‹ Histoire de NotreDame de BoulogneChapitre 5 sur 45 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Concours populaire à la fin du XÎW sièole.— La commune de Courtrai; — les comtes de St-Pol; —arvêl du parlement en 129 6.

LA dévastation de nos archives ne nons permet pas de trouver dans l'histoire de notre église, les documents qui seraient nécessaires pour retracer dans tout son éclat le tableau des gloires do Notre-Dame au XIII e siècle. Toutefois, les docu* menls généraux qui concernent l'histoire de France nous fournissent do beaux témoignages en faveur de la réputation qu'avait acquise notre pèlerinage. C'est la justification du texte d'Ipérius : Magnus

(4) Dominus tinmilitalem nostram super genteset régna constituons Nobis licet immeritis uni ver son un curant regnoium commisit et regum. Bull. Clcui. PP. IV. ap. Bjrmor, op.cit? T. I. P. II. pp.V8.99.

34 Histoire de N.-D: de Boulogne.

populi confluxus ex omni parte regni. L'histoiredes miracles de saint Louis, par le confesseur de la reine Marguerite, rapporte qu'en 1275, on conseillait à Fr. Jehan de Lei^ r ni , de Tordre des FF. mineurs du diocèse de Paris , qu'il se « voast h » Nostre-Dame de Boloigns sus la mer, » pour obtenir la guérison d'une maladie qu'il éprouvait. En 1 277, une femme de 28 ans, nommée Emmeliiieou Emmelot de Chaumont, ayant recouvré la santé devant le tombeau de saint Louis dit « que eta 3» voloit alcr en pèlerignage et visiter » par reconnaissance « Péglisc de Nostre-Dame de Boloigne* » sus la mer, et ainsi » continue l'auteur en son vieux langage , « cle se départi de la ville Sainl- » Denis , et fu une pièce du tens passé ainçois » [avant] que ladite Emmelot revenist. 1 En 1282 Robert du Puis , de la ville de Grooley, (village voisin do Montmorency) , guéri, comme la précédente, au tombeau de saint Louis , se rendit avec Guillot du Puis, son frère « à 'Nostre-Dame de Bo^ » loigne sus la mer, >» et revint par Saint-Eloi do Nayon et d'autres saints lieux de pèlerinage.

On conçoit que le narrateur des miracles do saint Louis ne pouvait parler qu'incidemment des miracles de Notre-Dame de Boulogne : aussi, ne citons-nous ces faits que comme preuves de Paflluence des pèlerins. Dieu dispense ses dons comme il lui plaît : tel qui n'a pas obtenu sa guérison au tombeau de saint Louis, l'obtient h Notre- Dame do Boulogne, ou ailleurs; et tel qui n'a rien obtenu a ?solro-Dame de Boulogne, trouve dans un autre sanctuaire le prix de sa persévérante prière* C'est ce qui est arrivé pour « Nichole de Lalaing* » de la contée de Hénaut, de la dyocèëc d'Arraz, » qui 0 ala h Nostre-Dame de Boloignc en pèlerignage » et riens ne li profita à ecle maladie; » aussi bien que p^ur « Richard Laban, de Lcrni , du dyocèso

Chap. IV.— La Commune de Cour Irai 35

» de Soissons, » précédemment forestier du roi en la forêt de. Rouen , qui « visita les églises de » moût de sainz ; mès onques pour ce ne pot eslre » guéri. » À la fin cependant « com il eust visité » l'église Nostre-Dame de Boloigne sus la mer por » ce , et ne fust de nule chose assouagié quant il » revint h sa meson, » il trouva à Saiut-Denis la grâce qu'il sollicitait •

Cinq mentions du pèlerinage de Notre-Dame de Boulogne dans l'histoire des miracles de saint Louis entre 1275 et 1282, démontrent bien évidemment quelle était en France la renommée de cette Vierge de la mer dont les faveurs sont inépuisables. Si déjà, dans les humbles villagesdu Hainaut, fit de l'Ile de France» Notre-Dame de Boulogne était connue du bon peuple chrétien qui bénissait sa main sccourable, ne devons-nous pas croire que sa bénigne influence s'étendait plus merveilleusement encore sur les populations groupées» pour ainsi dire, autour du sanctuaire béni ?

A la fin de ce XIII e siècle si riche de foi ♦ de piété et de bons exemples, mais exposé commo les autres époques, aux séductions du mal, nous trouvons, à côlé de grands crimes, de grandes réparations ; cl le pèlerinage de Notre-Dame de Boulogne a été plusieurs fois imposé comme pénitence à des criminels par la justice de ce temps. Le premier fait que les annales judiciaires nous permettent de citer, appartient à la Flandre, En 1281, « Li prevost et li eskevin et li communs de Courtray», (on voit que c'était une expédition populaire en règle et quasi officielle), se portèrent,

1 Àpnd Ilerum gnllie. et franc'e. script. T. XX ; Fmmrlof de Chaumont, 2c miracle, p. 423, Nichole de Lalaing , 43< mir. , n. 436. Il ici m (I La ban , 28^ mir., p. 151. Robert <ln Puis, 33» mir-, p. 456. Fr. Jehan de Lci^ir, prélre,curc de Torigny, S0« mir. p. 474.

H Histoire de N.-D. de Boulogne.

sou* ne savons pour quel motif, sur une maison qui appartenait à la collégiale de St-Pienc de Lille, et y mirent le feu. Les chanoines de St-Pierre, s'en plaignirent à la cour du Comte de Flandre et obtinrent justice de cet attentat. On condamna la commune de Courtrai à restorer « le lieu et le maison

* bien et soufEsaument i et h rendre « tous cous , » tous dauiaiges et tous despens que li doyens et K i» capilles de Lille ont fais pour l'occoison del arsin

* devant dit.» En outre, la comtesse Béat rix, «jadis » femme à nobl& homme Guillaume de Flandres, » dame de Courtray i » , nous apprend » dans une lettre qui est parvenue jusqu'à nous 2 , que «douse » personnes dou commun de no ville de Courtray » sunt alé eu pèlerinaige à Noslre-Dame, à Bou- » loingne, et ont rapporté letres k'il ont fait leur i pèlerinaige en non d'amende , » c'est-à-dire pour acquitter, par cet acte de dévotion > l'amende pécuniaire souvent exigée , en pareil cas, par la justice seigneuriale, (16 novembre 1282).

Nous retrouvons dans la suite de cette histoire plusieurs condamnations à des peines semblables. C'était un spectacle bien digne de la religion que celui de voir ces pèlerins, venant payer à Dieu et à la divine Vierge le tribut d'expiation que la juslice humaine imposo au coupable.

La bienheureuse Vierge de Boulogne n'était pas

(d) Béalrfc de Brabant , revive en premières noces de Henri, Landgrave de Hesse ctdeThuringe. ëlu empereur des Romains, épousa Guillaume de Dampierre , fils de Marguerite de Flandre , eomtesse de Ilainaur, qui n*t établi comte du vivant de sa mère, et mourut en '125 1. Sa yfuve conserva le titre de comtesse, simultanément avec Marguerite, mais sans en partager l'autorité. Vovex Moréri, Diet. hist. Art. FLsndres, edit. 1759, T. V. p. 480.

(2) Dr. Le Glay, Jnalectes historiques % Paris et Lille, 1838, pp. 449-420. M. À. Gérard, bibliothécaire de Boulogne, a déjà filé cet acte dans sa Bénédiction et pose de ta première pierre de h nouvelle èçHse de Notre-Dame de Loulognc, hi 4839, p. 5.

Chap. IV.— Arrêt du Parlement de Paris. 37

moins connue dons l'Artois que dans la Flandre. En 1386, les comtes de Saint -Pol, vassaux des comtes de Boulogne, fondèrent à perpétuité, pour Dieu et le salut de leur âme, deux cierges destinés

à brûler jour et nuit devant Vimage de Notre- Dame , Ait TE IMAGflf EM B. MARIEE BOLONIENSIS

Une concession de vingt livres parisis de revenu annuel , changée plus tard en une donation de huit mesures de terre , fui faite à l'abbé et au couvent de Notre-Dame , pour l'entretien de cette fondation et pour un obit solennel qui devait être célébré le jour de la mort des fondateurs, le comte Hugues de Chastillon et la comtesse Mahaut de Brabant , sa femme.

Vers le même temps ( i«86), un Boulonnais monta sur le siège épiscopal dcTérouanne, et dans cette haute position il n'oublia pas son église maternelle. En 1 293 , pour l'utilité de son âme et de celles de ses parents, Jacques de Boulogne établit dans l'église de Notre-Dame une cbapellcnie , à charge d'une messe chaque semaine, avec un revenu annuel de dix livres dix sous parisis sur ses biens patrimoniaux situés dans la ville de Boulogne et le produit de quelques dîmes achetées par lui en Artois 2 . Celle chapellenie , connue sous le nom de Chapelle de l'Évêque, a été l'objet de différentes lettres et chartes que les bornes' de cet ouvrage ne nous permettent pas de citer 3 .

Un fait qui mérite plus d'attention et qui est autrement important pour constater la réputation

(1) A p. Le Roy, j*im. cit. pièces justificatives , p 277.— C'est ]a première fuis que la sainte Image est nommée dans tes anciens documents historiques.

(2) Foppens, Dipl. belg. nov. coll. sive suppl. ad opp, diplom. Aub M"*». T. IV, pp. 418rt5y9. r

(31 V*l. ibïcl. — Cs. A. Le Roy , Hia. de N.-D. de S, cd cit. p. 82, et pièces justif. p. 276.

38 Histoire de A\-Z). de Boulogne.

du pèlerinage de Noire - Dame de Boulogiuv, e'cst un arrêt , rendu , à la Toussaint 1296 , par la cour du roi de France. Un seigneur de lia recourt ayant eu à se plaindre du chambellan de Tancarville s'était porté à des voies de fait contre ce dernier* Le chambellan , attaqué violemment par son adversaire aidé de quelques amis, avait été blessé à la jambe et frappé au visage au point de perdre un œil. La cour évoqua cette affaire et rendit une sentence qui condamnait le sire de H a recourt à faire amende honorable au chambellan ; ensuite elle ajouta le dispositif suivant : « Item , nous voulons » et ordonons que la satisfaction de l'amende soit, » que il voist [qu'il aille] en pèlerinage ,- pour la 11 cause de VammAe, premièrement à Nostre- * Dame de Boloigne ; de Noslre-Dame de Boloi- » gne à Saint - Thibaut en Àuçois , et de Saint - » Thibaut à Noslre-Dame du Pui , et tuit cil qui » £ et tous ceux qui] • furent en sa compaignie à » blécier le chainbellenc, gentilshommes, excepte* » à trois personnes... »

De ces trois personnes, l'une est envoyée en Chypre» l'autre à Saint- Nicolas de Bar, et la troisième, moins coupable, est condamnée à faire » un pèlerinage seulement à Noslre-Dame de » Chartres l . »

Ainsi , par la première cour de Justice du royaume de France , qui n'élait sur ce point que S'interprète de l'opinion publique, le pèlerinage de Notre-Dame de Boulogne est classé parmi les premiers et les plus célèbres; et le fait est d'autant plus remarquable que c'est là le seul arrêt de ce genre que la cour ait prononcé, durant les règnes

( 1 ) Les Otm , ci Registres des arrêts rendus par la cour du roi , publies par le comte Beugnot , dans les Documents inèdltê sur l'Hittoir* de Frwu, T. 11, pp. 404, 405.

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