‹ Histoire de Paris, composée sur un plan nouveau (volume 2)Chapitre 15 sur 74 · λ HISTOIRE · texte numérisé non relu

λ HISTOIRE

.'cel inti-épide royaliste : « Georges est un homme n tViionneur cl d'un grand caractère , disait le « nouveau maréchal ; si Votre Majesté veut lui H faire giace , je le prends pour mon aide-dci< CAmp. Une fois sa parole donnée , je réponds de « lui comme de moi-même, et j'en réponds sur <i ma téie. — Non , non , jamais je ne consentirai « hi la grâce de Georges, a répondu l'empereur; il f< a commis des assassinats sans nombre... >' L'împérairice Joséphine et madame Murât , sœur de Napoléon , sont plus heureuses dans leur intercession : la première obtient la grâce d'Armand de Poiignac, condarani? à mort; la seconde obtient celle de Chacles de Rivière, également frappé d'une condamnation capitale... Nous desirons pour ces deux geutilhommes tju'ils n'aient pas de nouveau conspiré après cel acte de clémence : une vie qu'on a laissée au coupable devient atroce, lors- , (ju'un nouveau crime, tramé contre son libérateur, vient rectcuser les traces de l'ancien,

S'enveloppant du manteau d'une religion restaurée , dont le premier consul s'est fait le prolecteur , une congrégation , connue sous les noms de pères de la foi , adorateurs de Jésus , paccanaristes, se glisse, souple et sinueuse comme le serpent, dans quelques provinces de la France; l'empereur qui , sous un masque tatoué de titres nouveaux, a reconnu les jésuites, dissout, par son <lécrci du aSjuin, deux-éiablissemens qu'iK sont [jnrvciius ù former.

Nous avons signalé ailleurs la première fonda-* tion de la lé gion-d* honneur, distinction purement militaire^ qui n'a été, jusqu'ici, représentée que par des armes particulières , décernées avec un brevet mentionnant les actions d'éclat dont elles étaient la récompense. En i8o4> ^^ légion-d'honneur devient un ordre de chevalerie , peu compatible avec les institutions républicaines qui restent encore dans la lettre des lois.., ..L'insigne est alors ,une double étoile , ressemblant & toutes les croix portées dans les monarchies; et^ par un plus grand oubli du principe de l'égalité , encore tant invoqué , tant proclamé , des distinctions aristocratiques, une hiérarchie, sont établies pour cette récompense nationale , comme si l'honneur pouvait avoir plusieurs degrés, ainsi que la société a plusieurs rangs. L'on crée des légionnaires , des officiers, des commandans, des grands-officiers, des grands-aigles; on a les croix d'argent, les croix d'or , les plaques , les rubans unis , les rubans avec rosette, les colliers, les grands cordons, les plaques... et cette bijouterie, cette soierie honorifiques deviennent de plus en plus éclatantes , selon que la dignité du personnage est plus élevée. Ainsi il y a des décorés de première, seconde, troisième, . quatrième classe. Le haut fonctionnaire appartient toujours h la première classe ; l'humble sol^t , toujours à la quatrième; et pourtant il n'y a souvent chez le premier qu'un très petit mérite à récompenser , lorsque chez le second on récom-

pense irog peu un mëritc éclatant. Un jour TiUus'

iraiioD n'entrera plus pour rien ilaiis les motifs déierminans , et les croîs mentiront presque géne'ralcment aux yeux. Cette institution est le délnit d'im retour aux privilèges, le point de départ d'une nouvelle noblesse. Aussi l'illustre La Fayette refuse-t-il la croix d'honneur , par la raison , éminemment conséquente, qu'il a volé à l'assemblëe iiatibnale l'abolition des distinctions honorifiques. 11 y a plus de sagesse dans l'attribution d'une même décoration à tous les genres de mérite : on sert, on honore ïa patrie aUr le nége, au barreau, daii9 la carrière civile , da^is les sciencea , dans les lettres, et par des actions philantropiques, avec autant d'éclat que sur le champ de bataille : une marque -disÙDctive commune comprime l'esprit, naturellement dominateur, des qualités qui brillent.," : c'est une sage précaution sous un gouverment militaire. La légion d'honneur est inaugurée le t4 juillet 1804 ) jour anniversaire de la prise de la bastille et<lu renversement de l'aristocratie : cette date n'est pas heureusemeul choisie.

Le 31 janvier 179?, le canonavait retenti, dans ta nuit sombre , pour annoncer aux Parisiens consternés que, sous peu dlieures, allait tomber la dernière tête d'une dynastie âgée de huit siècles^ )e ^décembre 1804, let;anon retentira, aussi dans les ténèbres, pour annoncer k ces mêmes Pari-' siens qu'on va couronner la première tète d'une dynastie nouvelle. Depuis deux mois on procède

aiUc préparatifs de cette grande solennité , avec une pompe , une prodigalité sans exemple. Ce n'e8( pas seulement d'un empereur qu'il faut improyîser la maison , les équipages , les insignes éclatans: ce souverain est entouré d'une nombreuse famille^pauvrecommelui^etdontil convient de dorer à pleines mains la grandeur impériale, née dliier. H en est de même des hauts dignitaires y qae Napoléon éleva récemment sur les pavois de sa toute-puissance : les gratifications coulent par millions des coffres de l'Etat; le peuple, pour subvenir à ces frais énormes , sans nuire aux ser- 'Vices de l'Etat, devra escompter, pour ainsi dire , ce commencement de prospérité que Napoléon lui a rendue... Les dépenses du sacre s'élèveront à 85 millions... De toutes parts, chez les altesses , chez les grands de lempire qui vient d*édore, ondulent, sous la main des marchands qui les étalent , les riches étoffes de Lyon ou de l'Inde ; les pierreries ruissélent sur toutes les toilettes ; les pwles se pressent , se combinent , eu dessins élégaas, sur le velours ou le satin des parures dont mille beautés , inconnues naguère, exposeront au sacre l'opulent appareil. Le brodeur contourne le fil d'or ou d'argent en magnifiques broderies , sur des habits de sénateurs , de généraux , de législa-* leurs, de préfets, de fonctionnaires divers; tandis que la modiste chiffonne en coiffures capricieuses le tulle lamé ^or^ ou le velours sur le*

quel doivent se balancer les plumes orgueilleuses. Â^hdque instattt on vdif'^r^i^M' S.ks' cfiâi^"tfe poste lioddreusea; à diaijde îhtfH^il'lés'tigïbljW- Dis, combles d'étrangenV'è^ixsëfàl Un Ùslttf*'l'-Âè nouTeaux voyageurs. '' ■' i' -'■:■ .i-^ i^a J

Ëûfin , le g^and jour a lui : ^àpolétiU''i);iiiï'%à Tuileries , an brait d'mie tOQaaAteartillëriij y i^ ^ revAtnde tous les insignes impâriaox, et VéS^kridissant de pierreries. A ses cdtés Jos^plûtaie de^IÀ (Pbgerie', plus belle endore que s6n élincelak^ pàrpre , laisse apercevoir Mir' son Tisag«'t^^pressioii de toâté sa joie. Devant l«ictttipî^ impérial wnt assis le»"/)rà«Mï l^iteph et' Làih Bonapartâ vHsrnax^iés ;<«Wbaïita«^ 'pcwt-^t^'d^ toute la mt^diâtjence qui convient àj^iJrMrOfi^/Ib TOirarefquf itratne Ce qtfatnét^^ë^iilïijestëâ etd'irit0Sfle» im{}éri6lte«le3tf)fesqtt*iâitié¥ement de gtàbès, autour desqn elles l'or se tord;se tourmente, s*a tnîncit en âlels élégans; fimpérisle semble pliet sous lé poids d'une couronne fermée , signe colossal d'une royauté de fraîche date qui , comme toutes les puissances nouvelles , exagère ses attributs... Vingt pages, chamarrés de la livrée impériale , verte et or , sont comme accrochés autour de ce carrdsse fastueux , que traînent huit cbevaus riehenieiA caparaçonnes et empanachés. Napoléon, du bàilrt de ce char où triomphe sa fortune , promène sùl^ rinnorabrable foule ce sourire qu'il sait rendît tour h tour amer et affable , malin et bienvéillàiil;

■on regard perçant , comme celui de Taigle ({u'il a pris pour emblème , étudie Texpression de cette myriade de regards semës sur son passage.

C*est par un soin malveillant que plusieurs historiens nient l'enthousiasme que fit éclater la population compacte que Tempereur traversa pour se rendre à Notre-Dame , ♦par la place Louis XV , les boulevards et la rue St.-Denis : le silence du peuple , dans une telle circonstance et pour un tel homme , eût été un témoignage étrange y ou plutôt impossible du caractère français ; et le Parisien, ami de la pompe théâtrale^ eut applaudi* ce brillant spectacle^ quand même ses acclamations ne seraient pas adressées^ au héros qu'il admirait ^ an libérateur qu'il devait aimer , encore que quelques taches déparassent déjà sa vie... La vérité est que 4m traîispoiis , sinon unanimes (il n'en peut exister le lendemain d'une révolution ), du moins à pjÇu p|ès généraux et bruyamment exprimés , éclatèrent sur le chemin que Napoléon parcourut pour 06 rendre à la cathédrale : cette assertion ne sera contestée que par la mauvaise foi.

., Le premier prêtre de la chrétienté, le vicaire dm Christ , Pie VU , attendait l'empereur au pied del'autel : il acquittait^ en complaisances pontificales, les concessions ultramontaines que Napoléon , fajibile calculateur des chances d'un avenir dont il detfOMit le maître /lui avait faites par le concordat de 1802. Le Charlemagne du huitième siècle Uvait élé cK^Qher à Home l'ônclion sainte; le

Charlemagne du dix-neuvième voulut qu'un pontife, dépendant de sa volonie suprême, vîut le sacrer à Paris. Jamais on n'avait vu , jamais sans duulc on ne reverra la vicilleéglise métro polîiainc parée et coqueiie comme elle l'était au sacre de Napoléon ; jamais l'imposante harmonie de Lesueur et Chérubini ne s'exhalera d'un nombre Ac Toix cl d'instrumens égal i celui qu'on cnleudit ce jour-là; jamais ou ne reverra tant de velours ornant les piliers gothiques, tant de lampes de vermeil dt-scendant de la voAtc , tant de riches tapis cLendus sur les dalles, tant de vases précieux élalés sur les autels , tant de lumières étoîlitut l'espace... Et ces jjaleries aux arceaux sarrasins, aux grêles colonnes , comme les femmes s'y pressaient, jeunes, jolies, parées de couleurs fraîches et ée!alanles!.,.. on croyait voir , autour de la nef, une covbedlc circulaire remplie de fleurs vivarifes... En se rappelant cette solennité glorieuse, Nauoléon, onze ans plus tard, dut murmurer sur le rocher de Ste.-Héiène, au bruit du flot qui venait se briser à ses pieds capti fs... " Ah ! ce fut un beau jour que <i le 2 décembre iao4! »

Au moment oii l'empereur reçut la triple oacr liou sur la lêle et sur les deux mains, Pia ^"11 prononça cette oraison digue de remarque : « Dic« « tout-puissant ei éternel , qui avez établi Hazîrël 1' pour gouverner la Syrie , et Jéhu , loi d'Israël, en leur manifestant vos volontés pai" ro^-gar)e "■ rrophète Ëlie; qui avez également répaailu

« fonction sainte des rois sur la léle Je'Saiîl et « cïe David , par le ministère du prophète Samuel , \t^ répandez y par mes mains , les irésof's de vos a grâces et de vos bénédictions sur votre seivi- « jfèwr Napoléon y que y malgré notre indignité <i personnelle y^ov s consacrons aujourd'hui «EMPEREUR EN VOTRE NOM. » Ainsi voîWi Lien ïa formule du droit divin reproduite dès Forigine 4^!lne monarchie sortant de la révolution : Napoïéon, <jui n'ignore rien , qui ne laisse pas articuler ttiîe' pensée sans Tavoir soumise au contrôle dé sa politique^ adhère assurément à cette même formut le; il lui convient de recevoir du ciel un droit que les peuples ne peuvent plus lui disputer sans être MCi'ilèges. Mais quant à la couronne > attribut di]l iiÔQVoir que son épée a conquis, îl ne veut pais la kehir du pape: lui-même^ saisissant cet insigne sur ràutel^ le place sur sa tête, puis sur celle de Timl^ratrice Joséphine; tandis qu'une musique harknonicuse célèbre cette consécration solennelle, ièt que le canon Tannonce au loin. *

* David a retrace , dans son tableau ou sacre , le magnifique spectacle de cette solennité : c^est un des ouvrages capitaux du grand peintre. En voyant ce chef-d'œuvre, on Sâicite uientaleincnt l'artiste de n*avoir pas accompli le siivstre: projet qu'il énonçait au club des jacobins , quelques jours avant le g thermidor, et lorsque Robespierre chance* lait déjà sur son piédestal cimenté de sang a Mon ami , %ck' Priait David avec sensibilité, en s*adres$ant au démagogue A' menacé , 9% te condamnent j je bois avec toi la ciguë. »

34« HISIOIKE

• Le lendemain du sacre, rempeiour , dans une fôtc militaire ci^'lébréc au Champ- de -Mais , sous les croisées de celte Ecole militaire où , quiozc ans plus tôt, il (itait élevé obscur, l'i-miieienr disiribue à des députalioQS de tous les réfjimens, les ailles d'or aux ailes éployécs rjui doivent , k l'avenir, les guider dans les champs de la guerre. Napoléon , restauraleur de celte éloquence militaire qui cchauCfe le soldai el fait cclore l'enihoufiiasmc, prononce une allocution fort remarquable : l'armée , dont il rsl la gloire , couvre jle longues acclamaiiun» cette harangue martiale. Suit le serment prêté devant les aiglesimpcriales : celui-lii sourira moius h Timagination du poète que lo serment du i^ juillet lyqo. . La gloire est belle i mais Tclan qui signale l'affranchissement d'un grand peuple... que peut-on lui comparer!

La mission de Pie Vif ne se termine pas h Paris avec toute la gravité désirable ; le Parisien , rieur et goguenard, oubliant trop la dignilé d'un ' vicaire de Jésus , s'égaie du porte-croix, monté sur sa mule, dont le saint-père marche toujours pré- ' cédé. La caricature reproduit ses traits quelque peu grotesques ; on te chante au Font - Neuf en style grivois... S'il passe , In foule allègre Feotoure, le presse, le. salue de ses lazzijplus d'une fois cet étrange écujer, moins heureux que le

Lo resuuratettr de la pnnlnre moderne s'csi iavisi= , et a bien fait. ,

D£ PARIS. * 14 ft

pôrte^croix célébré par Boilcau ^ est forcé de faire beaucoup, 'plus d*un pas eh arrière.,. Le chef de rëfflise lui-même . %*\\ se montre aux croisées des Tuueries , est appelé par les curieux du jardin : on sollicite peu congrùment la bénédiction de ses doigts sacrés > et lorsqu^il se dispose à déférer à cette demande^ de malins assista us s'écrient : voilà que ça va commencer,., O Français! Français !

Napoléon se rend^ le 18 mars iSoS^ au sénat ^ et fait connaître à ce corps qu*il accepte la couiçbnne de fer, d'après le vceu manifesté par la république italienne ; le 26 mai , T^pereur sera . couronné, à Milan, roi' d'Italie ; Eugène BeautiArnais , illustre émule et fils atîoptif dé ce monar^e, recevra, le 8 ji^in, le titre de vice-roi d'Italie. ' * .' ' ■

Cependant les armemens contre TAngleterre o^t continué avec une prodigieuse activité : cent quatre-vingt mille hommes vaillans et aguerris ^ cwronnent d'une ville de toile et de baraques les. hauteurs de Boulogne. L'Anglais , de %es côtes menacées, voit scintiller des forêts de baïonnettes , pendant les manœuvres journalières de cette puissante armée. Soixante - neuf vaisseaux de ligne sont prêts à protéger le débarquement, qu'une seule nuit peut voir accomplir; deux mille ba- ,teaux plats attendent luie cargaison de guerriers, Pout'tant Napoléon , qu'on accuse sans justice d'avoir voulu toujours la guerre, a, dès le 14 janvier , écrit au roi d'Angleterre la lettre suivante y

FTira

3^ Ifl(S90IRC

ifùf ptbiiâta thlt pBtmi ktf fâsiiés boaorâbleà^ Air gi^and hoinme : <c Je n^aitadle pA^de déskonlieùrà' a fnirc ie premier pas. J'ai ass«z> je pense; prouvé « ^ au >tnonde' que je lie redoute aucune des éhances « 'de la ^erre ; mais la paix e^t Ip vœu 4e^ ma» c^ àœtkt. Je conjure Yoite Mfqesié de ue pas' sb é fefoser au bonheur de donner elle-même lapais: <«^'faâ'mondet qu'elle ne lais^ pas celte douce sei^^ fc'Uisfaction à ses enfans.... Une coalition ne ibra a ^Jamais qu'accroître la prépondérance et la gran^ « d^ûr i^ontiÀentale de la France. » Nous rappel toii^ialréponsts^ù cabinet britannique; son'esprilv ^^ nos léc tëtfhs- qualifiei^nt , y est bien expi^imé : ^ë^'firliàiilbiréfqdi repondà M. de Talleypand; moins «aîis doute par l'effet d'une fierté ridicule de la part dtt*^nul Georges III, que par suite de 5on încapacit<^ cpîstolaire ^ même dans ses momens de luciditiî mentale. Voici le message : « Sa Ma*» « jeslé est persuadée que le but de la paix ne peut 'a élre atteint que par des engagemens. qui' puis- «* sent en même temps pourvoir à la sûreté ei à « la tr«anquilliié à venir de l'Europe , et prévenir « le renouvellement des dangers et des malheurs « dans lesquels elle s'est trouvée enveloppée. Sa « Majesté sent qu'il lui est impossible de répondre <* plus particulièrement à rouveriure qui lui a « été faite , jusqu'à ce quelle ait eu le temps de it communiquer ai^cc les puissances du coniin. Tient. »

Or, ces communications , si sages , si philantco«-

piques , tendent tout naturellement à rejeter sur les bras de ces mêmes puissances du continent le daugejp- imminent qui menace la Grande -Bretagoe. En conséquence , un traité d'alliance est signé le 8 avril, à Saint-Pétersbourg , entre TAngleterce et la Russie : il y est stipulé que les parties contractâmes emploieront les moyens les plus prompts pour ibrmer une ligue général» Contre le gouvernement français. Le but de cette coalition est Févacuation du Hanovre et de^TAl^ leniagne par les troupes françaises; le rétablissement du roi de Sardaigne en Piémont^ la sécurité du royaume de Naples, Fentière évacuation, de ritalie par les troupes de Napoléon. La Suède et l'Autriche accèdent aux sûpulations de Pétersbourg.L'empereur , peu soucieux de ces dispositions menaçantes 9 donne la- république de Lucques et Pa principauté de Piompino.^ à titre d'apanage , k sa sœur Ëlisa Bonaparte , mariée à un officier gé-^ néral corse , nommé Bacciochi , qui >, du coup ^ devient prince. Le 9 juin , la vieille république de Gènes disparait du rang des puissances : son territoire est réuni à l'empire français. Le 31 juillet suivant un décret impérial organise l'adminis-r tration des Etats de Parme, h titre de dépendance du grand empire.

Ces nouvelles acquisitions de la France hâtent l'exécution du traité de Pétersbourg; Napoléon doit songer h se mettre en défense contre la troi* sième coalition continentale. Le camp de Bouiqgnc est levé^ le 26 septembre; les troupes déjà

Tf

944 JHurraiBA

embarquées quilient les vaisseaux qu'élu iaon*' trient ; toute» les forces réunies sur les eôtee dte yOcéan se portent vers rAlIemagne , avec la Mftdite de Taigle dont Timage brille aiMlMBus de le«rs légions. L'Angleterre respire ) des torrens de ' saAg font inonder le territoire de ees alliés; mais f Anglais fumera et boira avec sécurité son pwtw dalis la Public-^House de Londres, de Bcistol our de Mancbester.Yoilà l'effet des joQmmuniciMiions généreuses du cabincyt de Saint- James.

Les bulletinf de l'armée qui entre eii campagne «si ses opérations se prolongent ^ ne seront .pins présentés sous des dates appartenant à l'élis républicaine : un sénatus^<KXi8ulte du g septembre a décidé qui dater du t^ jauTier ido6 le calendricr grégorien ^era rétabli^ et l'œuvre de la convention nationale aboli. Ainsi disparaissent ^ dans une progression rapide , les institutions de la révolution : déjà le titre de citoyen ne s'emploie plus constamment dans les protocoles officiels ; bientôt les termes consacrés par le règne de la liberté n'existeront plus que dans l'histoire.

Dire que , commencée le 8 octobre , la campagne finit le a 'décembre y anniversaire du couronnement , par l'éclatante victoire d*^usterlitz y c'est avoir tacitement rapporté tous les exploits de cette guerre , et la continuité des triomphes qui amènent un si rapide dénouement. Trois empereurs sont en présence dans cette bataille , le plus beau trophée de Napoléon^ le plus éclatant fait d'armes des temps

0£ PARIS. 94s

modernes : avec moins de cpiatre-vingt mille hommes l'empereur des Français en doit combattre (piatre^-Tingt-quinze mille, dans un pays pvét à s'insurgev contre lui. Les Russes ne perdent pas moins de trente-cinq mille hommes à Aasterlitz, c*est-à-dire la moitié de leur armëe. Alexandre ya tomber inéyitablement au pou- Toir de Napoléon ; celui-ci y par une générosité plus magnanime que politique , lui envoie un sauf-conduit * de sa main y après avoir^ durant taule l'action , défendu à ses artilleurs de tirer sur le quartier de l'autocrate... Le monarque hyperboréen doit non-seulement la liberté , mais la vie à soi^ illustre ennemi : il s'en souviendra un moment, en 1814^ & Paris dans les conférences de l'hôtel de Tlnfantado; mais Tannée suivante il l'oublira hideusement lorsqu'il laissera déporter Napoléon à Sainte^Hélène.

Les maréchaux Launes , Soult , Bernadotte , Davoust y Murât y ont ajouté k leurs lauriers dans la journée du 2 décembre 1 8o5 ; les généraux Suchet , Oudinot , Tunot , Gardanne , et surtout le général Bapp , ont dignement secondé ces chefs supérieurs de l'armée.

Le lendemain , l'empereur d'Autriche vient

trouver Napoléon h son bivouac. // le reçoit ,

comme il le dira lui-même un jour, dans w^ fossé y

* Le saiji'-conduit fut porté au czar par le général Sanuy, depuis doc de Rovîgo. U était écrit au crayon. Cette pièce a été vue par un grand nombre de personnes î*.. sans doute elle aura été anéantie.

où quelques tisons réunis brAlent à peine sur ht neige... François donne à l'héntier de la république le litre de frère , et cette familiarité d un légitime lui tourne la tète.A Si petit ce jovas là! lui qui avait été si grand la veille ! c4 Dès*lôrs , « dit à cette occasion le caustique Montgaillard> « Bonaparte nest plus qu'un eoipereur. » Le mémejmir, un envoyé prussien, arrivé la surveille au quartier-général des alliés pour leur annoncer que le i-oi» son maître, entre dans la coalition , se présente à l'empereur Napoléon^ et le compli-^ mente ^ur sa victoire , avec toute la calin^rie tigrease de son pays. « C'est trôs. bien, monsieur u l'ambassadeur, répond l'empereur; mais voilà « un compliment dont la fortune a changé l'ay <c dresse. »

L'empereur François II est venu demandei^ humblement la paix à Napoléon : il est dé l'intérêt de celui-ci de l'accorder. Il a fait son vatout de fortune 9 dans une bataille où ses troupes combattaient à trois cents lieues de leurs renforts ; tandis que le prince Charles amenait quatre-vingt mille hommes à son frère ; tandis que le Russe Buxhowden en amenait quarante sous les aigles d'Mexandre; enfin, tandis que la Hongrie se levait en masse... Mais 1^ monarque autrichim est terrifié ; il redoute le prestige qui semble attaché aux armes de son ennemi : il ne croit phis au triomphe des alliés dans une lutte avec lui... Napoléon consent donc à un armistice , si Tempe-

^ DE HARlt^. ' 347

iréliP* t Alexandre accepte la condition de quitter VAUemagne, la Pologne, et de retourner chez lui pwtJQUirnées d'étape,.. U répond à cet égard au généi'al Savary, qui se rend à son quartier général : « Dites à votre maître que je m'en « }iraâ3; qu'il a fait hier des miracles; que cette ce «ÎQurnée ajoute à mon admiration pour lui ; que d^ie-est un prédestiné du ciel ;, qu'il faut ik mon ar- €<i mée cent ans pour égaler la sieiinc. » Et quand 1 autocurate est assuré y par les réponses du général français , qu'il peut se retirer avec sûreté y il aj où te i « Je m'en vais donc dans ma capitale; j'étais venu « ?au secours de lempercur d'Allemagne; il m'a <4 (fait dire qu'il es.t content.... Je le suis aussi...» Content , après avoir perdu trenie^^inq mille hommes... Voilà les souverains... Servez-les vaillanament^ braves officiers , et vous, pauvres sol-* dats y qui redevenez ohseurs après les avoir faits illustres ; nécessiteux, quelquefois me^dians aprè» leur avoir donné des provinces, des couronnes... L'armistice est conclu le 4^eembre; le 126 du même mois, le traité de Presbourg rétablit la paix entre la France et l'Autriche. Ce traité porte que les Eiats de Venise , la Dalmatie , l'Albanie , sont réunis au royaume d'Italie. Deux alliés de l'empereur, les électeurs de Bavière et de Wurt^nberg, s'em*ichissent d'importantes cessions territoriales faites par l'Autriche. Napoléon les crée rois; 1*^ duo de Bado, quoique pourvu de posses^ sions nouvelles, n'ose remplacer sa couronne du-»

àué&..

•j ■ ♦(•'•ta- -^^

30 HmUlKE

cale par une couronne fermée. Après le traité do Frcsbourg, la puissance autrichienne perd cent onze mille carrés de territoire ^ et une population de deux millions six cent mille amcs.

Au mois de décembre , le tribunal émet le vceu que , sur une det principales places de Paris , il soi t élevé une colonne , surmontée de la statue de l'empereur, avec ceue inscription ^ ^ Napoléanle-Grand, la patrie reconnaissante. Le sénat s'empresse de voter la même conséci-aiion ; l'empereur accepte cet hommage en disant : « Que la « place reste désignée, et laissons aux siècles à ve • m nir le soin de construire le monument , s'ils rati- (c fient la bonne opinion que tous avez de moi. » Cependant on commencera bientôt les travaux d'une colonne triomphale sur la place Vendôme ; et l'empereur ne les fera pas discontinuer.

Dès l'année 1804 le Code Civil des Français , qu'on appèlera aussi le Gode Napoléon, a été fondé sur les vestiges d'une législation multiple , formée de deux cents coutumes générales; lesquelles admettaient encore des modifications résullani d'une multitude de coutumes locales ; indépendamment des quarante mille lois romaines dont quelques parcelles se glissaient toujours dans notre droit. «Un homme, disait Voltaire, qui « court la poste en France , change de lois plus m souvent qu'il ne change de chevaux. » Le Code Ci»il , monument impérissable du règne de Napoléon, mW.,||^Mftf^Oit bigarré , et ranùuc tous

DE PARIS. 3.\g

It's Français au régime d'une même loi. En 1806, le Code de Procédure Civile , utile complément du Code Civil , est promulgué , et sera mis en usage il dater du 1" janvier 1807. Dès ce moment ces deux Codes sont enseignés dans les douze écoles ^e droit, fondées eu i8o4> Dans les premiers moisde l'année 1 8o6,commencë . cette émission de rois et de princes , de façon impériale , qui doit couvrir tous les pays conquis. Le directoire sema les républiques sur le continent ; Napoléon y sème à son tour des monarchies et des principautés , nées sous les ailes de sa fortune. Joseph Bonaparte f frère aîné de l'empereur , est mis en possession du royaume de Naplcs au mois de mars. Ferdinand IV, prince de la maison de Bourbon, et roi des Dcux-Siciles, a conclu, l'année précédente, un traité de neutralité avec la France, d'après lequel les troupes impériales se sont éloignées de ses états. A peine eu ont-elles été sorties que le Napolitain, violateur impudent des conventious qu'il venait de signer, a fait porter son armée à soixante mille hommes, et s'est empressé d'ouvrir ses ports aux ennemis de l'empire : vingtcinq mille anglo-russes, admis sur les terres napolitaines , se sont rembarques à la nouvelle du triomphe d'Austerlitz. Mais Ferdinand a trahi, pour la <^atrième fois , ses engagemens envers la France : Napoléon ne peut décidément compter ni sur la parole jurée, ni sur la parole écrit* de ce monarque, sans cease excité par sa -famine

'. 35o HISTOIRE

contre le gouvernement français . quel qu'il «oit, Joseph Bonaparte , nidr des geDéraux Gouvion St.-Cyr et Régnier , conquiert l'antique Parlenope cl son territoire; il fait une entrée souveraine dans sa conquête , et rempercur déclare au sénat que la maison napolitaine a cessé de régner. Le ^o mars, et an moment où les étals vénitiens sont réunis au royaume d'Italie, -un décret déclare grands duchés Jiefs de Tempire les provinces dfl Dalmatie , d'istrie , de Friout , de Cadore , de Bellunc. de Coneglîano. de Tréçise , de Feltre, de Bassano . de Viccnce, de Padouc et de Rovigot Napoléon donnera l'investiture de cos fiefs, (Jui se-' ront iransmishéréditairement.,. La féodalité étaï( ■ anéantie au moment de la révolution ; la voilà rclevé? par un prince sorti de cette même révolu-^ lion. Chaque jour voit ajouter à cette pépinière de petits états qui pourront . comme au moyen âge , se coaliser on joor contre l'empire ; leur distribution «nitinue. ïdi principauté de Neufchâlel , en Suisse, est conférée an maréchal Benhier, avec la qualificatitin de prince. Massa Garrara, en Italie, réuni à la principauté de Lucques, forme un 6ef iiApérial , dont la princesse Elisa demeure souveraine. Parme et Plaisance sont également . inféodés , au même titre : l'archichanrelier Cambacércs aura le titre de duc de Parme ; tarchUrèsorier Lebrun sera duc de Plaisance. La coiironne <1es Deux-Sicilcs , conférée à Joseph Bonapartf-r^ubil ellc-nième la souslranioti des sït fiefs-

DE CARIS. 35t

impériaux; tandis qac la principauté ileGuastalla, toujours sous la condition de l'homniage , est donaSè'k Pauline Bonaparte, veuve du général Leciyrc', et mainienaot remariée au prince Bor^ ghése.

Xç 5 ju!n'i8o6, une nouvelle dynastie éclot a un décret impcrîïil : la Hollande reçoit pour aou- ' verain Louis Bonaparte, IVère puîné de l'ejnpereur , marié a Hortctise de Boauhamais , fille de l'impératrice Josépliine et sœur du vice-toi d'Italie. Le même jour, la principauté de Ponte- Corvo, en Jlalie, est conférée au maréclial Bernadotte. Le même jour encore. Charles Maurice de Talieyrauil, grand chambellan, de Napt^éon, Maurice de Talleyraud, ijui seia plus latd grand chambellan de Louis XVIIJ , et petit-êlw , si Dieu lui prête vie, grand chambellan de Louis-Philippo d'Orléans, Maurice de Talleyraud, disous-nous, est investi de la principauté de Beuevent, «pour servir l'empereur , son suzerain, en bon et ioyal sujet» ; ce qui , comme cliacuu sait , sera religieusement accompli. Le maréchal Murât prend pos- • session du graud-ducbé de Cléves et de Berg , sur la rive droite du Rhin , dont il a été élu titulaire , par décret du mois de mars. Uu traité, conclu le 13 juillet, fixe les bases de" la confédération du Rhin. Les priuces ail^niands, signataires de cette convention, se féparciu h pocpétuité du pacte germanique*» et s'unissent i iiliM'ili et avec l'em^r pire françft^Tpar un lien mutue^ L'empereur Na-^

poléoa prend le litre de protecteur de la confddcration du Rhin. Le 20 du même mois, des plénîjjotenii aires russes signent; à Paris, des jir^Uminaires de pais, auxquels le prince que Napoléon j;ralifia de l'impolitiquc présent de la liberté, me sera point fidèle ; et celte félonie ingrate d'un lé^ ^itimc sera trouvée de franc jeu par les biographes de MM. Michaud. Tandis que l'autocrate travaille à violer les articles signés eo son nom , Fox meurt en Anglelerrej Guillaume Pîtt l'avait précédé de quelques mois au tombeau. Dans le premier de ces personnages, la Grande-Bretagne perd un citoyen honorable, uii politique de bonne foi, qu'elle retrouvera difGcilemcnt parmi ses hommes d'état; le second, miuisirc subtil de l'école de Machiavel, a fut de nombreux élèves dans le cabinet anglais : sou système cauteleux jic mourra point.

Depuis la paix que les Bourbo» d'Espagne ont signée avec la république /r^çaisS. leur polilique, docile et résignée , n'a mérjtéa aucun blâme de la part de leur puissante voisine : elle s'est pliéé h toutes ses exigences , moulée à toutes ses formes. Tout à coup un favori de copchette, nommé Godoï, qui s'est fait le maître^ la politique espagnole, en même temps que l'&r dorateur des charmes d'une reine surannée , seat^ ble vouloir secouga le joug de la France , au B^: ment où , dasM^Sidiciaire étroite ,j^Ti»t Na|{>^ Icon écrasa par u^ quatrième eoalincm. MiAistr*

du docile Charles IV, publie une proclamation , en «lyle paraboKque , dans laquelle il parle d'on dângêf prochain ^ de gloire à acquérir, d'ennemis ijèHt fne nomme pas , de perfidies sur lesquelles il'seflAexpliqne points et finit par appeler le noble peuple des deux Gastilles aux armes... Mais les EspÉj^ools^ après cette sorte de manifeste, conti^ attéiit à se chauffer au soleil et à manger paisible^ aieËit leurs ciboules , l'empereur se contente de ^>K9id!renot^ ées Tues hostiles de Godoi « Bientôt le ddminateur du continent apprendra à l'inhabile ciabinet de l'Ësourial que laisser soupçonner ses-in-^ testions y et prendre ouyertement les armes , c'est tdat un en politique.

. Napoléon n'ignore point la coalition dont le prinbe de la Paix attend l'effet : il sait qu^ine se« cràte alliance est formée entre l'Angleterre, la. Runie, la Prusse et la Suède; il n'attend pas que les coalisés attaquent ses troupes stationnées en Allemagne ; il quitte de nouveau Paris , et ar* rtve à Bamberg le 6 octobre. Le 9, Frédéric Gtullaume III ébranlé les deux cent mille hommes de bellea troupes qu'il oppose, en preAiière ligne , à Vempereur des Français* Un transport chevaleresque anime la jeunesse prussienne ; elle est échauffée par le serment que le czar Alexandre et le roi de Prusse ont prononcé , dans les souterrains de Postdam y sur )e tombeau du granà Frédéric. Tout gentilhomme, bercé par sa fierté nobiliaire , tout écolier brûlant d'un patriotisme V. :25

354 HISTOiHt

d'uuivei'silc , ufîcctc IVsprit martial ilcs vieux TcutOQS. Il inculte de loin ce Napol^Q . qui d'u vaincu sans doute que parce qu'il n'a pas eu en téielesbérosdelaSprée.llQ'ya pasjusqu'à la belle épouse de Frédéric Guillaume qui ne veuille prendre part aux trophées de cette guerre : équipée en oflicicr de dragons , l'illustre amazone veut que la crinière de son casque étincelant ^oUe ay\ premiers rangs de l'avant-garde... Tout ceci se passe le g octobre; le i4 l'armée prussienne, est presque anéantie dans la plaine de lena... Et xpujours lesinémcsnomsfregToupent, sous des laurjcrs, avec le grand nom de Napoléon; Murât, Beruadblle, Lannes, Davoust, Soull. Ney, Augereau, Lefebvre; puis une multitude d'autres généraus, pépinière féconde de maréchaux des temps* futurs... Après celte baiaillc^ et tandis que la colonne de Roshack. qui, cinquante ans, insulta l'arnijée française, s'achemine vers Paris, ce Dlucher, qu'on doit voir un jour se conduire en soldat mal appris dans notre capitale, suus la garantie d'une escorte européenne^Blucher jieMit, en 1806, triouipby^ que par la vitesse de sa fuite des Francis qui le poursuivent. Le 13 noyembre, trente-troiA jours après 1& premier combat, la campagne est k peu près finie : presque toutes les places ont capitulé; . les (Xirps d'armée échappés aux désartres de I«iui divergent de toutes.parts ou posent les armes; la cour fuit vers Koesiislierg ; et Tempereur, couquérantde l'épée dugTOBd'F'rédéric, signe dansson pa-

rft PARIS. 555

T^ih'^ sfit^ son bui^cau, un décret qui frappe une 'OèA^bution de cent cinquante millions. Le %i , /^t^Mpereur minute de sa main , dans ce même paliilif.-le projet du fameux système continentetJ, ' wMhicoup trop calomnié par une critique superficielle ; et sur' lequel les Anglais pleureront amd- '^ëmènt ^ pendant que nous en plaisanterons av-ec Abrite légèreté ordinaire. Une caricature spi- 'î^Khelle pourra représenter un franc Breton jè~ ittM'^ h travers lé détroit, une betterave sut* nbs éfetes';' en disant -. y a te fctire sucre ; Inais kft%i]^'ellé se sera ftite sucre en effet , la chdte 'iàS&lei'a d^étre plaisante pour le» -monopoleurs du iMMirë ' colonial.

' ^fkû commencement de Tannée 1 807^ les Russes , ^i^ns trop tard ati secours de la Prusse pom* -îjtte'leup souverain puisse çeprévaloir de raccomjilMeinent du serment héroïque dé Pôstdam y lés -Russes entrent en campagne an milieu de rhirér. Vtftngagement terrible a lieu , le 8 et legrévricf, dans les champs neigeux ^Eylau ; rougis bicntdt ^ sang de douze mille morts et de* quinze à r^Vingt mille blessés... Les deux armées célébreront une victoire conquise dans ces jours meurtriers-; •l^histoire la refusera à Tune, et à Tautre... Le général russe se met en retraite derrière la Preçél; mats seulement le lendemain de la bataille... Augereau est le premier héros de cette action ; X/annefr, Ney, Davoust et Soult, doivent être

nommés après lui. L'empereur veut pourtant décerner à Murât tous les honneurs d'un prétendu Iriomphe... de la faveur dans l'éloye dû aux services distingués!... Ah! c'est le plus Iiidcux des pssse droits!... Le maréchal Soult, donl la part de gloire est forte à Eylau, se montrera mécontem du déni de justice de Napoléon... Le souvenir de ce ressentiment viendra-t-il l'inspirer lorsque , ministre de la guerre , il reconstituera une armée Oii W piivilèfîc aura dominé quinze ans? Non, dix fois non : ce général , ainsi que ses prédéces- ■ scurs, s'en rapportera à la colerie persistante des bureaux ■ au niobiUer vu-ant de son ministère ■ personnel surgissant de Ions les régimes, et qui coule toutes les réorganisations dans le même moule, celni de la faveur... De cette plate foveur, cpn, BOiiG le titre .liftmitiatft poQr la ' cautOiHÉtie , de choix du rai , oommissioiinera tant de nullités au musc, de phraseurs \ vide, de célébrités d'apostille, de serviteurs illustres dans les cartons, Inais que personne n'uirs jamais reneoDtré» ni sur le champ de bataille , ni dans les emplois adminisuatifs leljtorieux... Fashionahles militaires, qtù auront mérité des grades par des courbettes, par des talens de salon , des lazzi empruntés an répertoire d'Odry, parce que les répartiteurs d'emplois, les teneurs de contrôles , seront parventis par les mêmes moyens, aidés de l'expulsion des serviteurs éclairés et courageux... Telle sera l'extrémité fâcheuse où se laissera entraîner monsieur le tna-

DE PARIS. 36t

iréçhU Soult pour De s étte pas rappelé Tiujudle |i^#scHi^dîi fait à sa gloire d'ËyJaUr .MtL<^««^^utages de ce grand massacre se pronon- . 4imt ,l>ieinôc : les Français sont mattres des deux I^Vfif' ^ Idlfe^ristule; l'armée russe est repoussée }f^» ^ la mer du Nord , après les combats d'Osuxil|inka et de Braunsberg. Napoléon est maître 4i^J^SnX ce qui reste delà Pologne demembrëiç; 1^,^ de Frusse, repoussé jusqu^à Textr^nitté \^ pVxa septentrionale de fie^ états, s'est renferwé ^4mu^ M^meL Durant la campagne que suspendent lea. rigueurs de l'hiver ,. le marécbfl^l ^efcbvre ^'içst , miuvert de gloire au mémorable siège de Dantz^ ; Iffonpereur lui confêire le titre de. duc héréditaire -^ J>aiitûck« Quelques ^égociaûoAS, eotamées ^ans fjo^^oès» ont prol^mgé lerepos ^^s tx^pts jusqu'au 5 . îuia 1807 ; les hostilités sont reprise^ le même jo^ar , 4ur la Passarge , que les Russes veulent franchir, lie 'maréchal Bemadotte , Vun des^ générauic qui , dsMas cette guerre » se sont acquis le plus de gloire 9 et surtout de gloire utile ^ repousse l'enoemi après un combat opiniâtre , dans lequel cet illustre capitaine est blessé. Le 10, un succès, plus laborieux encffiSy est obtenu à Heilsherg par les -maréchaux Soult» Lannes et Murât. Les Russes, auxquels vont échapper les derniers villages du • royaume de Prusse ; les Russes , qui peut^-étre se* ront atteints bientôt sur leur propre temtoire , font' des eflforts inouis de valeur et de désespoir. Le 14 juin au matin, les armées russe et fran-

36o HISTOIRE

proaTérenl l'introoisation de Joseph BcHiaparte à N«ples,de Louis BooapArte en Hollande, et colle, toute récente, de Jérôme Bonaparte en Westpli*- ' lie. Ce dmùer , affriandé par le rang sapréoae , a'ëtait décide i rompre son maria^ afec Obe riche hëritiàre américaine ; ainsi qne jadis Uoui IV aTaStdit : Paris vaut bien une messe, Jéràme, umt antre comparaison à part, avait dit : un TOyrame vaut bien on divorce...

Il faut avouer ici , sans ménagemens , qu'i Tit- ■ttf Napoléon manqua de vraie grandeur et de aaine politique. Non-seulement il eut été bean , il cnt été d'une noble équité de rétablir lliàmqHB Pologne f an moins telle qu'elle était avant l'ignoble partage de 1 795.. L'empereur , en obtenant f:e ^and acte de réparation , non-seuloment eut récompensé un peuple généreux , qui l'avait servi dans la guerre de Prusse ; mais il eut ainsi opposé une barrière plus fcH-te à l'ambition de l'autocrate, que par la fondation du débile dncbé de Varsovie , confié au roi de Saxe. En lisant le traité de 1807, (U pourrait croire qu'il n'existaiten Europe que quatre puissances, la France , la Rusaie , la Prusse et l'Angleterre ; l'Angleterre . parce l'empereur Alexandre aoc^itait la médiation entre tUa et fea^arair Nspoléan. Du reste , tous les auirn étals étaient à peine mentioaa^ : il> s'éra- Bouissaient cmiêrcœnt dans les stipulations des deux grandes paBàMdO^netaBics. Le monarqvx^ pntwen, im^Êàgd/éMÊV^û par «n allié av^^

t Vi

une indifférence luuniliante... Dans les revues , il mârdiaitàlasaitedes empereurs comme un simple aide^de-camp ; il n'entrait dans le conseil que sous le bon plaisir de ses deux grands frères... On a* dît avec raison qu'à Tilsitt^ Alexandre et Napoléon avaient paru se partager le continent.

De retour à Paris , Tempereur est accueilli par cet enthousiasme qui ne calcule presque jamais ni les moyens ) ni les suites des grands évènemens; il est complimenté avec une servilité plus ré- Héchie par les grands corps de l'état. Lacépède ^ président du sénat et <c naturaliste 4istingué par u son ouvrage sur les reptiles^ i» dit le malin Montgaillard, Lacépède s'écrie : «^n ne peut louer di«* fî gnement VotreiMajesté ; sa gloire est trop haute; « il faudrait être placé à la distance de la posté- #c rite pour découvrir son immense élévation.... » Pointe d'esprit qui serait vivement claquée à la fin d'un couplet de vaudeville » mais qui fait pitié dans une période oratoire. La harangue du tribunat est son discours d'adieu : un sénatus-con-> suite du 19 août brise ce dernier débris de la puissance populaire , opposée aux envahissemens du despotisme. Le premier présidait de la cour de cassation , Muraire , a complimenté l'empereur avec sagesse et dignité en disant : « Le seul « éloge digne de Sa Majesté , c'est lliistoire la plus 4c simple de son k'ègne. n Pénétré de cette vérité , nous récapitulons une foule de faits et d'institutions qui nous ont échappé jusqu'ici.

36s HlSrtMftE"

Dès le commencement de «on règne , Napoléon!' réorganise lécole polylhecnique , crée les écoles ' des ponts et chaussées , éiaUit douze écoles de droit , et donne II celle de Paris une organisation ' supérieure. En iSoS , un pont s'élève comme par encliantemenivis-à-visle Jardin des Plantes; le i" janvier iMoG, il est inauguré sous le nom do pontd'j4ustciiitx. Dans le même temps se forntent le» . cohortes de la ganb national*, légions citOTerateS' composées d'anoioos mUitaires,' qui seront, bu jour ' du danger, ude^uisfante réserve, diBOD» plus ^'na'' puissant auzÀliatré de l'armée ftctivo. h'aanée 1 8e8^ . nonti)t«ins féconde ^e les pr^cëdemes , voit pnv mtUguer ]« code dli#OJftnMirc« «( fonder Vuni0e^: , site intpérwàs aveo sa dâvisirauriM académies. Datlt cette .méfoe anaée est oommencé le œagniSqas palais de la bourse , édifioc antique , à quelques additions modernes près. Le commerce de Paris contribuera plusieurs fois aux frais d'érection de ce beau monument ; plusieurs fois abssi les fonds qu'il aura donnés recevront d'autres destinations... Les légitimes détourneront impudemment cet ar^ gent au prolit de leurs créatures, c'cst-à-dtre aa profit des hommes qui auront mérité des grâces en déchirant , pendant un quart de siècle , le sein do la patrie. Vers cette époque , on poursuit avec activité l'achèvement du Panihéon, la restauration (lu Louvre , l'élévalipu d'une colonne triomphale sur la place Vendôme. On reconstruit , auim de nouveaux plans, l'égliscf/c la Madelaine , qud

DE yARlSc 363;

NApfiêëQo/; pac an xlëcret daté de Posen^ en Ptusse, a mtéiainorjjphosée en temple de la gloire : les ootn^ deè>giiAvters illustres y seront inscrits sur des tableaid/W*.. ^ais non / cette noble , quoiqu'un pen mi^l)i(^gtque consécration ,■ se fondra dans les vRes apostoliques de la restauration. Le plus beau monument de Paris sera de nouvea^i, dédié à la plus péclàôresse des saintes. La statuûre reproduira , sur le fronton de cet édifice, unipisode de la rie de cette bienheureuse; ce ne sera pas néanmoins » letiplus pittoresque r la sc^e où Maddeine offi:e soli^eorps au pontonnier. Toutes leis parties de là capitale changent de face^t s'embelUssent-, ici par dea Ibntaines ; là par des bâtisses écmiptueuses , ailleufs par des plaees ou des rues nouvellement ouvertes. Une longue suite <Fédi6ees s'aligne le long^des Tuileries, sur le*terram de rantien cou^' vent des Feuillans, et sbr l'emplaoelnent où s'a-^ gita TorageMe Convention t c'est la rue de RipoU: hstrue Casiiglione est percée au milieu de celle précédemment nommée^ et vis-à-vis la place Ven^ > domc. De la grille dci jardin royal on apercevra la colonne triomphale ; et bientôt l'élégante rue de la Paix continuera une double ligne de beaux bAtimens, commençant aux Tuileries et finissant au boulevard de la Madeleine. Le corps ihunicipal de Paris, charmé des embellissemens que Napo« léon presse dans les murs de Ax^tte capitale, lui offre , en octobre 1 808 ,. des couronnes d'or, pour* éire jointes aux aigles de l'armée.

3S4 HISTOIBÇ .,„.o/

A ces institutions d'une iidimeistcftt&mrfaîeiilai?^ sgnte çt active, il faut, parinaltievq^ifdpiioseDjdéi dispositions qui ternissent rédat de «set apd^fe>iEl6 gloire du souverain qu'on voit^ tout à la foîa^tirioin^ pher de ses ennemis, donnev 4^ codes k\m JRraMb) e% couvrir Paris de monum^ns, Aemontona é&i^pà^ ques mois ce règxie h:tUant-«Le :àj septembue k 9ofj\ mi sceau de ier esv*f pposé sur la presse , déja«^^ jfptt^ : aucim libraire ne pourra vendre unvOUf^ jT^^^ > fl[u^ gu en soit le sujet, avant de i'^^dit aaumÎAtlt la censure .d*uno commiasion; i'aBcieu g^^QjiSral^pjréfcti PommereuU acquerca , oomme>prèp siéent de cet^,coi|:imission, uiM diéploralde oé^ brité.,.. Plufîieurj^<de noa Jiîtérateum distîngu^^ que nous i^c vou^s piis^ fiétJ^ir eu les^a^wmi^^ s*associeroDt à jcette torture dé la pensée.' D'aprte un sénatus-consulte rendu le i a Octobre de la même année, rinamovibilité des juges ne sera consacrée qu'après cinq années de fonttions , et si à, l'expiration de cette période , l'empereur reconnaît qu'ils m^nV^Ti/ d'être maintenus : en d'autres termes , s'ils ont su plier la justice au% exigences de la politique impériale. Le personnel actuel de la magistrature sera livré à l'examen d'une çcnocimission épuratoire : Napoléon le révoquera ou le maintiendra. Rien de plus despotiquement arbitraire que cette mesure : elle achève de détruire la plus respectabie*indépendance, celle de l'ordre jud' iernière sauve -garde des libertés pu-

^Nous signalerons avec rapidité un traite conelu le ay octobre 1807, à Fontainebleau, entré la Fi^uace ejt l'^j^gne. Napoléon , profitant avec habileté des terreurs qu'il inspire maintenant à Godoï y prince de la Paix y sourerain de l'Espagne y -çkat cpie l'incapable Charles .lY ; Napoléon , disbna^nous , enlace ce ministre dans une négociation fallacieuse , par laquelle Tempereur s'engage à-conquérir lé Portugal pour en donner une partie aa roi d'Etrurie, qui cède à Najpoléon l'état de Florence. Une autre partie dé ce même Portugal est promise au prince Gôdoï. Enfiit le subtil négoi^teur s'oblige, sans doute avec la même frau'chise , à reconnaître le monarque castillan empereur des deux Amériques. Ainsi' Napoléon , paraissant agir en vertu d'un traité, réunit Florence à son empira , à titre de grand fief, donné à sa sœur Ëlisa , puis il fait passer les Pyrénées à^'un corps de vingt^nq mille hommes, qui , sous les or^es du général Junot, marche eu ce moment sur Lisbonne pour l'occuper, et soustraire ainsi le Portugal à ^la domination anglaise. Une fois que les Français auront le pied dans la péninsule ibérique , nous verrons la politique de l'empereur changer le thème de Fontainebleau : déjà même ses vues secrètes sont en partie révélées par la réunion à Bayonne d'un second corps français de quarante mille * hommes , destiné , en apparence , à soutenir le premier , en cas de débarquement d'une iirmée anglaise en Portugal.

Du- reste , la Tn^sinteltigencc qui survient au mois (l'octobre cotre Charles IV cl le prince des Asturies, pr^eipiie le dàioucinent de cette comédie diplomatique.

A la fin de l'année 1807 , on discute au conseil-d'étai sur la reproduction d'un nouveau ves- I tige de féodalité : l'empereur médite l'établissement des majorais , pour assurer l'hérédité nobiliaire par la plus immorale violation, l'inégalité du partage des successions... Les membres de la nouvelle noblesse , même ceux qui ont payé de leur sang les titres que l'empereur leur a conférés , n'en seront pas moins méprisés par les nobles de vieille roche. Ceux-ci rampent aux pieds de Napoléon , eu tendant la main à ses at^mânes ; ils se chamarrent de ses livrées de chambellan et de préfet du palais , en attendant l'occasion de le trahir; mais retournés dans leur faubourfî Saint-Germain , ils s'égaient aux dé^ pens de la cour impériale , qui donne du pain à la plupart d'entre eux. Chaque soir, à l'hôtel de Luynes , se réunissent les vétérans du grand lever de Louis XV ; les douairières jadis favorisées du tabouret, les niarquiscsayant obtenu les honneurs secrets des petits appartemens. Il faut entendre , dans ce refuge des vertugadins et des ailes de pigeon, honnir les illustrations de Buonaparte , dé ce coupe-Jarret que les discoureurs malveilUtas salueront, demain matin, du titre de Majesté impériale et royale.... Pas un de ses grands digni-

taires qui ïï^aI é\é perruquier , laquaû on baladin ; pa3 une des daines de riinpératrice qu'on n'ait y ne fruitière, marchande de harengs, cuisinière^ ou quelque chose de pis.... Et les beautés émérites qui déchirent si peu chrétiennement leur sexe , oublient que , parmi elles , plus d'une comtesse, présidente^ baronne» fut aussi quelque chose de, pis , sans avoir vendu des herbes ou lavé la vaisselle; mais par un amour du prochain porté jusqu'à là plus hideuse prostitution.

Malgi'é le dénigrement de Thôtel de Luynes ..i^n sénatus-consulte du 1 1 mars 1 808 , consacre Tinstitutiondes titres héréditaires, sous les dénomina-* lions de prfnce , duc , comte , baron et chevalier ; il ne manque h la pacotille que la qualification die marquis. D'après cette loi organique , les grands fiefs^ réservés par le décret du 3o mars 1806^ vont être mis en émission , et plcuvoii* , rosée féodale sur les favoris de Napoléon..,.. Du reste , on sait que Lefebvre, par à compte sur les dispositions du sénatus-consulte de mars 1808^ a été créé duc de Dantzick , dès le mois de macs 1807. ' On a dit jusqu'à satiété que Napoléon avait atr tiré Charles FV" , roi d'Espagne, et Ferdinand,

sou fils , dans le piège de Bayonne , où , le 5 mai 1 808 , ces deux princes signèrent une double abdication ; que ce fut avec le dessein prémédité de renverser le trône des Bourbons de la maison d'Espagne; et que le grand duc de Berg (Murât), qui dcs-lors occupait l'Espagne avec des forces

imposantes y était riii$|rumeiit d'une usurpation déjà arrêtée, et colorée d'un Ternis de {u:otecUoi|. Ces diverses assertions ne manquent pas d'^^io* tiiude ; mais elles sont incomplètes* ^Les dtftr^^ teurs de Napoléon évitent de dire que la ]PJ$^[f^ suie allait être envahie par les Anglais, ^viftii^ Tempereur la fit occuper par ses troupes ; q«*9m monarchie débile n'eût opposé <{u'un frein saiM[ force à l'ambition des fiers insulaires qui seraient venus s'installer en Espagne ; et que, maîtres de 1% population des Castilles comme du gouverner ment , ils eussent pu , en temps opportun , £ran<^ chir les Pyrénées avec une forte recrue espagnole , et se jeter dans nos provinces du midi , si faciles' à embraser des feux de la guerre civile. Quand même l'audace britannique e&tVeculé devant une invasion au sein du grand empire , n'etait-^tl pas évident que l'immense développement des côtes espagnoles offrait aux premiers navigateurs du monde une prépondérance continentale, que n'aurait peut-être pas balancée heureusement Napoléon lui-même. Tel fut Tétatde choses probable auquel l'empereur des Français substitua sa propre invasion, puis rétablissement en Espagne d'une dynastie sur laquelle il put compter. Quant à la question de légalité y nous l'abandonnons aux moralistes asseï^ habiles pour poser, d'une main sûre , les bornes que la bonne foi politique d'un souverain doit respecter, lorsque le pays qu'il gouverne est menacé , et qu'il peut avoir à choisir entre la sûreté

de seÉ propres Etats, et la yiolation du droit des litticnls. Nous abandonnons , pour n'y plus rêveii!f/ ce' sujet étranger à celui qui nous occupe. Bbtnons-nous à ajouter que Joseph Bonaparte ^ilùb&'.du trône de Naples à celui d'Espagne , et ^^Toadbim Murât , grand duc de Berg, fut ap* fiâé à régner ^ir les Napolitains*

' 'Au mois d'octobre 1 808 , une entrevue a lieu à Êrfurtk , entre l'empereur Napoléon et l'autocrate Aieiandre : tous les princes alliés des deux grands soiuverains assistent à cette entrevue. Napoléon fSEUt à son frère , de la maison de RomaHoff» la galanterie de lui conduire en Allemagne l'élite de là. Comédie-Française. Chaque soir une espèce de grange, métamorphosée en salle, de spectacle , est le rendez-vous de vingt têtes couronnées ; Takna n'a devant lui qu'un parterre de rois. CTest dans une de ces réunions souveraines qu'à ce vers , prononcé sur la scène :

L'amitié d'un grand homme est an bienfait des dieux ,

Alexandre se lève précipitamment , et doAne la plus chaleureuse accolade à son frère Napoléon , qu'il courtise alors avec toute la tendresse d'un amant *«

*Le grand maréchal du palais, Duroc , duc de Frionl, a souvent répété que , durant Tentrevue d*Erfcurth , Akxaodre avait témoigné le plus ardent désir de posséder une culotte de Napoléon. L'empereur des Français , en autorisant son

370 • mSTOIKE

n est probable^ toutefois , c(ae le» deiui^eaapc^ reurs né se sOïit pas' rénnis nai^eneot. ipcnrtr ftùtemiser, : les armemens enraoïidinftî^e^ de rAntriche , dont elté n'a donné au . cabinet ^ dks Tuilei:ies qu'une explicatioiÉ peu satite£aâsanie)# entrent assurément pottr" beaucoup dans» lies -^bîtifs de cette conférence , et Napol^n , à son ^ro4tôti^ d'Erfurib , dira au sénat r « L'empereur de « Russie et moi nous sommes d'accord et inTa* ce riablement unis pour la^ paix comme pour Ja «guerre.»

' Au mois de j anvier 1 8og , l^£spagnc est entià* nsirifient insurgée contre les Fiançais; lès Angl«ki dëbftrcfués eH Porifagal; en ont repoussé les tronf^et ifupérialés i ils^ <^herclient maintenént' à joia^)e leurs foi^ces à l'insurrection espagnole. Mais en Espagne combat Napoléon lui-même; et l'Europe sait trop maintenant que là où se tirouve ce souverain la victoire se déclare contre ses adversaires... Tout à coup l'empereur^ appelé sur un nouveau théâtre d'hostilités, repasse brusquement les monts laissant son armée étendue;des P^réyiées au'Tage, du littoral catalan aux côtes de la Galice. La cinquième coalition continentale est commencée , et le prince Charles , après avoir passé rinn , a déclaré au commandant des troupes françaises en Bavière qu'il traitera en ennemi

grand-maîlre de sa garde-robe à donner au prince russe toutes ses culottes pour peu qu'il les désirât > ajouta en vient qu'il fallait pourtant loi en laisser une de rechange.

DE PAHIS. ^ 371

quioenique s'ofipoaera à sa marche 3ur lo territoire db' cette p-uispaooç. Tel est le premier manifeste dé rAatciche 9 qpî , naguère encore, faisait affir* nver, par ses diplomates cauteleux , qu'elle ne songeait nullement à troubler la paix du nord de rjSorope. Depuis trois ans pourtant; et tandis qiue le cabinet de Vienne protestait de ses intentions pacifiques enyers la cour des Tuîlejies , .Frapr çois II n'a cessé de n^éditer une nouvoll^ çoaUtiou aVoc le cabinet de S|iint-Tamès.

L'empereur des Français court en Allemagne , OÀ son ennemi a mis debout cinq cent cinquante . Baille hommes , troupes réglées et landwer. Na- -poléon oppose à ces forces colossales moins de deux cent mille coaibattans ; et cependant la cam* pagne durera à peine quatre moisi.. Dans quatre mois le favori de la Fortune et du Destin dictera ua traité à son adversaire fugitif, sur le bureau de la fière Marie-Thérèse. Décrire , après cent historiens, les batailles d'JEckmuhli d'Ëbersbçrg, d'Essling, de Wagram> ee serait avoir à citer de nouveau les noms illustres , à tamt de titres, de Masséua, deBernadotte, deLannes, deDavoust, de Macdonald , d'Oudinot. Lanncs , l'un des plus bi*aves guerriers de l'armée , périt glorieusement à Essling, combat long et meurtrier, où l'archiduc Chaiies jette un échec à travers les sucôès de son redoutable ennemi; échec dont il ne sait pas profitei^ el^ qmi ne fait que retarder le triomphe decisif de l'armée française. La campagne, 00m-

inencée le i5 avril, fiait le 6 j|Ainei<{ hsrjfffyaéTmH Macdooald et OodixKit om<Gcia<|tttt<i^'kâktftttai^ mlÉréchal sur le champ de bainilb de l/V^^^otobf» Le prince de Poate-C>>ryo (Bernadalfie^l^^iaiitQii- '^ift davantage peut-être : cette 4isgraccbj^klti^ùée , qui natt de la noMe firaaduse d'ii^ i«eimteur fidèle ; il quitte l'armée. Marmont està^égtii^ittent élevé au ran^ des maréchaux v-apr^Jb tbatfâHe de Wagram. Cet officier» de qui vNapol^n dira un jour, à' est une de HÊesenvisrs^ seraai^ssi ¥i3tàe de§ plaies de la Ftanoeu t » ( - * » i.ni ; t r»,

li^empereitr^ de Russie v > fidèle aif jl ipr€NM9!S$es litièiées d'embrassemcns^ faites à4P%oàfl|i^9^poléôti durant lenârevue d'iSrfnr ib^ ^a i4éç\90é la ^guerre à rAutriche le 3 mat j lel Iroupef^du caar Mnt entrées en Gaiiciè. Mus itiur waciî^^ n'a ^uère tardé k prouver qu'elles attendaient quelque mouvement décisif pour agir.^ L'empereur des Français voit clairement ce qu'il peut espérer de de son cher allié, et c'est peut-être alors qu'il xlit

* Macdonald était depuis long-temps sous la remise, comme pai lisan de Moreau , lorsque Beauharnais demanda et obtint la permission de lui donner un commandement dans Tarmée dltalie. Après avoir fait sa jonction avec les colonnes du Danube , il contribua puissanunent à la victoire de Wagnun. Napolëon , qui venait de le nommer maréchal sur Je champ de bataille , lui tendit la main affectueusement^ il s*en saisit et la serrant avec transport il s'écria : u Ah ! sire , désorm^s • u*enU*e nous, c*est à la vie et à* la mort... )> Le soir même , le maréchal s'ctant présenté chez Tempercur, Napoléon t>rdoa* ** ^onccr le duc de tahentb.

DE PAKI». 3;3

de Jni : « 11 est iK'au et faux comme' un Grec. » Si , co^pme on l'apenaé, lel>ut socret des coaSé~ . Pences à^Erhirth fat le partage 4u continent, enti^ ' la denx'graud» potentats, la conduite du domint^ * tsiirdel'Orieiit, en lëog.prouTe qu'en «'attribuant oette notable partie du monde , il n'adjuge pas encore défintUTement l'Occident à l'empereur Napoléon. *

' -Cependaui celui-ci , dans le f»urB de la guerre '^^Imi^iche , s'est encore arrondi en Italie : un dé" «ref du 1 7 mai a réuni les Etats Romains à l'empire français; le préaiobule est curieux-: «Con- :« siH^rant tfoe , lorsque CbsurlaHa^e , empereur 'ft.' des Français et* notre auguste prédéoesaeor, tt ÛV dcm aux évéques de Borne , de diverses >~M contrées , il' lot lenr oéâm , à titre de fief, pour <K assurer le repos dS'Seasvjcta, et sans que Aome t « ait cessé pour cda d'aire one partie de son eiA- -W /pire ; considérait que ; depuis ce temps , l'u- '« nion des deux pouvoirs , spirituel et temporel , \ ' -M Bykax- éjài , comme elle l'est encore , la souTce de )** « continuelles discordes, etc., etc. , déi^étons : - , » I.,'E[ai Romain est réuni à notre empire. y> Avant de (juitter l'Italie, revenons sur nos pas pour mentionner, eu peu de niotSî^es opéi'ations du prince !Eugène| Beauharnais. Combinant ses opérations avec celles de Napoléon en Allemagne, t'.c gênerai , par une victoire décivise remportée sur l'archiduc '^ean à Bruek, en Styrie, et par sa V marche rapide sur Tn'cste ot iUagenfurth , Opère

»74 HISTOIKF.

IMg puissanle diversion vers le^Danube. Charles , anenacë sur ses derrières, craint d'être pris entre i'arnit'e qu'amène Eugène , et les troupes qu'il a * A tête... L'inquiëlude que cet état de choses hû cause , change ses (lispositions arrêtées ; et ta stratégie allemande , une ^ois sortie des règles qu'elle s'est prcscriles, ne sait plus agir heureusement. On a vu los rt'sultats , et Ton peut ajouter qu'ils se sont formés d'autant de faules commises par l'archiduc , que d'heureuses destinées deVNa^ poléon,

r,e 1 r juin , Pie VIT, à qui l'empereur a con- -servé la résidence de Rome avec deux millions de revenus, s'avise de fulminer une bulle d'excommunication contre le vainqueur de l'Europe-, pétardaposfolique accompagné de cette menace, attardée de quatre siècles : (■ Que les souverains tf' apprennent encore une fois qu'ils sont soumis n par la loi de Jésus-Christ & notre trône et à notre M commandement ; car nous exerçons aussi une « souveraineté bien plus noble; h moins qu'il ne | <r faille dire que l'esprit doit céder h la chair, et-. a I<>s choses du ci^l h cellrs de la terre.» Napoléon, informé de celte mutinerie pap^e, ordoni:e au roi de Naples (Murât) de faire enlever Pie VII de Rome, et de le conduire <^ Grenoble. Sur cette intimation , le gémirai Radel oppose la chair de ses gendarmes à l'esprit saint , et fait passer les Alpes an chef de la chrétienté.

Çnfin, le 1 2 juilieij un'artnisticc çat conclu cnyce

^'empereur Napoléon et je fugitif français cpxiy cette fois y ne vient point ooinplimen ter. le vainqueur à son bivouac. Mais, dans sa fugue pr^cipi- , tée, il apprend bientôt qu'une contribution 4e deux cent trente-sept millions de francs est frappée sur ses états , du sein même de son jjalais de Schœnbrunn.

Cependant y vainqueur à deujp cents lieues de SCS frontières , le grand empire eft menace à quatre-vingts lieues de sa capitije : di^i^septiililla Anglais débarquent, le 3i juillet, à ^eIl[lbpuçk^re de rjSscaut , s'emparent de Middelbourg , et se portent sur Flessingue. Niippléon apprend la nouvelle de ce débarquement danë un grand baquet qu'il donne à ses officiers , au quartier impérial de Sraun. En ce moment le raàrëchalDavoust dit^ en levant son verre : « Peur moi , messieurs , ^moii « dévouement à l'empereur est fi grand , que , (c peut-être , s'il m'ordonnait de sacrifiei* tout ce a que j'ai de plus cher , je fihé^itejnais pas à « obéir.». » Le même général dira > en juillet 1 8 1 5 : <i Si Napoléon tie part pas de suite ; je me charge a de l'arrêter et de le faire ohéir^ quoi qu'il dise, u 01 a dépasse toulel les proportions de la pali- « nodie. » Le i5 aoât ^ .Çkjssingue se rend ^u^c Anglais , après trente-sîu||Keures seulement de . bombardement, exécuté aune distance de /|Oo tQÎses. Le général jMonijct; approvisionné pour deux ou trois mois , et ^mmandant uue garnison .,i)e quatre mille homm^^ > sera déclaré coupable e

376 aiSTCHKE

condamné à ibûtl.. Prisoftaier de guerre » il rttitrera en France après la restanrttîon; ka fi^fs 4m raarotté fSût condamner denendroni dey Citres méritans; il sera réint^ré dans aon gradcyian. jpoment on Ton punira, par 4a râorme et lanûaère, Tiogt-denx mille ofi&ciers qni anront^s^Ktri avec gloire. u ><<

- L*expédition ^pglnîne de Hessingoe înqiiîèMni gravement NapeUon^ tant ^*une pacification, d^ 7finitiTeinreeCA^triclie«elm permettra pas de dia- ^pwerde ses forces ; mais Temperenr François ne ianra point prf^lerdeFemliarrasdesonenttCH&i : il 'àe hâte de siçaer ^ fe i4>ôefobre^ un traité quilui arrac^encprennestirlaoé immense de territoire , ced^ à la Frsnœ.^ aux^cinces de la confëdérataon et à Temperear de Rnssîe làirmiâme. L'Àutricbff, indépendamment de ces sacrifices , approuve tous les changemens survenus ou à sutvenir en Allemagne, en Italie, en -^ Espagne, en Portugal; il adhère an système prohibitif des marchandises anglaises , et s'engage à fermer ses ports à V ennemi du continent, qull laisse qualifier ainsi, quoiqu'il soit encore son allié. Enfin François accorde , par un article secret à Napoléon , la main de l'archiduchesse Marie-Louise , sa fille , sachant bien que le vainquetu: déi^Wagram sera peu embarrassé pour négocier , avec le ciel et avec les lois civiles, la rupture de ses liens actuels. Si le prince des Français, galant à la manière de Henri IV, eut demandé encore aU|f:oncIuant François une

D£ rAHlS. d^7

des nuits de ritnpérftirice d'Aùtrkhe^ on îrérité lîlHipaut douter quHiyeàt refusée. ' ^><'

JLef rùice de Pùnte^dortCest tombé dab$«ii|ie mr te- de disgrâce anprés de Napolëon , pour kd B^KÀt parié ^ en Autriehe> avec cette franchise qpai datait aux rois , toufours persuades qu'ils soat pourvus^ par la grâce de Dieu» d'njoe scienee untTerselle. Le ma^ëchal , revenu à Paris ^ se dispose à vivre loin du «.onde!, lorsque les msmstrcss, qui craignent ^invasion de la Belgique ^conjurailt ce savant capitaine de prendre le oefamandéasaiit des troupes et des gardes^ nationales, réunies à «la h&te pour la <léfense des cotes d» Tempira Smi citoyen avant tcmt > Bernadotle n'hésiie. p»as^i un ànsunt à acoépteif une missioa qui petit sauver la patrie d'un danger; il court It Anvers g et organise avec rapidité un syistime défettsif à peinecooB^iienoé; Un prompt succès couronnera la haute intelligence 5 le courage » la réscdution du princ#j[ il a proclamé qu'il se £era* sauter avec les duinKÎers d'Anvers plutôt que de les livrer aux Anglais : M J'ai bien appris, disait-il, comment on fait caa pituler l'ennemi ; mais je ne sais pas ooaMtnent (c un général français capitule. >» Bernadotte . l\e sera point obligé de recourir ii cette extrémité hér<Mfque : le 24 septembre les troupes britannique^ , décimées par la fièvre des polders, abandonnent rile de Sud-Beveland ; le 3o , elles quittent ic^lle de Walcheren et se rembarquent; contentep* apparemment d'avoir démoli quelques^ ioitlifica-

tinns , jiroJuit (]uel<|ties ébouleincns de leire : Blelile réstiliat des plus (>raiides dû oioiislra lions liosiilcs que l'Anf^lcIerre ait faites depuis longtemps. A In fin de l'année 1 809 , Napoléon redescend de l'apogée de su gloire ; les rayons en ont pâli à ses propres yeus. Pendant toute la durée de la guerre d'Autriche, il a étéinquiel sur son issue; l'intrépide résistance de l'arcliiduc Charles à Esslin^ a étonné son audace; la mon de Latines, l'ami de sa jeunesse, le compagnon de ses débuis prodigieux , a répandu de la iristessc sur sa vie... Son esprit , enclin au fatalisme, sonde dèslors l'avenir avec inquiétude Avant la bataîllti

de \yagram , Napoléon écrivait h Fouché : *< Au Il moins conservez -moi Paris ; faites en sorte qu'à 11 tout événement j'y sois bien reçu .. » Le jour où cette idée venait à naître chez le vainqueur de l'Europe , il devait arrêter le char de sa fortune : il ne- pouvait plus rouler dans l'espace des temps

avec le même bonheur , avec la même rapidité

L'héroïsme qui perd la confiance en lui-même est ^ moitié énervé.

Mais l'empereur des Français montre plus clairement etKore l'alTaib^issement Je sa puissance morale, lorsqu'il sollicite son alliance avec l'archiduchesse Marie-Louise : il laisse apercevoir na commencement de faiblesse en recherchant l'alliance d'une vieille dynastie... Cette pensée, plus timide qu'ambitieuse, ne lui fut pas venue il y a cinq ans.

Quel coup pour la douce , la bomie Joséphine ! Retirée dans sa délicieuse retraite de Malmaison , elle pleure amèrement , non la souveraine puissance y mais le cœur de l'ingrat qu'elle chérit , qu'elle chérissait pour lui seul y lorsque pauvre , délaissé ^ il venait y dans le petit hôtel de la chaussée d'An tin , lui demander de l'amour et des con-^ solations, qu'elle lui prodiguait avec une égale générosité... L'infécondité qui l'éloigné , du moins elle le pense ^ de la couche impériale*... hélas ! elle l'a combattue par mille moyens ; la médecine s'esjt épuisée en recherches, mais infructueuses^ pour en triompher : médicamens héroïques , eaux sulfureuses', boues ardentes des Pyrénées, tout a échoué. Le maître de la France voulait un héritier : elle n'a pu lui donner que le bonheur... Il faut céder cette tâche^ vainement entreprise, à une étrangère^ à une Autridiienne....: Eugène Beauharnais^ plus malheureux encore que sa mère, reçoit III déclarante mission d'annoncer au sénat la dissolution du mariage de l'empereur... On plaint ce prince de se croire obligé de* remplir un tel message; et l'on voudrait en vain se garantir de le blâmer ; car il est peu probable que l'empereur ait exigé u(ie pareille immolation du sentiment le plus saint. Quoi qu'il en soit , un sénatus-consulte du 16 décembre prononce la rupture du mariage de Nâpt^léon avec Joséphine Tascher de la Pagerie. Cette 4" '^^^^^^^ conserve le tilre di impératrice couronnée. Bientôt^ une sentence de l'officialité

3«o HISTOIRE

diocésaine de Paris ^ puis uiie de Toflicialilé métropolitaine, déclarent nulle, qnèmt au Iien>«]^rt-^ tuel, Funion de Tempereur des Français et de' l'impératrice Joséphine. >^i?i

Le mariage de Napoléon avec une ar€iàAaAtàtkè ' a du moins, aux yeux de la multitude/ le nkérilë^ de consolider une dynastie qui' s'appuie sw^'kti plus ancienne maison de la chrétienté—. On eé{<è#fe' que la paix, depuis si long-temps bannie de l^Eu^^ rope, naîtra enfin d'un alliance tellement puië^ saute , que nulle coalition euifopéenne ne tentera

même de l'ébranler Bons Français ! ils croient

encore aux liens de parenté , aux intimités de lamille parmi les têtes couronnées... Quelle créduli-* té ! Mais les hommes sages ne la partagent poim :dans leur pensée ^ les lois dîtes constittaiom^Ues ayant statué à l'hérédité delacouronne , Napoléon n*a pu être porté au divorce qu'il vient d'accom-* plir que par la misérable ambition d'admettre dans son lit une fille des Césars... Césars Jflgénérés qui rampent aux pieds de sa gloire , qu'nrapetisse en se penchant vers eux... Et le génie ordinairement si pénétrant de Napoléon , dominé par une puérile vanité , ne voit pas que François , trop humilié par celui dont il fait l'époux de sa fille pour trouver dans son coeiur la source d'une aflFec-* tion, ne sera jamais l'ami sincère d'un vainqueur qui ruina sa gloire et la prospérité dé son empire.

La convention du mariage de Temperehr avec

l'arcbiduchess^ Marie-Louise est signée à Vienne le 7; février i8io.... Bientôt la file des Césars arrive à Paris ; elle est célébrée par les faiseurs d'épi&alames ^ les vaudevillistes , et surtout par lê4;&bricateurs de feuilletons , vivant au jour le jour.d'iine picoréede circonstances : exaltant pourvu iq[u'on les paie , le chant délicieux d'une actrice qui détonne , et les grâces charmantes d'une souveraine aux traits rechignes. Mais les Parisiens ne partagent point Tenthousiasme des rimeurs faméliques et des journalistes qui blâment ou louent pour dîner. Habitués au sourire affable j aux manières engageantes de Joséphine ', les citoyens de la capitale retrouvent sur la figure, jolie sans élre dislinguée y de l'impératrice Marie-Louise , cette expression de dédain qui lés a éloignés de sa tante / l'infor lunée Marie* Antoinette. Ou dirait que Napoléon lui-même partage cette déception : « Dès son mariage » dit un écrivain de l'époque , « il cesse d'être le même ; inquiet et sombre , « quoiqu'encore prospère, préoccuppé de faibles (( intérêts , jsupconneux sans objet et accessible « à l'astuce , impérieux sans dignité , il n*a plus (( dans 9on intérieur cette apparence d^ franchise^ (c cet abandon qui lui avait gagné tant de cœurs ; (c ses actes et ses démarches politiques n'ont plus « ce caractère si fortement imprimé de pénétrac( tion , de justesse , de grandeur qui a signalé les <( premières périodes de sa souveraineté... Aussi « le peuple , juge suprême qui semble inspiré d'en

3»j HISTOIRE ,

« haut , cesse^t-il de le saluer ooaune un élre sur- « naturel : il peut maiRtenant mesurer sa stature <i morale... » Peut-être Napoléon est-tl obsédé d'un funeste pressentiment ; peut-éti^ Toit-il s'af^ faisser sous lui le char prestigieux qu'il roule de^ puis cinq ans sur le monde.

Il est défait que du second mariage «de Na(M»léon^ date l'origine de sa décadence^ sou étoile pilit; le destin lui montre des rigueurs; bientôt il ne lui enverra que de^ revers; et^ dans un récit rapide , nous ai^^ons peine à le suivre sur la pente qui Tentraine aii précipice où sa puissance et sa fortune s'abtmeront , sans toutefois engloutir sa gloire. Suivons ce déclin d'une grande existence pa* litique; uous composerons ensuite un trophée des souvenirs qu'elle a laissés.

Napoléon s'est dépopularisé en répudiant sa première femme , celle qu'avaient caressée avec lui les premières faveurs de la fortune ; son impopularité augmente lorsque, par une ambition mal colorée, il précipite son frère du trâ^e de Hollande qu'il éleva pour lui, et réunit ces pays à l'empire, le 9 juillet i8io. Le mois suivant, les états-généraux de Suède appellenji le maréchal Bernadotte> prince de Ponte-Cor vo, à la succession du trône de Suède , comme pour démontrer que , lorsque Us nations agissent de leur propre mouvement , les hautes qualités sont récompensées par elles, sans devenir usurpatriccât. Le 1 5 décembre , le Valais , violemment arrachy h son gouvernement patriar-

cali est réuni à la France. Cette réunîoA, arrondit le nombre de cent trente départemens , complète la surface de trente-six mille lieues carrées ^ et porte la population de Tempirc à quarante-deux millions drames. Le sénateur Sémonville y sans examiner si cette extension démesurée de territotié peut être, considérée comme Teffet d'un droit positif ^ts'écrîé dans un rapport: «Enfin, « après dix ans d'une lutte glorieuse pour la « France , le génie le plus extraordinaire qu*flit m produit le monde , réunit dans %^s mains triom- « phantes les débris de Tempire de Charlemagne.» Mais , sous le règne de Charlemagne , il n'exis-* ^ait de droit que celui d'une force arbitraire et farouche , sous le règne de Napoléon il existe un droit des gens et des nations*^ qu'on ne viole pas iippuncméat, surtout lorsqu'on n'est mu que par l'ambition.

L'autocrate de Russie , qui ne croit plus que l'amitié d'un grand homme soit un bienfAt des dieux , depuis que ce grand homme Trompe ses espérances, l'autocrate de Russie.^ indigné de la réunion h l'empire du grand duché d'Oldembourg, rouvre s^ ports aux vaisseaux anglais , et s'a&anchit du système* continental, à la fin de 1^'née idio. En février 1811 , Alexandre négocie avec le cabinet de Saint- James, et fait marcher un corps d'armée en Pologne. Alors les troupes françaises éproiivent de fréquens échecs dans la pé-

384 HISTOiaS

nioNile ibérique; elles sont, en retraite sur plusieoTt'^nu.

C*est dans cet état de d^néreaeence des prosi parités de Napoléon , <jne la destinée le faviR-ise d'un dernier sourire en lui donnant un fits. A l'occasion de la naissance du roi de Rome , la ser- TÎlîté , dotée , décorée et dorée , achève d'épuiser son répertoire , fécond en épithèies louangeuses.... Pas au seul nom héroïque de l'histoire et de ta fdble qui n'ait été cousu à la redingote grise de Napolé<»i... Mais bientôt il faudra laisser l'enfant impérial et sa mère à la garde des Parisiens, pour reprendre l'eijée d'Ausierlitz , de Ii5na , de Wagram; et cette épéc sera-t-clle aussi pesante que par le passé dans la balance des dcstinéea'enropéennes?

Une de ces opinions vulgaires qui se forn^ent Jk force d'entendre répéter les assertions les plus légères , accuse Napoléon de ne s'éire complu que sur les champs de bauille, marchant jusqu'aux genoux dans le sang qu'il avait fait répandre de

gaîté de cœur Rien n'est moins juste que cette

accusation, et le plus bref examen des diverses positions dans lesquelles ce monarque s'est trouTé la dénfent. A quelle époque a-t-il donc pu se dispenser de prendrcles armes? Etait-ce à son retour d'Egypte , et lorsque les ennemis étaient , du nord au midi , aux portes de la France , et entretenaient des intelligences dans toutes ses provinces? Fut-ce

t>£ PARISi 385

tkpTÀ$ la paix d'AmieDs , et lorsque l6é Ànf^ftin; San» ddclaralkHi de guerre , firent cdurilf sui* HÙi vaisseaux? Ne marcbatt-'elle pas "^fsîltài frflià^ iières cette ciioalifton de i80S> quidëjà j^ùtthit âèi dëiaeheoiebs au-delà dlJlÉi » lorsq^ Na^édfal ^t capitulei* <iettef>làce? En i8ô6, FliAlét'ic îllà^^^^ il mis vainement sdr pied detfie eéttl «iflgt ttilRë hommes; et cette fois, oOmme touteà les Mii^} le Lut de ta guerre n-dtait-dl |)és là i^«rittë éë'àëi eHoptfe y ai glarâteuscment^ mats iii IttbëHëuâéIfoèiH fondé? En 1B09 > fut-ce dans le èalifté dé sbfi pt^ laia que Nat>olédn surprit Teiftpet^étti' Fràn^s^ les protestations paoifiqueé de té ptifiôépMtv^éthM elles ètte prises pour sincèfés, et lés cilàijfècM mille hommes qu'il venait de Ali^iHM^ ; tdtii'^ naient41s le dos aux frontières dé la France? Safrs. doute rinvaàioù de la péninsillè èi]pâ^nt>!è iié se jastifie pas aussi clairement ; tsMà ttàii^''àfayikM avoir prouvé du mûin» que cette l4i^àtld)I tfn droit des nations pondait importer k^là hûfiêiê dé'PèMpire liiiHttêma«( Maintenant^ t%tidrÉ^t-oli iliTcfi ^^ miner rimiflatât& de l'attafqoe qnë ^^ , ha-

bile calculateur des chances de la guétïé; pAt toi^pur^ sur se* enniemis > li^Nfli^ «hUîrfehaient d^a c^tils hii? ijerèpirocbé mtàh m^à péà t&àr de que'r4A»Jtre^^; et nous laisMàs ttûi tà6tïé(bns 1t^ soin dfen, jugerai .. M

(^mm à reipëdition de.Rtaii^ réUè pént40 consid!air^^us un donblé {libiM^ %tfe ^ ti Jf^pblëou ne fentrefurk f^e eomilié le dâlut diittè ik^ V. 35

Page 1