CHAPITRE V
Vœu de Philippe - le- B el , à la bataille de Mons-en- Puelle; ^mariage d'Edouard roi d'Angleterre, avec Isabelle de France Seigneurs Français et Anglais qui assistent à cette solennité Le pape Clément V condamne Guillaume de Nogarct au
t pèlerinage de Notre-Dame de Doulogne-sur-mer ;
, — Dons et pèlerinages divers, 1303—1350.
Ïe XIV e siècle venait de commencer, sous les auspices d'un roi en qui ne devaient pas re- A vivre toutes les vertus de saint Louis. Philippele -Bel, par des guerres injustes, une administration impopulaire, des attentats inouïs contre l'Église et son chef, a laissé une réputation douteuse et de tristes souvenirs. Son règne cependant est un des plus glorieux pour l'histoire de Noire - Dame de Boulogne.
On sait que , pendant celle funeste guerre de Flandre, qui ensanglanta les plaines du Nord durant l'espace de tant d'années, les armes de la France ne furent pas toujours heureuses ; mais ce que l'on sait moins, Q'est qu'à la célèbre bataille de Mons-en-Puellc, gagnée par les Français le 18 août i3o4, Philippe - le - Bel fut redevable de la vie à la protection de Notre-Dame de Boulogne. « Le roi, dit SL Edward Le Glay, combattait
(4) C'est la seule période dont les documents aient été publiés jusqu'à ce jour. Nous savons seulement qu'en 4335, le bailli de Saint Dilier condamna aussi les habitants de cette commune à faite un pèlerinage à Saiut- Jacques en Galicc.Lcs Oum iaro.cit. pp. SOI et 880.
40 Uhtoire de N.*-D. de Boulogne*
» valeureusement. Une troupe compacte de Fla- )> manils arriva jusqu'au monarque par une charge » terrible, blessa son chevalet le précipita lui- » même à terre. Ses écuycrs, malgré le poids de » son corps et de son armure, le relevèrent pour » le monter sur un de leurs chevaux. Philippe se j> remettait en selle, et les deux braves écuyers » tenaient encore le frein du destrier royal , lors- » qu'une seconde colonne, fondant avec rage , les » écrase à l'instant. Quant au roi, étourdi do sa » chule et du fracas dont il était entouré, il ne » pouvait manier sa nouvelle monture, qui, vigou- » retise et fringante, se cabrait dans la mêlée. Il » allait infailliblement périr; mais, par UYl hasard » provide?Uiel, un soudoyer flamand blesse le roi » et son cheval avec une longue pique. L'animal » sentant l'aiguillon se dresse, puis d'un bond fend « la presse, et entraîne son cavalier malgré lui h » la suite d'autres chevaux '. » Le hasard providentiel, dont parle l'historien des comtes de Flandre, c'était la Vierge do Boulogne qui l'envoyait: Un chroniqueur contemporain , longtemps resté manuscrit et ignoré, va nous l'apprendre. «En ce meisme » retour de la bataille», vers la Saint-Michel, i vint * le roy en pcllcrinajge en l'église Nostre-Daino d*
» Boulloingne, qu' il avoit réclamée à son grand
» besoing , et s'acquitta gracieusement de son
» offrande; et puis il y a fait moult d'autres
» biens 2 . »
(1) Fdw. LcGIay, Histoire des Comtes de Flandre, T. II, pp. 306, 307.
(2) Chronique française , ms. n* 7511. 2. (Bibliothèque Impériale) \ citée pour la première fois dans le XXle vol. des lier, gai lie. et francic. Scriptorcs, p. 436. L'auteur, qui es tjin connu , paraît, avoir rédigé son ouvrage dans notre ville.
De retour à Paris, Philippe- le-Bel se rendit à Notre Dame et » y voua dévotement son effigie équestre * que Ton croyait » encore peu de temps ayant la Révolution. »
Chap. V.— Offrandes de Philippe4e-BeL 41
Ce dut être un bel et touchant spectacle pour les cœurs français, de voir ce roi victorieux 4 agenouillé dans le sanctuaire do Notre - Dame , devant la miraculeuse image de celle qui lut avait conservé la vie et la couronne r «en son grand besoing. » Avec quelle pieuse libéralité ne s'empressa-t-il point de lui en témoigner sa reconnaissance ? Antoine Le Roy nous apprend que Philippele-Bel offrit « un beau reliquaire de vermeil doré, » où d'un coslé es toit un crucifix et de l'autre un » beau cristal, contenant quelques parcelles de la » vraye Croix, enchâssé dans un émail d'or , le tout i» enrichy des armes do France et de Navarre 1 ; » et qui faisait l'un des ornements de la trésorerie. Le même auteur ajoute que, « pour accroître la » splendeur du culte divin dans celte église,» ce prince « en augmenta les revenus , en luy faisant » don, de plusieurs renies et portions de terre » inféodées jusques à l'estimation de neuf- vingt » livrées, qu il avoit acquises de Mathieu de Varan- » nos , Chevalier , et qui estaient situées dans le » comté de Guines et à Sainl-Omerglise, à présent » Vieille - Édise 2 , dans le païs reconquis 3 . » Sa royale munificence contribua ainsi à: la splendeur de cette antique église, dont le chevet venait d'être rebâti dans le style de l'époque par le pieux abbé Laurent de Condète*.
L'historien Le Roy, qui ne connaissait point ces détails, rattache les bienfaits de Philippo-Ie-Bel à un événement qui n'a qu'ua rapport secondaire avec le pèlerinage de Notre - Dame ; nous voulons
I*) Ant. Le Roy , Il ht. de N.-D. de B , e*dit. 4681., p. 55.
(2) Canton dAudr uick , Arr. de St.-Omer.
v3) Ant. T.e Boy , sup. cit., p. 55, et pièces justif., p. 266.
(4; Clvoniq. *up. cit. « Mil. iij. c.ij. En cet ton fist commencier ]*abbc c Laurens de Condète, (Edit. malè Condrcc), le neuf cavech» Je l'église Noslre-Uame en Bouloigne , le XVe jour de tnaj, ».
42 ■ Histoire de N.-D. de Boulogne.
' dire le mariage d'Isabelle de France avec Edouard II , roi d'Angleierrc. Comme celte magnifique cérémonie s'est accomplie dans notre église , il est juste que nous en rapportions quelques détails! « jamais mariage ne fut célébré d'une maniéré plus pompeuse ; et jamais église ne se vit remplie à la fois de tant de rois et de princes »
On était au mois de janvier de l'an i3o5 : unft animation extraordinaire régnait dans la ville de Boulogne. Les messagers de la cour de France et les courriers des grands seigneurs s* y rendaient en hfite, afin d'organiser les préparatifs du mariage; conclu entre Isabelle , la fille de leur gracieux souverain , et le jeune monarque qui venait de s'asseoir sur le trônô de Guillaume-le-Conquérant. De l'autre côté du détroit arrivaient aussi en grand nombre les gens de la maison d'Edouard II , avec un chargement do meubles splcndides et tout c4 qui était nécessaire pour dresser confortablement et avec élégance les lentes de leur maître 2 .
La royale fiancée d'hdouard, accompagnée d'unô escorte magnifique , dans laquelle figuraient les représentants des plus nobles familles de France ; fut amenée à Boulogne en grande pompe 3 , alli* raut tous les regards par l'éclat de sa beauté et la délicate fraîcheur de sesdouzoprintemps 4 . Avec elle
(4) AnL Le Roy, II Ut. cit. p. 54
(2) Rytner, Fœdera, T. 1 . P. IV, p. 404. « Quamplurcs de servientibus suis ad partes transmarinas us<|uc boloniain cmn divrrsis pannis laneis et de canabo an etiam cordis nccess.iriis ad qiKcdam tentoria ibidem ad opus nostrum erigenda »
(3) Mémorial, historié. Joli, à S. Viclorc: « Ducta est hono* rifice , pi oiit d( < ( bat, à nobilimibus proccribus usque Bolonium. (lier . g*//, et fr. scrip. T. XXI, p. 650 )
(4) Continuai, citron. Gir. de rrarhelo: • Filiam unicam Rcgis Francia», Pliiltppi pulchri , xij. anuorutn v**l circiter, nominc Isabrllam (lbid. p. 30). Selon Froissart, la (illc du beau n i Midippc de France cMjit une des plus belles dames du moudei (Liv. i, l\4,Ch.3. )
Chap. V.— Mariage d'Edouard IL (1308) 43
étaient le roi de France , son père , les deux frères du roi, Charles de France, comte de Valois, et Louis de France, comte d'Evreux ; les trois fils» du roi , Louis-lc-Hulin , déjà investi du litre de roi de Navarre 1 , Philippe et Charles , qui tous trois devaient successivement monter sur le trône de leur père, et, par un juste châtiment du Ciel , voir s'éteindre en leurs personnes la postérité directe de saint Louis. L'histoire cite encore , à côté de ces noms illustres , le duc de Bretagne , Arthur II , Jean II, duc de Brabanl , Hugues V, duc de Bourgogne , Robert III , comte de Flandre, Guillaume-le-Bon, comte de Hainaut 2 , et Jean II, comte de Dreux \ sans compter une foule de personnages moins importants. Suivant l'hyperbole du chroniqueur toute la noblesse de France y était réunie.
Le roi d'Angleterre partit du port de Douvres , le lundi 22 janvier , de grand matin, conduit par les mariniers John Spytc de Romcnce et William de Baggelytel t et dut arriver h Boulogne le même jour. Parmi les nobles personnes qui l'accompagnèrent , nous remarquons la soeur de Philippe-le-Bel , Marguerite de France , reine d'Angleterre , veuve d'Edouard I, lïugues le Despenser,
(1) Froissart, Xiv. I, Part. I, chap. IV, - Louis fut, au vhant de son père» roi de Navarre, et l'appeloit-on le roi Hutin.» Ed. Buchou , T. I, p. 5
(2) La Cltroni<f. franç. sup. ciL dit: «Ety furent présens le voy de France et le roy de Navarre , Messire Charles et Messire Loys, Philippe et Charles, le duc de llretiigne, le duc de Brabant et le duc de Bourgoingne , le quens Robert de Flandres, le quens de Haynnau, (Op. cit. p. 137). Mémorial* hitloric. Joh. à S. Victor*-, t ubi pâtre îratribusque suis, fratribusque diclas Isabellis, Ludovico rege Navariœ, Philippe- et Karolo et Iota nobilitaie Francice prassentibus , sutit nuptias solcmpniter celcbratte. (Op. cit. p. 650 )
(3) Rymcr, F cédera , T. I. P. IV, p. HO. Ant. Le Roy, {fiist, cit.) donne une liste inexacte (p. 54), d'après une chronique de Flaadre.
44 Histoire de jV.-Z). de Boulogne.
John de Warennes , comte de Surrey , et Adomar de Valentia, comte de Pembroke
Nous ne savons jusqu'à quel point on doit ajouter foi au récit de Thomas Walsingham, historien anglais du XV 6 siècle, qui nomme , parmi les assistants, Henri de Luxembourg» roi des Romains, et Charles d'Anjou , roi de Sicile, aussi bien que Mario, reine de France, veuve de Philippe- le- Hardi, et Marguerite de Bourgogne , femme du jeune roi de Navarre 2 ; ce qui ferait un total de cinq rois et quatre reines.
Le mariage fut célébré le jeudi suivant , 25 janvier , fête de la conversion de saint Paul , dans l'église de Notre-Dame de Boulogne, en présence de cette brillante assemblée. Les deux monarques restèrent encoie quelques jours dans notre ville , oii le roi d'Angleterre fit personnellement au roi de France , en présence du comte de Dreux , l'hommage qu'il lui devait pour la Guienneet le Ponthieu, conformément aux conclusions et accord du traité de Mon treuil. Peu de jours «près, Édouardll, accompagné de ses favorisât la jeune reine escortée de ses dames d'honneur, abordaient au port de
(4) Bymer, Fœdera, T. I, P. IV, pp. 407, 108, * 40; passira. Outre tes noms cités, ttymer indique encore : Elias de Acambcy chargé des préparatifs , par lettre du 14 décembre précèdent; un clerc nommé Etienne de TFylmyngton, Richard rotiot , John de Charleion , Paçan Tybotol % John de llracebrig , John de Hattlo , de la suite du roi ; Guillot le Santrcour , avec la reine mtre; Richard de fValsingham , John de Dymelon % Michel de Ponynghes , Conslancius de tt/ortitrer , fV'diiam l'aynet , avec le comte de Surrey; et enfin Jolm Paynci, avec le comte de Pembroke. Ce n'est là probablement qu'une paitie des illustres barons dont s'entoura le roi d'Angleterre.
(2) Philippos rex Francis , Rex Navarrœ fi h os Régis Franciae, Bex Almaniae et Bex Cjciliae (sic) . Begina Francis» Maria.... Begina Navarrœ, etc. Thomas Walsingham , Histor, brev. Ed. Londio. 4674, p. 68.
Chap. V.— Sentence du Pape Clément V (1311). 43
Douvres 1 ; mais , malgré les joies de ces fêtes» ces jours d'allégresse devaient malheureusement être suivis de tristes retours: la barque qui portait Isabelle en Angleterre ne renfermait point le bonheur de ce pays ni celui de la France.
Un lieu de pèlerinage aussi célèbre que Tétait l'église de Notre-Dame de Boulogne, donna sans doute à quelques-uns des assistants l'occasion de satisfaire leur piété. Le Roy nous apprend, que « plusieurs de cette illustre compagnie firent des « présens et des offrandes 3 n h- la Vierge vénérée ; il cite nommément la reine de Navarre , Marguerite de Bourgogne, femme de Louis-le-Hulin, qui lui offrit un « chef d'argent couronné à la façon de Reine 8 .» Au reste, le relent issement quo dut avoir par tout le royaume le fait que nous venons de raconter, suffisait à faire connaître de plus en plus le sanctuaire où s'opéraient tant de merveilles.
La renommée en était parvenue jusqu'à la cour Pontificale d'Avignon. En effet, lorsque le trop complaisant ministre des attentats de Philippe-le- Bel contre le vénérable Pontife Bonifaco VIII, Guillaume de Nogaret se présenta devant Clément V, pour être absous de ses crimes, le pape lui en-
! 'oignit comme pénitence, de faire personnellement es pèlerinages de Notre-Dame de Vauvert, de
Roc-Araadour, du Puy, de Boulogne- sur-mer et de Chartres, la visite des églises de Saint -Eloi
(1) Rymer, Pœdcra , T. T. F. HT, p. 2J8 et P. TV, p 410. Le roi d'Angleterre élait à Wissant le lundi 5 février et il arriva a Douvres le 7, vers neuf hem es du matin, avec Hugues le Despenser et le seigneur de Cliastillon de Gascogne. La reine était dans une autre barque. Ils furent couronnés solennellement à Westminster le 26 février : nombre de barons et de seigneurr français assistèrent à cette cérémonie.
(2) Ant. Le Roy, Hisi. cit., p. 5W
(3) Ibid. p. 56.
46 Histoii* de N.-D» de Boulogne*.
(de Noyon ), et de Montmayor , et enfin le voyage de Saint-Jacques de Compostellc
Nogaret mourut avant d'avoir accompli les conditions de son pardon ; mais nous n'en devons pas moins noter l'acte pontifical qui a donné à noire pèlerinage la solennelle reconnaissance du Chef de l'Église , ( 27 avril 1 3 1 1 )•
L'enchaînement des faits nous a fait perdre de vue l'ordre chronologique auquel nous nous sommes astreint. 11 est temps d'y revenir, . i3o3. Robert VI, comte d'Auvergne et dè Boulogne , donna à l'église de Notre - Dame » quarante-cinq livres de rente , qui n'es toit pas » une petite somme en ce temps- là , à prendre » sur la Vicomlé de Boulogne, avec quelque por- » tion de dixmes dans la paroisse do Wissant et » le domaine de Pareati , tout cela en acquit et en » compensation do certains droits accordez à » l'Abbaye de Noslro-Dam3 par les comtes ses » prédécesseurs; ce qui lut confirmé par Guil- » laume son fils et successeur 2 . »
Par son testament, daté du i g avril i3i4» le même comte légua à légliso et monastère do Notre-Dame de Boulogne cent livres parisis , une fois payées, pour acheter des revenus, afin de faire» chaque année, pendant deux jours consécutifs , l'anniversaire de son décès , au profit de son âme et de celles de ses parents 3 .
(1) Rnjnaldi, continuateur de Baronius, ad ann. 431 f , n. 50 : « Vofumus etiam quoil inicrim peregrinaliones personaliler f.iciat înfrascriptas : videlicet quod visilet B. M. de Valle-Viridi, de ttupe Amaloria, Aniciencis, de Dolonia suprà mare, Carnoten&is, S. Eligii et de Monte Majori ccclcsias, ac liuiina B. Jacobi Compostellani.
(2) 11 laut lire Guillaume XII, son petit-ûls et second successeur. — Ant. Te Roy, Uisl. cit. p. 78. V. Bâluzc. ilist. Ccn. de la M. d'Auvergne, T. 1. p. 409.
(3) Baluze, IIist,cit, T. II, preuves, p. 144.
CKap. V^—Fondations et pèlerinages. ( 1310) 4T
Blancfae de Glermont , petite-fille de saint LouU , (par Robert, comte de Glermont, et «ire de Bourbon, « duquel descendent tous les princes du nom de Bourbon) » , épousa en. i3o3 le fils du comte Robert VI dont nous venons déparier. Cette illustre princesse mourut avant l'année i3i2 et doit être une des bienfaitrices de Notre-Dame de Boulogne. Les ravages du temps n'ont pas permis que nous sachions ce qu'elle a fait pour l'enrichissement de notre sanctuaire; mais le testament de sanièce, en 1379 , nous apprend que la noble dame avait trouvé la sépulture a en l'église Nostre-Dame de » Bouloigne sur. la mer, en la chapelle Sainte* » Anne, qui est derrière l'autel
16 janvier i3iov Marguerite de Dampiernr, femme de Gaucher IV de Ghâtillon , fils aîné du» connétable de ce nom, seigneur du Tour, de Nesle, de Dampierre, de Sompuis, héritier du comté de Porcean 2 , laissa par son testament « vingt » sous à Nostre-Dame de Bouloigne. » En outre , elle inscrivit au nombre de ses legs une somme do » dis livres , données et départis pour Dieu, pour » cause do restor [dédommagement ] de pèleri- » nages que elle devoit, si comme à Nostre-DaniC » de Bouloigne Y h. Sainct-Mor des Fossez, a » Sainct-Fiacre , Saincl-Liénart et en tous autres » lieus que elle pou voit avoir promis, d'où il ne » luy souvenoit. Et voulut que, en chacun de ces » lieus ci-dessus nommez, on tramist [on fît aller] » un pèlerin pour elle 3 . »
(I) Baluze, Hist. cit. T. I f p. 414, T. H, preuves , p. 771.
(2; Maintenant Chatiuo-Pokcikn, Arr. deRéthel (Ardennes). Cette maisou de Lhastillon, dit Expilly (Dict. gèog. de la France, v. Porcean) , a été décorée dans ses premières brandies de tant de grandeurs qu'il ne restait que la royauté au dessus d'elle. »
(3) Du Cbcsne, Histoire de la Maison de ChaslUlon sur-
48 Histoire de A\-Z). de Boulogne»
Vers le même temps» Mahaul, fille de Robert II, comte d'Artois, mariée* à Ollon IV, comte de Bourgogne , fonde à perpétuité une messe dans l'église de Notre-Dame. Voici ce que nous lisons à ce sujet dans les comptes des Baillis de Calais», en 1 3 1 3, 1024 et 1026 : « A l'église Notre Dame » do Pouloingne, pour canter à note une messe » pardurablemcnt, chascune semaine, au samedi, » en covent, pour ma Dame, et pour ses enfans, » et sera dite en chelle messe une orison des mors » pour les ames mon seingneur sen père et mon » seingneur sen mari; à le quelle orison f elle et si » enfant, quant Dieu plaira que il seront départi » de chest siècle, seront accompaingnié; et aveu- » ques che les grans l\ charges que messires ses » pères eslabli en le dite église et le chevalier de » fusl qui est en sa remembranche, maintenront li » abbés et li covens de painture et de chire et de » toutes autres coses nécessaires , à tous jours » mais ; et arderont li dit chierge tt toutes lestes » anuels, espcGiulemcnt as jours Notre Dame; » pour toutes ches coses, au jour de le Candeliers » sour le revenue de le boiste de Calais, i5 1b. »
Alahaut d'Artois gouverna son comté depuis l3o2 jusqu'à sa mort, arrivée en 1029 2 .
Septembre t/»24. Jean, comte de Namur, (ils de Gui de bampierre , comte de Flandre, ayant été
Marne , Taris , 4024 , p. 3G0. Cs. Ant. Le I\oy , ffiet. cit. p. CG. Le testament de Man*ticriic (le Dampicrre est daté du vendredi après les 20 jours de No€f, v. st. j LeBny se trompe en disant 1308.
(4) Compte de Recette et Dépense des chevaliers Baillis de Calais, années 4307-1326, publié pour la première fois par H. J. de Bheims, Bibliothécaire Aichiviste de la ville de Calais, in 4o, pp. 20, 24 et 30. — Le compte de 4312 ne mentionnant pas encore cette dépense 4 nous en concluons que la fondation dont il s'agit a été faite postérieurement, en 4313, suivant toutes les apparences.
i2) Art de vérifier les dates, T. 11, in-folio, p. 770.
Chap. V. — Fondations et pèlerinages (1324). 49
assiégé dans sa ville de l'Écluse par les TSrugeois, au sujet de certaines rivalités commerciales, fut vaincu et fait prisonnier par sus ennemis. Gardé comme otage et captif dans la ville de Bruges , il réussit à s'échapper, et avant de regagner son comté de Namur, il s'empressa d'accourir à Boulogne, pour y visilcr la bienheureuse Vierge, à laquelle il pensait être redevable de son salut. De là* il se rendit dans son comté de Namur
i325. Isabelle de France, dont nous avons raconté plus haut les noces brillantes, s'en vint « en » France voir le roi Charles , son frère qui encore » vivoit, et lui conter ses mésaises, » dit FroissarL Elle « prit voie de venir en pèlerinage à saint » Thomas de Cantorbie, et s'en vint h Vincelsée,el là » entra dans une nefappareillée.etfutle lendemain » devant prime au havre de Boulogne. » On peut admettre que le souvenir de la bonne Vierge qui avait présidé à son union, ne fut pas étranger à la détermination que prit Isabelle d'aborder au port de Boulogne, plutôt qu'à Wissant , passage alors Ircs-fréquenlé. Quoi qu'il en soit, quand la reine Isabelle, continue le narrateur, fut arrivée à Boulogne , le capitaine de la ville, l'abbé et les bourgeois vinrent à sa rencontre , la reçurent très joyeusement et l'emmenèrent loger à l'abbaye où ils lui firent grand honneur. Elle y demeura deux jours et se mit ensuite en route pour Paris 2 .
(4) G entai. Comit. Fland.,np. Marlcnne, Tltcs. nov. Anccdo. T. Ht, col. 446\ Cf. Le Roy, Hist. cit. p 72.
Meyer, dans ses consciencieuses Annales de Flandre « place le fait sous Tan 4323; M. Edw. Le Glny, (Hist. des Comtes de filandre. T. IF. p. 359 ) semble le reporter avec Le Roy à Pan 4322; mais il oublie de dire ce que Jean de Namur est allé faire à Boulogne. Nous avons conservé la date que donne le chroniqueur latin, sans nous prononcer sur la question.
(2) Froissai»! , Chronique, L.T. P. T. c.C, éd. Buclion (Panthéon littéraire) T. 1, p. 6 et 7. cf. T. III. p. 415.
50 Jtitloire de N.-D. de Boubgne^
i3s6. ^u commencement du XIV* siècle , un* Juif converti occupait un posle honorable à la cour du cointe Guillaume de Hainaut. Or il arriva qu'un jour,, dans l'abbaye de Cambron, près de Chièvres, la vue d'une madone ayant ranimé sa vieille haine contre la Mère du Christ, il se mit à frapper l'image sainte de plusieurs coups do hallebarde , avec une inconcevable fureur. Par un miracle qui n'est pa» sans exemple, le charpentier du couvent , témoin du sacrilège, « vit de l'un des coups yssir une goutte de sang. » Le juif fut incarcéré sur le champ; maïs son procès traîna quatre ans en longueur. A la fin», suivant la légende , un nommé « Jehan li Fiamens , vivant aux Estines , près Binche , vieillard débile et paralytique, eut une vision, dans laquelle un ange, envoyé par la Vierge , lui commandait d'aller venger son image, meurtrie et maculée en l'église de Cambron. Un miracle lo remet sur ses
£ieds et lui donne la force de la jeunesse; il invoque \ jugement de Dieu entae lui et le juif qui nie son infamie. Le duel est accordé, le champ clos est tracé aux portes de Mons /et les deux champions, après s'être exercés quarante jours, sont mis en présence. Le juif fort est vaincu par le chrétien faible, qui sort triomphant de la lutte, « en l'an de » grâce mil cccxxvj, en un mardi viij e jour dedans » li mois d'apvril ». Telle est , selon le récit des chroniques, l'origine d'un, pèlerinage à la Vierge de Cambron Les trouvères se sont emparés du fait et l'ont chanté en rimes françaises, en y ajoutant peut-être quelques circonstances. Un poète du temps, dont M. Arthur Dinaux a donné quelques extraits dans les Archives du Nord • attribue au vieillard des Estines un pèlerinage à Notre-Dame
(1) T,c miracle (le Cambron [Archives historiques et littéraire* tu nord de la France et du midi de ta Hclzinuo), par M. À.Dinau», II* série, T. 1I,|> P , 445-441).
Chap. V<— Fondations et pèlerinages (1327) . 5 li
de Boulogne en actions de grâces de sa victoire 1 r Jehan, dit-il,
.....Ne veut maille ne denier, Ains s'en alla «ans attargicr A Bou.1 oigne en pèlerinage ; Moult dignement fit son voyage.
i3»7« « Bn gentil chevalier, m es sire Jean de- Haynaut, frère du comte Guillaume, ayanteu grant pitié de la reine Isabelle qui, moult triste et moult égarée, lui conta , en pleurant moult piteusement, «es douleurs, avait promis d<* la remettre en état en Angleterre. » Il ne nous appartient pas de raconter les exploits des Hainujers et la guerre des barons anglais; on en peut lire les détails dans Froissart. A leur retour les Hainujers s'étant arrêtés deux jours à Wissant, « Messire Jean de Hainaut et au- » cuns chevaliers vinrent en pèlerinage à Notre- » Dame de Boulogne, et s'en r'ala ensuite chascun » en son lieu 2 . »
Mai, i32g. Edouard III, roi d'Angleterre, débarqué à Wissant , avec une escorte de mille chevaux , arrive à Boulogne ou il demeure un jour \
1332. Par son testament, daté du i" août, Guillaume XII , comte d'Auvergne et de Boulogne, lègue à l'église de Notre-Dame de Boulogne cent livres parisis de rente , aux mêmes conditions que son aïeul, mort en 1 3 14 4 .
1 333 , i er novembre. — Le chapitre de la Métro-
(1* Ibid.p.45).
(2) Froissart, Chroniques. Li?. I, P. I, c. 13, 14 et 44. Ed. tit. pp. 41 et 34. Cf. T. 1)1, p, 429.
(3) Id. c. 52, p. 43.
(4) Baluzc, Hist. gén. dclaM. (TJuversnc, T. II, pi cuves, p. 767. Vid. sup. p. 46.
pôle de Reims enjoint au prévôt de l'Archevêque d'aller « à Noslre-Dame de Boulogne avant le i ,r février » de l'année suivante , en réparation d'une usurpation d'autorité , « pour l'emprisonnement d'un coutre clerc, sur qui l'archavéque n'a aucune jurisdiction spirituelle» ny temporelle, mais le chapitre seul »
i54&, 26 Décembre. François de Provins, procir* rcur du chapitre de Reiras, fait son « testament ou dnrrcniére volunté en la manière qui s'ensuit : »
« Item je ordonne et veil que on face faire pour » moi un voiage ou pèlerinage par un homme à » chevalet un autre par un homme à pied, à Nolre- » Dame de Boulogne.. Faict le mardi après Noël, l'an i546 2 . »
*35o. Marguerite d'Èvreux, veuve de Guillaume XII , comte d'Auvergne et de Boulogne , légua à l'église de Notre-Dame « quelques terres et censives » dans les villages de Wirwignes et de Cremaretz, » et la déchargea, du consentement de Jeanne sa » fille, depuis reine de France, de quelques ron- » vois qu'elle devoit à la vicomlé; après quoy elle » mourut l'an i55o, et reçut, ainsi qu'elle l'avoit » désiré , l'honneur de la sépulture devant l'Image » miraculeuse 3 . »
Marie d'Espagne, mère de Marguerite d'Èvreux, imita sa piété envers Notre Dame de Boulogne.
(f 1 P. Varin, Archives ad vu de ta ville de Rcimt. T. IT, 2« P. pp. 744 715 (Documents inédits). Un écrivain Rémois cité par M. Varin, ( Ibid. T. III , 334 ) dit : « On voit dans le cartulaire de IVchevi nage bon nombre de sentences arbitrales de cette façon, oà, selon la qualité du délit, on condamnait les dclinquans à longs ' voiageset pour longtemps, les uns à Toulouse, d'autres à Marseille ou à Boulogne. »
> (*) P. Varin, Ibid. pp. 4133-34.
3) Ant. Le Roy, op. cit., p. 78. Daluzc, Hirt.cit, T. I, p. 132.
Boulogne-sur-Seine (1320). 63
C'était une princesse de sang illustre : fille de Ferdinand d'Espagne, dit La Cerda, deuxième du nom, ssigneur de Lara , petite-fille d'Alphonse X, dît l'Astrologue , roi deCaslille , et arrière-petite filto de S. Louis, elle avait épousé en premières noces Charles d'Évreux , comte d'Étampes , petit-fils de Philippe -le -Hardi, et elle se remaria ensuite à Charles II de Valois, surnommé te Magnanime, comte d'Alençon , frère du roi Philippe VI. « En- » ?iron l'an i35o , dit Antoine Le Roy , elle » donna è la mesme église, un chasuble et deux » tuniques de veloux rouge , enrichies des armes » des maisons royales de Castille et de Léon, » dont elle descendait , et de celles de ses deux » maris, tous deux du sang royal de France. » La Cathédrale possédait encore en 1681 cet ornement sacerdotal , et c'était le plus ancien qui lui restait « du débris de tant de précieux meubles qu'elle possédoit autrefois »