‹ Histoire de Paris, composée sur un plan nouveau (volume 2)Chapitre 17 sur 74 · CHAPITRE UNIQUE · texte numérisé non relu

CHAPITRE UNIQUE

L'EMPIRB RBDBVIBNT ROTAUMB , LOUIS XVm , IfftimmONS ET EVÈNEHENS, CHARUBS Z, IIOUVB- KENT VERS L'ANCIEN RéOIMB , GATAITROPHB DE JUILLET 1830.

Les orateurs du sénat ont dit, quand l'étranger a paru sur notre sol : « Nous combattrons entre (( les tombeaux de nos pères et les berceaux de « nos enfans. » Ils auraient pu ajouter : « Nous (( combattrons pour défendre les biens dont Tem- « pereur a payé notre abnégation de patriotisme u et notre servilité. » Et lorsque ce corps dégradé, craignant de compromettre ses lafges prospérités , s'est abstenu d'opposer l'ombre d'une digue à l'ambition despotique d'un bomme que sa fortune égarait ; quand il lui a laissé usurper et détruire les droits que la nation avait si chèrement re- V. 26

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conquis; quand il n'eu peut plus altendre ni grâces 9 ni faveurs, il Lrise cette idole qu'il adora quinze ans, et se fait un trophée de ses débris, bassement mutilés, aux yeux d'un nouveau maître, auquel il s% hâle de livrer la France. Dès le G avril, les sénateurs, redoutant la reprise des négociations avec Napoléon , auprès de qui leur conscience aurait une terrîUe liquidation à supporter^ les sénateurs se dépêchent d'improviserun prétendu pacte constitutionnel, que Louis XVIII cfepraûcvepter pour remonte, au trône de ses aïeux. Mais qui donc a donné à ce corps des attributions constituantes? Parqua argument légal est-il autorisé a penser que le contrat social est détruit, parce que la capitale^e trouva occupée? et , 6'il Test en efiet , hii i ^e i»*éa Ui ictanilictitÎDti de l'an VUf , fie l'entre t-il pas âdnS le néant àVfec élîô •ïandis que le message constitutionnel du sénat est porté à Ilartwell , le comte d'Artois, qu'on voit depuis quelque temps voyager avec les bagages de l'ennemi, fait son entrée à Paris, le 1 2 avril. Le peuple, cette partie delà nation qui travaille, qui produit, qui se bat, qui meurt pour le pays, demeure calme et grave; les compagnons de JNapoléon, exilés hors de la capitale, iiiouillent,des larmes d'un amer rcgrel, leurs moustaches poudreuses, leurs visa^^es halés et noirs encore de la poudre qu'ils ont brûlée pour défendre la France envahie. Mais les femmes légères, les hommes .superficiels , les machines à jouissance agitent des mouchoirs aux fenêtres,

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l'ont onduler des drapeaux blancs aux' armo&^deâ Bourbons, à la face de leurs maisons ; les i^iu-i siques étrangères jouent vii^e Henri IV... et les journaux ser viles disent, le lendemain^ que sou altesse royale a été accueillie avec le plus vif en^ ihousiasme,

A peu près dans le même temps, le marécbal Soult, mieux inspiré par l'honneur national que Içs saltimbanques politiques qui cabriolent à Paris, le maréchal Soult arrive sous les murs de Toulouse, où il se retranche , après sa glorieuse retraite d'Espagne. Habile appréciateur des chances de la guerre, il espère jeter un succès militaire dans la balance des négociations erv|t.amées avec les alliés. A la tète d'une armée réduite à^moins de vingtsept mille hommes , il a marché dans une direction qui peut le mettre en communication, facile avec le maréchal Suchet , dont il sollicite le concours. Si le duc d'Albufera joint les quatorze mille hommes qu'il commande aux vingt -sept mille combattans de Soult , ce corps de quarante -un mille Français doit obtenir, selon le maréchal, une victoire sur le timide Wellington et ses qus^ tre-vingt-quatre mille Anglais , Espagnols ou Por-* tugais. Le duc de Dalmatie , à l'exemple du loy^ Boufflers avec Villars , écrit héroïquement à soq collègue : « Si vous ne voulez pas être sous mon « commandement, je me placerai sous le vôtre. (c Ne faites que paraître-, vos troupes resteront^ « si vous voulez ^ l'arme au bras : qu elles parais-

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c< sent seulement 9 et le succès est assuré. » Ce trait est le plus beau , le plus noble de la vie de cet illustre officier. L'inertie que lui oppose Suchet ne sei*a point justifiée par une laborieuse explication du danger de sa position; elle se comprendra mieuY, lorsqu'un grand personnage aura dit : « Ah! c( j'ëtaisbien tranquille de ce côté; je savais à quoi « m'en tenir : j'avais la parole du maréchal Suce chet. » Plus tard , on pourra puiser un complément de preuves dans le choix fait de ce maréchal, éminemment dévoué aux Bourbons, pour assister à l'accouchement mystérieux de la duchesse de Bcrry, après une grossesse providentielle. Privé du secours qu'il attend , Soult n'en accepte pas moins y le lo »vril, le combat que Wellington hésite h. lui livrer depuis le 22 mars... et le soir de ce combat , le général anglais compte autant de combattans lues ou blcssc's qu'il a d'ennemis en présence ; tandis que trois mille six cents hommes au plus sont hors dos langs du côlé des Français.... Enfin , après une bataille de trois jours, qui])Our Wellington équivaut à une défaite , le duc de Dalmatie continue librement

sa retraite : le héros de l'Angle terre ne sonse pas à l'inquiéter , tant le fait d'armes qu'il qualifiera de triomphe, a cause de désordre et de décou- ^a^en^ent dans ses bataillons victorieux.

Cependant tous les dignitaires de la cour impériale, réfugiée à Blois , se sont lialés d'envoyer au prince de Talleyrand-Périgord , président du gou-

DE PARIS, vcrncmetit provisoire, leur adhésion à la décbô' ancc de ruui[iprcur; bicolôt la rouie est couverte de ce troupeau, qui accourt à Paris se chauffer aui rayons d'uQ soleil levant. L'impératrice Marie- Louise , lians les soins jusqu'à la (in assidus de l'hoDoraLle cointc de Ségur , i;raml inaîlrc de» cérémonies , resterait seule et délaisse'c.

Le 3 moi , l'on a des nouvelles <Ui message constitutionnel envoyé i Louis XVIII , dans les premiers jours d'avril : ce prince , qu'un parti presque introuvable appelle le Désiré, habile l'ancien chitcan royal de Saint-Ouen : il y publie, sous la proleclion des alliés , une déclaration de laquelle il résulte que, repoussant l'œuvre dq sénat, il se propose il'octroyer h ïi nation une charte qu'il n'a pas méditée moins de vin^l-cinq ans.,. Ceci iliffôre déjà essentiellement tie la promesse faite précédemment par ce prétendant: car il s'était en^^agé , non pas à octroyer , mais à adopter une constitution libérale. Du reste le nouveau pacte sera plus conforme que l'autre à la pensée d'un roi qni vient de reconnaître à Londres : (1 qu'après la Providence , c'est au prince régent. « d'Angleterre qu'il se fait gloire de devoir sa cou- « ronue. "

Louis XVIII fait son entrée «Paris le 5 mai , dans une calècbe découverte, précédé et suivi de plusieurs corps étrangers. On voit aussi fi ce cortèîje royal , mais comme des cscla\?s escortant un char de triomphe, des grenadiers de cette vieille

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garde qui fit trembler TEurope. Des cris de tnVe Ja garde impénale se mêlent à ceujc de vioe le roi! A côté de Louis est assise tme princesse que ses malheurs rendent intéressante : on aimera certainement à la dédommager des peines de ton adolescence , pourvu qu*elle sache se persuader que les griefs dont elle peut se plaindi^ ne sont point ceux de la nation entière , encore moins ceux de la génération actuelle. Mais déjà Marie-Thérèse de ^rance qui , comme tous les membres de sa famille, na rien appris et rien oublié y laisse lire sur ses traits austères le ressentiment injuste de son coeur, et dans ses manières la défiance qu'elle rapporte parmi ses compatriotes. Otaries d'Artois, son beau-père, fut plus communicatif, plus cxpansif à son enfjrée à Paris ; il s'écrîai4; avec effusion :• « Mes amis , plus « de conscription, plus de droits réunis,» et de gracieux sourires accompagnaient cette promesse légère.. • Le prince lieutenant-général sourit encore; mais les droits réunis et la conscription restent et resteront toujours, même avec une nota- . ble addition aux impôts directs et indirects. Ce n'est pas que le héros de Trianon manque de génévosiîé : en sif^nant , le :> j avril , la convention de Paris , il a donné à nos lihcrateurs , les alliés, cinquante-deux places fortes, douze mille pièces de canon , vingt-cinq vaisseaux de ligne , trente frét^aies, pour un milliard d'approvisionneniens divers : en un mot le fruit de vingt années de gloire.

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Cet abandon sacrilège n'a coAté qu'un irait de plume aulieuleiiant-géué^'aL Aussi Louis XVillj après avoir parcouru ce traité odieux, s'écrie-t-il î « Euvérilé, mon frère, il paraît que vous auriez « tout cédé, pourvu qu'on vous laissât votre Ba- « gatelle, »

Louis XVÏII s'installe aux Tuileries, que le comte d'Artois habite depuis le 12 avril. Ce pa-r lais est rempli, des caves aux combles, par uuç cohue bigarre'e de serviteurs fidèles , qui s'y sont établis par druit de conquête ; grands et petits émigre's, prêtres violets ou noirs, faisant de la religion par métier; grands seigneurs, valets du roi; marquis, valets des grands seigneurs; chevaliers, valets des marquis en faveur ; dtibris de là rhouaunerie, sortant de dessous terre ; intrigantes titrées . «£uî ont trafiqud de leurs charmes sous l'empire , et se disposant à en trafiquer au retour des légitiines : en un mot , tout ce qui peut se donner les honneurs d'un martyre révolutionnaire , quand même ce martyre aurait vécu dix ans des bienfaits impériaux. lis viennent emménager auchfitcau, et se sustenter, paracompterenuméraleur, aux dépens de la liste civile à fixer... C'est un mouvement, une activité dont on peut à peine se faire l'idée; de tous côtés on dîne, sous cette longue toiture, qui s'étend de la Seine îi la rue xle Rivoli.,. La restauration , littéralement dénommée pour les dévoûmens alTamés, tient table ouverte, en attendant qu'on puisse ouvrir, au

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profit ôe ces innombrables conTives , on banqoet de pi«loles> o& l'émigration et les victimes puito-ront à pleines mains.

Le comte d'Artois volt fondre ^ chaque matin , ▼ers lui une cohue de solliciteurs nobles^ qae les diligences yoiturent par milliers h Paris/dcs brous* saillcs de la Yendëe , des ruines crénelées de la Bretagne ou de TAnjou, et des gothiques châtellenies du Maine. Monsieur leur promet tout ce qu'ils demandent, plus qu'ils ne demandent : il saura bien , dit-il , ramener le bon vieua: temps.

Cependant Louis XVIII ne fait pas compte de vingt-cinq ans de notre histoire : la révolution et l'empire sont des rêves évanouis; le règne du Désiré date de la mort du jeune Louis XVII; le prince , qu'une maréchaussée européenne vient d'escorter en France , date ses ordonnances de la dix-neuvième année de son règne. II y a deux manières de considérer ce fait étrange : ou c'est un témoignage d'insolence qu'on doit réprimer , même eq présence des baïonnettes étrangères ; ou c'est un trait de folie dont il faut rire : les Français se décident pour ce dernier parti. Mais leur hilarité cesse lorsque le traité du 3o mai , confirmant l'infâme convention du 23 avril , consomme la honte (le la France , en lui enlevant ses limites naturelles du Rliiu , la Belgique, le Piémont, de notables parties du territoire de 1 792 ; et lui cou-

cà<le dériioiretneni quelques bourgades de U Savoie, Mulhauscn et Avignon,

Enân , le 4 ju'" > ^^ milieu de ces prétendus députés , que Napoléon a chassés par un juste pressentiment de leur trahison, dont ils se prévalent aujourd'hui , Louis X VIII '/ait concession, et octroi à la nation , tant pour lui que pour ses successeurs etù toujours, d'une charte, dite constitutionnelle. Le sieur d'Ambray, chancelier, qui n'a pas de'pouillé le vieil homme, qualifie vingt fois, dans son discours, celte même charte d'orehnnancc de rt^Jhrmation. Oji croirait assister à une se'ance des Etats sous Louis XIH. Mais les hommes vendus au pouvoir nouveau persistent h voir dans l'œuvre royal , qu'on impose au peuple , la constitution libérale promise avant la déclaration de Saint-Oucn , et dans les intentions de sou auguste auteur une popularité franche et loyale. Voyons comment s'accomplira ce pacte du prince avec lu nation , accepté par une assemblée d'origine impériale, et dont les droits se sont anéantis avec la constitution de l'an VIII.

L'inviolabilité des biens uationaux est consur crée; et chaque jour le comte d'Artois, dans des audiences que son frère finira par lui interdire, fait concevoir des inquîlftiides aux acquéreurs de ces biens. I.'épalilc des droits civiques est l'une des hases du nouvel ctat social; et les mois antérc vol utionua ires des dîmes, corvées, droits féodaux retentissent de toutes parts, Lii liberté de

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la fmt^e et êe% opînioBs ot gafamie; d ie» nMres du roi la proscrÎTeni : mue loi de en étaljiie: la polémique de» joiuniaQx et de> pamphlets e^ réprimée , seloa rexpmâan des excellences^ c'est-à-dire pre^^etuse, MÛTant Fappréciation plus exacte d'une action préalable à la publication. Les croyances religieuses sont dé^ elarée<^ indépendantes ; et les prêtres cafholiqiies , dn hant delà cbaire, laissent tomber l'anatliéme snr le protestantisme : déjà même une tempête religieuse s'élève sur l'ancien théâtre des dragonnades et de la guerre des camisards. La nouTelle noblesse est reconnue par la monarchie restaurée ; et chaquematin^ dam» les antichambres royales, où elle se traîne non moins servilement que les ailes de pigeon de l'Œil de Bœuf, elle est accablée de dédain par les marquis à talons rouges et à rapières invinciblement attachées au fourreau. L'article LXI V (le l'acte consiitutionnel conserve aux officiers de la vieille armée leurs grades , honneur;» et pensions; et vingt-deux mille d'entre eux sont rxpulsffs dos cadreg de l'armée nouvelle , et réduits à un traitement qui , pour les grades inférieurs , ne saurait suffire à la subsistance de ces infortunés... Cependant on vient de faire toml>er une pluie d epauletles sur sept à huit mille officiers, pris dans l'émigration, ou tirés des buissons vendéens. Une proportion étrange est étalai io pour l'avancement de ces militaires , dont les campagnes se composent assez généralement d'an-

néep de mendicité , passée» à 1 étranger, ou de repos dans les terres que Napoléon leur a rendues t cette proportion consiste à leur accorder les grades qu'ils auraient eus sans l'invasion reFolutionnaire ; de sorte que des cadets de 1789 se trouvent, de plein droit, généraux en 1814. Dans la marine , l'inconvénient est plus grave, ou plutôt plus gro-* tesque encore : des barbons qui se croient marins , parce qu'ils ont été gardes du pavillon sous M. de Grâce , il y a 55 ans , reçoivent le brevet de contre-amiral , et ne portent sur les vaisseaux du roi que l'expérience d'un entreposeur de tabgc*. Pour épurer les vieilles bandes que vingt-ans de victoire ont flétries , le duc de Berri abandonne un moment le théâtre ordinaire de sa gloire, les coulisses du grand Opéra, où ses lauriers portent déjà des fruits. Il passe des revues dans les garnisons , récompense les officiers nuls sous l'empire , et dit à ceux qui se plaignent des passe-droits qu'on leur fait, après les campagnes de Russie et de Leipsick : Pourquoi y alliez*^/ous? De son côié, le duc d'Angouléme visité aussi nos garnisons , fait des promotions , et donne des croix lorsqu'il est bien convaincu qu'on n'a mérité , ni les unes , ni les autres. On veut faire de ce prince le héros de la famille ; mais, par malheur, l'étofie manque : si Louis-Antoine est pieux

* Allusion ingénieuse faite dans le délicieux roman de la Salaxambee , par Eugène Sue*

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Louis XVIII pour tempérer cet essor imprudent. Il y a dans son palais même un véhicule, un levier contre-révolutionnaire, plus puissant que sa conslitutlonnalité perfide : le comte d'A.rtois et surtout la duchesse d'Angouléme, le premier, par amour du vieux régime, la dernière par l'impulsion de sa haine vengeresse, sont pressés de refofger les chaînes d'une nation qu'ils nomment toujours rehelle. Le pai^illon de Marsan est le centre d'une conjuration contre cette charte, que le roi entend bien déchirer, mais lentement, mais à coups d'épingle. C est-là que les grands seigneurs d'autrefois , les prélats de l'émigration , viennent puiser des inspirations qu'ils répandent ensuite dans la société , dans le gouvernement , dans les chambres des pairs et des députés : puissances législatives que l'on circonvient , en attendant mieux. Louis XVIII, malgré sa ténacité naturelle , est entraîné à une réaction, qu'on annonce hautement comme prochaine. Il a bien un système tout formé , système digne de lui , digne de Machiavel , son maître : nous voulons parler de cette bascule , si heureuse , si morale surtout, que le Désiré fera jouer plus tard, sous la main du ministre Decazes. Mais, en 1 8 14, le monarque ne peut arriver à l'application de çetlc noble combinaison politique , débordé qu'il est par les amateurs de Tabsolutisme religieux et nobiliaire. Les prétentions de l'ancienne ligue se reproduisent ouvertement dans le clergé; dans la noblesse, on

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voit le vieuK Versailles tout entier, avec ses privilèges^ ses grandes, ses petites entrées, son lever, ses tabourets. Goblentz croit décidément avoir conquis là France : il faut que la grande nation se confesse de ses victoires ^ fasse amende honorable de toutes ses gloires , abjure ses conquêtes dans les sciences , dans l^s arts ; il faut qu'elle brûle ses immortels codes; qu'elle démolisse y en un mot , les itionumcns du grand empire; il faut enfin qu'elle redevienne la proie d'une foule de courtiutns affamas , se disant les appuis du trône et ae VauteLn. Appuis dont on jugera bientôt la solidité.

Au milieu de ce péle-mèle de prétenyons,on remarque , et c'est là que s'ouvre la page la plus honteuse peut-être de notre histoire , on remarque les hideuses intrigues deshommes qu'on vit tour-à-iour jacobins , courtisans du directoire et impérialistes intrépides... Ces apostats de tous les régimes peuvent être comptes par milliers dans les premiers grades de l'armée, dansles chambres, dans l'administration - et notamment parmi les ambitions à pourvoir. lis se montrent plus royalistes que le roi , voire que le pavillon de Marsan, et sont les premiers à crier vwe le Roi qUandmême. Enfin, après de nombreuses infrat^tions faites à la charte par im ministère chaque jour renouvelé , et dans lequel tout entrant veut payer son tribut de bonne volonté contrerévolutioAuaire , le côté droit de la chambre re-« présentuiive ose aborder la plus délicate question

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p(rfitique de Tëpociue y le Noli nié tàngere Ae là i^ëvolution : on parle de remettre en discussion Tin-

violabiliid des biens nationaux. C'est une étincelle tombée sur une traînée de poudre : l'inquiétude générale succède à la défiance, qui avait fait place À une sorte d'abandon. On murmure d'abord, puis on se plaint hautement et sans redouter beaucoup la police Decazes. Le bon peuple a laissé faire largement la part des bouderies de l'émigration ; il s'est flatté quelque temps que le besoin universel d'union et de paix sera senti ci|fin par ces vieux oiseaux voyageurs qui ont revu leur nid... Mais il se voit déçu^ le peuple ; il se prend à récapituler tous les griefs d'un gouvernement imposé par l'ennemi, et aperçoit toutes les mailles du réseau de fer dont on veut l'entourer. La fermentation grossit : bientôt ce sera un orage.

Dans une petite île de la Méditerranée, d'autres mécontenlemens fermentent : ils ne sont pas moins fondés que ceux de la nation française. Par la convention du 1 1 avril , l'empereur abandonne à la couronne ses biens particuliers , i condition que leur montant sera réalisé en un capital, destiné à récompenser d'anciens et fidèles serviteurs. Celte clause demeure sans exécution. L'empereur doit jouir d'un revenu annuel de deux •millions de friuics, unique moyen d'existence qu'il :ait conserve ; il ne le touche qu'avec une extrême irrégularité : depuis plusieurs mois il n'a rien vécu. Le vice-roi Eugène Beauharnais devait avoir un

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jaillissement conveimbls; il na icru chez son beau-père, le roi Je Bavière , <ju'une hosptialili- Je réfugié... Enfin l'imiiéralrice Joséphine, pour taquellc Napoléon avait conservé une vive affection , esi moite en pleine santé , dès les premiers joiirn de la restauration , dans son chAtcau de Malmaison ; et cette mort , qui soulageait le trésor royal d'une charge annuelle d'un million, est restée environnée d'un mystère inexpliqué. A part «léme cette circonstance, Nai>oléon peut-il donc ^Ire tenu de respecter le traité du r i avril , lorsque la plupart des conditions de son abdication sont éludées?... Il le pense d'autant inoins que de plus vastes intérêts achèvent de dénouer les lien.'* desserrés par rinfidélité des contractans européens. En France, les souvenirs do liberté et de gloire « sont rc'veillés; la crédulité bénévole est détrompée; on ressent avec transport la haine des prétentions gothiques; l'indignation nationale se soulève contre les humiliations de la patrie; elle repousse violemment la coupe anière d'une tyrannie abjecte formée à la- voix de l'étranger... Les espérances se reportent vers l'île d'Elbe : Napoléon, dans la pensée d'une immense majorité de Fran-

-çais, est encore le souverain légitime Son oeil

d'aigle aperçoit et juge la situation réelle de la France... 11 s'élance de son rocher, entouré d'une poignée de braves, qui traverseraient avec lui cent lieues de flammes ; il touche le sol de la belle Provence; la population devient son cortège de V. 37

iiB HISTOIRE

triomphe; il tronve les élémens d'une armée partant où se rencontrent des soldats. .. L'empereur arrive à Pari» , porté sur les bras d*Dn peuple enivre. liOnis XVIII , cpi'ont déjà abandonné le$ défenseurs du trône et de l'autel , se réfugie à G and , après avoir flétri son règne de dix mois d*une ordonnance par laquelle il met Napoléon hors la loi , et prescrit de courir sus.... Louis XI n'aurait pas fait mieux. L'empereur répond à cet édit brur tal en donnant une escorte de sûreté aux princes fugitifs... A Lyon, il a décoré de la croix d'hon^ neur le seul garde national qui aft osé accompagner la retraite précipitée du comte d'Artois

Plus tard, il renverra poliment le duc d'Angou^ lême, fait prisonnier au Pont du Saint-Esprit. Toutefois , les égards respectueux du général Radct ne parviendront pas à rassurer le futur vainqueur du Trocadéro, contre la crainte des balles et des poignards.

Un trait remarquable de mobilité , c'est le royalisme décroissant , puis l'impérialisme croissant des journaux serviles dans les vingt jours que l'aigle impériale emploie à voler du golfe Juan aux tours de Notre-Dame : en mettant le pied sur la plage provençale, Napoléon est le corse y Vaven' turier; le lendemain ce n'est plus que Vusurpateur; à Grenoble , l'illustre voyageur redevient Bonaparte ; parvenu à Lyon , il a reconquis le titre de général Bonaparte ; à Châlons paraît le prénom glorieux de Napoléon i h Auxerre, rem-

DE PARIS. 419 pereur est réiniéyré dans loiUc sa dignité souveraine;^ Fontainebleau, l'on icçoii avec cntliouslasme le gi'and homme, le saui-eur, l'étoile de la l-'rance; enfin , le vingt-un mars au malin, la feuille officielle annonce que , la veille, sa majesté impériale et royale a fait son entrée danx sa capitale , au bruit des acclamations unanimes. Napoléon a jugé d'abord, en homme habile, les idées qu'il peut exploiter en France : ramené par l'indignation qu'excitait une tyrannie d'ancien régime, il a senti qu'il devait se reporter au premier essor de la liberté , et rajeunir les inspirations puisées à la belle fédération de 1790. I^' empereur à Cannes, à Grenoble, à Lyon, s'est refait l'homme de la révolution; ses proclamations sont celles d'un reprcsentanl de l'asscmblcc constituante : il compte sur le concours des piques degi , qui ont vaincu la première coalition européenne, et qui vaincront encore celle qu'on prépare au congrès de Vienne. Napoléon promet d'élargir les bases sur lesquelles doivent reposer les libertés publiques; son règne constitutionnel offrira la réunion sous sa main des véritables intérêts populaires L'empire ne sera plus qu'une

république , avec un président couronne'... Il verra la naiion au Champ de Mai; ses vues lui seront largement exposées, et ses droits, recevront dans ce jour solennel, une grande, une noble garantie. I.es patriotes de 91 , les républicains mcmes se rallient Ji Napoléon sur cette promesse franche-

ment exprimée : une rliamlire de repiesenians est convor{iiée ; libreineni eluc , elle se compose d*une' majorîlë loyale dans sa popularité. Mais il s*y retrouve aussi de ces phraseurs diserts qui resserrent les nécessités les plus vastes, les plus impérieuses de la patrie daus les périodes d*un discours compassé ; il est à craindre qu'on ne discute alors qu'il faudrait agir... Par malheur Vacie additionnel aux constitutions de Vempire paraît • et jette une grande déception à travers les espérances des patriotes. Cependant le jour de la nouvelle fédération luit : la pompe théâtrale que lempereur y étale , ainsi que ^s frères , fait craindre de plus en plus que ce grand homme n'ait pas dépouillé le despote. Déjà , car la défiance publique s'attache a tout, l'on a vu avec peine que Napoléon ait maintenu, par un décret, les dénominations de maréchalde-camp et de lieutenant-général; on se montre cijalcmcnt mécontent du titre de chambre des pairs , laissé h l'une des assemblées législatives. D'un autre côté Murât, qui a pris brusquement l'initiative des hostilités en Italie^ pour racheter sa honteuse défection de i8i5. Murât a été défait par les Autrichiens dès le 5 mai.... Il fuit détrôné et proscrit... Et Napoléon , pour le punir de son imprudence, lui refuse un asile dans les rangs de sa brave armée. Tout cela refroidit le zèle de la nation : il y a peu d clan au Champ-do-Mai ; la remise des aigles est froide; l'empereur se retire mécontent , et n'accepte pas Tavis salutaire qu'ail

^lem lie recevoir. 11 lui reste une année , qu'il a su improviser pnr un de ces coups de baguette qui lui sont familiers; il met en elle toutes ses espérances, et court en Belgique combattre les Anglais ei les Prussiens; tandis que Lamarque va s'op- |)oser , dans le Docaj^c de la Vendée , h une renaissante chouannerie. Ailleurs Rapp elLecotirbe défendent nos frontières,

A Ligny , la fortune sourit à Napoléon; mais les Prussiens y font payer cher une victoire que l'infortune Ney , par les tergiversations d'une tactique préoccupée , n'a pas su rendre décisive en attaquant les Anglais. Le lendemain, on bat encore l'ennemi aux Quatre-Bras; mais le 18 juin , trois jours après l'enlrée en campagne. Napoléon, avec moins de soixante mille hommes , trouve Wellington retranché dans la position de Mont- Saint-Jean, boisée et forte d'une foule d'accidens de terrain , dont ses ingénieurs ont su profiler. I/armce française triomphe toute la journée ; le soir un corps prussien , qui a trompé la marche obstinée du maréchal Grouchy , joint un renfort lie trente mille hommes aux forces britanniques et belges... Alors la mort ouvre des bras immenses pour recevoir la moitié de nos braves..,. Tout est perdu, fors l'honneur; car personne ne se rend.; tout le monde veut mourir. . L'empereur est de retour à Paris le 10; ce retour est l'annonce officielle d'une défaite ; on rommcncail à se réjouir de la victoire de liiyny.

^'j,2 HlSTOlKE

La chambre des représentans, formée d'élémeiis peu compatibles , ne sait pas ou ne veut pas voir que Napoléon seul peut encore sauver la France d'une seconde restauration, et que les dangers de la patrie vont faire sa force. Elle se dispense de considérer que ces princes , que n*ont pas corrigés vingt-cinq années d'adversité , ne reviendront pas corrigés par trois mois de nouvelles infortunes , mais qu'escortés des canons de la sainte alliance , ils reparaîtront armés d'une vengeance qu*il faudra subir en présence de la gendarmerie européenne.^On demande brutalement une seconde abdication à Napoléon; il la donne eu faveur du roi de Rome. Napoléon II est proclamé par le corps législatif. Mais Fouché, le terroriste, Tin^périal, le royaliste Fouché , préside un gouvernement provisoire, qu'il vent sur l'heure h Louis XVIIL Les droits du jeune empereur sont éludés , noyés dans une nouvelle trahison... L'ex-ministre de la police presse le départ de Napoléon , en lui présentant une fausse convention avec les alliés pour son transport aux Etats-Unis d'Amérique, avec tous les honneurs dus à son rang... Jamais tant d'infamie ne suivit un plus noble malheur... Vainement l'empereur demande-t-il à battre l'ennemi sous les murs de Paris, puis à s'exiler; vainement assure t il qu'il répond de la victoire sur sa téie .. On ne veut plus de lui... on le repousse... on est pressé de livrer aux étrangers cl à leur protégé , la France qu'on leur a vendue... Davoust remplit

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iiu|irès du bon maître les ronclious il'uii e:Luiupt de police;... il uflie de lui mettre la main sur le cullet... Napoléon part .. el le mt^oie Davoust se hâte de signer la capitulation de Paris. Cette coiiventiuii militaire porte amnistie à tous les fonctionnaires et oQiciers qui ùul pris part à la révolution des cent jours; et le génccal , qui la signe , laissera périr, en violation de celte promesse écrite, et le jeune Lahédoycrc et le maréchal Ney, 1r plus brave capitaine des temps madei'n<e&. Le prince d'Eckmuhl laissera vouer IVoidejiient au supplice les nombreuses victifties qu'atteindra la terreur roj-û/e,lacOQlre-partic de y5, exercée , non dan» l'entraînement d'un délire révolutionnaire , mais dans la calme réflexion du cabincl , et, nous le re'pélons, contre la foi des traites.

Les troupes françaises qui , le 5 juillet au soir, forment , sous les murs de Paris , un effectif de 104,000 hommes, capable d'exterminer des Anglais et des Prussiens , exténués, et dont le nombre n'excède pas Go, 000 hommes; les troupes françaises, disons-nous, passent la Loire, et, au-delà de ce Oeuve, la vindicte royaliste les poursuit du nom de brigands. Napoléon , dont le transport honorable en Amérique n'est qu'une infâme déception, refuse de s'éloigner sous un déguisement , el secondé par les expédiens d'une fuite mystérieuse... Il refuse aussi les milliers de bras que lui offrent les populations m Non, s'écrie-t-il. ce serait « guerre civile, et j'aime trop la France pour al-

« tirer sur elle une lelle calamité... » Les légilimes u ont pas raisonné ainsi ^ eux qui , durant vingt-trois ans , ont couvert la France de rebelles et d'assassins. Napoléon croit à la générosité anglaise : il ne sent pas que lame d'un héros plaoe trop haut pour être aperçue et comprise par les peiits spéculateiurs politiques de la terrç... Conunc Thémislocle il demande une place au foyer d'un étranger hospitalier; et, à la honte éternelle du gouvernement anglais cet étranger ne sait pas trouver en lui un sentiment généreux. Le cahinet de Saint-James n'offre qu'une prison à celui qui lui demande un asile ; et ce cabinet ne cessera de tourmenter l'un des plus grands hommes qui aient passé dans les régions de la vie, que le jour où il faudra creuser, pour l'enfOuir, le rocher sur lequel on l'aura exilé *.

La révolution du 20 mars 181 5, comme celle dn I I avril, a vu beaucoup d'apostasies politiques : les mêmes hommes qui, lors de la première enlïée de Louis XVIII , ont crié viW le roi! se sont empressés décrier viVe V empereur ! à l'appariliou prestigieuse de ce dernier aux Tuileries ; et dès que Bourbon reparaîtra, ils crieront encore vive le roi plus haut <|ue personne. Mais on peut citer bon

* Napoléon monte à bord du belléropuon le i5 juillet : le 6 août , il est Uansfëré sur le NoaTnuMBKRLAND , en vertu de la convention des alliés qui le déclarent leur prisonnier, sans l'avoir pris , et décident qu'il sera transporté à Saînt-

Hclènr.

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nombre d'honorables exceptions à celle misérable vei'saiilité ; deux d'entre elles ressorlent avec •^clat : les marccbaux Oudinoi et Macdonald , fidèles an serment qu'ils ont prèle à Louis X.VliI, refusent du service pendant les cent jours; Napole'on répond dignement h ce Irait de fidélité, en l'approuvant. Le duc d'Orléans , par une conduilc non moins loyalcj remet au maréchal Mortier le commandement de la place de Lille, en l'exhorianilk servir la patrie. Ce prince, contraint d'aiiacher sa fortune à celle de son cousin , pense alors que l'iatérêl du pays doit être préféré h celui d'une maison.

Le 8 juillet, on voit paraître à Paris la voiture du roi, pesamment ubargéede tout ce qui peut cont ri buer à l'aisance de la vie ; car chez les Bourbons de la branche aînée, un règne, c'est une succession de jouissances ; une révolte, c'estle irouble apportée celle vie dedéiices et d'insoucieuse quiétude; un royaume , c'est une ferme où l'on récolle abonflainment, sans s'inquiéter si le bétail soufl're ci maigrit. Devant la berline chargée de royauté, de bagages et de comestibles, roule une batterie prussienne ; une autre la suit. Ce genre d'escorie fait suffisamment pressentir cequcles Français doivent attendre de Loti is-LE- DÉSIRÉ, ei comment il entend cette partie de sa déclaration de Cambrai : « Je veux tout ce qui sauvera la France. » Déjases intentions paternelles se sont manifestées : dans la nuit précédente lessailes d'assemblée de la rc-

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