‹ Histoire de Paris, composée sur un plan nouveau (volume 2)Chapitre 14 sur 74 · CHAPITRE UNIQUE · texte numérisé non relu

CHAPITRE UNIQUE

ItAPOI^Pf, EMPERBUR.BACRE.EVÈNEMENSOtreMt ■IVriTVTK>NS DE L'EMPIRE, IMTASION ÉntANaiaV , ABDICATION.

. Si l'exécution di) duc d'Enghien fidune iante, encore plus qu'un crime : Napoléon en avait oompiis précédemment rme, non moins grave, et surtout plus maladroite , en faisant offrir à Louis XVIII ^it une principauté , .wit une pension proportionnée à son rang , pourvu qu'il renonçât à ses droits d'hérédité. Cette démarche reconnaissait ces mâmes droits, et lorsque le premier conMil songeait à sedéclarer souverain, iliaiséit naître l'idée d'une usurpation qui ne pouvait exister; car il n'existait plus en France i^i trône, ni dynastie. La révolution, en passant sur les débris de la vieille royauté, les

îxf ttlSTÛISE

arait d^tmîu pins l^alemoil que rosurpation des Capétiens n'avait fait jadis des droiu de la race Carloringieoae. Hugues Capet s'empara violemmcDt de la couronne ; Napoléon , ainsi qu^ l'a dit plus tard, 2^ ramassa dans le ruisseau. An moment de réédifier de tontes pièces la monarchie , rien ne' pouvait donc être aussi impolitiqae que l'ooTerture fûte au prétendant. Voici la réponse de ce prince : « Je ne confonds pas monsieur Bo- « naparte avec ceux qaî l'ont précédé ; j'estime sa u valeur, ses talens militaires... Je' lui sais gié a de quelques actes d'administration, Mais il se « trompe, s'il croit m'engager à renoncer à mes ■ tt droits : loin de là, il lea étaLlirait , s'ils pou- « vaient élre litigieux, par les démarches qn'il fait <c en ce moment. » Cette conBance des titres d'une autre famille royale, qui préoccupa Napoléon en montant les degrés du trône qu'il relevait ; ce reliquat d'ancien régime resté dans sa pensée ; le penchant qu'on avait déjà remarqué enlui pour les membres de la noblesse anté-révolutionnaire , tels furent les premiers, les plus actifs ennemis de la puissance dont il jetait en ce moment les bases. La suite nous le prouvera.

Tout à coup,, et lorsque les lecteurs de journaux matineuï nt cherchent', en parcourant les , longues colonnes du Moniteur, que des détails' sur l'immense armement de Boulogne, leur attention est fixée par la motion qu'a faite , le 3o avril, au tribunat le citoyen Curée : c'est^-

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dire la demandé du titre d*empereur pour Napoléon Bonaparte , et de l'hérédité impériale dans $a famille. Cette question sera à peine discutée^ et parmi cinquante orateurs panégyristes, un seul tribun, digne de ce nom^ s'élèvera avec une gé-néreuse persévérance , contre la proposition de Curée. « Le gpuvernemeùt d'un çeul , s'écrie l'é-n « nergique républicam, n'est rien moins qu'un « gage assuré de stabilité et de tranquillité. La « durée de l'empire romain ne fut pas plus. |( longue que ne l'avait été celle de la républi^ « que ; les troubles intérieurs y furent encore plus . .«. grands , les crimes plus multipliés ; la fierté ré^ « publicaine , les vertus mâles, l'héroïsme y furent c< remplacés par lorgueil le plus. ridicule , la plus, ce vile adulation, la cupidité la plus effrénée >. Ci l'insouciance la plus absolue sur la prospérité « nationale. » Carnot résume ici l'histoire de -toutes les monarchies , à de rares époques près* Et quant à l'hérédité , quoi de plus démonstratif contre elle que ce peu de mots : « Un Domitien , « fut le fils de Vespasien , un Caligula , le fils de • « Germanicus , un. Commode , le fils de Marc- « Aurèle. »

« Nous n'avons pu établii^^ parmi xious le ré» « gimé républicain, poursuit l'orateur, quoique « nous l'ayons essayé sous diverses lormes , plus. « ou moins démocratiques. Mais de toutes les a constitutions qui ont été successivement éprou- (c. vccs sans succès , il n'en est aucune qui ne fût

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« née au sein des factions , et qai ne fut l'ouvrage « du circonstances aussi impérieuses tjae fuo gîtJTCs ; voilà pourquoi toutes ont été vî- 41 cieuses.u Carnot aurait pu ajouter : ces différentes institutions républicaines, ouvrage des factieux trîomphans , recevaient sur - le - champ l'empreime de l'impureté qui les avait produites, la direction de l'inlérél dont elles étaient nées. Ce n'étaient pas les principes qui défaillaient : car les principes étaient bonsj comme tous ceux qu'on étale sur le papier complaisant. Mais le système périclitait bientôt par la corruption des hommes : les aLus , les vices, les crimes étaient la conséquence d'un régime faussé , d'un gouvernement dépouillé par l'intrigue, la fraude, la cupidité, l'ambition , des formes légales dont il avait été revêtu.,. Avons-nous été exempts de ces attentats depuis le réiablissemcnt des monarchies ? Les chartes, même la charte-virile , nous ont-elles donné moins d'intrigues, moins de nullités en place, moins de passe-droits révoltans, moins de fripons favorisés, moins de probités et de talens délaissés , que n'avait fait précédemment la république?... Non, les résultats sont toujours sortis d'un même foyer de corruption : nous n'avons vu que des habits retournés , des opinions pivotantes, des dévoûmens vagabonds, à -la tête des affaires ; mais le vice stable, le vice inamovible restait. Les hommes qui avaient fait et défait la république, institué et démoli l'empire , proclamé e\

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proficrit la restauration, pcrsUiaient , par eux-tnémes ou par les intrigans y les déprédateurs, les charlatans divers, sortis de leur école... Avec cet état de [choses , monarchie ou république , un Etat ne 6ort point des révolutions... Choisissez mieux les. homnies; c'est à cela que se réduit toute question de prospérité nationale... « Il y a peu de mauvaises, constitutions , a dit un sage publiciste » ; mais s'il en existe, ce n*est pas,- à coup sûr, parmi celles, qui ont pour base les droits d'un peuple , plutôt que ceux d'une famille... Carnot défendait une cause qui sera toujours puissante aux yeux de la, raison.

Le courageux tribun ne gagne cependant , par son plaidoyer en faveur de la république , qu'une disgrâce inévitable, qui ne tardera guère K l'at** teindre. Le projet d'intronisation héréditaire est porté au corps législatif; le président Fontan<es le soutient et le préconise. Enfin , le 4 i^<^i > ^^^^^ députation du sénat vient annoncer au premier consul , par l'organe de Cambacérès : « Qu'il est n du plus grand intérêt pour le peuple fran- « çais de confier le gouvernement de la répu- << blique à Napoléon Bonaparte, empereur hér <c réditaire. » Soixante mille registres sont ouverts en France , afin de recueillir les votes des citoyens sur cette grande question : ils produiront 5,57^^,539 signatures affirmatives, et seulement 3,569 négatives. Mais soit in^patience de s'entendre saluer

empereur, soîl répiignance à paraître recevoir' de ia natioa ooe paissancr, qu'il fvmt tour du des- Un , KapoléoD n'atiend pas . poar se faire {ntH

rlamtr. le <iépuuillem«u[ des Toies eaoDçaat la lanclion du peuple. Le iti mai, Cajiibacérès dé- Tançant ce T!f u natiODal . qu'il aoDOOce comme déjà manifeic, Cambacérès courl à Saint-Cloud, ei dît à soD collègue : « S'il est dans les principes M de notreconititution (toujours lamarquctene de * l'an VïU; de soumettre à la sanction du peuple « la partie du décret qui concerne IctabHs&eaieiit a d'un gouvcraeinent héréditaire , le sénat a pense « qu'il (leraît supplier f^otre majesté impériale « il*8«réer que les dispositions organiques re- « ç<issenL inunédialemeni son exécution ; et pour « la gloire comme pour la prospérité de la réu pul)li*pie, il proclame à l'instant même \apo- « léon, empereur des Fraoçaîf. » En sortant de TaudicDce dans laquelle il a dit à Napoléon tu seras empereur, comme l'artiste de la fable dit à l'œuvre de ses mains, tu seras dieu , l'esconsul passe cbez madame Bonaparte , et lui fait entendre ces mois - » Madame, je m'esvioie heu-^ « reux d'être le premier de vos sujets qui vienne « déposer à vos pieds mon respect ei ma fidélité. 1 Le lendemain , Barras disait h l'un dc& courtisans que son opulence avait conservés : « Voyez-vous, mon ami , ccUc place encore maru quéc sur mon canapé , c'est celle qu'occupait , il.

« n'y a pas très long-temps, rimpératrice des « Français... » Ce mot a été affirmé par un témoin auriculaire.

Le même jour , 1 8 mal, un séna tus-consul te organique.« déclare la dignité impériale héréditaire « dans la descendaDce directe , naturelle et légi- « tîme de Napoléon , de mâle en mâle , par ordre « de primogéniture , et à l'exclusion perpétuelle a des femmes et de leur descendance. Il peut ce adopter les enfans ou petits-enfans de ses frères, « s'il n'a pas lui-même d'enfans mâles au moment ' « de l'adoption... A défaut d'héritier de Napoléon, « la dignité impériale est dévolue à Joseph Na- <c poléon Bonaparte et à ses descendans , et à dé- <c faut , à Louis Bonaparte et à ses descendans. » La nation tout entière parait applaudir à ce rétablissement d'une monarchie contre laquelle , tout entière aussi, elle s'élevait avec véhémence quel- .ques années plus tôt : tels sont les e£Fets du prisme de la gloire et des prestiges de la renommée.

Le premier consul a clos la liste des émigrés , brisé les tables de prescription ,, rouvert les portes de la patrie à trente mille Français ; par lui , la sécurité règne dans nos campagnes y si long-temps désolées ; les traces de la terreur et du vandalisme disparaissent; la religion relève ses autels; l'industrie prospère , l'es talens sont encouragés ; grâce 21 là' régularité qu'il imprime à l'administration , ses agens sont respectés; la confiance qu'il rendit à la nation fait renaître le crédit public; enfin, la po-

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litique européenne trouve «u moins , dans soa gouyernement , un ^nt stable , un système diplomatique arrêté. U est* donc évident que Napo^ léon Bonaparte est le bi^n£iileur de la France ^ et ^ue 9^^ droits à la reconnaissance nationale Reposent sur des. témoignages irrécusables On se

plait à perdre de vue la trame aussi audacieusement qu'halnlement tissue par Tambideux général, pour s'élever au souverain pouvoir : trame qu'il a su recouvrir des présens de sa féconde magistc'kture.«. L'enthousiasme rend imprévoyant : on livre sans résistance , sans précaution au nouvel empereur, cette France qu'il peut dominer en despote; contente des garanties de haute capacité qu'il a données , la nation ne lui en demande ili de bonne - foi, ni de popularités*. Nous sommes toujours ces Français que l'on captive dès qu'on les a séduits. Le trône est relevé le i8 mai ; dès le 19, Napoléon l'étaie de dix-huit colonnes formidables ,. en créant le même nombre de maréchaux d'em^ pire : sont promus à ce premier grade de l'armée , les généraux Berthier , Murât , Moncey , Jourdan , Masséna , Augereaù , Bernadotte ^ Soult , Brune , Lannes , Mortier , Ney , Davoust , Bessières , Kellermaon , Lefebvre , Perignon et Sennirier.

Le procès de Moreau et de ses complices , (x>m-^ menée le 10 juin , est le premier acte marquant du gouvernement impérial. Nous ne nous étendrons pas sur ce procès , dont Pichegru a évité les conscquenccs , en s'étranglant dans sa prison.

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dès lè mois de mars. Une malveillance plus em- • pressée d'accuser que de raisonner, fait de ce suicide un crime de l'empereur. Trois mois détruisent celle ridicule imputation : PicLegru était incontestablement coupable; l'instruction eut rendu sa trahison évidente.Quel avantage l'esprit de rivalité , que l'on prête à Napoléon , peut-il ùver d'un assassinat qui sauve k son prétendu rival la honte dont le couvriront les preuves multipliées de son infamie? Mo reau^ traduit devant un tribunal ^ se défend avec maladresse et sans dignité; le souvenir de ses brillans services se noie bientôt dans le itlëpHs qu'inspire la connaissance de ses méfaits politiques, et surtout le spectacle de sa faiblesse. Cependant beaucoup d'officiers , ayant servi sous tes ordres , accourent à Paris , et jurent de le sauver au péril de leur vie , s'il est condamné à mon. Telle est précisément la condamnation que l'em- . , pereur fait solliciter , afin d'appliquer avec éclat cette clémence souveraine dont il brûle d'orner son auréole de gloire. Les juges trompent son attente : l'illustre coupable n'est condamné qu'à deux ans de détention ; peine que Napoléon comlilue, ou plu tôt .aggrave, en lui substituant un simple bannissement. Moreau se rend aux Etats- Unis d'Amérique. Il ne reparaîtra sur le sol européen que pour mourir dans les -i-angs ennemis , sous un uniforme russe , et tué par un boulet français. Georges Cadoudal est exécuté avec plusieurs officiers. Vainement Murât a sollicité la grâce de

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