‹ Histoire de Paris, composée sur un plan nouveau (volume 2)Chapitre 4 sur 74 · B HISTOIRE · texte numérisé non relu

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du sang, devenue aisénieni abbesse ^ sont étranges: ' elle donne dans son couvent des concerts , où les chanteurs de TOpéra sont admis; elle veut que toutes' ses religieuses apprennent .à peindre Y^icad^mie , c'est-à-dire des figures d'Hercule , d'Apollon , de héros , d'athlètes , exposant tout le luxe d'une complète nudité. On donne àChcllesdes spectacles /des ballets; en d'autres instans , Louise -Adélaïde d'Orléans, noire comme noe charbonnière , fait des fusées , des feux d'ar-r tifice , et s'exerce au tir du pistolet. La duchesse du Maine •> qui s'est faite la conservatrice du bel esprit de Lacalprcuède et Scuderi y dans sa cour de Sceaux , se procure néanmoins des récréations moins subtiles avec le cardinal de Polignac, par habitude ; avec beaucoup d'autres y par occasion.

Deux genres de dépravation , encore peu connus en France , deviennent communs à la cour du. Palais-Royal,. durant l'administration du régent: ce prince donne à ses gouvernés l'exemple de l'inceste ; et les femmes se livrent entre elles à de stériles transports. Si l'on en croit l'assertion de la . duchesse douairière d'Orléans , cet égarement des sens et de l'imagination a été innovée à Versailles par madame (le Maintenon. a 11 est certain < « qu'elle aime les femmes ^ dit cette princesse : « elle a voulu me communiquer ce singulier > (c goût ; elle a même pleuré amèrement lorsqu'elle « a vu que le succès ne répondait pas à ses espé- <t rancos. Elle a essayé ensuite de me rendre amou-

« reusc du chevalier de Vendôme ; et n*y ayant a pas réussi davantage , elle me dit : Je ne puis et àbnceifoir de quelle pâte vous êtes pétrie: a naimernihommeynifemme..\ Iljaut quelana-fc tion alleijiOrnde soit plus froide que les autres*.,^ Nous consignons ce fragment d*une lettre originale de la belle-sœur du grand Louis XIV, pour mettre nos lecteurs à même d'apprécier la pureté de cette favorite, dont on a prétendu faire une sainte. Philippe d'Orléans^ ami des choses extraordinaires et de la nouveauté , ne pouvait manquer de se montrer novateur en fait de galan-* terie : aussi le voyons-nous adopter avec ardeur les fêtes adamites y imaginées, dit-on, par une ex - religieuse , nommée madame de Tencin , et qui consistent h^c livrer à tous les désordres de la débauche, dans un costume absolument négatif. Le régent admet aussi avec empressement les pratiques desjlagellans , pratiques renouvelées du moyen âge, dans lesquelles princes, simples gentilshommes , pages encore enfans , princesses, actrices , duchesses , danseuses , présidentes , pensionnaires de la Fillon , s'engagent , une poignée de verges à la main , dans un pélemèle pibertin , cfu de cuisans stigmates excitent la luxure et ensanglantent l'autel des voluptés. Plus de retenue , plus de pudeur dans ces saturnales, encore sans égales depuis celles de Néron et dlléliogabale. Des femmes de ta plus haute condition y roulent sur les genoux des

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roues, leurs charmes flétris par un banal homniË^ge ; cl , ce qui est plus hideux encore , presque toutes , pourvoyeuses des plaisirs d'un prince débauché , joignent li l'impudeur ce genre d'entremise qui peut déshonorer même le dernier degré de la dépravation.... Tant d'horreurs s'accréditent pour répondre aux goûts du régent : la comtesse de Sabran a donc raison de s'écrier , dons un souper , devant Philippe d'Orléans luimême : ce Dieu^ après avoir créé l'homme, forma « l'ame des princes et des laquais d'un peu de boue « qui lui restait. »

Durant les deux premières années de la régence, les mœurs du Palais-Royal et du Luxembourg paraissent si sales , si dignes de mépris , que les dernières classes de ]A société , ordinairem.ent imitatrices des gens titrés , reculent cette fois devant une telle infamie. Mais le vice, plante universelle qui germe partout, s'acclimate dans la ' zone immorale du Palais-Royal : c( L'amour , dit « une collection de pièces inédites , se montre ef- « frontément à Paris, sans voile, sans bandeau, (( sans décence; le scandale prend les allures d'une c( m.ode nouvelle. » Le cloître aspire aisément la contagion : un lieutenant de police, d'Argenson , se compose un sérail de religieuses^ au couvent de Notre-Dame-de-Trainel ; il se fait construire un appartement dans l'intérieur de cette maison , et s'endort, chaque soir, au milieu d'une foule de nonnes fraîches et jolies, odalisques embéguinécs

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qu'il introduit lour-à-tour dans son lit. Telles sont les mœurs que la minorité de Louis XV lègue à sa majorité.

Le trait moral le plus saillant de celte dernière période, c'est le pouvoir ou plutôt le règne des fa- Torîtes : il faut expliquer comment cette influence s'établit. Louis XV, marie h l'âge de seize ans, à Marie Leczinska , princesse vertueuse et dévote , lui resta fidèle jusqu'en Tannée 1741 ; à cette époque encore , lorsqu'on parlait d'une jolie femme, il disait candidement : Est-ce qu'elle est plus belle que la reine ? Un monarque qui se renferme dans le cercle des jouissances conjugales devient quelquefois un prince populaire : à défaut des passions vièieuses, il peut se passionner pour son peuple et vouloir le gouverner lui-même. Les inclinations de Louis XV visaient h ce louable dessein : cela ne pouvait convenir à Fleury, dont l'ambition se berçait depuis long-temps d'une autorité égale à celle de Richelieu ou de Mazarin. Le pieux évoque de Fréjus , pour éloigner son maître des affaires , le lança dans les bras du vice... Quon lui Kpre donc la Mailly, dit-il un matin, qu'il vit que le jeune monarque commençait a se lasser des plaisirs un ifBrmes de la couche nuptiale. Or, la comtesse de Mailly , fille du marquis de Neslé, était une femme lascive qui, depuis quelque temps, visait à la conquête du cœur de Louis XV. Elle la fit, avec l'assistance du duc de Richelieu , qmëtmten ce temps-là le prototype des Jibcr-

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tins de la cour. On dit que le cardinal-ministre avait exigé des preuves de la défaite de cette courtisane titrée/ et qu'aussitôt après Tévènement^ elle en produisit d'une étrange espèce. Mais cette première maîtresse ne jouit pas long-temps, au moins sans partage, des affections du roi. Sa sœur, madame de Vintimille , fut aimée conjointement^ et Sa Majesté se plut, dit-on , à les posséder ensemble dans une même nuit. Cet amour, en tierce partie , dure peu de temps ; une troisième beauté de la maison de Nesle captive le monarque, et conquiert, avec le premier favoritisme de ce règne , le titre de duchesse de Ghâteauroux. Cette dame , à l'exemple d'Agnès Sorel , inspire à son royal amant quelques velléités de gloire militaire, le détermine à prendre le commandement de ses armées , et meurt , dit-on , victime d'une noire jalousie , excitée par son crédit. La duchesse de Châteauroux a voulu pousser le roi à la tête de ses armées; la favorite qui lui succède interdit à ce prince lesexploits'militaires, craignant sans doute que le séjour des camps ne fasse naître décidément une passion martiale dans ce cœur qu'elle veut captiver. Cette femme si exclusive , c'est Antoinette Poisson , fille aune femme du peuple, entretenue par le financier le Normand. Antoinette , mariée à un neveu du bienfaiteur de sa mère, a vu souvent Louis à la chasse; elle Ta suivi plusieurs mois dans le dessein de lui faire remarquer son éclatante beauté ,

et d'obtenir , pour prix de ses faveurs , obstinément offertes^ Tamour du grand prince, qui donne; en même temps que ses bonnes grâces , les grandeurs et la puissance. Enfin, à force de persévérance , Taspirante au favoritisme fixe Tattention du monarque galant, dans un bal de l'Hôtelde- Ville. Un joli masque, après avoir long-temps lutine Sa Majesté^ laisse tomber son mouchoir en ^éloignant ; Louis le ramasse, le lui jette... Le mouchoir est jeté y s'écrient les courtisans. Ils- disent vrai.;. Le roi a trouvé plus qu ui^e odalisque, plus qu'une sultane favorite : peu de mois après cette aventure , les rênes du royaume , échappées des mains du monarque amoureux , sont saisies par la nouvelle maîtresse en titre ; elle devient dame du palais , marquise de Pompadour , et , visant à une domination égale à celle de Françoise d'Aubigné , qu'elle est capable d'exercer avec talent, notre jeune ambitieuse propose des plans de réforme, régie les alliances, nomme des généraux, fait et défait les ministres.... gouverne enfin du canapé de son boudoir. Mais, faiblement constituée , et peu capable de soutenir le rôle des femmes lascives qui l'ont précédée dans les bonnes grâces du roi, elle sent qu'il lui faut des auxiliaires pour satisfaire le gros appétit erotique de ce prince libertin. La marquise se fait la pourvoyeuse des infidélités de son royal amant : elle lui procure toutes les belles qui peuvent excitxîr ses désirs vagabons.... L'idée du Parc aux Cerfs

naît dans Tiniaginationdeeettc favorite de bonne composition; iu petits appartemens deviennent par elle séjour de délices et d'enchantemens ; Trianon s'embellit de toutes les séductions qui peuvent flatter les goûts mobiles de Louis XV. La complaisance d'Antoinette se montre si active^ si prévenante^ que Finscontance même du souverain se fatigue à suivre les jouissances^ toujours nouvelles , qui semblent naître h la voix de cette attentive amie Et comme l'inconstante majesté s'accuse quelquefois d'ingratitude^ la marquise répond , en posant doucement la main sur le cœur du sulfàn de Versailles : Ce nest quà ce cœut que fen veux. L'aveu n'est pas complet : madame de Pompadour en veut aussi à la perpétuité du souverain pouvoir, qu'il lui abandonne en récompense de son entremise Peu de pourvoyeuses du même genre ont été aussi magnifiquement payées... Cet abandon bontcux de la puissance suprême'pro voque, pendant dix-buit années, le mépris de tous les potentats de TEurope: Le grand Frédéric , froissé par la politique Pom{)adour, surnomme la favorite Cotillon II.., Ce mot caractéristique fait fortune.

A cette femme , douée d'une cer laine instruction, d'un esprit juète, et, vers la fin de sa carrière, de l'entente des affaires, succède Jeanne Vaubernier , comtesse Du Barry , créature née , sous le chaume à Vaucouleurs, élevée dans la fange d'une maison do prostilution, et dont l'au-

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dace égale l'i^^norance. Mais cette femme a de la beauté; sa hideuse expérience est capable .de ranimer les sens blasés du vieux souverain , libertin encore par l'imagination , lorsque la natiBre est défaillante en lui. Jeanne amuse Louis par le langage grosiiiér qu'elle se plaît à aiFccter : il lui manquait un amour à la manière des halles; il l'areur contré ; le hien-aimé trouve dans une passion crapuleuse le complément des félicités, et la- France le dernier degré de l'avilissement^ soqisle sceptre d'une fille de mauvais lieu. Cependant, cette autorité honteuse enlève au royaume le seul ministre qui, durant sa gestion , ait racheté , par quelque grandeur^ un peu de l'infamie d'unirègnc qui salit notre histoire : Choiseul est expulsé pai* la Du Bar ry , dont il méprise les faveurs banales. D'Aiguillon , seigneur flétri du renom de prévaricateur , homme d'Etat sans capacité , complaisant servile, est misa la tête des affaires par la courtisane à laquelle.il doit déjà d'autres grâces. Du reste, cette - servilité est partagée par toulc la cour. : des ducs, des cardinaux , des princes du saug , tiennent le lever, chaque matiu, chez l'ex-ouvrière en modes qui naguère encore partageait ungrcaier avec une camarade , maintenant débitante de voluptés sur la ^^voic pdblique. Le prince de Condé , l'un des hauts personnages les plus assidus au chevet de la mairtrcsse en titre, prépare ses pantoufles quand elle veut se lever ; il y introduit le petit pied de Jeanne après l'avoir l)aisé. Leduc d'Orléans, veuf d'une

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priaceaae qui , par échange de rôles , descendait jusqu'à la hideuse prostitution de la Vaubernier , tandis que celle-ci s'élevait jusqu'au trone^ le duc d'OrlAuis, disons-nous, entretient une corres^ pondance suivie avec cette £avorit&. Amant de madame de Montesson , il songe à l'épouser , et la Du Barry , qui n'espère rien moins pour elle* même qu'un mariage à la Maintenon, promet i Son Altesse d'obtenir l'assentiment du roi pour ran^oa projetée, lorsque la sienne , à elle-même, BUTAjet^ la planche.

Oi) sait déjà ceque peuvent devenir les mœurs publiques, ces mœurs perpétuellement imitatrices des habitudes illustres , lorsque le souverain et la haute noblesse donnent à la capitale et au royaume de semblables exemples. Il n'est pas un gentilhomme, possesseur de quelque fortune, qui n'ait sa petite maison , pas un duc opulent qui ne se croie obligé de donner un hôtel à une danseuse , pas un abbé decom* qui n'ait des intelligences dans lesf coulisses de l'Opéra ; pas une dame titrée qui ne se persuade qu'on la montrera au doigt si clic n'a pointa sa suite trois ou quatre amans. Chaque jour , des femmes élevées dans les principes de la décence et de la vertu, y renoncent de peur d'être ridicules... Une comtesse du faubourg Saint-Germain's'écrie "% un jour, devant une jeune présidente encore pure : « Mon Dieu, ma chère, à quoi pensez-vous donc ? a Hé ! mais ne savez-vous pas que , de nos jours , M ^ne femme sans afiaire de cœur est une personne

« jléshonorée. »^Le roi fait enlever- impudem^ méat les petites filles de neuf h dix ans , et les fait élever , pour ses plaisirs^ dans le Parc aux Cerfs. Des pères, désespérés, intentent au ravisseur couronné des procès scandaleux , quM fait soute&ît avec audace , efqu il perd souvent, condamné par ce parlement qui mine de plus en plus la base dil trône... La noblesse , enhardie par le cynisme du souverain , se livre aux attentats les plus révolu tans sur de jeunes filles de la bourgeoisie : lesgen-^ tilshommes du moyen âge enlevaient une xfemmë povV^ l'épouser et s'enrichir; ceux du dix-huitiëihe siècle l'enlèvent pour la flétrir de leurs caresses d'une nuit, çt la précipiter ensuite dans Tabimë fangeux de la prostitution. Le duc de Fronsac, digne fils de ce Richelieu, si célèbre par ses bonnes fortunes, s'éprend de la fille d'un peintre ; cet amour, déclaré pour ce qu'il est , c'est-à-dire pour le caprice éphémère d'un grand seigneur , est repoussé avec indignation par la jeune personne, dont les mœurs sont irréprochables. Le soir mjSme , Fronsac , un flambeau à la main , pénètre dalis la maison du peintre , l'incendie , et , & la faveur du désordre, enlève l'objet de son amour. Gilbert retrace dans ces vers ce rapt deux foifc criminel :

Pour son plaisir d'un soir que tout Paris presse , Voilà que , dans la nuit , de ses fureurs complice , Tandis que la beautë , yictimc de son choix , Goûte un cliaste sommeil sous la garde des lois ,'

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Il arme d*uii flambeau ses mains incendiaires y Il court, il livre au feu les toits héréditaires, Qui la voyaient braver son amour oppresseur, Et remporte mourante en son char ravisseur : ' Obscur, on l'eût flétri d'une mort légitime } Il est puissant, les lois ont ignoré son crime.

Le poète satirique n échappe qu'avec peine à uuc grave punition ; il est bien coupable en effet , car les excès de la corruption sont des titres de gloire. La magistrature clle-mênie s^abandonne aux dérèglemens les plus scandaleux : pas un conseiller , pas un président peut-être qui n'ait su conculipie , actrice, danseuse, modiste ou femme de chambre ; et , par une réciprocité convenue à Tamiable, pas un hôtel parlementaire dft file Saint-Louis ou de la Place-Royale où mesdames les présidentes , les conseillères ne reçoivent quelque abbé coquet, quelque moine aux sourcils épais , quelque militaire des compagnies rouges ou bleues de la maison du roi. « Un mari qui voudrait seul posséder (( sa femme , dit Montesquieu , serait regarde « comme un perturbateur de la joie publique.... « Ici un mari qui aime sa femme est un homme « qui n'a pas assez de mérite pour se faire aimer (c d'une autre. » Et lorsque les amours abandonnent la beauté titrée, vieillie prématurément par la débauche , un valet de chambre , un chasseur aux formes athlétiques , satisfait des passions persistantes. « Savons-nous d'où victincnt nos enfans, « disait un seigneur de cette «époque , maintenant

« que nos femmes ont affaire à leurs laquais ? » Mais , s'ccrira-t-oa , quel avantage a done produit la civilisation du grand siècle? L'avantage , le voici : On joue avec une apparente bonne foi , parce qu'on sait maintenant tricBer admirablement; on entend à merveille l'ëtiquette; on distille, avec une grâce infinie, la politesse de mots; on ment de la manière la plus ingénieuse et la plus séduisante; enfin ou excelle dans Tart de faire des dettes, pour se vanter d'en avoir , parce que rien ne fait plus d'honneur h un gentilhomme que de devoir cent ou deux cent mille francs qu'il ne paiera jamais , comme il le dit a tout venant, attendu qu'il est trop bourgeois d'avoir de la probité Si à ces nobles qualités on joint une recherche féminine dans la parure, si l'on se parfume comme une petite maîtresse , si l'on enfile avec art des riens étincelans dans une conversation vide de sens commun , si l'on tourne avec prestesse sur son talon rouge , en carressant le jabot de dentelle qu'on n'a pas payé à sa lingère , si Ton frappe du pied à tout propos, comme pour assurer les niaiseries prétentieuses qu'on débite, personne ne peut dénier ces témoignages de Supériorité morale; car voilà tout le mérite qu'on apprécie , et l'on ne reclierche qu'un vernis superficiel d'urbanité , épandu sur une immoralité profond^. Tel qui sait être fripon adroit, joueur heureux à la coupe, discoureur impudent , amant hardi , a droit au titre (Vhomine channant, et aux hommages d'une so-

ciëté corrompue^ et qui puise sa corruption précisément dans cette politesse appelée exquise , qui est la conquête de l'époque. Hâtons-^nous de le dire, alors comme toujours, il existe d'honorables exceptions y à ces mœurs corrompues : on compte , parmi des gens pénétrés des idées généreuses que les temps ont mûries , quelques résistances courageuses, opposées à cet entraînement presque universel vers le mal..,. Les progrès, en voici le résumé trop fidèle : Au moyen âge, le vice est barbare; au dix -septième siècle , il se fait dévot et hypocrite , au dix-huitième, il devient menteur et d une politesse outrée... Quant aux vertus réelles, elles sont dans les livres et dans une minorité, toujours croissante il est vrai , qui pourtant n'obtiendra peut-être jamais l'avantage du chiffre , à moins qu'une subversion sociale ne vienne renverser les faux dieux et retremper les idées.

Sous l'administration du lieutenant de police Sartine, s'établissaient à Paris ces repaires affreux appelés maisons de jeu : ce magistrat les autorise sous le prétexte spécieux d'avoir toujours la niain mise sur les chevaliers d'industrie qui s'y réuniissent ; mais les subventions qu'il tire de ces lieux, où toutes les impuretés viennent s'abattre, expliquent plus naturelleipent leur immorale institution. Les premiers tripots s'ouvrent chez des femmes dites de qualité et qui ne sont que des prostituées : une T.iatour, fille d'un laquais du président d'Ali gre j une Dcmarc, servante de cabaret; une

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Cardonnc^ blanchisseuse de Versailles 3 une Dufrêne, correspondante du liçu tenant de police pour les rapports scandaleux de la maison de débauche qu'elle tient. Ces dames , et les filles dont elles s^entourent^ sont parées des litres de comtesse, de marquise , de baronne ; ce qui ne les empêche pas d'endormir la raison des joueurs par des séductions provocatrices et prodigues de faveurs. D'autres jeux appelés de société^ et qui n'en sont pas moins des coupe-gorges , tiennent chez des personnes véritablement titrées : l'ambassadeur de Venise ouvre son hôtel même à la passion plébéienne : de petits marchands viennent engloutir leurs épargnes, dans ce tripot qu'on appelle avec raison Venfer.

C'est cependant au milieu de cette époque y où toutes les corruptions se confondaient , que l'on vit renaître et grandir cette philosophie qui devait rasséréner les mœurs, corriger les abus, et renouveler la société. Dans le même temps l'esprit humain fixe les méthodes de perfectionnement des sciences y des lettres , des beaux-arts ; l'économie publique agrandit son domaine ; les manufactures s'enrichissent de diverses découvertes y l'agriculture acquiert quelques bonnes théories , à travers les rêveries des économistes, qui veulent abusivement appliquer les spéculations philosophiques aux choses matérielles. En un mot , la pensée et le travail prouvent, par leurs progrès , que si la sollicitude des cours peut quelquefois les favori-

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scr , Tabandon et Tinertie du pouvoir suprême n*entrave pas l'activité nationale, que seconde une réunion d'autres circonstances.

L'arbitraire n'est point encore vaincu dans lesystème de gouvernement et la législation ; mais il est vivement combattu : le renvoi «des jésuites et les remontrances courageuses du parlement sur les refus de confession attestent ce progrès. La véritable éloquence y restaurée au barreau, contribue puissamment à cette amélioration , et le parlement de Bennes, dans l'affaire de La Chalotais, se place au niveau de celui de Paris. Le profond Montesquieu , dans l'Esprit des Lois , rectifie de nombreuses erreurs législatives par le rapprochement et la comparaison des lois de tous les temps ; tandis que l'abbé de Saint -Pierre émet au moins quelques élémens d'union européenne praticables, dans le rêve vertueux intitulé Projet de Paix perpétuelle, Rousseau ofiFre d'autres parcelles de prospérité intérieure dans son Contrat Social f que Voltaire se donne le tort d'appeler le Contrat insocial, quoique plusieurs parties de cette théorie soient inexécutables. Les grandes vio* lations et le despotisme religieux ou civil , ont toujours exercé le jugement des bommcs , et produit des réformes salutaires, sinon immédiates dans la pratique, du moins sous la plume des penseurs : consignations de la réflexion et de la sagesse, qui finissent toujours par fructifier. Au dix-hui* tièmc siècle il en est ainsi des discussions orageuses

sur la bulle Unigenitus , de rcxamcn tîes statuts de l'ordre des jésuites^ des attaques redoublées contre le jansénisme, et de l'observation du délire con- Tulsionnsiire. La foi , déjà ébrardée par les persécutions du catholicisme, Test davantage par les dernières chicanes faites aux disciples de Jansénîus. Quelques esprits forts, inspirés par les discussions rationnelles de la religion réformée , examinent à fond les croyances de Rome , et reconnaissent que tout cet édifice de traditions , de morale , de rites , repose sur une base périssable , ou mal imitée du paganisme , ou d'une invention mal combinée et vulnérable dans toutes ses parties. Montesquieu , Rousseau , d'Alembert , Diderot , d'Argens, Raynal , Helvétius, et quelques autres abordent une dialectique pressante, forte de raison , puissante de preuves , qui bat en ruines tout l'échafaudage théologique ; malgré la défense lan- ^issante et diffuse de la Sorbonne et de ses adhérens. Telle est l'investigation des philosophes , et cette nouvelle secte se rend d'autant plus redoutable c[xie ses adversaires prêtent plus au sarcasme, au ridicule et à l'ironie, par les mille abus dont ils déshonorent la belle morale de l'Evangile... Le clergé Oppose à la philosophie ses armes ordinaires : l'injure , l'excommunication , la menace des bûchers ; on brûle des livres; mais on sent qu'il est trop tard pour brûler des hommes, on se contente de les persécuter. Calas et Labarre périssent pourtant encore, sacrifiés pfir le fanatisme, au sein

du jet lumineux des lumières philosophiques; mais ce double meurtre porte à Tintolérancc ellemême un coup terrible, La propagation rapide de V Encyclopédie achève d'anéantir la confiance accordée au sacerdoce^ en expliquant d'une manière claire , précise , probante tous les travaux de l'esprit humain, BufTon finit d'anéantir le^ mensonges sacrés, en dévoilant les secrets de la nature et de la création. J:-T. Rousseau, en publiant son Mmile , sape l'éducation tronquée que les prêtres ont arrangée pour limiter Télan de l'imagination^ et empêcher le regard de pénétrer le mystère mal adroit de leur politique intéressée. La Métrie d'Holbach, Fréret, Boulanger, Dumarsais, l'abbé Dulaurens, et surtout le curé Meslier, par divers tributs apportés au foyer déjà immense de la philosophie, achèvent de régénérer les idées religieuses^ et de les faire rentrer dans les bornes d'une piété utile, sage et fondée sur l'aspect de cet univers, qui offre une si belle démonstration en faveur de la Divinité.

Tandis que les ministres d'un ciel mal interprété sont convaincus de mauvaise foi par la philosophic , l'arbitraire des gouvcrnans et les droits des prétendus grands de la terre sont discutés par des hommes habiles à examiner les nécessités sociales. Dès l'année 1 724» ^^^ réunion, connue sous le nom de Club de l' Entresol , se forme chez l'abbé Alary : on y agite des intérêts d'administration publique, de diplomatie, de finance, de com-

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mercci Là chacun parle libremcni ; tous les abus con^paraissent à ce tribunal.... Ce club^ aux al^ Jures républicaines y finit par etfarouchcr l'aulo-* rite ; elle le fait fermer en i ySi. Mais l'impulsion <^t donnée ; ceux qui ont discuté à huis-clos jlor^ tcnt leurs théories dans la société ; cUci^ y germent, elles y fructifient. Le marquis do Mirabeau fait paraître, avec un grand succès Vylnii des hommes} Fabbé Baudeau les Ephémërides mi citoyen... Ce mot de^ciiofeny retentit, comme un tocsin d'alarme , à Toreille des hommes du pouvoir. On veut cependant les éclairer : d^ mémoires officieuit sont adressés au ministère; mais ces écrits restent enfermés dans les cartons^ et leurs auteurs vont h la Bastille... La vieille n^narcliio roule sur une pente rapide vers Tabime qui doit l'engloutir : rien ne l'arrêtera.

Les sciences contribuent de leur côté à détruire les erreurs et h38 superstitions. Des savans français démontrent l'aplatissement du globe vers les pôles , en mesurant plusieurs degrés du mérMi^ en 1 744- D'Alembert découvre les principes généraux du mouvement des solides et des fluides; le mâhe résout le problème de la précession des équifioxes. Une académie de chirurgie, fondée on 1701, forme plusieurs sujets distingués, et {)Orte assez loin l'art des opérations. En 1 7 735' Guiton Morvau rend un service essentiel h Tiiumanité^efl* imaginant un procédé pour désinfec-^ 1er l'air : les hôpitaux, et principalement l'Hô- V. :>.

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0 S'. s>s .xï% .X artinc r^rpaa'i-ii.î iié^ui c^ résine f*r- *^..5i''. 4\iM *'r ''::;-: 5«du* !^- ^raiiJ roi . ii moii^ ;ij* ûf; ô*::i,r./:à'iiL TA.* iào* locte* ki^r5 î:a:tLe5. La v,Tilf ti^r^ f:l là f.4^:inture ccxuractent la Z!iâ.niêjX! . Vuitéifztj: q«t f;nvdî;i5.3ent lesmoeuT* «rt la llttêrali;r': ; iiï;*!* 1^:* *:XpOâliiori5 puLMquc*. tt.^ndees |î&r l^:s v>iiiA ihi !n2P^{u:s •i'r Marisnv . éclairent \'zs ari.<5Uf« : r.ar daoâ les arts aii5*i le peuple r*t bf>?i h r.'^riiTaît'rr. L'archiiecluri? . pius heTireuîK? rjijf; s/:s soriitâ . forïimrT.ce . i-iir k'5 beaux plans de Soijîflot. la nouvelle église de Sainte-Gene^Hiwe \ pîiîs V Ecole ' X' flitci re . «iw cci;\ lie Gabriel, poiu: j^crvir i une irj>f.iiîUîon oubliée par Loutoîs.

f>f fut au milieu î!»* ce mouvement général de riritcllii'cnco nationale quf.' Louis XV finit ^a car- 1 2f i-r. rlr^rarlée . le i ornai i"-!. Ou emporta en jKjsIe , à Saint-Denis , le corps du feu roi nmc insupporrable et bâtive putréfaction résumait la vu: do ce firinco... En i"^p. après la maladie liaii|^freuse qu'il arait faite à Metz, le peuple, enchanté de retrouver un roi qui, comme tous les jeunes souverains .. faisait concevoir des espérances , lui décorna , par acclamation , le Beau surnom iîd Inen-aimé... En-i^7^., les dénM)ustrations tumultueuses de la foule avaient changé d'objet : cette joie publique qui jadis s'était manifestée nu rétablissement du monarque, salua sa pompe funèbre d'un transport scandaleiix Ikaais par malheur m/'rité.

HUrriÊBIE ÉPOQUE.

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