CHAPITRE XXXIII
Station de 1856 , prêchée par le P. P. Lavigne; — Procession de l'Assomption ; Pèlerinages des paroisses du BoulonnaiSfde celles de S.-Séverïn et de Boulogne-sur-Seine ^Bénédiction dune cloche; — Autel au chœur , exécute à Rome par les ordres et grâces à t insigne munificence du Prince Alexandre Torlonia; — Chants sacrés, offerts à iV.-D. de Boulogne par S. Mcluzzi , Maitre de chapelle de la Basilique patriarcale du Vatican; — Indulgences accordées au sanctuaire de N.-D. de Boulogne par
S. S. N. S. le Pape Pie IX.
Notbb-daiie de Boulogne n'avait jamais, depui* la Révolution Française, reçu tant d'honneurs^ vu tant de pèlerins, béni tant de peuple 9 que
! tendant la station de l'année i856> Nous en avons ait le récit dans Vlmpartial de Boulogne, où nos lecteurs nous permettront de lo prendre pjur le transporter dans ces pages.
Boulogne, disions -nous, celte cité de luxe et df* commerce, de plaisance et de bains de mer, présente en ce moment l'aspect de ces villes de Bretagne, que des pèlerinages séculaires ont rendues cé lèbres et renommées. Les solennités annuelles qui , depuis quelques années, viennent remuer profondément notre ville, se son ton vertes le vendredi 1 5 août par la grande Procès? ionde Notre-Dame. Le déploiement immense de cette Procession en fait un des cortèges les plus gracieux qui se soient jamais déroulés dans les rues de la cité. Frais costumes de modestes jeunes filles , groupes variés d'enfants qui
{sortaient des symboles , bannières aux mille coueurs se balançant dans les airs et flottant au caprice du vent ; corporations , confréries , associalions religieuses et do charité , marchant uombreu-
Ch. XXXIJ 7.— Pèlerinages de l'année 1856. 339>
ses et recueillies, pour servir d'escorle et de garde à la Reine de Boulogne, urbis Domina, qui visitait son peuple pour le bénir et recevoir se* hommages , voilà ce qu'il nous a été donné de voir dans cette grande fête populaire.
Et puis , cet acte de foi de la cité , Cette cathédrale où les mains de tous ont apporté une humble pierre, celte œuvre merveilleuse qui parle si haut an cœur, s'ouvrait aux cérémonies saintes. La grande voix de sa cloche convoquait les fidèles à. venir sous ses voûtes , éprouver combien elles sont favorables à ta prière, aux saintes pensées, aux émotions religieuses. Et , malgré les distractions et les appels des fêtes du monde» la foule s'empressait de venir entendre la voix sympathique et vibrante d'un orateur sacré, attendu avec impatience, et chaque jour apprécié avec plus de faveur.
Ai
jour : près de deux mille auditeurs, dans un magnifique et religieux silence, écoutaient avec avidité îa parole sainte, et s'agenouillaient au pied de l'autel improvisé.
Le samedi 16, commençait l'ouverture des pèlerinages. La procession des marins du Porte! , des* pêcheurs d'Équihen , des habitants d'Outreau traversait notre ville, croix et bannières en tête, au chant des cantiques, le chapelet aux mains, la prière sur les lèvres, le recueillement au cœur, avec ordre et piété, avec édification.
Le 17, la paroisse de Wierre-EiFroy, sous la con duite de son digne curé, M. Blaquart, venait chanter dans la cathédrale l'office des vêpres, le premier office de ce genre qui ait fait retentir les voûtes de la nouvelle église ; puis une dépulation de Maninghen, et enfin la paroisse de Wimille, nombreuse* toujours fidèle h Notre-Dame de Boulogne, deput*
310 Histoire de N.-D. de Boulogne.
que son digne et vénérable pasteur, feti M. Bon*toirfe, Pun des derniers prêtres ordonnés par le dernier évêque dtf Boulogne , lui « montré le- chemin du sanctuaire à Tom^re duquel avait agrandi son enfance. d'm'l t> :
Nous ne devons pas oublier deciter la paroisse de Wierre-aurt-Bois, venue pour la première fois depuis le rétablissement de* pèlerinages, et qui , malgré un étoignemeot déplus de quatre lieues , nous est arrivée composée d'un très^grand nombre de pèlerins. .«!•<•« c
Le 18» Hesdin-Lsbbé, St:~Étiennev St^Léonard, Fiertnes; le 19 Condettc, Wirwignés; le 20 Audinghen , Arrivaient successivement, au son de la cloche de Notre-Dame/ pour offrir à la Patronne du Boulonnais le tribut de leur vénération* Thommage de leur fidélité, l'ardeur de leurs prières*
Et cependant , les pensionnats de la ville, celui des Ursulines d'abord , puis ceux desD^Févriller, Vaillant , Avoine, Bédelé , Duchéne , Bosson , les élèves des Frètes, cette, innombrable et si intéressante jeunesse , l'espoir du pays r venaient consacrer leur enfance à la Vierge et apprendre, au début de la vie « le chemin du temple dont ils jouiront plus que la génération qui Pa^vn bâtir ,
Chaque jour amenait de oonvea ht visiteurs* Calais, autrefois t*ès-dévoué au culte 4e N;^D. de Boulogne, ainsi que toutes les villes des alentours, nous a envoyé cette année , une députatidn, du Cercle de St.-Jo$eph.< •., Tf
Le jeudi 21, lesporeisses de LaCo|>die b Rincent. Pernes, St.-Pierre-lès-Calais, arrivaient sticceasirement dans notre ville. Le lendemain, , on voyait les enfants de l'Orphelinat de M 1U Beaumont, les élèves des sœurs de Saint- Joseph , les pensionnats de M m# Gambiez et de M m « Leprince entrer Jour-atour à la cathédrale pour y prier au pied de l'autel
Chap. XXXIII.— Pèlerinages de Tannée 1856. 3lt
rie fa Vîcrjrtf; purs , calait l'Hôpital de Boulogne qui envoyait b 4a eei isolatrice des affligés ses vieillards et ses jeunes ertfaals. Le samedi *3» c'était le tour des élèfes des sœurs de la Retraite et do 1 externat des Ursulines. Le dimanche 24, après Porphetiffêft do M. Mour* la urecessiou de la paroisse de &titil~Marttn s'est déployée d'uoe manière merveilleuse dans les raea de la haute-ville, avec un grand recueillement, tié ordre parfait et ufee tenue irréprochable. Ony raimrçosfc imbraocard sur lequel deux jeûnes personnes portaient une paire do chaodcltor* tFégKsuc c'était VeX -iïQlQ 4e la paroisse à Notre-Daiim tto^BotilogneviLtattidc précédente -, la même nptocestfk») « avait doo née cette heureuse fofaialJfè: o'e^îflsi que ikas Je* aboies passé* le trésor^def WdtTO^fcteme^'étaiÉ enriobi dû précieuses
L ? a|>rè«-mJdi'datnême jo«r \ Jes précédions des éertipagrtfcs ote été adtairebles. Les rasles nef* fcvai<*rtVf*ine à oebtenir hi;foùlb. Sept curés, Celm <vte BbiftHlfun, amenant plusieurs cenlarnes de pe*e~ -fntf i c<Uix>de Belle 4f et \- -ftouifàfor t ; d'À lî n et hun ef'BtâlebfWvo; du Wasfr, dé Colembert et N^brin • ghen , de Cremarest et de Wirw'çncs ; suivis chacun A\m nombre eeiwidéroble de leura paroissiens v "^wf ewnte Un»- a - tour daivs noire ville , 'grotX'et'ba^irève^enlêie. Il semblait, à- voir cette alflwtlfce ewpwwsée f que noire église eût repris ce -jour*UiAte caractère d'église ^maîtresse que le siège épiscopal lui donnait jadis. L'orateur inspiré qui a ->mf& la pavoio 1 satnto *i*r co peuple assèBab^W > M n l^abbéM^l^ilieii^, "iWrefOien^ ;dn petit eollèçe do 'Tofekfw*c<,°a retoeuté' eofc beatir et» pathétiques 'fttoefflff"do , n#*le$ è4iatres > de 'nôtre ville* ortt bien < stfHv^Wt rfelfcmi. <i r fVflMsport^ f&r vrre^ profonde et chtrictargu&^toMiêtrir a célébré oe concours merveilleux de Jidètes aux pieds de la Patronne spéciale*
342 Histoire de N.+D, de Boulogne.
de noire pays; il a évoqué tes ombres de ces pontifes qui dorment sous les dalles des cryptes ; il a . salué de sa plus riche parole , au milieu d'un frémissement général d'émotion , cette croix qui allait le lendemain monter au faite de l'édifice pour le couronner Je proléger, le bénir et l'achever. Le soir, cette croix qui n'a pu être placée que le mardi matin 9 et que la procession de Parts a saluée la première, a été bénite par M. Delcroix , curé de la haute- ville.
Le grand événement de cette station a été le pèlerinage que les paroisses de St.-Séverm et de Boulogne -sur-Seine ont fait à l'antique Patronne de Boulogne-sur-mer. C'est une manifestation presque unique dans les annales chrétiennes» On avait vu dans les siècles passés, pendant les âges de foi , le pèlerin prendre son bourdon et partir peur un lointain voyage ; on avait vu des paroisses entières et des confréries pieuses se rendre en corps à une paroisse peu éloignée, pour y prier auprès d'une image sainte et solliciter la protection d'un patron vénéré ; mais tous ces actes , solitaires ou collectifs, n'avaient pas le caractère de ce qu'il nous a été donné de voir.
Six cent soixante personnes» parmi lesquellesbeaucoup d'hommes» ont quitté leurs affaires, leur famille, leur pays, pour aller, à soixante lieues, prier dans un sanctuaire qui s'élève sur les ruines d'un temple fameux par les grâces que le* générations passées y ont obtenues. Jamais train de plaisir,, organisépour les fêtes (es plus intéressantes, n'a été accueilli comme ce train de pèlerinage , où la foi chrétienne était le seul mobile du déplacement. Plus de quatre cents billets ont été refusés faute de place, et parce que l'administration, qui s'est prêtée à l'exécution de cette pensée avec un dévoue*
Ckap. XXXI IL— Pèlerin* de Paris. 343
ment qui l'honore, n'avait pas compté sur un empressement aussi universel*
Grâces à l'exquise bienveillance de M, Volait * chef du mouvement, et à notre excellent chef de gare , M. de Créty , tout avait été disposé pour recevoir convenablement et religieusement les vingt wagons qui aU oient verser dans notre ville ce convoi solennel. Plus de cinquante prêtres de fioulogner-ct- des environs attendaient 9 en habit de chœur, leurs confrères de la capitale, et ont voulu conduire les pèlerins jusqu'à l'église de N.-D. Vers six heures, le train, retardé par un accident arrivé à un convoi de marchandises qui embarrassa la voie sur un point de sa rouie , entrait dans la gare de Boulogne» au chant du Magnificat. Immédiatement après, le R. P. Lavigne, monté sur une estrade, élevée pour la circonstance, acclamait cette nombreuse députatieri par une de ces improvisations éloquentes dont il a le secret , et que nous reproduisons telle que nous avons pu la recueillir de sa bouche inspirée; c'est l'élan spontané , lyrique * d'un cœur fortement impressionné* vivement ému r
Vidimus mirabilia hodie.
* Nous voyons aujourd'hui de merveilleuses choses.
Si -Jean.
« Quelles paroles, me* frères, pourraient expri- » mer dans ce moment les sentiments qui se près* % sent dans nos âmes? Dieu 1 quelle foule , quelle )► assemblée, quel spectacle ! Voyageurs, que nous-
* venons accueillir, qu Vile est la pensée qui do-
* mine vos âmes ? Qu'êtes - vous venu (aire ? » Pourquoi avez-vous glissé sur ce fer avec cette » rapidité ? Êtes-vous venus avec une pensée in- » duslriellc, ou une pensée de plaisir, que nous- » rencontrons ordinaire mont dans ceux qui voya- » gent sur ce chemin de fer ? Non , chose étrange I
3 H Histoire de X.-D. de Boulogne*
» c'est que voici un voyage unique, dans loque} » nous arrivent six cents pèlewfts, q<jt n'ont -qu'une » pensée , qu'un seul sentiment. Partout on » Irouve des pensées diVwses ; chaouti cherche son » bien; ici, les désirs sont uniformes, touts* les » pensées sont unes. Vous ^éles venus vous pro*- » terner au pied de 1'autëi de Htarie; c'est elle , & c'est Marie qui donilhe res âme» ; c'est pour elle » que vous vous ôles mis en mouvement; c'est » pour elle qu« vous avez formé ces grands pro~> » jets; c'est avec elle que vôtfs les ovei exécutés. ». Ah! soyez les bienvenus. Au nonvdeU ville de » Boulognc-sur-tneïVdont je suis le dépoté » dont » je suis heurcù* d'tëfre Tnmbcfs^adour, nous tous » saluons et vous remeretoh*; .
» Vous ave* entendu dire- de grandes chose* sur
» celle cité Glùriom dicta mnt de te Civitas
» Dei! vous avey voulu *vôrr ces merveilles; vous » êtes vernis saluer KbugOsie Vierge qui est assise » sur celle petite colline de Boulogne : fundd-
» menta ejtis in inondibus swnçtù; vous êtes
» venus dans cette crié , où , dana ce moment, les » étrangers comme les habitants de la pairie ne » sont qu'une même chose , et n* ont av^ç vous » qu'un seul et même coôur : Alimiigenœ et
» Tyrus et populus Aethioptm, ht fuerunt
» ittic. » .:»-«r. ..r /
» Un jo'jr, dans ce port, il y a quelque chose » comme douze siècles , apparut dans une nacelle » la stalue de Notre - Daine de Boulogne;, tout le » monde ta voyait et disaftrjqii'elloj i»er*îciUe ! » Mais au xix e siècle, de noire letpps, celle Vierge » apparaît avec un caractère tvon moHis lAe^vçjl- » leux. On ne savait pas d'oèr elle vouait,, on, ne » l'avril point vu entriT dans ce port; et vous , » aujourd'hui, dites-moi comment s'est élevé est » édilice? Comment celte croix qui le domine*
CL XX XIII. Réception des Pèlerins de Paris. 315
» plon©~t-eUc «ton* les airs? Voulez - vous Lien » m'^xpliquer couwneut un homme , un seul » hommo , avec riçn, avec sa volonté, avec sou » tMBur, ayant la puissance de commander, pour » ainsi dire, ou nfonk, a luit çcUcgrandc chose? » Oui , Dieu l'a éubli, et Dieu lui-même racon- » lora, et on écrira dans .l'histoire des peuples ce
» qu'il a fait: Dominus narrabit in scnpturis » popttlorum étprincipwn, horum qui fuerunt » in ah
y> Aussi , ceux qui viennent nous arrivent avec » allégresse; je ne vois point sur leur visage la
» traco dos fatigues : mut lœtantium omnium.
» Frères bien^imes , je. votrs acclame, je vous » tends la main ! Venez unir vos sentiments a^ec » les nôtres; venez voir comme nous sommes » heureux dans celle cite de Boulogne ! Joie inet- » fable! Gloire à tous ces pèlerins de Paris. La » joie est dans Ions, et leur joie va s'unir a celle » de ions les habitants de Boulogne. ....
» On nous a dit qu il y avait autrefois ici des » hôtelleries pour les voyageur*; Boulogne est » plus, aujourd'hui, c'est une hôtellerie univer- » selle. Toutes les. maisons vous f sonl ouvertes; » do nombreux habitants sont venus se faire insy> crire pourvoir l'honneur de recevoir un pèle-
» rin de Marie.
» Mes frères, vous êtes en présence d un grand » lait, d'un graud, symbole; vous allez voir dans » tous ces étrangers qui peuplent la ville de Bou- » lo«*ne un magniSquo témoignage de celle unron » fraternelle qui réunit tous les hommes dans un » même senti irwnt, et par-delà celle mer qui » bat ces rivages, bien loin, mais sous les yeux » de Dieu , se trouvent encore des frères aimes qui » nous sont unis, qui ont la même foi,
» Mes frères, vous allez vous placer sous la
346 Histoire de N.-D. de Boulogne
» infaie croix , sous to même bannière. Ebranlez-» » vous, au nom du Seigneur] Cette procession » va se dérouler sous la croix comme la procès* » sion des siècles , comme la procession des élus* » Ceux qui ont l'honneur d'appartenir à la sainte » condition du sacerdoce, ou simplement à l'état » laïque , tous seront confondus dans un même » cœur, un même amour; tous seront reliés par la » même pensée. Vous vous avancerez avec nombre, » avec harmonie, avec majesté. Courage ! tous nous » sommes des pèlerins sur ta terre ; voyageurs » ici-bas , nous cherchons notre patrie ; nous mar- » chons en ordre; les uns arriveront un peu plus » lot , les autres un peu plus tard , au trône du » Seigneur, comme tout - à - l'heure à l'autel de » Marie ; mais tous y seront. Je m'arrête ; je ue » puis vous dire combien je suis heureux ; mais » je sens qu'autour de moi vous m'entendez, vous » me comprenez.
Immédiatement après , la procession des pèlerins s'épanouissait sur nos quais et dans les rues qui conduisent à la cathédrale ; d'abord le suisse de Saint Joseph , la croix et la bannière de Nolne- Dame, puis lu cloche offerte par la paroisse de Saint-Séverin , sur un char riohenient orné, traîné par quatre chevaux que le maître de poste de notre ville avait offert à cet effet. Puis la bannière de la paroisse de Boulogne - sur - Seine , avec l'image de Notre - Dame dans son bateau traditionnel; un cœur de vermeil, ex voto^ de cette paroisse , porté sur un coussin de soie blanche par une jeune fille vêtue de blanc ; la bannière de Notre-Dame de Sainte -Espérance , suivie d'une députation de l'archiconfrérie de ce nom , érigée dans l'église de Saint-âéverin par le digne curé de cette paroisse; enfin plus do quatre - vingts prêtres , en habit de chœur , présidés par MM. les curés de Sainl-Séverin
Chap. XXXIII.— Pèlerins de Boulognes.-Seine 347
et de Boulogne-sur-Seine, précédés du suisse et des acolytes de Saint-Séverin , portant la croix, et des flambeaux allumés.
Notre cité s'était levée comme un seul homme , comme au jour de ses plus brillantes fêtes , aussi empressée, aussi nombreuse qu'elle l'était pour assister aux passage des Souverains qui sont venus y visiter la France et l'Empereur. C'était un bien émouvant tableau que celui de cette foule de pèlerins qui montaient la colline de Boulogne , au déclin du jour, sous les yeux d'un peuple attentif et respectueux , debout pour les admirer et les saluer de sa présence.
Les chants sacrés n'ont pas été un seul instant interrompus pendant toute la marche; toutes les cloches de la ville étaient en branle et mêlaient leur joyeuse volée à l'allégresse qui était dans tous les cœurs.
On arrive enfin à la cathédrale; et M. le euré de Boulogne-sur-Seine, après que le chœur des jeunes filles de sa paroisse eut chanté un cantique spécial à Notre-Dame , prononça d'une voix émue Pallocution suivante :
Auribus nostris audivimus , patres nostri annuntiaverunt opusquodop<ralus es: Seigneur nous l'avons entendu , nos pères nous ont raconté tout ce que vous avez opéré en leur faveur.
» Ainsi s'exprimait le saint Roi prophète , frappé » du récit des merveilles éclatantes que le Dieu de » nos pères avait opérées au milieu d'eux. Or , en » ce beau jour où le Soigneur, voulant nous donner » un nouveau gage de sa miséricorde, a dirigé nos » pas dans c«ltc Cité si célèbre pour sa piété et » pour les prodiges sans nombre dont elle a éié » l'heureux théâtre, ne sommes-nous pas en droit
3*8 Histoire de N.-D. de Boulogne.
» de nous écrier avec le même prophète : Ce que
» nous avons entendu raconter, nous l'avons vu
» nous - mêmes dans la cité du Dieu des vertus,
» dans la cité de noire Dieu : Sicnt audivimus ,
» sic yidimus m civitate Domini virtutnm , in » civitate Dei nostri.
» Quelle est en effet pour nous, mes frères , la » Cité de Dieu , sinon celle que Jésus -Christ a » fondée sur la terre , et par conséquent ne pou- » vons-nous pas considérer comme une des plus » imposantes Métropoles ce temple auguste élevé » en l'honneur do la Reiae du ciel et <le la terre, » à noire commune Patronn3, par le zèle in fat U » gable d'un saink prêtre, qui avait choisi Dieu » seul pour son architecte et pour son conseil. » C'est donc h ce temple magnifique que je ne » craindrai pas d'appliquer encore ces autres pa- » rôles du prophète : Oui , il est célèbre ce tem- )> pic, et déjà on en publie les merveilles, je no » dirai pas seulement dans notre France , mais » dans toutes les régions catholiques: Oloriosd
» dicta sunt de te. \
» Nous tous qui avons le bonheur d'y être, » rassemblés aujourd'hui, entrons donc dans les )> mêmes extases d'allégresse , et écrions - nous » avec David : LœtatUS sum in /lis, en répétant » de concert : Honneur , actions do grâces au » génie vraiment sacerdotal, à ce nouveau Salomon » qui en a conçu et si heureusement exécuté le » plan. Mais, mes frères, ce qui doit nous rendre, » à ncus surtout enfants de N.-D. de Boulogne- » sur-Seine , ce superbe édifice et pjus précieux et » plus cher encore, c'est qu'il est le nouveau » sanctuaire de notre Mère . de notre Patronne » spéciale, de cette Lien - aimée Suzeraine qu'il »*nous est si doux de vénérer Ou ce moment , et » d'invoquer dans le lieu même qu'elle s'est mira-
Ch. XXXIII.-Pèlerin* dt Boulogne^. -Seine. 34d
» culeusement choisi pour y manifester les mille » et mille prodiges de sa puissance el de sa bonté.
» Ne nous contentons donc pas de rétablir » aujourd'hui par notre pèlerinage , de pieux rap~ * ports , do séculaires liens de famille» déposons » aux pieds de notre bonne Mère le faible tribut » de nos prières et de notre amour filial. Déjà je » vois daas un prochain avenir le Soigneur lui » donner pouvoir de surpasser par de nouveaux » bienfaits tous ceux qu'ont reçu d'Elle nos ancê- » très. Déjà je vois ce - temple devenu le canal » des grâces et des bénédictions les plus salutaires » et les plus abondantes.
» Oui, puissante et miséricordieuse Patronne, » vous vérifierez ce-présage! Du haut de ce Dôme > majestueux où tous êtes attendue arec une -si )► sainte impatience, vous promènerez vos regards » tutélaires sur la France, et dans votre immense » miséricorde vous les abaisserez aussi sur ce sol » voisin qui autrefois mérita le titre glorieux de » patrie des saints. Vous penserez surtout- à nous » vos petits enfants de Boulogne-sur- Seine : -et » c'est dans cette intime confiance que nous vous » prions humblement d'agréer çet emblème de » l'amour et de la reconnaissance dont nos cœurs » sont pénétrés .pour vous. »
Après cette prière, M. le curé de Boulogne dépor sa sur l'autel l ex-VOlO de ses paroissiens, un rcœur «de vermeil entouré de rayons, sur lequel on lit:
ALlâA VÏRGINI TBOLONI.fi PROPE MARE