‹ Histoire de Paris, composée sur un plan nouveau (volume 2)Chapitre 7 sur 74 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

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Bucàm.wmoamuBhaàmxn,BAWÊOÊLT,TÈmÊUÊim

«ÉVQL0TlOWBUUBg,PAMg DORANT ORTB PÉRMMMIft tl TttBBflfnKm, COWWITU'IIOW DE I/AN UI, DOUH-

vooiB, oohmlat.

Le jour même où la convention nationale fut installée , CoUot-d'Herboisy qui , comme Ta dit an écrivain spirituel , devait , en sa qualité de comédien , apprécier VinjLportance des rôles , GoUotd*Uerbois proposa Tabolition de la royauté..... Cette motion fut presque unanimement accueillie : des applaudissemens , plus démonsiratîfs que parlementaires , firent retentir la salie. Quelques députés représentèrent cependant qvLWi sujet de cette importance devait être traité dans un^ dé* libération calme et grave. « £b! qu'est-il besoin « de discuter! s'écria Té v£que constitutionnel Gré* a goire? les rois sont dans l'ordre moral ce que lea u monstres sont dans Tordre physique; les coiira « sont ralelier des crimes et la tanière des^tf^ <i rans. L'histoire des rois est le martyrologe des a nations. » Après cette boutade y la républi||O0 fut brusquement proclamée-. SuhvOfsion digne

i«6- HlStOJKK

d'un peuple qui jusqu'alors avait chanié ses coa-> quéifîs, ses défaites , ses fastes civiU , ses calamités... Une moDarchie de quatorze siècles tombait anéantie par un trait d'esprit. La république française, fondée en quelque soite ab irato , sur un sol miné par les factions iQlérieiires , et qu'embrasaient les flammes étrangères; celte république, si légèrement iustituée surtout , pouvait être puissante, ei elle le fut; mais non pas viable, et elle périt proniplemenl. Abattre une royauté qui croulait , la tâche était facile ; mais pn manqua de temps , de prudence et d'accord pour récdifîcr soliment le régime populaire qu'on voulait y substituer. Cependant, tout fragile que fut l'édifice, il servit d'asile à une nalion menacée de toutes parts; il lui épargna le joug bonteux de l'étranger , qu'apportaient les despotes du nord. Quels qu'aient été les erreurs , les crimes même de cette époque, la postérité, qui juge avec impartialité, parce qu'elle juge d'après les résultats sortis dès longtemps du brasier des passions contemporaines , la postérité reconnaîtra que le gouvernement conventionnel sauva la pairie. Cette vérité fondamentale une fois posée , nous ne dissimulerons aucune des fimtes , aucun de.^ forfaits commis pendant cette courte éclipse de monarchie. Toutefois, nous n'en conclurons point, ainsi quêtant de publîcistes, que la république soit, chez une grande nation , un régime contre nature. Si , comme on l'a dit, les institutions républicaines tiennent essen-»/^

DE VARiS. 167

tieUetxient à l'esprit public> au caractère général dii peiâ^e qui les reçoit, nous ne voyons pas pourquoi l'instant où s'opère une régénération entière de principes^ une refonte complète de l'état social; résultant du développement des lumières et des progrès de la raison publique , ne serait pas lé moment convenable pour la fondation du gouvernement lë plus naturel , le plus conforme à la^ dignité de l'homme. Nous bornerons ici ces rérfleiions , qui ne se rapportent qu au temps où la société politique est à reconstituer, comme en 1792 ; non àceux où sa marche , même entravée par les abus et la corruption , est encore préférable à une réédificatiôn que fait d'ordinaire payer chèrement la catastrophe sanglaate dont elle est précédée; »

he 22 septembre , la convention nationale institue l'ère républicaine : l'année se partage' en douze mois * , dont les noin^ ingénieux rappellent les saisons^ les phénomènes astronomiques qu'elles amènent, et les présens annuels de la nature. Chacun des mois est divisé en trois périodes de dix jours, appelées décades; les jours reçoivent

* L'automne devenait la première saison de Tannëe : elle se composait de vendémiaire y brumaire y frimiUre ; les mois d'hiver étaient nivôse y pluviôse ^ venlose} ceux du printemps se nommaient germinal y floréal y prairial; enfin, Y été se composait de messidor y thermidor et fructidor. — Les jouis de 1^ décade éiaieni primidi y duodi, tridi, quartidiy quintidiy sex^ Udiy sitptidiy octidiy nonidi et décadi.

i68 HitrroiRE -

uaa dénominâtioD iodicatiye de kur ordre riquB. Ginqjours compUmeniaires , qa*ùm nomine vulgairement scats cuhtiées, oOmplètent la pé* riode annuelle ; un sixième jour coraplémenuîre correspond aux années bissextiles. Dons oe nonyeaiisystéiae, les saints^ subissant à leur tour Fin* fiaenoe rëTolutkHUEMdre , sont expulsée du caian*^ àn^r : des fruits^ d^s légnmes prennent leur place : Noël , Pâques , la Peni(?c6te , laTousfaint , tonibent en disgrâce : les fêtes de HJ0uneu0 • àB$ époux , des vieillards ,■ du peupU iùweram Reviennent les grandes sûlennkës de rani|ée.r

Cependant la Tictoire de Y a)my , peu ûn|Kiir* tante comme faste militaii^ , proctxre à la caiiM^ nationale un immense résultat, lies Pruaneos ^ qui s'étaient avancés en conquérans jusqu'au o^eur de la Champagne ^ se retirent aveo préoipitatioQ et sont poursuivis par les généraux français , partie culièrement par Dumeuriea» Cet événement re* duit au désespoir les princes et rémigratioii« Un coup plus terrible leur est porté le !i5 octobre s sur la proposition de Garnier de Saintes i les émi* grés, sans distinction d*âge ni de sexe , sont bannis à perpétuité du territoire français. Le décret rendu, qui tout à la fois a les formes d'une accusatiDu y d'une procédure et d'un jugement , punit de mort ceux des individus frappés de proscription qui rentreraient en France. Cette loi constitue , dans l'histoire;, une trinité terrible, avec le renvoi des Maures d'Espagne et la révocation de Tédit de

NftMei. La vicuxire de Jemmapes , reiiiporjlé& le O.Mnrembray achève de dése8péi*er les ennemis français et étrangers de la révolution. Dans oetlc journée j Tex-duc de Chartres , le général repu- Uîcaîn XÉgàUté ( aujourd'hui LônU^Philippe » toi des Français) ^ se distingue sous les ordres de Dsmoarie:», ainsi qu'il s'^esi déjà distingué au comhtft de Yalmy : ces deux faits d'armes^ dont les uomB seront inscrits un jour sur la bannière d'une inonarchie d'aubaine , offriront une enseigne po pulaire^ fastueusemqnt déployée... Mais le témoignage des enseignes...

D'après les pressantes délibérations du club des jacobins , convention nationale secondaire ^ presse aussi puissante que la première, Louis XVI est mis en accusation j le 7 novembre , sur la proposition de Jean M^ilhe. Dans plusieurs séances raccessives BiUaud-Va rennes , Léonard Bourdon , Manuel , Cambacerès ^ Robert , Grégoire , Serre » Charlier , Péthion , Audot » Lecarpentier , Jean^Bûn^aint-Ândré , soutiennent la proposition de Mailhe ; quatre députés seulement, MorissoUi Fauchet^ Gamon et le Fort, tout en protestant de leurs sentimens républicains, s'élèvent contre le projet de mise en jugement. Sous l'empire de la constitution de 1791 , disent-ils, te roi était inviolable; l'abolition de cette constitution détruit les prérogatives de ce prince , et le fait rentrer dans la classe des citoyens, quant à 3es actions ultérieures ; mais ces orateurs pensent que personne n'a le

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droit de le rechercher pour les actes accomplis sous le manteau d'inviolabilitë dont la loi de l'État l'avait recouvert. Cette opinion ^ basée sur les principes d'une saine jurisprudence et d'une légalité irréfragable^ ne peut prévaloir dans une assemblée où les ennemis de Louis XYI dominent; déjà la mise- en accusation est résolue, lorsque, le 20 novembre ^ le nlinistre Roland ai^ nonce Ja découverte de V'armoire de fer ^ où tant de preuves accusatrices étaient enfermées. « Ces « pièces, écrit le ministre, étaient dans un lieu « si particulier , si secret que si la seule personne ce de Paris qui en avait connaissance ne l'eût indi- « que, il eût été impossible de les découvrir. Elles ce étaient derrière un panneau de lambris, dans « un ti'Ou pratiqué au mur et fermé par une porte « de fer. C'est l'ouvrier qui l'avait faite qui m'éA (c a fait la déclaration. Je n'ai été instruit de la « cachette qu'au moment où je m'y suis transie porté; je n'ai eu que le temps de la faire ouvrir <c devant moi, d'y prendre les papiers, de les ce mettre dans deux serviettes, et de les porter suree le-cbamp à l'assemblée^ » Ces papiers sont la. correspondance. du roi avec La Fayette, Mirabeau , Laporte, intendant de la liste civile, Talon, Saint- Foix , Bertrand de MoUevilk , Rivarol , etc. Renforcée des documens trouvés dans l'armoire de fer, la discussion sur la proposition de Maillie con* linue dans le mois de décembre; des discours virulens l'appuient. Saint Just s'écrie : e< Le ci-de-

a inaii roi doit être jugé en eimeiiii; vous avear « œOiYis à le juger qu'à le combattre...'Est-ce donc « quelque cLosè de religieux que de tiier un ty- « ran? — Les rois, dit Grégoire, répèlent Tab- « aorde maxime qu'ils tiennent leur couronne de * « Dieu et de leur épée. Eh bien ! les peuples , « prêts à broyer ces monstres, qui se disputent les ce lambeaux des hooimcs , vont prouver qu'ils « tiennent leur libertéde Dieu et de leurs sabres.» — Ecoutons Manuel : « Il fut roi , il est donc cou- « pable ; car ce sont les rois qui ont détrône les « peuples... Sans ces mandrins couronnés , il y a « long-temps que la raison et la justice couron- (c neraient la terre... Que de temps il a fallu pour « casser la fiole de Reims. » Un autre orateur furibond , Robert vocifère ces mots : « Un roi , « c'est-à-dire un tigre, un antropophagc, un de « ces êtres que l'humanité abhorre, que la raison « repousse , que laliberté exile à jamais de la terre « des vivans... Quel est celui de nous qui a jamais « prononcé le mot de roi sans horreur? » — Condorcet insinue plus métaphysiquement: «Enfin il « est temps d'apprendre aux rois que le silence « des lois sur leurs attentats est le crime de la « puissance et non le vœu de la nation, — Écou- « tez , s'écrie d'une voix sombre le tragique Ché- « nier : Frappez, tandis que; du nord au midi, nos « armées victorieuses pacifient le sol qu'ai||dt « souillé la tyrannie, tandis que le tocsin de la li- « berté sonne, dans l'Europe entière, la pi^-

ija HISTOIRE

a mière heure des natioos cttladermèredes roi». « — Que-IiOnU «Oil jugé, dit Thibaudeau , et (pie, a êur la place de «on supplice , il mit éleyô un u moQument qui apprenne à la postérité que tpus u les hoiBunes sont paiement sujets de la lyi. » Ainsi oe député n*açcuse pas Louis 2.YI; il le çondainne. Robespierre jeune laisse tomber de la tci* bune cette opinion féroce : « Je propose que ÏMmsr « Capet soit traduit à la barre g pour y déclarer H ses. preiniers complices , j entendre prononcer If son jugement de mort» et être conduit sur-lef< champ au supplice.» «— L^nutra fiobespierre, le futur dictaient , ou plutôt Tf^gent d'une tyrannie occulte , termine un long discours par ces mots : « Ixmis doit mourir , parce qu'il fout que la li- « bertéiriTC (peut-être pensait-il parce qu'il faut que l'ambition triomphe). Je demande que la <c convention nationale le déclare ^ dès ce mo- « ment, traître à la nation française^ criminel tf enfers l'humanité.» Robespierre veut que le roi périsse sur remplacement même de son palais s pour donner un grand exemple au monde. Nous abrégeons ces horribles mouvemens oratoires, cette émulation de vengeance et de fureur.

Au milieu de cet élan sanguinaire , dix députés inscrivent honorablement leurs noms dans les fÉ|tes de Téquité ^ en s'efforçant de prouver que , non-seulement on ne peut condamner légalement Louis XVI ^ mais que la France n'a aucun intérêt

k le juger *. « LfAnglcierre , dit Morisson , fit « toihber la tète de Oiarle» Slaaft, et TAngle^ « terre se vit bientôt sous la déjtendance d'un roi. c< Rome y plus généreuse , ne fit cpie chasser les ce Tàrquins , et Rome a joui pendant long-temps (c dtÉ bienfaits de la république.... » Le savane Diipuis prononce ensuite ces paroles mémorables , auxqueÛes toutes les réflexions de Fassemblée devraient se rallier : « Je souhaite ctueTopinion qui <« obtiendra la majorité des suflfrages fasse k u bonheur de mes concitoyens , et elle le fera si « elle peut soutenir l'examen sévère de ^Europe u et de la postérité, qui jugeront le roi et ses « juges. »

Deux générations , en passant sur ce grand procès , y ont laissé les traces d'une longue ^ d'une mfire discussion y et la vérité en est ressortie lumineuse et impartiale. Louis XVI était coupable ; mats y expulsé du trône par la loi constitutionnelle, il subissait déjà sa punition. Un bannissement par et simple , ordonné par l'autorité executive y était le seul acte légal que la république eût encore à exercer contre lui. La convention nationale tenait du peuple le droit de reconstituer Tétat politique^ non celui de porter upe investtgat-

* Ces députés étaient Morisson (Vendée) , Yabhi Fauchet (Calvados) , Rouzet (Hauie-Garonne) , Dupuis (Seiue-et-Oise) , P^olain-Grandpré (Vosges) ^ Conté (Basses-Pyrénées) , Alboujs (Lot) , Louvet (Somme) , Gir^ud (Côtcs-du-Nord) , Lanjuî- M.iLs (ïl!e-et-Vilainol.

174 ' mSTOIRE

don judiciaire dans le régime détruit ; et si la aa-

tiOA exigeait impâtiensement uae yengcantoe, ^e seule, dans ses assemblées primaires^ réunies ad

hoc, . était apt^ à décider si le monarque déchu pouvait être, jugé, d après.qu^eUc Ipi , par qui; et, certes ! la raison . publique n'eût jamais posé en principe que la convention, nationale était appelée à intenter l'accusation, puis h prononcer l'arrêt.

Nonobstant ces grandes considérations, alléguées par la partie exempte de passions qui siège dans le corps représentatif, l'assemblée décrète» le 3 décembre, que Louis XVI sera jugé, et qu'il le sera au sein delà convention nationale. Le.procès commence le 4 y ^^ continue tous les jours,' de midi àsix heures. Trois partis se réunissent contre l'ac^ cusé : lo les girondins, dont les vues, encore incertaines, s'arrêteront soit à la république,. soit à la monarchie , pourvu qu'ils puissent tenir le timon de l'Etat; ^^ les ccrdeliers , jacobins-Dantonistes , partisans déclarés d'une république , cimentée par le sjing de ses ennemis; 5<> les jacobius, dont Robeispierre , Saint-Just, Couthon , Marat, sont les principaux organes. Ces factions,, également exaltées, ne peuvent manquer de former une majorité fatale à l'illustre prévenu. L'instruction est précédée d'une loi, en date du 4 décembre , portant : « Quiconque proposera ou c( tentera d'établir en France la royauté , ou tout « autre pouvoir attentatoire à la souveraineté du « peuple, sera puni de mort. »

> Le 1 1 décembre , au matin . Louis est bcus-^ quemieat enlève du Temple. , et conduit à la convention j'.k travers une escorte formidable , pouryw» 'd'ai'tillerie; Santerre , commandant de la garde^ nationale , accompagne rex-souV;erain : il parait à la barre , à ses côtes. Barrère , président , set lève y et dit : « Louis > la nation vous accu^ ; ce rassemblée nationale a décrété que vous seriez « jugé par elle et traduit à sa barre. On va vous a lire l'acte énpnciatif des délits qui vous sont « imputés.... Vous. pouvez vous asseoir, » Mailbe, qui , le premier, à provoqué le jugement de Taccusé^ lit une longue suite d'imputations^ desquelles il résulte que , d'après les papiers compulsés dans les bureaux de la liste civile ou trouvés dans l'armoire de fer, le roi déchu est prévenu d'avoir entretenu des intelligences coupables : i<>.avec les émigrés, dont il secondait les attentats;; 29 avec les cours de Vienne , de Berlin et de Turin , qu'il encourageait à envahir la France , en leur* annonçant. qu'il n'avait paru se prêter à la guerre que pour accélél^r la marche de leurs troupes, etconséquemment sa délwrance ; 5<> avec la. cour de Madrid, auprès de laquelle il protestait , depuis 1 789 , contre toutes les sanctions qu'il pourrait donner aux décrets du corps représentatif; 4® avec le clergé réfractaire de l'intérieur,: dont il approuvait les actes de fanatisme et de rébellion.

. Dans un long interrogatoire, qui suit immé-

diatement cotte lecture, Louis se renferme dans un système d'ignorance j de non parfidjNhtion , de compëtence constitutionnelle ou de dé-* négation ; ^% réponses se bornent à : « Gela H regardait les ministres, — Gela ne peut me regar- « der personnellement. — J*aî donné sur cela les <c ordres c[ue les ministres m'ont proposés. — La H constitution me laissait la sanction libre des dé- « crcu. "^ Je ne reconnais pas ces pièces. — ^ <i (Plusieurs sont de son écriture. ) — Je n'ai jac< mais eu connaissance d'aucun projet de eons- « piration.)»

.^ Gontre l'avis de Robespierre et de ses jacobins, qui veulent que Louis soit mis à mort snr-le^ champ, par mesure de sûreté générale, la convention accwde un conseil à l'accusé. Il choisit Target et Tronchet : le premier flétrit sa réputation d'un refus ; le second accepte. Lamoignon de Malesherbes , ministre disgracié par le mo^ narque despote , vient librement s'adjoindre à la défense du monarque malheureux. Ge vieillard de soixante-dix ans , qui Vignore point le danger auquel il s'expose , excite une noble émulation. Lally-ToUendal , Malouet , Gaz aies , Necker, du fond de leur retraite , publient de chaleureux mémoires en faveur de Louis XVI. Une femme , Olympe de Gouges , s'inscrit parmi ces héros du dévoûment : elle offire sa coopération aux défenseurs du roi; la convention passe à l'ordre du jour. Mais , sur la demande de Malesherbes et

DE PAKIS. 177

Troncliet, elle les autorise à s'adjoindre le citoyen Desèze , jeune avocat de Bordeaux , dont la réputation commence à poindre au barreau.

Dès les premiers jours de décembre, Louis XVI, séparé de sa famille , est mis au secret , et réduit aux soins d'un seul valet de chambre^ nommé Clérj. Tous les instrumens o£Fensifs ont été enlevés à ce malheureux prince; un arrêté de la commune est rendu, le 22, pour lui permettre de se raser, en présence de quatre commissaires désignés à THôtcl-de- Ville ; le corps municipal passe à l'ordre du j our sur la demande d'un dentiste faite par le prisonnier, qui souffre d'une fluxion ; Marie-Antoinette, sa fille et sa bcllc-sœur, ne sont pas plus heureuses dans la demande d'une paire de ciseaux pour se couper les ongles.

Le 35 décembre, Louis XVI rédige une déclaration, sous la forme d'un Testament , qu'il termine en prenant Dieu à témoin , qu'il est innocent de tous les crimes qui lui sont imputés. Le 2G, l'accusé comparaît à l'assemblée; Desèze, par un plaidoyer de trois heures , établit la défense de son royal client. L'avocat semble s'être abstenu de tout mouvement oratoire ; les faits seuls sont exposés dans son discours , qui , peut-être, manque d'énergie et d'élan ; mais Louis a déclaré qu'il voulait convaincre et non émouvoir. Lorsque le roi s'est retiré , il trouve encore des défenseurs dans le sein de l'assemblée. Lanjuinais est le premier , Hardy, delaScinc-Iuférieure, Salles, dclaMeur- V. 1 2

the (A Kersainty de Seine-et-Oise , sont du nombre. Ce dernier demande « que les déclamations « et les hurlemens de tribune soient exclus de la (c discussion; nous sommes des juges ^ non des « bourreaux , ajouté-t-il avec un éclat de Yoix. m Cette observation judicieuse n'empécbe point que des cris de rage ne s'élèvent de la montagne *, sur la demande d'ajournement faite par un assez grand nombre de membres... Thuriot , Duliem , BîUaud-Yarennes y Camille Desmoulins , Julien de la Drômc , menacent d*égorger les ajourneurs. Le procès se poursuit sans discontinuité jusqu'au ao janvier lygS. Le i4> 1^ convention décrète que les questions sur le jugement seront posées et discutées dans l'ordre suivant : Z^i/ij e^^-i7 coupable? — Le jugement sera-t-il soumis à la sanction du peuple ? — Quelle sera la peine ? Le i5 , l'assemblée se compose de sept cent quarante-neuf membres. On procède k l'appel nominal sur la première question : si:^ cent quatrevingt-trois répondent affirmativement ; Louis est déclaré coupable. Quant à l'appel au peuple , la

* On 'appelait la Montagme les banquettes élevées de Tarnphîtbéâtre, sur lesquelles siégeait la faction des Jacobins y on nommait Marais ou Ventre les places basses et centrales occupées par les députés aux opinions modérées : une partie des Girondins siégeait eu ce lieu ) le surplus était occupé par les Feuillans y ou prétendus partisans de la monarchie constitutionnelle de 1 ^91 , qui n*étaient autres que des royalistes timorés.

DE PARIS. 17g

conyention ojBfre un partage d'avis moins iniëgal : deux cent |]uatre-vingt-six membres votent pour, quatre çc^ quatre-vingt-quatre votent contre. Le jugement de Louis ne sera pas soumis h la sanction du peuple. Le ly, l'appel nominal sur la troisième et fatale question se termine à neuf heures du soir. Le nombre des votans est de sept cent vingt-un. Les votes sont ainsi repartis :

Pour les fen 1

Pour b détention ou le

banmtsement 286 ) 721

Pour la mort , avec sursis . 4^

Pour la mort immédiate. 387

Ainsi ont vote :

Pour la mort 387

Pour diverses peines 334

Majorité fatale * 53

Parmi les votes funestes , dictés avec tous les mouvemens oratoires que peut inspirer une affreuse soif de sang , un seul excite des cris d'horreur, même parmi les jacobins les plus féroces : ce vole,c*est celui de Philippe l'Égalité , cousin do Louis XVL L'cx-duc d'Orléans s'avîPi'-^ i;.';«.'.'t^ment au pied du bureau ci Jii • « Uji^j .'•: • -m « occupé de mou devoir, convaincu que tous ceux « qui ont attenté ou qui attenteront à la souvc- « rainctc du peuple méritent la mort, je proie nonce la mort de Louis *• » Enûn^ Yergniaud ,

* Daus la séance du 16 de'cembre prëce'dent , lonquc

i8o HISTOIRE

président de l'assemblée^ se lève et dit d'une Yoix solennelle : « Je déclare , au nom de la conven- « tion nationale , que la peine qu'él^ prononce a contre Louis Capet est celle de 'Mhru » Cette proclamation est accueillie par un pïofond silence. Malesherbcs , Tronchet et Desèze , admis à la barre , lisent une protestation de Louis XVI , écrite de sa main , et ainsi conçue : u Je dois h « mon bonneur^ je dois à ma famille de ne point « souscrire à un jugement qui m'inculpe d'un u crime que je ne puis me reprocher; en conséa quencc je déclare que j'interjette appel à la na- « tion elle-même du jugement de ses représcn- « lans.»Tronchet et Desèze s'efforcent ensuite d'établir l'illégalité d'une décision rendue à la majorité absolue , lorsque la loi pénale^ maintenant en vigueur, exige les deux tiers des voix pour condamner. Les défenseurs s'attachent encore à prouver que le décret estillégal, ence que l'assemblée a passé h l'ordre du jour sur la manière do prononcer le jugement..* Le vertueux M alesherbes^ accablé d'aimées et de douleur ^ ne peut que mêler

Louis XYI repoussait les inculpations graves portées contre lui, Philippe d*Orléans s*écria : « Mais, en vérité , à Tentendrc, u ne dirait-on pas qu il est innocent, n — Et quelques minutes après , une partie de rassemblée paraissant touchée des paroles du roi , son cousin ajouta : k Yqus verrez qu'ils a ne le condamneront pas...» Il faudrait croire avec une robuste bonne foi au patriotisme du citoyen TEgalité , pour ne pas penser qu'une passion étrangère à ce sentiment s'y joignait.

DE PAKIS. i8i

ses sanglois à rargumentation de ses collègues , et ces seules larmes lui coûteront tout sou sang. Rien ne saurait ébranler le tribunal faroucbe ; les jacobins ^ qui en forment la majorité , rugissent contre une trop longue plaidoirie. L'assemblée déclare nulle la protestation apportée par les avocats de Louis XVI; et Barrère, qu'on surnommera V^nacréonde la guillotine, couronne cette séance funèbre par ce trait d'une poésie sanglante: L'arbre de la liberté ne peut croître qu^arrosé du sang des rois... Il est onze heures du soir.

Dans les journées des i8^ 19 et âo ^ la convention discute cette quatrième question : Sera-t-il sursis à V exécution du jugement de Louis^ Ca^ pet? Dans la séance du 18^ Robespierre a demandé que 9 par mesure d'humanité , le condamné fut décapité sans délai... L'assemblée et les tribunes se sont révoltées contre cet horrible abus de mots. L'appel nominal s'établit le 20 , et le descendant de Henri IV^ à une majorité de trentequatre voix , est condamné à périr dans les vingtquatre heures. Le jour même , Garât , ministre de la justice, Lebrun^ ministre des relations extérientés , Chambon , maire de Paris , etGrouvelle, secrétaire du conseil exécutif^ sont introduits dans la tour du Temple. Le premier Ht au roi l'arrêt fatal de la convention ; il écoute cette lecture sans trouble ; ses traits n'éprouvent aucune altération : à peine une faible émotion est- elle signalée par la mobilité de ses lèvres. Des ce monveul ,

i82 HISTOIRE

le Louis XYI du 20 juin se retrouve : l'héroïsme de la résignation^ dont ce malheureux prince doit offrir au monde le spectacle touchant , commence et ne se démentira pas un instant jusqu'au dernier de sa vie.

Le soir ^ Louis XYI peut communiquer sans témoins avec sa famille ^ honheur dont il est privé depuis cinq semaines... La commune, plus terrible, plus puissante peut-être que le corps représentatif lui-même, a cependant permis que Loui^' restât seul avec sa femme, sa sœur et ses deux enfans... Il pourra recevoir, dans un libre et douloureux épanchcment , leurs derniers cmbrassemens , leurs derniers adieux... Non, derrière le vitrage d'une porte , deux oHiciers municipaux assistent , témoins-impassibles, h cette scène déchirante, à cet anéantissement de la grandeur dans une infortune immense... Marie- Antoinette . en levant les yeux, voit, sous le verre des carreaux, ces figures calmes et sombres , qui lui semblent menaçantes comme le portrait d'un ennemi... Cette entrevue d'une heure et demie finit après dix heures du soir... Ce sera la dernière... Louis XVI prie, avec l'abbé Edgeworth, prend quelques alimens, se couche et dort d'un sommeil paisible.

Long-temps avant l'aube , Louis XVI s'éveille ; un bruit lointain frappe son oreille : ce sont les apprêts de son supplice. On bat le rappel de toutes, parts; le rcKMiiisscmcnt de rartillcric qu'on roule

DE FAKIS. i83

sur le pavé se fait entendre : il y en aura à l'enirée des ponts ^ aux barrières , sur les diverses routes à une distance de plusieurs lieues. D'autres batteries domineront le lieu de l'éxecution ; descanohniers cboisis sont prêts à faire pleuvoir la mitraille sur ceux qui y par le cri de grâce ! porteraient atteinte à l'arrêt du peuple souverain. Indépendamment de la force armée , sur laquelle Santerre s'est donné toutes les garanties possibles^ le club des jacobins, d'après la motion de Bobcspierre doit envoyer à la place do la Révolution, une foule d'hommes éprouvés , qui se presseront autour de l'échafaud. Louis se lève à cinq heures , entend la messe et reçoit la communion. Toujours dans les rues^ et au sein dune nuit d'hiver, le bruit des tambours, des chevaux , des can<M|f«.. A neuf heures , l'illustre victime dit ellemême : Je suis prêt... Le roi descend l'escalier de la tour , accompagné de Jacques Roux et de Pierre Bernard, officiers municipaux, désignés par la commune pour le conduire à 1 echafaud ; il monte j, avec l'abbé Edgeworih , dans une voiture déplace, que Garât se vantera d'avoir substitué à la fatale charrette; deux gendarmes, au regard farouche , prennent place sur le devant du carrosse : ils ont Tordre de tuer le condamné s'ils aperçoient dans la foule le moindre mouvement tenté pour sa délivrance... Mais rien de semblable ne se fait remarquer : un morne silence règne sur les boulevards , que le sinistre cortège

i84 HISTOIRE

suit dans tonle leur longueur , pour se reodiv an lieu de rexécution.

Arrive an bas de Téchafand^ Lonis met piedà-terre sans hésiter un instant : il parait triste , abattu j mais non pas découragé. Tandis qu'il parle à son confesseur les tambours battent arec fracas^. « Taisez-vous,» leur crie le condamné, d'une Voix retentissante,.. Us se taisent... Tascendant d'une Toix souveraine surTÎt donc à la royauté. Mais Santerre accourt et ordonne aux tambours de continuer... <c Quelle trahison , dit alors le prince infora tuné... Je suis perdu !... Je suis perdu i.^. » Et soudain , avec une précipitation qui tient du désespoir , il quitte sa redingote , délie ses cheveux, ôte sa cravate , découvre son cou et ses épaules , se met à genoux pour recevoir la bénédiction du prêtre, et monte , d'un pas assuré , à Téchafand *. Parvenu sur le fatal plancher , Louis demande à parler au peuple. On lui répond qu'auparavant il faut qu'il ait les cheveux coupés et qu'il soit lié... « Les mains liées, » s'écrie brusquement le patient, a Encore ce sacrifice , » dit avec émotion l'abbé Edgeworth Louis reprend :

* D'après une version assez généralement répandue ^ l'abbé Edgeworth aurait dit en ce moment d*une voix d'inspiré : (c Fils de saint Louis y montez au ciel! » Mais ce vénérable ecclésiastique a souvent affirmé que ce sublime clan de poésie religieuse était de pure invention, k Je n'ai pas Tombre de f( souvenir, disait-il , d avoir prononcé l(*s paroles qu'on (f m'attribue. )i

DE PARIS uH5

m Faites donc ce qui tous plaira... » Puis il ajoute presque aussitôt : « J'espère qu'à présent on me « permettra de parler. » rais , s'avançant sur le côté gauche de Féchafaud, il fait de la tête signe aux tambours de cesser , et prononce d'une voix foite : « Français^ je meur^ innocent ; je pardonne H à mes ennemis; je désire que ma mort soit..... » Santerre , interrompant l'illustre condamne y s'écrie : « Je vous ai amené ici^ non pour haranguer, u mais pour mourir... » Aussitôt un roulement général, dont le farouche commandant donne le signal en élevant son épée , couvre toutes les voix.... Les exécuteurs font leur office... La fcle de Louis XYI«tombe à dix heures vingt minutes... On la montre au peuple... et le peupk» crie : Vive la nation! Vive la répubUque!... En ce moment, d'Orléans l'Égalité , qu'on a vu au coin de la rue des Champ-Élysées, fixant sur l'échafaud des yeux ardens, s'élance sur un cheval qu'un valet lui amène et s'éloigne avec précipitation... Ce dernier fait sera affirmé par un des confidens du prince, M. Sillery-Geulis.

Cependant^ des furieux escaladent l'échafaud et trempent leurs armes dans le saug royal , comme s'il devait être un talisman assuré pour vaincre la tyrannie... Dans la séance du 20 janvier, le boucher Legendre , devenu député^ a proposé de couper le corps de Capet en quatre-vingt-quatre morceaux, et de l'envoyer aux départemens... Cette motion . digne de la profession do son au-

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leur , a fait frémir les plus iuirépid Louis XVI est toliuiué au cimotîéi'C de !• laine, dans une fosse profoudc de douze j Un lit de cliaux vive cioii consumer les restes drf septième descendant de llenti IV... Vingt-quatre ans plus tard, une bonuc foi cxpuusive croira retrouver ces débris précieux; ricu ne sera moins constaté.

Carat , qui a signîtlé à Louis X.VI le jugemeut de la convention nationale , vient dans le sein de l'assefiiMée annoncer l'esécntion de cet ar « Citoyens , s'ccrie-i-il , inspiré par l'esitUatioi (( volutionnairc , nous venons de jeter le gaai « tyrans , et ce gant, c'est la léte dadLoiiis Capel Le 2(1 janvier , 1b comte de Provence , déol»rc,ii Hani eu WesIpLalie, qu'il reconnaît pour roi dfi France Louis XVII, sou ucvcu, maintenant sonnier dans la tour du Ti'inplf, et so nomme même régent du royaume, en conférant h frère d'Artois le titre de licutenant-genéral. 0< royauté illusoire , conférée par un prince pi (■rit, est peui-ôli'e l'arrêt de mort du faible enl que l'on prétend en investir.

Pour tester fidùlcs h In vériié.

montrer 'la convention nutiini,!! tunique saagliiuiï-f il a fallu pt.'.

assemblai! sveo I0 wrtait moiot

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est un témoignage irréfragable. Mais il serait injuste de condamner en masse ^ d'après ce témoignage^ un corps représentatif ^violemment in* fluencé par trois partis capables de tout. On peut le dire hardiment , et les évènemens ultérieurs le prouveront^ en dépit des terribles appels nominaux qui tuèrcot Louis XYI ^ les hommes sages et bienveillans dominaient dans l'assemblée conventionnelle. Mais^ tiraillés en divers sens par des factions furieuses , leur terreur fit , en gémissant y une urne funéraire de l'urne du scrutin... Us jetèrent aux cannibales la tète d*un prince infortuné y de peur qu'ils ne dévorassent la leur.... Une vertu forte, une vertu poussée jusqu'au mépris de la vie, n'est pas le partage de tous les sages...

Répétons-le donc , afin qu'on ne s'y méprenne paS; la majorité sanguinaire delà convention était composée d'un amalgame funeste de passions féroces, au service de diverses ambitions, d'entraînement fanatique . et ifurtout de terreur malheureuse, qui^poussait au mal des hommes de bien.

L'exécution du roi est le signal d'une coalition générale contre la France : l'Angleterre', l'Autriche, avec l'empire, la Prusse, la Hollande, l'Espagne , le Portugal , les Deux-Siciles, la Sardaigne, l'État pontifical , se coalisent pour nous déchirer; une enceinte de baïonnettes enveloppe la patrie ; on envahit nos frontières : la république est une grande place assiégée... Mais sa population devient une armée ; les états, les âges , les sexes se cou-

— !i'.:iîicat du danger commun;

-r-:* i:ic.L.s:s.c[u*alimc nie une levée

• . . :i-* vr-rn. •^- "^'tjuisition , assurent

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-.* r».*. 4v^. ■•:•• .iIj.voix d*une foule

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^ "ïir'i:::- Us- l7'.m^or est contenu

* .-^ r* •. ■ * '^;..- ' :-,-«:-'56e , et des sol-

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wMBi

trouvent ou se donnent la moipt en fuyant les bourreany ; la proscription frappe tous ceux que le glaive ne peut atteindre. Le comité de sahu public, dont le nom est une horrible dérision^ fait tomber en même temps une multitude de têtes illustres : Bailly , Lavoisier , Barnave y Charpelier y Malesherbes y Thouret y sont livrés au tribunal révolutionnaire ; et ce tribunal n'absout point. Au mois d'octobre 1 795 , la terreui* , qui moissonne à pleines mains dans les rangs représentatifs, a diminué la majorité d^e l'assem — blée d'environ cent cinquante députés, égorgés ou proscrits : alors^les jacobins montagnards sont maîtres de la révolution ; ils achèvent de noyer dans le sang son principe sacré , et semblent s'attacher à prouver que la liberté, le premier des droits y est le plus grand des maux. La loi des suspects y qui condamne sur un simple soupçon , sur une prévention même , quelquefois à la sollicitation d'une infâme cupidité y la loi des suspects décime les habit ans de notre malheureuse France : les noms à:^ fédéralistes y de partisans de Pitt et Cohourg sons imaginés pour incriminer à souhait les citoyens.

Dans le massacre général , Marie-Antoinette d'Autriche , cette reine coupable d'une partie des fautes que Louis XVI a payées de sa tête ; Marie- Antoinette y grande à son heure suprême , périt moins innocente que l'infortunée princesse de Lamballe , qui l'a précédée au tombeau , sur-

vis^ HISTOIRE

i.n:: moir.5 iiuàooetiie qii-e ia pieuse princesse r.,>j.Iv,*i. s.\^».u i;i t.-L roi. qui expie en mous'M SA •.V.:::>-.r pir:.i:r DOrleans lui-même , /Orici's. •--.'.l^r: 5i :uJL>:ira ic icfpublicainc , ivre ii*** .: iciûv: ".:• N.1 Rii:rv contribua à '.V..V.'; L... J*N?. ^iL-::..z ::::: ^Lîre ^;u'un coua; .' i'!*L*V: V -- -iv-'r-jr.L* :.:ir:.iîl 5.i:t mourir.

i^-..-:' .-. r-; • .V • • l- :• .'.. .yo»r-j luîieraire, si- •ot: ;..- Jl Si'JL' :'. .'.::ir. ji:: x::' i-e :-ntirrc, fut V'.'.: : .:':r:>.ifiM-.> ^^-.; ::»::: ^Ci^itzit dentre- '. .•£•.. : Jai^ ic5 v:l.r:s -•.->:.•::•:.*::>'.: î 5 •\.»:r:reurs, le v.vmuc io saluî Lul'.:: ::'^.!::iir L:* commisji.ous rv\.*li;:.o ::*-.i.rc< '^lol^ii.s: us is ï;uil- *o'.: •/...'> vo^i-:':v.>c^ . l\i\: .: r.ocr'.urs >o:lôveni sur

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io L'ui!* r<pi;L>::v:ai:.i «:<t \as ■: : tr:i{. :, .: . ♦.•iirf sias vvs^ie dt?5 milliers d.* t»Ht?s m':fi^';ririî..r> i?> taleurs de Carrier . plu^ que ks apru^ .în rovaii>me. iXintribuent à perp^kurT cctie iriK-m- irit -stiiiî?. A Lyon, les innombrables exécutions d -. CJiallier déteraûnent un soulèvement, qu excite oncoiola sanglante répression de CoiJot-d ilerbois. deFoucber. de Gcmihon, de Mainguct. Toulon, plu^ coupable. « n port aux Anglais, oi mérite un chdre... Là coinmenço à poindre cette iniff amce qui doit remplir le monde : Bo-

r ige rartillerio au sièi^e de Toulon . et

puissamment U la reddition i)«> cette

' Cependant la domination du terrorisme touche à son terme : déjà , àès le mots de juillet 1 795, Maratest tombe sous le fer de Charlotte Corday, dont on voudra faire une iiéroïnc, exaltée par un noble patriotisme^ et qui ne fut qu'une amante, obéissant au désespoir de Tamour. La commune de Paris , attaquée par Robespierre et Danton, encore réunis , tombe le 24 février; Hébert, Cbaumette et Ronsin sont conduits à l'écbafaud. Le premier de ces factieux, si connu sous le nom de père Duchéne , et par son journal en style des halles, excite les risées d'une populace capricieuse, après avoir excité son cnlhousiasme...//e5/ boug.,,. en colère le père Duchene , s'écrie-t-on sur le passage de ce démagogue, qu'une charrette , plus rouge de sang que de couleur, porte au supplice.... C'était par ces mots grossiers que débutait presque toujours Hébert, dans sa feuille homicide; on l'en insulte dérisoiremcut à son heure dernière.

L'amour , qui mit un poignard aux mams de Charlotte Corday, opère un phénomène diiTérent sur le féroce Danton : marié récemment à une femme belle et vertueuse , il perd , dans ses bras une partie de sa férocité... Un jour il ose proposer à Robespierre d'arrêter les torrens de sang qui « inondent la France... Le mot d'humanité est sorti de sa bouche... Son collègue semble l'écouter avec faveur: Robespierre, dont l'hypocrisie égale la cruauté, n'a jamais cessé de déplorer la fatale iw'ceMiVc' de faire tomber des lêles... On dirait, à

l'entcntlrt], c|uc chucuatic se» crimes lui coiitc an cfTort douloureux. Mais le rkaDgement He DaQtvu et sa proposition imprudeutc, vuui perdre lui ec le parti qu'il dirige : Robespierre u'a pas alteiat le r^ultat qu'il s'est proposé, ou plutôt qu'on lui a (lésignérla conlrc-ré solution oc pourrait triompher du la rëvolution... 11 faut encore cntauer des eadavreii pour atteindre à ce t>ut ■ les tétcs des Danionistes viennent grossir le trihtit de victimes qui manque an dictateur. Décrètes d'accusation lo 5 avril 17^4* 1^^ cordcliers sout livrés nui bourreaux iDuntou, Fabre d'Églauttne, Camille Dcâmoulins. Ht^rnult de Secbcllcs, Fhilippoau, Lacroix, Chubotsont »acrili^s...

lie parti Iriompliani dresse ûércmentla tèteau Muntnetde la moitliigne : Robespierre, Saint- Jost, (Juuiltou , triumvirat dirigeant du trop fameux comité de salut public, absorbent, au mois de mai i-'^^r^. le pouvoir àln t'oîs législatif et exét:utif; car ces trois hommes, devant lesquels tout tremble, ifiHuenccul à leur grc lu loi, et l'exëcuteot selon leur voloulé... Mais la division amènera bientôt la ruine de ce parti souverain. Il a sacrîBé tous ses rivaux : Ofle'uiiistes , girondins, eoinniuuc, cordcliers , ont été anéaniis par son influence*; il ue lui reste plus qn'i m.- détruire lui-méutt.', et il Ip fera.,- l.-' 1 ■ fit pulilic se divise- eu juillet ; deMi l'ips donnent pris<; à leur» •■••M""'!- -■ niin. ■...■■ .■i\oi: violtaice. ".Ftéron,

DE PARIS. ig3

Lcgendre , Barras^ Ferraud , Rovère, Lccointre, dont il demande la tête... Trouble , pour la première fois j le tyran balbutie et tremble. Ses partisans sont arrêtes; il veut fuir, un coup de pistolet l'arrête ; il n'échappera point au supplice^ non plus cpic Saint-Just et Couthon.

Telle est la catastrophe du 9 thermidor ( 27 juillet 1794); elle produit une prompte réaction : la saine partie du corps représentatif domine les terroristes qui restent dans l'assemblée ; le tribunal révolutionnaire est aboli , le club des jaco-» bins fermé : la France ose enfin exprimer son horreur pour l'odieux régime qui vient de peser sur elle....

Maintenant que nous avons fait, sansménagegemens, la part de blâme méritée par la convention nationale; il notis sera permis de mentionner ce que la France lui doit. Car il est remarquable que, rdativemcnt à cette célèbre législature, presque tous les écrivains ont adopte une marche précisément inverse à celle qu'ils suivent en traçant l'histoire des rois : ils se sont appliques à outrer 'tout ce qu'on en peut dire de mal, et à taire, avec nnc insigne mauvaise foi , ses travaux utiles , ses bienfaits. Nous le répétons , la convention natio nale a sauvé la patrie. Sans doute, Teuthousiasmo patriotique d'une armée valeurcuso , et le talent des généraux sortis grands capitainos des derniers rangs de; rariiiéc, conlribucrent beaucoup à la gloire militaire de cette époqite; mais un génie, V. i5

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dun ordre plus élevé, guida les uns et les autres. Un comité de laguerre, dirigé par le savant Caruot et le profond Prieur , de la Cote-d'Or, enseigna à notre armée, jeune d*expérience ^ à retrancha les camps, à défendre les places, à diriger ses bataillons en rase campagne , à combiner leur action s:ir un champ de bataille... Jourdan , Lefèvre , Masséna , Championnet, Dernadotte, Marceau, Kléber, Kellerman, Moreau, Pichegru, Macdonaid , Moncey , Dugommier , Augereau , Brune , Yandame, et tant d'autres, savaient combattre et vaincre ; mais le plus souvent la victoire était organisée dans le sein même de la représentation nationale. Les arts aussi , les arts, favorisés par une lassemblée qui , du sein des convulsions politiques, parvint à encourager la science , leur base naturelle, les arts augmentèrent les ressources défensives de la république : en neuf mois, douze millions délivres de salpêtre furent fabriquées, grâce aux progrès de la chimie. Avant la révolution, une seule manufacture d'armes hanches, celle de EJinginsthàl , existait en France ; la convention autorisa et seconda l'établissement d'un grand nombre d'ateliers de ce genre. Nous tirions , sous Louis XVI encore , l'acier de TAllemagne et de l'Angleterre ; dès 1 792 , ce produit fut obtenu chez nous , et les diverses pièces du fusil se fabriquèrent mécaniquement. Le cuivre manquait en France ; le métal des cloches , soumis à 'de nouveaux procédés chimiques.

defint une mine féconde d'où sortit rartillerie de nos remparts y de nos batteries volantes , de nas • vaisseaui. On découvrit presque aussitôt Tart de fondre des canons en fer. On fit de la machine aéix>statique un instrument de guerre; \q télégraphe , inventé par Chappe, devint un courrier d'une ressource presque* magique.

Dans l'intérieutt, et, pav la protection de la coavention nationale, furent institués, presque simultanément, le conseil des mines , V uniformité des poids^ et mesw'es, F école Normale , avant l'existence de laquelle on ne savait faire , dans l'unie versité, que des écoliers pédans et point de professeurs; l'école centrale, rfiVe Polytechnique, pépinière féconde où puisent toutes les armes sauvantes^, la marine , les divers corps d'ingénieurs. La même législature fonda les écolesprimaires, secon- . daireSy centrales, de santé, des mines ; elle enrichit le Jardin dès Plantes de Paris , tira de la poudre , qui rensevelissait 3epuislamort de Buffon,le Muséum d'histoire naturelle ; elle augmenta les bibliothèques , les musées , les collections curieuses de divers genrt^s. La convention institua aussi la commission dagriculture -, en un mot , le comité d'instruction publique de cette assemblée travailla avec ardeur à conserver le feu sacré 4es sciences, des lettres, des arts ^ et violenta plus (fimé tois le gouvernement pour en obtenir, ou des secours, ou des lois' favorables au maintien des gloires nées de l'imagination et du savoir.

Grégoire, membre de ce comité , inTenlaiemot 'vendaUsme , pour rendre honteuses , aux yeux de tous, les dégradations et les destructions dont Tîgnorance et la méchanceté se rendaient cou{>a* Lies* Achevons Ténumération des travaux de la convention nationale: par décret du 1 5 juillet 1 795 , elle institua , à l'observatoire , le bureau des longUudêè ; puis , par sa loi du 26 octobre de la même année , elle compléta dignement se^ nombreuse^ îtistiuilionB en réorganisant rinstruotion publique ; en fondant YInstiiui ncitional y où tontes les connaissances humaines vinrent, munies de palmes et couronnées de lauriers^ se donner la A&in pour former une noble chaîne d*ilïuÉtratiohs.

Dans un mOnvëttiMI de perfectibilité > c*est aussi une conquête <{ue la suppression des abus; il faut donc mettre au nombre des bienfaits de rassemblée conventionnelle Tabolition des loteries ^ des maisons de jeu , et cl'une institution^ non moins immorale et plus honteuse, le bureau secret de la poste. Ëilfin , ce corps représentatif , si décrié par les partisans du despotisme , fit ce qu-ancun monarque n^avait fait encore et ne fit depuis : il décréta que des indemnités seraient accordées aux accusés dont Tinnocence aurait été reconnue par leurs juges.

Quel autre gouvernement, nous le demandons, fit jamais autant, au milieu des dissentions intestines , et avec TEurope presque entière sur les

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