parvenue dans noire ville, les cloches de la cathédrale l'annoncèrent à notre population , en même temps qu'un Te Beum et un Magnificat étaient chantés dans la vaste enceinte de cet édifice.

Le soir, un salut solennel réunissait dans la chapelle de Notre-Dame une assemblée nombreuse ; des hymnes harmonisées en faux -bourdon étaient chantées en l'honneur de la Vierge Immaculée» en même temps que l'invocation Regina sine labe originali concepta, sortant de toutes les poitrines, était un acte de foi de tous les cœurs.

La cathédrale , splendidement ornée au-dedans, était illuminée au dehors, jusqu'au dôme qui la domine si noblement. Plusieurs maisons do la hauteville étaient également illuminées et donnaient par cette manifestation religieuse une sorte de caractère public à la solennité du jour, qui , du reste , était toute spontanée.

Un second salut fut chanté dans la cathédrale, par la paroisse de Saint* Joseph, le jour de l'octave de Vlmmaculée-Conception ; et» le 3i décembre, jour fixé par Mgr. Parisis , pour que Ton chantât dans tout le diocèse un office votif du rit solennel , en actions de grâces, une manifestation plus éclatante encore prouva combien est vive la foi des chrétiens de Boulogne. Ce jour-là, une illumination

(1) La Colonne de Boulogne du 27 août 1854.

$28 Histoire de jV.-£>. de Bouhgne.

générale, qui, bien 'que -contrariée par le mauvais Vmps, peut rivaliser avec celles que commande de temps en temps renthousiasme poltiique f vint étonner les protestants , ébranler les incrédule» et réjouir les fidèles. Un prélat romain . Mgr. Blant[uartde Lamoltc, protonotaire aposloliquo, chanta le salut de Notre-Dame , où la foule s'empressa d'accourir.

y C'est dans ces circonstances qu'arriva le cadeau de la marraine de la grosse cloche, M** AL Adam- Tcrnaux, dont la famille est au premier, rang des bienfaketirs de noire église. Comme nous l'avons dit plus haut, le parrain, M. le comte Je Cossé-

• Brîssac, a donné un caltco d'or, de grand prix ; la

' marraine vonlut donner un ostensoir, pour servir aux bénédietiorw du Tr: ^awt-Sncnment dans les solennités de la nouvelle ^glwe. Cet ostensoir, en vermeil, de style Renaissance et d'un goût aussi remarquable que la- beauté Au travail, a été exécuté dans les ateliers de M. Poussielgae* Il a 9» centimètres et demi de hauteur > son poids est do 4 kilogrammes un quart, et tout a été artislement ménagé pour qu'il soit facile l\ porter. Il est tout enrichi d^'prerrories et présente certaines parties en urgent brillanté et d'autres oxydé , qui forment un admirable effet. L'image traditionnelle Ho N.-D. de Boulogne dans son bateau s'élève au .milieu de la tige et donne ainsi à l'objet un cachet particulier. Cet oslensirir- a servi pour la première fois daiH les saluts de rimiKracuiée-Conception.

Les journaux de l'époque ont annoncé encore d'antres offran des , l'une pour la construction de la lanterne et de la flèche qui surmontent le dôme;

' l'autre, pour la statue de l< Immaculée-Conception, qui doit être placée sur ce même dôme, àfioo pieds au-dessus do l'océan.

Une dame laissa aussi en mourant uno somme

Chap. XXXI '/.—Pèlèrinagei de tannée 1&55. 32£

d'argent pour la statue do Notre-Dame do Bou* logne, qui surmontera la façade do ce majestueux, édifice. Celto stattio rappellera un nom cher aux pauvres, qui, sans doute, népoLercnl en la regardant : « C'est la bonne comtesse de Mootbrun qui l'a donnée» » -

En i&ô5, les pèlerinages ne furent ni moins nombreux, ni moins édifiant» que Tannée précédente. Nous en empruntons le récit à ['Impartial* de Boulogne, des 16 v3 août.

procession qui a parcouru notre ville, h l'occasion- de la fête de l'AssompiKm, dépasse ea éclat, et en nombre toutes celles qui ont eu lieu jusqu'ici.. Le cortège, présidé par M. l'abbé Baillj , prévôt du vénérable Chapitre d'Arras et vicaire-général do Mgr. Parisis, se composait d'une longue succession, do groupes symboliques , la plupart composés de jeunes filles vêtues <to blanc et distinguée*! par lacouleur de leurs échappes, et représentant, soit les mystères du Rosaire, soit la cbarilé dans ses diverses institutions , depuis les enfants dos orphelinats jusqu'aux vieillards de l'hospice. L'ensemble de cette procession était l'un des* plus majestueux, fit des plus touchants spectacles qn'il soit, possible de contempler.

Les RR. PP. Rédemploristcs prêchèrent les, conférences de la station, qui se teroiioa le jrudi 23.

Depuis le jour de l'Assomption » notre ville ffut sans cesse traversée par de nombreux pèlerinages, qui se rendaient processionnel lement à Notre- Daine. Les cloches de la cathédrale antionçaienl^ces divers, exercices et sablaient de leurs volées joyeuses l'arrivée et le départ des pèlerins. Qui se serait attendu, à voie sitôt renaître celte piété d<\s temps antiques,, 4U milieu de notre siècte mondain ?

Les communes rurales dcCondette». llesdin-L8bhé, Wirwignes, Alincthun, Golembcrt, Le WasU

330 iîistdire de N.-D. de Boulogne.

Pernes, La Capelle, Kinxcnt, Audin^hcn, PieniHfr, la plupart très-éloignées de notre ville (Fiennes en est à 16 kilomètres) , ont envoyé de nombreuses députalions do pèlerins qui sont entrés dans notre Tille, avec croix et bannières, pour Taire leur station à la cathédrale. Les processions les plus remarquables ont été celles de Wimille et de Saint-Martin; cette dernière surtout présentait un magnifique coup-d'œil et se déployait nvec un ordre irréprochable ; la plus nombreuse était celle des marins du Portel el d'Équihen» à laquelle s'était réurije la paroisse d'Outrcau. Tous ces pieux marins venaient implorer leur Patronne, f Étoile de la mer, en faveur de leurs frères qui portent si haut dan» l'Océan le pavillon de la France, en face de Tenne-

On attendait aussi, cette année, fa paroisse de Samer (à 16 kil. de Boulogne); mais différent» embarras ont fait remettre ce projet à Tannée suivante.

Les villes voisines ne s'étaient pas encore ébranlées dans ce but : toutefois, l'exemple ne tarda pas k être donné par une confrérie appartenant à Tune des paroisses d'Amiens. Plus de quatre-vingts personnes faisant partie de cette pieuse congrégation sont venues offrir leurs prières à Notre-Dame de Boulogne. Le chemin de fer s'est prêté à ta réalisation de leur projet, en abaissant ses prix en leur faveur. Ce n'est certainement pas là nn des épisodes les moins intéressants qu'ait offerts cette année ta Neuvaine de Notre-Dame.

Nous ne parlerons pas des divers pensionnats de la ville qui ont, comme les années précédentes» accompli leur pèlerinage en déployant dans nos rues ces longues files oe jeunes enfants chantant des cantiques à la Vierge, et laissant flotter au vent leurs étendards symboliques et leurs bannières

Chap. XXXU.—Le colonel Dupuis. 331

ow mille couleurs. Les exercices de la Neuvaine ont été suivis par un auditoire nombreux. II pouvait sembler au premier coup-d'œil que la cathédrale était désormais livrée au culte ; et si l'on n'avait encore entendu crier la 6cie et retentir le marteau; si l'on n'avait songé que cet autel était provisoire, que la cloche sonore allait se taire pour un an» que le sanctuaire inachevé allait retrouver sa laborieuse solitude» on se serait laissé prendre & ce rêve ; on aurait cru que le passé n'était qu'un songe» que la tradition de la prière dans ce temple de Boulogne était rétablie pour toujours. Espérons que ce rêve sera bientôt ane réalité t

Le 17 avril i856, la cathédrale de Boulogne fut le théâtre d'une imposante cérémonie religieuse. Nous en avons raconté les détails dans l'Univers, et nous croyons que les pages de l'histoire de Notre-Dame doivent conserver la plus grande parlie de ce récit.

Un entant de notre cité, sorti des rangs d'une famille honorable» s'était élevé dans la carrière des armes jusqu'au grade de colonel. La France l'avait vu partir pour la Crimée avec son beau régiment en i854. C'était sa dernière campagne» après quarante-quatre ans d'une vie passée tout entière dans le laborieux dévouement du service militaire. Le colonel Dupuis , à qui son mérite allait faire décerner le grade d'officier-général , se proposait, à cinquante-neuf ans, de prendre enfin sa retraite, pour venir se reposer au sein de sa famille. Dieu en a disposé autrement : il a voulu que le sacrifice fut complet. Tombé sous le feu de l'ennemi, d#ns l'assaut du 8 septembre, Dupuis , atteint de onze blessures , succomba , comme les anciens chevaliers, léguant son âme à Dieu , et sa croix de commandeur à Notre-Dame de Boulogne. Sa famille , dont il était l'orgueil , n'a pas voulu que son corps

332 Histoire de N.-l). de Boulogne.

restai enseveli sur la terre élrtonpère ; et 1rs dé* pouilles du bravo colonel du 5;* de lijçtiéY recueillie* |>or la piété do quoique* «unis ftdèJe»* reposent ealin au milieu de non*.

Animé par le sentiment d*un généreux* palrio*- Usine et pénétré de la reconnaissance CKBtffJ'ftf. l'abbé Haffreinpjue avait oMert les cavfeatnt «te <la nouvelle cathédrale pour la sépulture "drt-Jïéros chrétien. La ville entière s'est as^ciéc 5 W vofltit et le conseil municipal a adressé ou (kniïWnfcibent une demande officielle, tendant 1j oblDrfr im* est* ception à la loi du 20 prairial on XU J /

En attendant , les rentes mortel* de rtofrë feoActtoyen ont été déposés dans le cimetière 'de 1 IfrftfN*, Ses obsèques ont été célébrées «a mîttëit doPconcours empressé de* la cité tout entJèreV î^ 'de^cV de la ville s'était réuni sous la conduite des ;i qti&lre curés, qui lous ont voulu piiMidre^p^rP^tfx Religieuses prière» que l'Église adressé ÉPÔWtt'^ottr «es morts, et comme lionorei- tr!0^nphrfèïnBtit , les funérailles d'un martyr. C'est que J , «Wfô'te^tjuhlités de l'esprit et du ccôur , Depuis* avait montrédans sn vie et dans sa mort fa pieuse fofrdu ehti&lieti.

Du de ses amis , qui était *oV frè*6 cFatrô^^ depuis quarante ans, M. le gons-inicndabt mttittfrtt* Jlcrbault, est verni le dire au pieid do saf tbihfce, *n l'affirmant sur là vérité et sur x ^^^n^*e ! ^^T , ; ën^jtt^ôsence de « ces vaillants olI1c;iWs, aif 'eoè^r' ét J: à l'esprit religieux, »'qui étaFefnt 'accouttis en loute pour rendre un dc*me* hommage h eaUnémwi*©'*

« Religieux de c<eur et dV.«prit , commis** camarades , pénétré de toutes le> Yérftos «teH'Évtongilc ; pratiquant In prière qui tfotfîôltf , afttlô-'à » . v • » ;m;::' -hm unno;>e> :

(4) le Gouvernement n'a job nu pouvoir 'ftîiV i^eicénrtoVà la loi. ' • •• , *• 1 .'" • - •

Chap. X XX IL— Le .colonel Dupuis. 333

m ip porter lqs pe i nos de la vie et fait descendre I -espérance dan* le cceur , homme de foi ! enlin r témoin se» dernières dispositions , témoin son. invocation à Noire-Dame de Boulogne , notre sainte Patronne», te don qu'il lui a Tait de sa croix de commandeur de la Leglon-d'iLonneur , do cette croix qu'il avait gagnée après tant d'ranées de si remarquables services et qu'il était si fier de porter sur son co*ur ! cceur noble et d'honoêle homme , s'il en fut jamais ! Àh ! oui ♦ l'armée a perdu eu lui un de ses meilleurs officiers et la France un de ses plus dignes défenseurs» »

Enfant de cette noble cité boulonnaise qui a donné à la première croisade Godefroi de Bouillon et ses frères , le colonel Dupuis n toujours professé un religieux, dévouement à la Vierge, patronne et suzeraine de< noire ancien comte.

A diverses reprises, durant le cours de sa longue vie militaire , le colonel Dupuis s'était montré généreusement dévoué a Notre-Dame de Boulogne»

Il no manquait pas une .occasion d'envoyer s,on olfrande pour la reconstruction de la cathédrale. Peu de jours avant de quitter la France (29 mai iL écrivit à M. l'abbé Haffreingue, afiu de se faire inscrire «de tout cœur et de toute âme , comme souscripteur modeste , pour la somme de ieo fr. # comme fondateur de l'œuvre. » D'autres Cois il recueillait des souscriptions parmi ses. camarades, h qui, il s'empressait de faire connaître le sanctuaire illustre dont il était Jfter pour son pays natal.

Eu mourant à Sébastopol, dan*;uue guerre que l'Église catholique a proclamée sainte , le jour de cette mémorable action <Jù le général en chef a reconnu lui-même formellement le doigt de Dieu et l'intervention de Celle dont on célébrait la gracieuse Nativité, le colonel Dupuis pensait a Dieu et à Notre-Dame de Boulogne.

334 Histoire de N.-D. de Boulogne*

« Donne 20 francs pour la cathédrale de

Notre-Dame, écrit-il à son frère le jour de sa mort : puis il ajoute : Si je meurs, tu donneras a Notre Dàmb ma croix db commandeur. »

Vœu sublime ! ce joyau , le plus cher qu'ua cœur français puisse posséder, l'étoile des braves , ce symbole de l'honneur, patiemment conquis par une vie de dévouaient et dé sacrifices, il veut l'appendre comme un vivant souvenir, un ex-voto perpétuel, une prière après lui , aux pieds de Celle qu'a vénérée sa mère , de Celle qui , reine du Ciel et de la terre, était la reine de son cœur I

Voilà pourquoi les portes de la nouvelle basilique se sont ouvertes a un cortège do deuil , elles qui n'avaient encore donné passage qu'aux processions des pèlerins et à des solennités plus joyeuses ; voilà pourquoi l'airain de ses tours, qui n'avait pas encore tinté le glas funèbre , s'est ébranlé pour convoquer la cité aux obsèques de son noble enfaut, pour convoquer les frères d'armes du brave colonel, comme à une dernière veillée de chevalerie.

Le vieux sol historique de Notre-Dame a tressailli sous le poids d'une si glorieuse dépouille. Les anciens preux qui dorment sous les voûtes de la crypte , après avoir versé leur sang pour la patrie , pour la France et cette terre de Boulogne que leurs Iras ont défendues , ont reconnu un frère , et leur tombe s'en est réjouie. Que ne nous a-t-il été donné de le voir partager leur, sépulture , suivant* l'ardent désir du vénérable M. Haffreicgue et le vœu de tous nos concitoyens I *

S'il n'a pas été possible de réaliser cette pein sée , nous nous consolons, du moins , à l'idée que la cathédrale de Boulogne , en s'associant au deuil de notre cité , s'est associée aux glorieux triomphes de la France. Déjà tant de généreux soldais , et à

Chap. XXX1Î — Le colonel Dupuis. 335

leur tête un noble général , à la veille de PexpédU tion de Bomarsund , sont venus prier à l'autel de Notre-Dame, lui recommander le salut , chercher, à la table eucharistique la nourriture de leur âme et la tranquillité du cœur » sources fécondes du courage ; il était bien juste que la première messe chantée sous ses voûtes fût le service funèbre d'un brave , mort pour son pays , dans une guerre généreuse et sninte.

La nouvelle cathédrale, décorée pour la circonstance, a cessé un instant de retentir sous les coups de marteau du sculpteur; elle s'est initiée aux pompes funèbres. Dans sa vaste enceinte t sous ces voûtc9 élancées, dont on a pu apprécier le caractère religieux et grave , se pressaient en foule les magistrats de la cité, les officiers du camp de Boulogne , les amis du colonel , enfin une assistance nombreuse, composée de tous les rangs do la population. Des discours ont été prononcés au cimetière. M. le sous-intendant lierbault nous a dit les vertus civiques et militaires qui ont distingué la vîe de M. Dupuis; M. Henry , capitaine au a 6 voltigeurs de la garde impériale , son compagnon d'armes en Crimée , nous a raconté sa (in sublime» et a donné au brave colonel ce bel éloge , qu'il était arrivé au régiment « avec une âme candide et pure, » et qu'aucune atteinte « ne put jamais l'altérer, car elle se fortifiait des croyances de Ja religion chrétienne et de la morale parfaite qui en découle. »

«( Toutes les nobles qualités du vaillant colonel brillèrent d'un vif éclat dans cette campagne de Crimée» où nos soldats Montrèrent tant de courage et d'énergique résolution.

» Dans la division dont faisait partie le 57 e , il n'est personne qui n'ait remarqué le colonel Dupuis » ce vieillard h la physionomie grave cl douce»

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