‹ Histoire de Paris, composée sur un plan nouveau (volume 2)Chapitre 16 sur 74 · M6 HISTOIRE · texte numérisé non relu

M6 HISTOIRE

▼asion dans Tlnde , à travers la MoscoVie et la Perse , ce fut une tentative gigantesque , imprudente peut-^tre , mais non pa^ inutile ; elle pouvait ^ au contraire, produire le plus dësirë des n^sultats, la paix avec TAngleterre, par Tanéantis^ sèment de la principale source de ses richesses. Si Napoléon n'eut en vue que l'abaissement de ce colosse du nord , qui tiendra toujours dans sa main les destinées d'une moitié de l'Europe , l'entreprise pouvait être intempestive; mais le ton des diplomates russes nous a prouvé depuis, qu'elle ne manquait ni de politique, ni (d'utilité.... Fasse le ciel que la honte des cabinets du continent méridional ne nous fournisse pas une preuve plus forte de cette opportunité. Il faudrait donc, pour bien juger ce grand mouvement militaire, en raisonner autrement que sous l'influeuce de l'idée affligeante que l'on conserve des désastres qui en sont résultés. Peut-être alors le blâme légitime qui s'attacherait , à cet égard , à la mémoire de Napoléon , se réduirait-il à l'appréciation de ses fautes militaires, et elles furent nombreuses durant la guerre de Russie.

Nous n'aborderons point la narration des trois campagnes qui précédèrent l'invasion de la capitale : nous aurions trop de regrets à mêler au tableau des triomphes sanglans deValontina, de Smolensk, de la Moscovra, en 1812; à la mention détaillée des victoires de Lutzen , de Bautzen , de Dresde^ en 181 3; au récit poétique > même sous

une plume vulgaire^ des marches prestîgiéitses , des combats de sylphe ^ où le génie de Napoléon se montra peut-être , en 181 4 9 plus puissant <pie dans toutes les guerres précédentes. Non, ce ne fut point une armée vaincue que TEurope refoula aux bords de la Seine : c'était une troupe encore favorisée par la victoire à Hanau j à Champaubert, à Montmirai], à Montereau/et qui, déplus en plus éclaircie , de moins en moins pourvue de renforts y ne cessa de vaincre que quand les bras lui manquèrent pour combattre. D'autres blâmeront, avec raison peut-être , le refus des conditions humiliantes imposées à Napoléon au congrès de Pra- ^ues ; on blâmera davantage ce refus, renouvelé à Châtillon, où l'humiliation offerte h l'empereur était devenue de la honte. Mais, nous le demandons aux hommes animés d'un généreux esprit national, ce souverain n'était-il pas fondé à dire: (( J'ai reçu la France grande, je ne la remettrai « pas humblç, servile et rétrécie. » Peut-être

ajoutait-il dans le silence de sa pensée fataliste

c( Je vais tomber, et si la paix conclue sous les fourches caudines peut être désirable, je laisêe aux Bourbons cette tâche : elle peut leur sourire encore , à eux qui veulent tenir le trône des mains de nos ennemis, et le tenir à titre de bienfait.»

Lorsque , le 3o mars, le canon des batailles annonce aux Parisiens une .domination étrangère , qu'ils n'ont pas subie dépôts le règne de Charles VIT , ils se montrent encore incrédules aux

JUB HISTOIRS

échecs d'une armée si Icui^-temps mvincible. «Napoléon ta tenir, disent-ils; ce Mi^ , lu Redoutahl^ garde impériale couronnera les hauteurs dé Pari^; BOUS ^rons sauvés... n El c'est sans doute h cette confiance décevante ifu'il faut attribuer )c laisser-aUer étrange d*une moitié de là populatioiï : les spectacles sont ouverts; les équipages élégakis pioudroient sur le boulevard; GandseipaTe de sei élégass habitués; on savoure chez Tortoni les glaces y les sorbets délicieux... Mille beautés à Vél^anté parure s'épanouissent «fur lès taises dte la proniehade jusqu^au crépuscule; lès nymphes au àourîre agaçant étalent , dans la foikie , Véi charmes qu'elles vendent aut amateui*s; et le dandy de l'époque fredonne , en circtdant, le refrain martial du vaudeville de circonstance , sans se laisser entraîner aux velléités guerrières qu'on a voulu lui inspirer. Le lendemain^ la sécurité d'une partie de la population disparaît : il n'est plus permis de douter d'une occupation prochaine de la capitale par les innombrable^ phalanges dti nord ; car on ne peut leur opposer qu'une courte défense. Ici ressort avec hideur le despotisme intérieur de Napoléon : il a craint , il craint encore de lever ces légion^ citoyennes auxquelles il pourrait devoir le salut de là pattie. Sans doute, elles formeraient un rempart formidable contre l'invasion étrangère ; mais ime fois debout , ne s^élcveraient-elles pas aussi contre la tyrannie du monarque? On ne licencié pas une nation comme

DE l'ARiS. 389

Napoléon a JiiceAcié réccpip^ent le cprp& )^gi$latifi^ et la yoix du despotisme lui-rinépie ^ét^inv 4^lA les ialimations orageuses d'uqe popula^on 9^rmée, ^ui se presse en masse au pied du trôiie. L'emi^'* reur a fait taire avec opportunité \% députgUoxi: législative qui venait faire y au palais , de rppposîlion , tandis que le bélier ennemi bridait le^ poriça de pos villes... On lui a reproché d^ftvQÎr dit k €09 harangueurs : le représentant du peuple , çest moi. Ce reproche manquait de juatesse; car si l9$t derniers reflets de spn étoile l'égar^ieiat , lui , da pioins^ ne trahissait pa^^ et bjentôt la faveur dé^ 4épiités qu'il éconduisait révéla leur félonie.

Mais en laissant les bras de la garde nationale désarmés , Tempereur prive Tenoeinte de Paris det la défense la plus sûre ^ il Fen prive pi^^r Tefielî d'vme défiance ombrageus«e. Toutefois , est-ce bien selon sa volonté qu'on n'a ppint remis à cette mi^ lice urbaine , composée en grande partie d^honiQkea qui ont servie les vingt-cinq mille fusils n^e^fs qiû sont emmags^sinés au dépÀt cen tr al derartilleri^? Sî du moins la puissance morale et le paient dprouvé du chef chargé de la défense dq Paris inspir^ûi quelque confiance aux habitans et à la troupe , leur courage et leur patriotisme^ bien dirigé^ , pourraient suppléer aux ressources qu'ils |i'on( pas : cette chance de salut manquera fiussi ^\ï^ Parisiens. Ce chef, c'est Joseph Bonaparte, ci-r loyen loyal et vertueux; hpmme dépourvu, non-' sculemei^t de toute çapçu^ité ipilitaire, ]^ai$ çi^-

core de eette résolution qui souvent en tient lieu. Joseph, revétù du titre de lieutenant - général , commet d'abord la faute grave, la faute capitale d'éloigner de Paris l'impératrice, son fils et les ministres. Vainement Marie-Louise y (jui conçoit mieux sa position que son beau-frère , veut-elle rester aux Tuileries; vainement le jeune roi de Rome, ajoutant -sa résistance enfantine à l'opposition réfléchie de sa mère, cramponne-t^il ses petites mains aux portes du palais pour ne pas le quitter ; l'ex-roi d'Espagne, comme s'il était pressé d'arracher à Napoléon la souveraine puissance, qui vient de s'évanouir dans ses propres mains de Fautre côté des Pyrénées, le roi d'Espagne entraîne la cour à Blois , ville malheureuse , où la fortune des Valois se noya dans le sang des Guises, versé par eux... En restant à Paris , même malgré les ordres de l'empereur, en se réfugiant, ainsi que des hommes sages lui en donnaient le conseil , au sein du corps municipal , Marie-Louise prévenait, presque à coup sûr, la chute du pouvoir

impérial Elle était régente: M. de Talleyrand

n'aurait pu dire , le i^i* avril , dans une proclamation , que le trône était délaissé ; et les princes alliés, au milieu desquels la souveraine serait venue revendiquer les droits de son fils , les alliés n'auraient point écouté les agens d'une famille oubliée, dont les prétentions, dès long-temps méprisées, renaissaient, alors vraiment méprisables, des désastres de la France et du triomphe de ses en-

DE PAKtë. 391

ûcïnis. L'empereur Alexandre j eoryphce do la coalition , se serait rappelé alors ^ d'une manière moins fugitive ^ <pi'il avait Ah, en i8o5, la liberté et peut'-étre la vie à l'empereur Napoléon... Mais l'impératrice n'osa pas avoir une volonté digne de son aïeule Marie-Thérèse ; elle se laissa exiler hors de la capitale ; et dans le vide matériel qu'elle y laissa , un nouveau trône fut bâti par rhomme de toutes les époques , l'instrument dé tous les règnes ; le candidat grand - chambellan de tous les monarques futurs» Achevons de dé-> crire le siège de Paris.

Lorsque le canon du 3o mars se fait entendre ; lorsque deux cent mille étrangers brunissent l'immense plaine de Saint-Denis, l'armée chargée de la défense de Paris forme un corps d'environ trente mille hommes ,. divisé sur plusieurs points et composé : i<> des débris héroïques ramenés sous les murs de la capitale par les maréchaux Mortier et Marmont; 20 des dépôts de la garde impériale , dont le commandement est confié au général Oriiano; 5^ des troupes de la i^^ division, formées d'une multitude de délachcmens divers y et que guide le général Hullin : celui qui eut la mâchoire fracassée dans la conjuration do Mallet , que Na^ poiéon qualifiera de mascarade politique ; 4^ et enfin d'environ dix inille gardes nationaux , dont cinq mille seulement sont armés de fusils de calibre , tandis que le surplus s'est saisi au hasard d'armes de chasse ^ de rebut ou de pacotilVe

^9 «ISTUiRE

Ce ç^rpê civique a pour cbt£ le brave maréciial MOAPey. yailîilUrie esi ^o grgpde partie tervie par des invalidies et pair lef é^ves de racole poly* teçJMiique; élè?e$ qui, d^j^ cçtt^ cûrconst^nce , rivaliseront de 9kèl<e et de l^ravQure nvec le« vieux artilleurs.^. Paii3 sei^e ans , on verr^ leurs suce^^t^ êcw^ suppléer )e9 généraux avec autant d'habileté et de saug-ftroid qu'ils apporteut ai4Qiirdliyi dV dresse k suppléer les canonuiers.

Du reste , aucun ouvrage pe protègi^ la capitale : les hauteurs de la rive droite u^offreut pas uoe seule redoute ; quelques pièqes y sout seulcBUSUt placées à découvert , et oomipe pour servir de point de mire aux eouemis. Nulle pai-t ou u a fait d'tihatis; nulle part ou u'a creusé le lupiudre fo^ ^é; ou n'a pas mé^ic apprQvi^ioniié suffisaoïmeut les pièces , dont le nombre s'é^ve en tout à cinqq^Qte-huit. On sait cependant que quatre-vingts canons de gros calibre , tirés du Havre et de Cherbourg pour armer les positions voisines d^ Paris ^ sont restés à Meulan. A cette circQu^tance , qu'il est difficile d'expliquer p^r l'observation rigoureuse des devoirs du ministre de la guerre , pu peut ajouter, coiume fait non moips étrange, lu stagnation de vingt mille fusils dans les arsienaiix . tandis qu'une ip^mense population demande a, f;rands cris des armes, qu'on lui refuse. Ou peut ajourer encore que, dans un rayon de quinze à vmj^t lieues , il serait possible de réunir des dépôts <loul rclTcclif ne resterait pas au-dessous de vingt

PE PARIS. îgi

mille hommec, Epfiu. il faut citer le saiu inutile qu'oQ a pris de laire couvrir la retraite de l'impératrice , dan^ uu pays où ne pénétra pas encore un seul étranger , par un corps d'élite excédant deux mille six cent» hommes..,. Tous ces faits inexplicables s'éclaircironL bieniôt, et l'on pourrait en trouver déjà le moteur au château de Flessis-Jes- Tours , vieux centre da perfidie , où les agens des Bourbons, sortis récemment des auhchambres de Napoléon , travaillent îi saper sa puissance , aidés qu'ils sont des intelligences entretenues dans le sénat, et sans doute dans le ministère. Chaque jour, depuis trois ou quatre mois, le boutiquier malineux , en ouvrant son magasin, trouve des pi'Oclamations d'un prince qui s'intitule rot de France , et doAt l'honnéie Parisien se souvient à peine d'avoir eot<?ndu parler à sou père...

Avant de partir, l'empereur avait dit à son iVère : « Si vous êtes attaqué , défendez Paris jus- " qu'^ la dernière exirémilé ; qu'on renouveHo « les barricades de la fronde; faites créneler les <' waisoos; ordonnez que Ion ooupe les ponls ex- '< K^rieurs do ta Seine et de la Marne, dont vous ■> aurez faitenicvar Icsbntoaux... Alors vous oercx " en mesure de résister quelques jours : j'aurai le i' temps d'arriver, quelque partoù je me trouve... 'I Alors avait-il ajoute, on faisant étinccler son rc- " ^ard. je changerai la face du drame .et j'amènc- II rai undénouement auquel les souverains alliés ne « s'attendent pas...Ni Alexandre, ni FrédéricGuU-

« laumc y ne retourneront ôhez eux... Mais pour ce Dieu y tenez quelques jours. » Si Joseph eût été homme de résolution, tout s'accomplissait comme Napoléon l'avait prévu. Le 5o mars, il arrivait à Fontainebleau avec cinquante mille hommes. Voyons maintenant comment ses ordres furent exécutés.

Au point du jour les Français prennent Tofiensive : une vive fusillade s'engage dans le bois dcRomainville , dans les Prés Saint-Gervais , à Pantin : c'est sur ces divers points et vers lés hauteurs de Montmartre que les alliés portent leur principale attaque, afin de tenir la ville en respect, en occupant les hauteurs qui la commandent... L'action devient bientôt [générale : Marmont, avec treize mille hommes de cavalerie et trois mille chevaux y déploie de Montreuil aux Pré^Saint-Gervais , les faibles divisions des généraux Compans , Ricard et Bordessoult ; à sa gauche s'appuie le maréchal Mortier, éparpillant neuf mille cinq cents fantassins et deux mille cinq cents cavaliers , jusqu'à la Chapelle : les généraux Belliard et Curial sont ses lieutenans. Le maréchal Moncey est sorti de Paris avec six mille gardes nationaux. Les braves élèves de l'Ecole polytechnique, auxquels se sont joints quelques élèves d'Alfort , défendent la butte Saint-Chaumont. Cette position seule coûtera dix mille hommes aux ennemis. A onze heures toutes les armées étrangères sont entrées en ligne; de midi à une heure la garde impé-

DE PAKlS. 395

riale russe a donné. Si l'on combat jusqu'à la ouït , il n'est pas impossible que l'cmpercui' paraisse au milieu des Parisiens, avec une partie de sa garde.

Mais, lorsque l'inhabile Joseph, dont le quarlier-général est établi dans un pavillon , sur la butte Montmartre , voit que les boulels ennemis vont arriver jusqu'à l'espèce de refuge qu'il a cherché contre ies dangers du champ de bataille , il fuit avec précipitation; se bornant à faire dire aux maréchaux Marmont el Mortier qu'il les autorise à capituler. Ainsi, avant deux heures, l'armée n'a plus de général en chef, plus d'unité de directioik Ce n'est cependant qa'h quatre heures du soir que Marmont commence à parlementer. On doit à cet officier la justice d'assurer que, sous les murs de Paris , il it'a trahi , ni ses devoirs, ni sa pairie. Une capitulation est signée le 5i , à deux heures du matin. Dans la nuit , MM. Alexandre Delahorde et Tourton, oflicicrs supérieurs de la garde nationale , ont obtenu des alliés que celte milice citoyenne conservera tous les postes utiles au maintien de l'ordre et de la tranquillité.,. Ici finit l'intervcntioa des citoyens honorables; on ne va plus voir s'agiter sur la scène politique que des intrigans et des traîtres.

A midi , l'empereur Alexandre . le roi de Prusse et le généralissime Schwartzenberp , font leur entrée à Paris , à la tête d'une partie de leurs troupes. Le peuple garde mi ipor;ie flilence , en voyant dé-

filer réirwçer daos ses murs. Mais daus les b^aax quartiers , des rubans , des fleurs , des couronffcs pleuTent , hommage de recounaissance et d*admimiration^ des balcons, où d'élégantes françaises éttftjknt leur parure , leurs charmes , et font insulter leur ^oorire sacrilège par ceux-là mêmes qu'ils célèbrent... La veille on avait vu repousser du piod le brave soldat tombé, vide de sang, à la porte d'un hôtel -, maintenant on voit £êter avec transport les farouches bandes du nord , qui vîeunent de déyaster, d'incendier nos provinces... A^! Ton voudrait pouvoir douter d'un tel avilissement du caractère national ! Nous ne poursuivrons pas la narration des saletés politi^pes d'un sénat façonné à tous les genres de corruption; nous tairons les conciliabules de l'hôtel de l'Infantado 9 dans Lesquels ou livre la France à des prii^ces quelle ne connait plus; nous ne laisse* rons pa$ tomber un millième anaihême sur la tète de Marmont, défectionnaire d'£ssonue; et nous environnerons d'un silencieux mépris ces généraux ^ ces hommes d'état, ces courtisans gorgés des bienfjEtils de Napoléon , et qui , non contens de l'abaudooner, de le trahir, l'injurient et brisent, du coup de pied de l'âne, ses trophées renversés. Tant, d'in l'amie inonde lame du grand homme : abreuvé de liel, il oublie qu'entouré, à Fontainebleau, de cinquante mille hommes d'élite, il peut , à l'exemple de Henri IV, faire la guerre en soldat couronne, et préparer, entre la Loire

i>b: PAIU5. 39;

« l'Auvergne , la con(juèie île sa pmpre capilalc. Mais l'ingratitude de lant d'inâdétes serviteurs dépare h ses yeux la fortune , la gloire même... Na[H)léon saisit une plume; il abdique.

Elle sera long-temps debout dans l'imagination (les hommes , cette grande , celle prodigieuse figure historique qui , durant quinze années , s'e'leva Sur l'Europe , eomme un colosse radieux. L'espace qui nous sépare de Napoléon est court, et déjà les tacites de sa vie disparaissent à nos ^ux, efracéfes par d'affligeantes comparaisons. Il ne restera bientôt plus dans la mémoire des généraiioUs que le souTCnir de sa gloire : elle fui si iycond<e , que vingt ans de malheurs et d'asservissement n'ont pu encore en dissiper l'opulente réserve. Et ce ne sont pas des phrases redondantes , flfttc celles consacrées îi l'cloge d'un .souverain qui fut , tout à la fois, guerrier, législateur, diplomate , administrateur, et qui protégea tous les talens, tous les élans de la pensée : les faits , les résultats se pressent en faisceaux ponr convaincre les plus incrédules , le.s plu.« lualvcillans. Guerre, tliplomaiie , organisation inte'rieurc , institntions diverses, finances, comptabilité, négoce, agriculture, industrie, sciences, lettres, arts, loul recevait l'impulsion de cette vaste intelligence , tout venait se soumettre , et souvent s'épurer au contrôle de son génie uniterSel. Il institua le Aobte concours îles prix décennaux ; créa le plus riche tniis^e de l'univers; le commerce lui dut un

398 HlSTOlkE

ministère spécial ; il étftblit en France des haras , des bergeries , des fermes-modèles ; aidées par les fonds qu'il mit à leur disposition , les so* ciëtés agricoles et industrielles encouragèrent les recherches utiles , les heureux essais ; l'empereur lui-même distribua des primes considérables aux investigateurs ingénieux et aux fal»îcans distingués. Bien plus, il ouvrit le sénat conservateur aux notabilités manufacturières ou commerciales , et donna des titres honorifiques, des croix aux auteurs des découvertes ou des améliorations profitables k la société. On lui doit la fondation des pensionnats de la Légion-d'Honneur ; fondation digne d'un grand peuple , où la reconnaissance nationale survit, non-seulement aux services éclatans , mais encore à ceux qui les rendirent. La banque de France est encore une des créations de cette époque; grâce à l'organisation que l'empereur lui donna et aux relations qu'il établit entre elle et le trésor public, cette institution facilita les spéculations du commerce, et consolida le crédit d'une foule de maisons. Enfin dans une période de quinze ans , et , malgré la continuité des guerres continentales, « le règne de Napoléon a produit les bassins, ports et chantiers d'Anvers, de Flessingue , de Cherbourg, deDunkerque, de Nice , du Havre ; les routes de Paris à Mayence, de Bordeaux à Bayonne, des Pyrénées aux Alpes; les passages pratiqués à travers le Mont-Cénis , le Simplon , le Mont-Genève ; les

DK PARIS. 395

canaux ouverts du Rhîn au Bhône , de l'Escaut à la Somme , de la Seine ù la Marne, de la Hance à la Vilaine; ceux d'Arles, de Pavie , de l'Ourcq; les ponts d'Iéna , d'Austerlii» , des Arts , a Paris ; de Sèvres, de Tours, de Roanne, de Lyon, de Turin, de l'Isère, de la Durance, de Bordeaux , de Rouen; le dessèchement des marais de Bourgning, de Rochefort , du Cotentîn; des édifices nationaux élevés ou restaurés; des colonnes et arcs de triomphe; des quais, places , rues, greniers d'abondance, abattoirs, fontaines publiques, égoûts. aqueducs souterrains, construits à Paris et dans les principales villes de l'empire*... Tels sont les pages irrécusables de l'universolle sollicitude, de la constante activité de Napoléon. Tout cela s'élaborait .s'accomplissait sans relàcbc d'hostilités, et lorsque la guerre dévorait des flois d'or, et captivait des millions de bras. Ces merveilles s'improvisaient quand il fallait former tes apanages d'une nouvelle noblesse, avide de dotations; ou supporterles frais d'intronisation de plusieurs rois, dont on devait broder et dorer la cour.,. Tant de travaux, tant de magnificence, ne donnèrent pas lieu au moindre emprunt; et le budget d'un empire composé de cent trente départemens, ne s'éleva pas au-delà de i,i53 millions. En i854, noire France , réduite à quatre-vingt six dépar-

•Voyez le pbicis m l'histoibe db n»OLEON , par G. Toachard-Lafoxse , p. 431 el 4^>-

Vojez aussi, pour les Monumens de )'aris, le tableau joint à ta fin de ce volume.

Hmê BI5TOIRC

paie ajimidlrmcpt ub nûUyuâ et ^mL

Qoénd let goaTemans iCMrtis d'itae aotre djnaslie, lés rgetotu du TÎeiUL trdDC de la rate eapétâeme aorosi jeaié amt lews «rmoès de semMdbles témoignages de grandeur et de natknialilé , Topi^ nîaa'êe mimirera, pour eux cornue pour Napoléoià, preaspcemcBt ouUieiise des Ctntes , disons pin*, des attentats de lenr règne... Oli fietot snpperter la rudesse d'un joog coQ'rerf de lauriers : on sent cm^ement celm qui bleiSè et dCgrade en ibéAe tempsi

DE PARIS. 4ét

DIZIÉMS ÉPOQUB.

Page 1