jjin*n
':. cl
Sl'î
I>E P4iIS. tô7
liras? Pour être jiutè, îl faut donc eoatîdérer sous ce poiiU de rue les institutions républicaines de 1 7g5 : op 7 verra oe que peut « pour la gloire d'un pays , un immense foyer de lu- mières , forme de toutes les expériences^ de toutes les opinions , de toutes les connaissances* Et si, ne pouvant nier ce que la convention nationale a fait d'utile et de grand « on en revient encore h ses forfaits , tout homme sage répondra : Les crimes furent Touvrage des factieux ; les bienfaits le résultat du systèmer
On peut hardiment appeler déclamation passionnée^ tout ce qui excède là mesure de blâme que nous avons déversée sur le régime de 1 ygS , d'après l'opinion des écrivains judicieux , d'après le témoignage impartial des hommes qui ont vu , et vu sans prévention. L'assemblée conventioirnelle élabora longtemps le crime, et nous en avons montré le principe dans l'action des factions, réagissant , tour à tour , les unes contre les autres. Elles tombées, la représentation nationale prit une attitude calme, se donna une tâche réparatrice , et rechercha les agens du terrorisme , dont elle venait de faire Justice. Dès les premiers jours d'avril ijgS, les principaux membres de l'ancien comité de salut public , ainsi que leurs sicaires dans les départcmens , étaient en accusation: on punit tous ceux qu'on pouvait punir sans violer la justice et l'humanité à l'exemple des jacobins. Carrier, Joseph Lebon, Fouquier-Tinville ,
pétiawii* du topgiice fa'ik ont îafiigë ktim de ^ictlftiéâ.;.' Le denaSiif déeeft teitoiîMes^ ëùtoamiiêat pùbKc att tribimal réyolutioniuiire ée Paru, H'dit cn^'^ain à aesjeges * « La coirreiltkm a mis 4- là teJrreat'à l'ordre du jour ; elle m prodamë '« ' YexteroÛMkâiion des rebelles; Ica comitëa mêles «c ètitoyàiéDt pour que jeremplisse les fornMtUtés « du jugement *. Je n'ai fait qn'obéir à yàwcrdiK»,
* Ces fonivdités, les Tolci : L'aecosé aniTait detan^'fe tribunal; 'on lai demandait son noiù, âim étA} pab on lif Atitait : (c'AHa conaaisMitee dé tdle on telle conqpiraÉfea? m 'c(aèllp que IXkt aa véponle y ^ëtaitsuiTiedecetrooti.: «Ta tcn'as plus la paiole^ geAdarmes, laites yotre devoir.» Qn CQSinenait le prévenu^ en attendant un jngement prononcé en masse, il prenait place au chariot qui derat Iç conjhure au supplice; car' jamais la clânence%*àTait im accent datis la houcbe des jng^... La conduite de Fbnquier^TinTillê était Traiment înieniale; en Toici qoelques traits. 11 avait tou«jours soin de conserver aur les listes de mort plusieurs places en l>Ianc. «C'est, disait-il, pour ceux qui pourront venir angu menter notre casuel. » II laissait vivre Tabbé Emerj, depuis long-temps condanmé; on lui demanda un jour, pour- • quoi, ti Ne voyez-vous pas que ce petit prêtre, en leur ins^ « rant la résignation , les empêche de crier. » La maréchelie deMouchy,octogénaire et sourde, répondit devant le tribunal révolutionnaire qu'elle n'entendait pas Finterrogatoire. t( Ecrivez , dit Fouquier avec un rire afireux , écrivez qu'elle a conspiré souedeuent. )) Dans une autre séance , un vieillard dont la langue était paralysée, ne pouvait répondre e « £h ! et qu'importe, s'écria l'accusatem-, ce n'est pas sa langue, u c'est sa tête qu'il nous faut. » — Un jour il voulut con- (laniucr à la fois i5o accusés : Collot-d'Hcrbois, peut-éti;c
ic citoyens reprësenians , cl vous m'accusez... Le- ' « quel de vous mV fait, entendre une parole de « réprimande? Le sanîg découlait de la bouché de <f.TOS orateurs y et vos décrets surpassaient en- « core votre tribune. Si je suis coupable, vous <( l'êtes tous, et j'accuse l'assemblée entière... Je <(. n'ai été que la hache de la convention... Punit- (t on une hache ? »
Fouquier-Tinville avait raison ; mais il avait raison sur un état de choses accompli contre le vœu des hommes auxquels il parlait ; en dépit de la courageuse opposition d'un grand nombre d'entre eux , et dont ils devaient punir les fauteurs. Les détracteurs acharnés de la convention vous diront qu'après le 9 thermidor cette législature était si mal purgée de terroristes^ que le règne des jacobins faillit recommencer dans les journées du 20 au 3o maiCIl est vrai qu*à cette époque une populace hideuse , .exaltée par les débris du parti jacobin, envahit la salle du corps représentatif. Mais il n'est pas n^oins avéré qu'elle y trouva le stoïquCi le magnanime Boissy-d'Angl as, digne émule des vieux sénateurs de Rome, dont -la dontenance héroïque , eu présence du cadavre de Ferraud , que les bri* gands venaient d'égorger, arrêta leur audace sacrilège , au mépris des armes à feu dirigées contre
phis cmel que lui , %y opposa : a Que vous restera-t-ii donc , tt dît-il y qu^nd vous aurez démoralise le supplice ?»
luL U na Niie p«a moioft prooré (tue* 4^ grand citoyen trouva on appui imposant daps la oiaîo!>rité de rassemblée , qui, pressée par une enceinte de piques , de baïonnettes , de eanoos et de flam* mes menaçantes , eut le courage de rester sur ses bans, enthousiasmée par la magnanimité antiqtie de son président Osera t^on nier que , délivrée enfin par les troupes des sections , cette xûtéme assemblée , si injusteqnent taxée de jaéobinisme ^ s*éleva par acclamation contre trente de êes membres, quelle avait entendu proclamer la terreur, jurant le mouvement populaire , du haut de cette montagne , ^ors presque déserte ,. et qui bientôt aobe va de s^écrouler. '
Accusateurs minutieux , les ennemis de la convention lui ont fait nn criiAe même de cette dé^ bauche philosophique , appelée le cuUe dé la nn^ son ^ utopie rêvée par d'Holbach, et < reproduite par Robespierre, pour étourdir la multitude. Ce chef de parti seul imagina cette parade dérisoire , dans laquelle U joua aux Tuileries le rèle d'un grand prêtre , affublé d'une sorte d'habit pontifia cal emprunté au vestiaire de l'Opéra , et monté sur tmo estrade marbrée par un vitrier. A Robespierre appartint l'idée de faire siéger une danseuse (mademoiselle Aubry) sur lo niaitre-autel de Notre-Dame, pour jouer le rôle de la Raison , et d'attirer les hommages de la multitude sur une divinité tirée des coulisses du théâtre des Arts. ËnHn , ce dictateur , espérant atténuer , par quel-
DE HAfiiS: loi.
quei^tdMblan^ hypocrites, rhorrcttr qu'înspitatéiit «en crimes journaliers, conçul la burlescjue pensée de réintégrer rÉtemel dans ses honneurs» et fit écrire kit* le front des temples : Le peuple français « reconnaic Texistence de rÊtrë-Supréme et l'im- (t mortalité de rame.»£nuA mot, c'est injustement qu'une animosité violente prétend* ajouter mêltta un ridicule aux griefs d'une législature, qui; Aonobtant les fautes où elle fut entraînée , arradba la France au plus grand des maut i TinrasiOA étrangère, qui Teûi traitée *toat entière en ennemie. • l "
Il est de notoriété nistOrique que , depuis la journée libératrice du 9 thermidor , rassemblée représentative, abstraction faite d*une minorité factieuse dont elle acheva do faire justice après les joaméaa de mai 1 796 » ne s'occupa plus qu'à révoquer dm lois révolutionnaires et h reconstituer la république sur des bases équitables. Vk décret du 18 inrril avait créé une commission , c(^posée de dotttie membres , pour travailler à la préparation d*ua nouvel acte constitutionnel f'cette commifliion fut requise en juin de poursuite ses travaux avec activité. Elle se composait dèCam*bacerès, Merlin do Douai , Syeyès , Thibandeau, Laréreillère-Iiepaux , Boissy-d'Anglas , Berlier , Dâunon , Lesagc , Creusé-Latoùchc et Louvet« Cette même législature, purgée des jacobins ou des royalistes masqués* de jacobinisme , oonclut, le 1 6 mai, un traité de paix et d'alliance entre ia ré-»
aoi HISTOIRE
publique française et les Ëtats-Unis de Hollande , qui cède à la France tout le territoire batave situé sur ]a rive gauche de FEscaut occidental , et sur les deux rives de la Meuse. De plus, les Etats-Unis nous paient /à titre d'indemnild pour les frab de la guerre , une^ somme de cent millions dé florins. Le 17 du même mois, un autre traité est signé à Bâle , entre la république française et le roi de Prusse : une ligne de neulra*lité est établie dans le nord de l'Allemagne... Sans doute les détracteurs de la coQvention ne compteront pas cette double pacification au noiiijjLre de& crimes de cette assemblée.
Dans l'intérieur^ une législation bienfaisante, amie de tout ce qui n'est pas ennemi du pays ^ efface les traces sanglantes delà terreur : un décret ordonne que la salle des jacobins sera rasée^ et que l'on construira un marcbé sur l'emplacement de ce ckib sanguinaire. Un autre décret , rendu ' sur le rapport de Lanjuinais , autorise la célébration dû culte dans les éditices qui lui étaient jadis consacrés. Tandis que ces travaux réparateurs s'élaborent ^ le. fils de Louis XVI, décoré d&ûsoircment du titre de roi , meurt dans la tour du. Temple , à l'âge de dix ans. Les ennemis de la convention nationale voudront encore l'accuser d'avoir fait mourir «1 petit feu cet enfant; mais on ne conçoit pas par quelle politique l'assemblée aurait été déterminée à sacrifier cette innoccijite créature , lorsque sa mort reportait tous les droits
DE PARIS. 2oa
tJe la couronne sur un prince aussi dangereux que celui-là était inoffensif : sur ce comte de Pro^ vcncez-si actif, si subtil , si ambitieux surtout, dont nous apercevrons bientôt clairement la main dirigeante dans les troubles intérieurs. Or, si le jeune Louis est mort précisément au moment de'Texpédiiion de Quiberon, sur lacpiellele prétendu régent fondait de hautes espérances; si le docteur Desault, qui traitait l'enfant dans sa maladie , Ta précédé au tombeau ; si le sieur Chbppart , successeur de CO médecin , l'asuivi de près, comme si Ton eût voulu détruire ainsi le té-^ moignage éclairé d'un empoisonnement', il faut chercher un instigateur de ces envies, moins maladroitement porté à les commettre que"ne pouvait Tètre la convention nationale , en substituant un prétendant redoutable et mu par un intétèt direct, à un prétendant dans Tenfanee , et sans autre appui que les promesaei» peu sincères de son oncle.. \ ,
Continuant à diminuer, autaiit qu'il est eh son pouvoir, le nombre de ses ennemis extérieurs , la république signe, le 22 juillet, par l'entjrenÀlé de son ambassadeur, Barthélémy, un traité de ]Miix avec l'Espagne ; cette puissance cède à la France la partie de Saint-Domingue qu'elle possédait. Ce traité vient d'ctre ratifié dans le sein de l'asseinblée, lorsque, par décret du 21 août 1795, eHe adopte la constitution dite de Van^III, discutée article par article , depuis le mois d'avril précë-
ici4 nmoiRs
dent. Les assemblées prkaaîres sont eonwoqiàét» pcmr proodder à l'acceptation de Tacte con»^ tttuiîonnel, et à la nomiBatton du corps l^isia*ti£, Dans le même mois , la convention nationale ordonne y sur le rapport de Maiih^j que toua les cluhê de France soient ûnmédtatêment £Bncié».r LaixmstitQtîon de i'an III est proclamée à PaMs, le aS septembre I elle a rénni neuf cent qnatOTM millttbuitcant xânquante-trois suffrages; snr neuf cent ^ânquante^hnit mille deux cent vingt-sijc votes. Cette loi de l'État est la troisiàme promul-' guéedepsis 17891;
L'ëchec saH J>ar les émigrés^ à Quiberon , déconcerte les allÉemis de la république , et surtout le comte do Provence , qui s*est proclamé Louis 'XVm. Dès le ^5 septembre , des rasseoibleuMiis tumulttieux ont lieu dans les rues de la capitale : ou se |4^^^^ ^^ ^^ convention , qui ne fait rien pour mériter . ces plaintes; on parle d'une renaissante terreur, dont les signes ne se montrent -nulle part. L'assemblée fait publier que si elle n'est pas respectée, elle s'éloignera de Paris, et fon^ derurfiin^ une autre ville le siège du gouverne** maét et de la représentation nationale. Le 3 octobrC; la loi des suspects est rapportée.
On serait surpris de voir édiater en ce moment use révolte contre le corps représentatif, si l'on n|Fconnaissait pas l'adresse de l'esprit de parti à chercber , à trouver des prétextes pour troubler la société. Un décret du 5o août porte que les deux
DE PARIS. 3o5
ti^rft des membres devant composer les deax con5eils institués par la constitution de Fan III , sorbnt pris dans le sein de rassemblée nati<||[âhs. Cette disposition , il faut en convenir , paraît at-> tentaloirc lau droit du peuple , en ce sens qu'elle le' prive du libre choix de ses représentans futurs: peut-^lre est '•elle dictée par l'ambition ^ peut-être aussi ne Test elle que par la crainte qu réprouvent les conventionnels de tomber^ sans défense^ bu pouvoir deleuf^s ennemis. Mais lesadver* sarres de la législature actuelle attribuent ou feignent d'attribuer le décret du 5o août à des vues plus sinistres, n IjB nation , disent-41s^ a secoué ses chaînes enclépitde la convention nationale^ qui s'est vue contrainte de les briser. Mais elle s'occupe d'en reforger de nouvelles ^ et c'éAT^our cela qu'elle veut se per()étuer au pouvoir. Si la convenu tion conserve sa puissance ^ on verra renaître Ica lois révolutionnaires, les massacres de lygS et i7C)4*^ Des agitateurs royalistes et jacobins^ cornbii^ant leurse^rtSy et faisant adopter leurs malveUIantes interprétat^cms à une partie des sections de Paris, parviennent h les soulever pour s'opposer au retour d'ime terreur imaginaire; les section^ nairesséduitscilurcnt aux armes. Mais l'assemblée, mise en défiance par la conspiration du 30 au 5o ttât , se iSkiL^fflMMMMlitaircment. Des camps sont 4tâ^Upirirportes de Paris; des batteries défendent 1^ aV^ues des Tuileries. Malgré ces formidables dispokitidn» défensives, vingt-cinq mille Parisiens
se lèvent et prennent position, le 4 octobre au 30ir, dans les principaux quartiers : la section Le-« pclll|ier, bien connue par son attachement à la monarchie , se distingue parmi les factiçux. Des agens accrédités par Louis XVIII sont reconnus dans ses rangs , et proclament hautement leursprincipes dans le club contre-révolutionnaire^ éta* bli au couvent des Filles-Saint -Thomas. Ainsi, le noble prétendant , agissant sur des citoyens abu* sésàTaide d'imputations calomnieuses ^ allait lancer une moitié de la population contre Tautro , et , sous prétexte de prévenir le retour des assassinats , faire procédolr à des massacres immédiats. Mais une entreprise fondée sur Terreur, ne pouvait, en cas qu'elle réussît, obtenir un succès stable. •• Ifè^rit public, à la fin de 1 796, ne se pronqnçait point en faveur du rétablissement de la maison de Bourbon. Les crimes d'une année n'avaient pas fait oublier les crimes de huit sièeles... Quelques boutiquiers , dans l'espoir de vendre encore du clinqucint aux habitués de cour, pouvaient s^armcr contre la révolution, et cherchei*à renverser ses institutions , afin de ramener les chances heureuses de leur trafic; mais l'universalité des citoyens était mue par «d'autres vues; elle portait encore sur le front les marques .du joug, et aux mains les traca&gQUÎMnt^s de iesen*t raves. ^^|
Cependant, le 4 au soir , rinhabilc général Menou , chargé de sounîeitre les rebelles, laisse rc*
Ufc PARfô.
pouMer par eux, dans la rue Vivieune , le corps' de uoupcs nombreux qu'il commande^ et au lieu de dissoudre le comitë des Filles-Saint-Thomas , ' comme il «n a reçu Tordre^ il eapitule avec lui , et signe une honteuse convention avec un corps factieux, dont il reconnaît ainsi l'autorité. Si les sectîonnaires profitent de cet avantage , la convention est perdue; mais commandés par un chef aussi flaepie que le général MeDOu , l'ancien re* crùteur Danican/ilsperdeiit quatre heures à exe* cuter les dispositions qu'il ordonne. Toutefois , l'échec de Menou encourage les sections; qIIcs marchent contre l'assemblée ; elles se disposent à l'attaquer dans le lieu de ses séanoes : Louis XYXII va faire exécuter a Paris ce que Louis XVI n'a pu faire achever à Versailles. Les aveugles ins-
' triimeos de l'émigration / forment , duraut la nuit , le blocus des Tuileries; ils mitrailleront la
^convention au point du jour. Le 10 août 1792 et le 5 octobre 1795 formerontAn parallèle sanglant : la monarchie est tombée à la première époque; la république périra à la seconde...
Mais non , une capacité nouvelle , un génie puissant qui se révèle va, disons-le hardiaienPti sauver la patrie en sauvant l'assemblée. Un jeune Ck>rse, qui, décoré récemment. d'une simpleépauleite de chef de bataillon , chassa l'ennemi de Toulon, et qui depuis servit, avec distinction, à l'armée des Alpes , en qualité de général de biicade d'artillerie , Bonaparte est h Paris sans em-
jo6 Biâ|IHftfc
parce queu i -c^^ aÎMÎ que cda am «erra
ea 1034 r ^ département Je Im goene ehétt /oûeii/y inuigaos p empres^cft deloigncr le ialeat, alîii de meure leor médiocrîié eo prenîii Or, Bonaparte esi oonna et appRcié par veniionoel Barra», qui Tient d'être nomme général ea ciief de l'année de l'intenenr, et Barras nliéflie' pas à domier le commandement des iiuopra %'cntioDoelles an jeune officier insnlaire, t mené i Inoonvention par lonprot^é , lana avec cette résolatîon qaî dmt faire n Lier TEorope, puis il fait, avec nne merveiUeuae rapidité, des dispositions , soit d'atuque, fcnt de défense , dans le peu d'heures de nuit qui loi restent Avant l'aube, quarante pièces de canon sont en ba^UBrie au Pont-Toumaot . à la tête du pont de XiOuis XVI , à celle du Poot-Royal , au Carrousel , cndn au débouché des rues qui aboutis- !»ent au château ou au jardin des Tuileries.*
L'aurore du 5 octobre l'^gS ( i5 Tendémiaire aii IV y éclaire le premier sourire de la fortune du ;:éfiéral Bonaparte. Le regard pénétrant de e^ jeune oflicier ajierçoit promptement les maladroites dispositions faites par son adversaire; il. fia pas encore combattu, et déjà la victoire lui parait assurée. Cependant , le commandant des actions réunit près de trente-six mille hommes, l*rs forces du général Bonaparte n'excèdent pas SIX d sept mille combattaus. Danican , au lieu d*attaquer résolument et d'accabler, du poids de
DE P^HfS. 1^09
ses mantes lé petit corps abovenùono^l, s'avise de parlememer avec le comité de salut public , qu'il fait sommer d'éloigner les troupes qui meiiaç.eint les citoyens. Le comité refuse d'obtempérer à celte demande , et Bonaparte commence ^ faire tonner son artillerie contre les ennemis d^ la convention. Ib sont foudroyés sur les marches deSaint-^Rocb, par une batterie placée rue du Dauphin ; d'autres pièces mitraillent les sections dans les rues Saint-Nicaise» Saint-Florentin, de rËchelle, de Roban et Saint- Honoré; en moins de deux heures toutes les avenues dut château sont libres et jonchées de cadavres ; douze cents personnes ont péri dans ce combat de cent vingt minutes, et plus de neuf cents mwts appartiennent aux rangs des sectionnaires. {jcs Parisiens dispersés y divergent, en fuyant^ dans toutes les directions ; Bonaparte ne les fait poiqt poursuivre. Il a commencé leqombat afin de se ménager l'avantage qui , dans ses opinions stratégiques, doit résulter presque infailliblement d'une attaque vigoureuse; mais il n'inquiète nullement les fuyards; il ne fait pas un seul prisonnier : battu et désarmé , le citoyen égaré peut rentrer paisiblement chez lui , s'il échappe à la mitraille du vainifueur. La convention j menacée , s'est défendue avec succès; elle n'abuse point de sa victoire; idle n'exercera pas la moindre vengeance... Eh bien! ses ennemis diront y faute de mieux , que « n'osant relever les échafauds , elle a remplacé la cruauté par la fourberie.
iio. HI6J01RË
Uà unissent les debaà sanglans de la place publique ; TiDaurrcctiou du i5 vendémiaire sera la dernière à laquelle les uiasses auront pris pari*. Dans aucune partie de la France on ne verra désormais le peuple en armes opposé à ses gouvcrnans.La guerre oratoire^ la polémique de la presse mai'queront seules à l'avenir, les dissidences politiques des faciious , et l'opposition réciproque entre le pouvoir législatif et l'autorité executive.
Bonaparte , libérateur de la représentation |iationale, le i^ vendémiaire^ paraîtra certainement irréprochable à tous les hommes sensés : non-seulement il combattait des factieux armés injustement , puisque le pouvoir ne se montrait point alors oppresseur ; mais il défendait la patrie elle-même, dont quelques milliers d'hommes égarés s'étaient faitsles ennemis; lapatrie, que leur irascibles instigateurs auraient déchirée, incendiée et livrée en partie à l'étranger. La recompense que l'assemblée décerna h son défenseur était doYic méritée ; elle fut éclatante: Bonaparte, la veille simple général de brigade sans activité , reçut, par acclamation, le titre de général en chef de Tannée de l'intérieur.
La division de Paris en quarante-huit sections a souvent favorisé la rébellion : chaque comité seciionnaire. est une convention au pelil-picd qui a son esprit, son ressort administratif , sa force armée, ses ressources en vivres, en armes, en munitions; et tout cela est régi d'une manlèietrop
DE PARIS. 21 r
inciépcndantc ; car Ja commune de Paris afFecto les formes d'un grand corps politique, plutôt' qu'elle ne remplit des fonction» municipales. lia convention , par décret du i i octobre , change ce • système dangereux: elle fixe rétablissement définitif des douze municipiîlités, créées le ^i février précédent.
Enfin , la convention nationale dot sa session le- 26 octobre 1795, après une gestion de trois an^ nées , que des factions furieuses rendirent repréhensiLle durant le tiers de cette période. Noiw l'avons dit, cctle législature apparaîtra auxyeux des générations futures , avec une robe et des mains sanglantes ; mais en détesiant les crimes d'une partie de ses membres , en déplorant le fanatisme, Terreur cl les craintes du surplus, il faudra toujours convenir qu'elle méritaf .plus d'éloges qu'elle n'encourut de blâme... (]'est un^B vérité qui ressort de Texamen impartial des faits?^ cl les déclamations opposées à ce témoignarre n'ont droit qu'à nos mépris.
Le corps législatif, institué par la constitution de l'an III , se compose de deux assemblées; le conseil des cmr/-cents est chargé de proposer l(»s k>is : il sié^e dans la salle dite du Manège; le conseil des anciens se réunit aux Tuil(*ries, dans la salle naguère occupée par la convention: ses fonctions consistent h discuter do nouveau , accepter ou rejol<T ces ménies lois. L(»s assemblées délibérantes sont fornirvs , commn nous l'a-
vons dit, de deux tiers des coiiyentionnels sortans , et d'un tier^ de nouveaux députés choisis par les électeurs. Le pouvoir exécutif, maintenant distrnct de l'autorité executive, est confié k une commission amovible de cinq membres, qui prend le titre de directoire exécutif. Elle est élue par le» conseils. Les cinq directeurs primitivement investis, sont Lareveilldre-Lcpeaux, le Tourneur (de 4a Mandie ) , Rewbel , Barrus et Carnot. Ce comiité s'établit au palais du Luxembourg. Le ministère se divise en six départemens : relations ex- - rérieures , justice , intérieur , trésorerie , marine ^ guerre. Merlin de Douai , premier jurisconsulte de l'époque , ei qui y^pendant plus de trente an^ nées , conservera ce rang y dirige le ministère de la justice.
Xa convention , au milieu des convulsions pu- ^■iques, avait restauré la gloire militaire du ^^ays , fécondé le germe de plusieurs autres gloires nationales, et conquis une paix honorable avec la moitié do l'Europe. Le directoire exécutif ne versera point de sang; mais toute dignité politique , toute activité administrative s'endormira sous son gouvernement sy bar i tique. La cour des satrapes du Luxembourg , car ils auront une cour , lais-* sera énerver cette révolution , qui , pour avoir été dominée un instant par des hommes impui*» , n'a pas cessé d'être noble et grande dans ses principes, dans son but. Il n'y aura plus de magnanimité que dans les camps... Nos armées seules conserve-
DE PAKiS. ail
root le feu «acre de rhonncur français^ Étendons, d'ubord sur nos pages historiques Taurëolc immense de gloire que répandirent sur cette époque les exploits de sylphe du jeune Bonaparte : elle ornera du moins de son reflet le tableau hideus des dërèglemens intérieurs , des turpitudes , ^cs
^écarts inimaginables de morale , de probité , de raison qui marquèrent le règne ^ heureusement passager , du directoire exécutif*
Bonaparte voyait beaucoup Barras , son pror lactour ^ mainteiiant président du directoire exécutif. Les salons de ce marquis de l'ancienne cour, enté sur une révolution qui n'avait point changé ses habitudes, étaient remplis chaque soir d'une foule de femmes aimables y ei d'une nuée d'élégans empressés de le paraître : tâche laborieuse pour la plupart d'entre eux. Joséphine de Lapagerie, veuye du vicomte de Beauharnais, était une des habituées du Luxembourg : les mémoires de l'époque ont porté loin l'interprétation des motifs qui rendaient Barras assidu auprès de cette dame, dont la beauté, les grâces, les manières séduisantes avaient fait sensation dans les salons de l'ancien régime expirant. Il n'appartient point à notre sujet de soulever le voile d'une vie privée qu'environnèrent, plus xécemmcnt, tous lesliom-
. mages d'estime et de vénération que l'on doit h la bonté, à la bienfaisance, à l'afFabilité, à toutes les vertus en un mot qui attachent et captivent. Madame de fieauharnais avait de la jeimesse en-
3i.ii HISTOIRE
corc : devenue libre par ta mort de sor> vertuetiK époux y' tombé comme taut d'autres mmis le glai? e du terrorisme , ella se livrait, avec quelque aban* don peut-être^ h une sociëtë qui ne la valait pas ; mais, née créole, Joséphine éprouvait le besoin d'une existence aclive, animée, aux vives impressions. EHe réunissait souvent, dans un petit hôtel qu elle possédait rue Cbantereine , une société qu'on pouvait appeler choisie. Car alors lés. manières brusques et farouches du régime révolutionnaire, le cynisme Spartiate qu^on avait affecté pendant trois ans, faisaient place à une recherche grotrsqiie, dont nous esquisserons bicnt'ât les traits Chez madame de Beauharmiis s'étaient réfugiées l'aisance des anciens salons , la galanterie exquise , les causeries de bon ton. Là, se retrouvaient les petites discussions littéraires du régime précédent , les gentilles médisances qui mct(aicntunc femme on renommée, les bons mois, aiguisés de malices spirituelles , les déclarations pour lire, révélant une passion sérieuse, et tout le chariDaut papillotaj^e qui scintillait , quelques années plus tôt, dans les cercles nobiliaires. Madame tie Deauharnais , vestale conservatrice d'une civilisation élégante , en entretenait la flamme dons son petit tcmj)le de la Chaussée -d' A ntin: en y cnhani, le visiteur laissait le temps présent à la porte ; le seuil de riiolol passé, Ton se retrouvait eu plein dix-huitiéino si* rie.
Di>naparie faisait partie du cercle tic la rue
D£ PARIS. ai5
Chantcreine ; il était mémo . admis chez madame de Beauharnais h, des heures iniei'dites aux causeurs du soir. Cette dame^ dont le suave accent était déjà une consolation ^ promettait un meilleur avenir au jeune général , dans le temps de sa réforme; bientôt elle l'appela mon ami. Lui accordait elle dès-lors les droits intimes de ce titre ? Nous Tignorons. Mais Barras , par des considérations qu'il est Inutile d'examiner^ obtint, eu même temps, à Bonaparte la main de Joséphine et le comanandenicnt eu chef de IWnice d'Italie.
Le nouvel époux part, h la descente du lit nuptial, et brûlant encore des feux iVmi amour couronné , il court, sur la rivière de Gènes, se mettre à la tête d'un corps de troupes riche d'illustrations, mais auquel il manque une capacité dirigéante. Masséua , Berthicr , Augereau , Laimes, Labarpe, Meynard, Joubert, bouillans de valeur et de patriotisme, n'ont cependant pu tirer nos bataillons de la position critique où les a laissé refour 1er l'impéritie de Schérer. La gloire des phalanges d'Italie est alors éclipsée par celle de nos colonnes du nord : sur ce point, JVIorcau, nouveau général de l'armée de Rhin et Moselle, est opposé à un eniieun digne de lui , Tarchiduc Charles , frère de reuq>ereur; il a pour lieutenants Gouvion- Saint Cyr , Jjecourb(», Dessoîes et Dcsaix. Pourquoi faut il ajouter, que , succédant sur la Meuse au traître J'ichcgru , Moreau, mais Moreau seul dans son armée , succède aussi à ses intrigues
ii6 HISTOIRE
arec lAmis XVIII , T Autriche et F Angleterre. Jourdâti, qui commande rarmée deSambrc^H- Meuse j est puissamment secondé par Ton des plus beaux et des plus vaiUans de nos gënéraoi^ : SJiâ^r, que Bonaparte surnommera plus tard ie dieu Matjs en mtifonne.
U^ combattent aussi Marœâu , qui fut général an sortir de Tenfance; Lefèvre^ guerrier aux formées a^estes ; Ghâmpionuet, dont la valeur est guidée par le savoir ; Bernadotte , à qui ses lalens et sa sagesse obtiendront une couronne , libre présent d'un peuple y à l^époquc oà le vainqueur du monde imposera, moins heureusement ^ des souverains aux vaincus. Déjà Ton remarque , au quartier-général de Joardan , Ney, que l'esprit de parti laissera peu survivre à sa gloire > et âoulty qui devra se trouver un jour assez riche de la sienne pouf craindre d'en obscurcir l'éclat.
Bonapurte va dianger la face des affaires sur la rivière de Gènes : notre récit sera rapide comme ses exploits. Le in avril ouvre cette campagne^ ptf la victoire de Montenotte , que remportent treme-six mille Français affamés et nus , sur cinquante mille Autrichiens , commandés par Texpérimemé Beaulîeu. Battu de nouveau à Millesimo f à Dégo , TAutrichien se laisse séparer d'un corps sarde, commandé par Colli. Tandis que ^ Beaulieu fuit avec précipitation , CoUi , atteint à Mandovi , subit un nouvel échec qui Tpbligeà se retirer derrière la Stura. Enfin, l'armée sarde ,
quiâ t^erdu son artillerie à Gher&sque ^ demaade et obtient un armistice ; les fof'tercssa^ <lc Tortoae^ €bni ctOeva sont données en garantie à la Fraiîce. Le TOi dé Sardaigne signe ; le i5 mai, un traité de paix a^ec ia i*épublique f rançaise, A cette ëpOqiie, les Autrichiens^ exterminés à Lodi , le io> onléce forcés d'abandonner l'opulente ville de Milan aux troupes républicaines. La campagne est finie; elle a duré moins d'un mois , et deux formidable» affilées oui été détruites par un corps de combattertis dépourvu de tout><!t qui ue représentait pasia itioitié de leur elïbclif. Effrayé des succès rapides de Bonaparte , le pape signe un armistice le 2 1 juin. Cependant, la campagne s'est ouverte sur 1:3 Mibcio , vers lequel le vainqueur d'Italie a marebé; le triomphe de Castiglione couvre de gloire Augéreau : dans cette journée se distinguent Junoi, qu'un bon mot fit sortir de la foule au siège de Toulon , et Marmont , clont la fortune sera deux fois soiiîllée d'infamie. A Roverédo et h Caliano.Wurmser , le terrible Wurmser, dont l'Autriche menaçait le jeune dominateur de l'Italie , est enveloppé dans la défaite de Davidovich, les 3 et 4 septembre, à Bassano; le 8 de ce mois, nouvelle défaite du feld-maréchal autrichien , qui court s'enfermer h Mantoue, avec les débris de tleul armées anéanties. Dans ces divers cngagemens, le génie de Bonaparte est. dignement secondé par le talent et la valeur de ses généraux de division^ Augereau^ Masscna^ Yaubois, Ser-
!ii8 HISTOIRE
rurier ; par le général de brigade Lannes , et patr une foule d'autres officiers.
L'année 1797 s'ouvre brillamment , pour l'armée d'Italie y par la victoire de Rivoli^ remportée le i5 janvier, et que suivent iminédiat-ement les succès de Saint-^Qeorges ei de la Favorite sous Mantoue. Rivoli sera l'un des beaux titres de gloire du savant Masséna.Durant ces trois journées^ Brune et Murât ^ deux béros qu'une Itebe vengeance doit égorger, se distinguent entre les généraux. Toubert et Miollis^ inscrivent honorablement leur nom parmi ceux des chefs illustres des troupes républicaines. Le 2 février , l'AutricIie voit fondre devant nos braves la quatrième armée qui leur avait été opposée en Italie: Wurmser en livre les débris à Bonaparte^ avec la place de Mantouc. Le traité de Tolcntino^ en date du 39 février , fait cesser la guerre entre le pape et la république française. Le roi de Naplcs , ou plutôt la reine Marie-Caroline , a conclu un pareil traité dès le 8 octobre.
Cependant, Bonaparte s'avance toujours, par la haute Italie, dont il est entièrement maître , vers la capitale de l'empire ; quelques journées d'étape Teii séparent.... Vainemeni l'archidur. Cliarles est-il accouru pour s'opposer ù la marcht' victorieuse des Français : forcé dans ses retranchemcns , il laisse à découvert TEtat vénitien ei le Tyro! ; Bonaparte passe le Tagliamenlo , cl ])0ursuit SCS conquêtes, j^ans les dernières affaires.
Dh TAKJS. s»9
2e généralt^^Khef doit une. partie de sa gloire aux gënérav[[R)eImas et Bernadotte , venus du Rhiiii avec leurs divisions. Le dernier de ces deux officiers smlpiut a déployé de grands talens , qui le* servent aussi heureusement à la prise de Gradi6ea..4 Bernadotte se place dès ce moment au premier rang des capacités militaires de Tépoqne. Joubert triomphe, le 22 niars, à Botzen ; Masséna bat liemieini à Tarvis ; Bernadotte s'empare , le 34» id^Upste; le 29 Klagenfurth est ealevé par Masijj^Sie 1" avril, Laybaçh ouvre ses portes à i^MuidoUe... Ici s'arrêtent ïls hosulités^ à temps pour sauver Vienne d'une conquête assurée : des préliminaîrcs de paix entre la France ctVAulrichesont signés le lôà Leoben.
Pour achever, en quelques traits, ce tableau nûlitaire , qui contient tout l'intérêt de l'époque, roportons-nous sur le Rhin. Le ::^4 }^^^ > ^^ g^oéralDesaix, officier de la plus belle espérance., passe le fleuve de vive force, à Kehl , et commence la réputation de Moreau , tandis que lui-même travaille \ la ternir p^r des intelligences avec les ennemis de la patrie. Néanmoins^ ce général bat, à Rastadt,rarchiduc Charles qui, dès -lors, abandonne leRhin.Durant le mois de juillet, Jourdan remporte un avantage, h Francfort, sur le Mein, puis occupe les places de Wurizboiirg et de Baniberg : la première de ces places livre» trois ceuls bouches h feu aux Français. En Bavière, l'armée républicaine, commandée par Jourdan , doit*, selon quelques
historieu^^ à la tr«ihison, Técliec <I^^B éprouve à Neumarck ^ te 24 août. Le princJBmrlet opère des mouvemens hardis , qu il n cûl point hasardés sans les intelligences que Louis XVIV et Condé entretiennent avec Moreau... Ce général A, dit-on, donné l'Assurance à ces princes (fu'if secondenUt l'armée OMâtrichienne de totU sùn pouvoir... Otk aime à douter de la vérité d'un tel fait) mat* Louis XV III , depuis sa rentrée en Frafice Ta , par malheur ^ appuyé de son témbOMBUe , partî'- Guliôrcment dans une audience doittflbn 181 5, au général Strino :« Moreau, lui dîsnRi, en par- « lant de la défaite de Neumarck , était à moi de- <c puis Tan IV. » Battu en Bavière, Jourdan opère une retraite que Garnot nommera savante* Moreau, entraîné dans un mouvement rétrograde par cet échec , ou par la conséquence de ses intrigues perfides, commence^ après avoir conclu un armitice avec le duc de Bavière , cette fameuse retraite qu'on a comparée à celle des dix mille > et qui n'est peut -être quuue brillante parade, convenue entre le prince Charles et lui. Quoi qu'il en soit, cette marche d'environ cent lieues , et qui dure quarante jours , s'opère avec autant d'éclat qu'une conquête ; cela devant un ennemi bien supérieur à l'armée de Rhin et Moselle , dans un pays hérissé de montagnes , couvert de bois, coupé de ravins , de rivières ; enfin, au milieu d'une population irritée.Moreau bat l'ennemi à Kibcrach, sur l'Elz , à Schiengen; puis ar-
rivant en bon ordre sur Kehl et Hunîngue^il reste maître des ponts du Rhin et des postes principaux de la rive droite... Cette longue suite d'opérations constitue ou un chef-d'oeuvre Stratégique , ou bien une comédie .habilement tissue, pins habilement représentée. Du reste , le prince Charles, tout en occupant le pay^ qpe Moreati lui a})andonne » ne harcèle Tarmée française que très mollement : on dirait qu'il laisse le général républicain se payer, en gloire facile, d'un service qu'il serait convenu de rendre à la cause royale.
Ce fut dans cette situation, ay-pareniment rassurante povir l'Autriche, que son meilleur général quitta le Rhin , et se porta au secours des armes impériales, dans le pays vénitien ; nous avons vu quelle destinée l'y attendait ; et les préliniinairiCs de Leoben , signés à trente lieues de Vienne , ont prouvé qu'en Italie le parti de Louis XVIII n'avait, pas trouvé de serviteurs dans les rangs français.
Nous avons dti suivre aus armées , non-seulement-les destinées glorieuses de la France, mais encore la politique de cette république, dont le tîimon est tombé aux mains d'un divan insoucieux et indolent. Revenons cependant aux molles dispositions de ce conseil de pachas^ où la vois du seul Carnot prononce les mots de patrie et de dignité ^nationale. Le ig décembre 1796, le directoire ouvre les portes du Temple a la fille de Louis XVI; le cabinet antnchien, long-temps
*iT2 HISTOIRE ^i*
indifférent àlacapiivilé de celte jeune princesse, s'avise tout à coup de la dignité cjui lui ordonne de négocier pour sa délivrance... Le sang impérial a été froid jusqu'alors " aux souffrances d'une petite-fille de Marie-Thérèse; Tambition' réchauffe, lorsqu'on vient h penser qu'un mariage entre la fille de Marie-Antoinette et soh cousin, l'archiduc Charles, pourrait faire rentrer l'Alsace et la Lorraine dans les possessionsde la maison d'Autriche. ..Le directoire, qui nesait rien prévoir, et qui croit se montrer magnanime en faisant un hcte d'Humanité, d'ailleurs équitable , rend la liberté à Marie «-Thérèse de France; lorsqu'elle sort du Temple , elle ignore encore le supplice de son père, de sa mère, de sa tante... Elle demande h voir son frère... On lui répond qu^l est mort. Il est des situations que le cœur brisé ne peut oulilier : personne n'a pu raisonnablement exiger de la duchesse d'Angoulême qu'elle perdit le souvc* nir du terrible coup qu'on lui porta le ig décembre 1795. Mais une princesse, revenue au sein de ses compatriotes , et qui doit partager le trône d'où son époux régnera sur eux ; une prin^ cesse appelée à remplir une mission de sollicitude souveraine , pour répondre dignement à la confiance du peuple , du peuple qui d'un souffle peut briser les couronnes ; cette princesse , disorisnous, est menacée d'un sort funeste lorsque sai sagesse ne domine pas ses resscntimens. Les conciliabules du pavillon de Marsan , dont madame
(TAngoulêmc sera rame, coiie conspiration priiicière, où l'on préparera de loinnne vengeance e'elatante, que le plus imprudent despoiisme devra réaliser un jour ^ eh bien ! e)le amènera la seconde chule du trône des Bourbons, quand la main de l'espérimente Louis XVIII aura laissé tomber le timon de TÉtat. Revenons au règne du directoire.
L'année 1795 s'est close par la conclusion d'un impolitique armistice avec l'Autriche , demandé par le traître Pichegru : Carnol, qui voyait une faute militaire très grave dans cette suspension d'armes ,' s'y était oppose de tout son j)Ouvoir , mais vainement. Louis XVIII avait-il déjà des intelligences dans le sein du directoire ? L'année 1796 s'ouvre par l'établissement du ministère de la police .-ressort de gouvernement immoral, inactif pour la sûreté des citoyens, sans cesse tendu contre leur liberté. Grâce à cette institution, on opposera les partis les uns aux autres , afin d'opérer cette infâme bascule gouvernementale, qui prouvera que, le plus souvent, la bonne foi du pouvoir n'a pas de principes fixes , conscquemmcnt point do réalité. A l'aide de la police , on proclamera des conspirations imaginaires, pour emprisonner ou proscrire des hommes dont le talent ou la fermeté gêneront l'arbitraire oppressif; on introduira dans la société des nuées d'espions , qui solliciteront les citoyens à faire de l'opposition , qui Içs embrigaderont même dans des bandes conspiratrices, dans le seul but de faire ressortir
2ii HiàTOlRE
et récompenser des ambitions adules... {Jft hlfOf jour quelque ministre viendracandidementaYQVW, à la tribune nationale Taction des agens provqcini tours, comme moyen d*administration publîqiiDi et ce fonctionnaire protestera peut-être de iOli.pitiii triotisme dans quelque livre exalté par la faipo^di) commerciale ; et les exceliens mouloiu de Jt%^ nurgc sauteront, par milliers, le seuil de la liJir#i-. rie pour acheter une composition où r«MitWf' écrit sera en contradiction perpétuelle avec 1*%^. tcor pérorant, déclamant et gouyernant. NoAj elle ne saurait être pure la gestion qui coa^ sisteà rechercher des conjurations, des émeute^, des troubles; s'il n*en existe pas, Temploi demeuf^ obscur, la fortune et les grâces sont rebelles; il faut donc imaginer des conspirations pour les dir rouvrir, les déjouer, les combattre sur le papiery,, Alors le chef de la police devient un homme îm*- |)ortant, et son industrie ])i'ospère.
Tandis que le département de la police s'organise, sous la direction duministreCochon,uncloidi4 ^lo janvier ordonne de briser les planches, former j matrices et poinçons servant à la fabrication de^ assi^nats. En ce moment, le louis d'or se vend ^ )4 lloni'secin(| mille troiscenis francsen papier ; etjâï fiais (leconfeciionde ceticmalcncontreuscmonaaîd dépassent la valeur intrinsèque de chaque émi^-^ sion. Il existe pour quarante milliards d'assig^fll^ en circulation , non compris les produits d'uDA fabriqiM Louis XVIII a fait établir dan^ |»
OË PARIS; diS
Vëftdée , ' et qui n'est pas moins féconde qu^ lès preMes dé Paris ; non compris encore d'inuombràbleli atetierv de cette nature fondés ouvertement en Angleterre , en Allemagne, en Russie, partout. Dèêmttndatê territoriaux sont créés , le i8 mars^ jiiii{a'& la concurrence de deux milliards, quatre cent millions : ils doivent servir a rembourser les assignats , à raison de trente capitaux pour un. Mais leur discrédit commchce avant môme qu'ils soient émis : on a réconnu que leur prétendue hypothèque sur des bien^ nationaux presquen-: tièrement vendus, ne peut être qu'un leurre , et que la base de la nouvelle institution n'est nul-: lemeni territoriale. Cette ruse financière ne masque point la- banqueroute imminente de TÉtat.
Telle est l'extrémité déplorable h laquelle la fortune publique est tombée au moment où Bonaparte, vainqueur en Italie , fait parvenir dans le trésor les produits monnayés de ses conquêtes. Avec un gouvernement plus sage, des germes renaissans de prospérité se reproduiraient promptement par la dimi->> nution rapide des ennemis de la république. Slqfflet, qui, de simple garde chasse, est devenu l'un des chefs vendéens les plus intrépides , les plus redoutés, a été pris le 2/y février, près de Chollet, dt fusillé le lendemain à Angers. Charette , plus malheureux encore , est livré par un traître , Id ï 5 inar^ : les autorités républicaines le font exécuter à Nantes le 29. Dans ce même* temps , les SÉtantes dispositions de Hoche, qui commandé y* i5
dans. rOucfit, son activité , sa prudence^ et surtout sa modération envers les vaincus, conti'il^ient beaucoup à pacifier ce malheurei^yK p2ty3> qui bientôt recouvrera la tranquillité qu'en ont bannie , contre le vœu d'une forte partie de ses babitans » les fureurs du fanatisme et de l'esprit de parti. AprèslamortdeStofEletet de Gbarette, tous les cbefs royalistes poseur les armes^ se dispersent: le seul d'Autichamp reste en campagne au mois d'août; il se soumet le i5 au général Hoche. Le nombre des victimes tombées dans cette longue guerre civile s'élève à six cent mille, selon les calculs du pacificateur... Et quels ont été ^os résultats pour la cause royale ? Nuls. Où s'est montré le prosélytisme de cette cause, hors de la contrée qu'elle a d'abord soumise? Nulle part. La courte devise des Vendéens suffit pour expliquer cet insuccès : Dieu et le roi... Dieu et le roi para*phrase tout ceci : point de concession à faire par le droit divin, le droit indéfini, le dioit inné; toujours la possession , la propriété du prince s'étendant sur le pays et sur les habitans ; pour tout système l'ancien régime, avec ses prérogatives, %es inmiunités révoltantes ; le clergé , avec ses ri» chcsses excessives, son intolérance cruelle, son immoralité scandaleuse ; le fisc avec sesexactiana impunies; les parlcmens, avec leur justice partiale, indulgente aux grands coupables, terrible pour le peuple... Enfin, Dieu et le roi signifie : restau*^ ration de tous les abus, de toutes les dilapidations.
DE FARÏS. 127
de toutes les insolences, de tous les genres d'oppression, « Quand, par la force des armes , nous au- « rons balayé les immondices constitutionnelles , « écrit un pygmée militaire appelé Puisaye , « nous reprendrons tous nos droits et privilèges. »
La pacification de la Vendée met cent cinquante mille combaltans à la disposition de la république, au moment même où les dispositions du traité de Leobcn s'étendent aux armées autrichiennes du nord.
Cependant un tiers du corps législatif se renouvelle le 20 mai : les membres éliminés forment là moitié des ex-conventionnels qui sont restés dans les conseils ; .ils sont remplacés par un même nombre de députés nouvellement élus. Avant de parler de l'esprit que ces derniers apportent dans les deux assemblées, il est nécessaire d'examiner rapidement la situation iniérieurede la France. Car tout est bien changé depuis quelque temps chez cette nation sortie /effrayée et sanglante, de l'arène de lygS; et repi*cnant plus loin rhîstoire de sa mobilité politique et morale, nous aurons un tableau curieux à tracer. En 1 792 , le Français , le Parisien surtout, dépouille son élégante parure , son habit aux basques fleuries ; l'édifice léger de sa frisure s'évanouit , son épée de salon est reléguée au théâtre. 11 revct la carmagnole grossière , le large pantalon; il attache négligemmenirautour de son cou une cravate de couleur . couvre du bonnet rougê sa chevelure plate , grasse . hérissée ; un large couielas pond à
son côte. Le langage de ce citoyen, naguère recherché , souvent prétentieux , devient âpi-e ^ Lrusque , prodigue de jurons. Les dames , si enoipressées, en 1789, à copier le luxe rafliné de Trianon , deviennent , de brillans papillons qu elles étaient , chenilles aux couleurs vulgaires : plus de riches ctofics façonnées en robes gracieuses ; plus de roses aux douces nuances dentelant^ d'une . guirlande légère , la jupe de linon ou d'organdi ; plus de frisures où mille enjolivures s'agençaient dans un pouf ambilieux; plus de riches mantelets , autour desquels ondulait l'opulente valencienné ou la délicate maline ; plus de manchettes à triples rangs, où se pressait, en plis redoublés, le point d'Angleterre ou la blonde soyeuse. Mais qu'il est difficile de déparer la beauté : nos Françaises sont toujours jolies , toujours séduisantes avec le simple bonnet qui cou- • vre leurs cheveux aplatis et coupés carrément sur le front ; avec leur robe de simple mousseline, que ceint un ruban tricolore ; avec ce fichu , sous lequel se dérobent un peu des charmes qui , prodigués naguère au regard, avaient perdu leurs admirateurs... Et si le chêne civique se i ourbe sur la tcte d une jeune femme ; si, quittant ces souliers aux talons élevés qui rendaient sa démarche chancelante, elle adopte une chaussure moins nuisible à ses grâces naturelles; enfin si la coupe de son habit caresse las formes heureuses qu'elle reçut de la nature , au lieu de les
surcharger de plis ou de paniers , on trouvera qne le costume du sexe , plus heureux que celui des hommes , a gagne à la révolution.
En est-il ainsi des mœurs ? Non. Rarement on les vit s'épurer au sein des masses qui s^agitent dans les réunions du Forum : une époque où toute impression est une passion violente , toute émotion un élan d'enthousiasme , ne saurait profiter à la morale; c'est une guerre dont les résultats favorables , si elle en a ^ ne ,se feront sentir qu'à son terme. Le sentiment d'une liberté qui vient de naître est difficile à maintenir dans les bornes de la modération : en politique il est poussé j usqu'au délire^ souvent jusqu'à la cruauté; en morale il est presque toujours porté jusqu'au cynisme. Ainsi, nous voyons, en 1793 et 1794? la foule se rendre à flots pressés aux exécutions , s'enivrer de leur funeste spectacle , applaudir à la chute des têtes. Ainsi, Ton recherche au théâtre les sombres compositions de Chénier ; où 9 si l'ironie, la malice, le sarcasme reprennent leurs droits sur les affections de la multitude , elle court voir les f^isit€mdines , les Dragons et les Bénédictines , le Mariage du Capucin , et d'autres comédies semblables , où les mœurs publiques sont sacrifiées avec le préjugé religieux. Et puis ces républicains, : que leurs orateurs bercent sans cesse du récit des
"'coutumes de Sparte, ils se montrent Spartiates
' «auprès des dameSj^etles dames, par vénération pour
les usages antiques, deviennent faciles comme
'^'..des Lacédémoniennes.
«ao HUTOIHE
Pendant Je règne de la convention , les lettres prennent le caractère martiali l'expression fièrc et couséquement poétique de l'époque : la Marseillaise j de Rouget de Lille , le Chant du Départ ^Q de Cliénier^ VÉpître à f^oltaire de ce même poète , les brillantes sti'ophes de Lebrun , celles ^Ioins riches d'épopée , où l'immortalité de l'ame ^^t chantée par le citoyen Michaud , alors républicain fervent, depuis royaliste quand même ^ et beaucoup d'autres compositions dont le titre nous échappe 9 marquent l'élan patriotique de la poésie. Les guerres de la liberté ont leurs Tyrtées; les abus dont on craint le retour trouvent des Arislophanes, et souvent les grelots du Vaudeville I joyeux tocsin d'une satire mordante y rappellent sujr les traces des travers con tempo ; rains. Un 'genre dramatique nouveau , genre bizarre, uiouslre lilléraire, formé du terrible, du comique et de la farce; iuspiranila terreur, excitant le rire , titillant les voluptés, le mélodrame, en un mot, naît, vers l'année lycj/i, du pêleniélc de pos:)ions qui tourbillonne dans la sociclé. Pcut-eire un écrivain spirituel , connu depuis par ses gais refrains et ses opinions mobiles, Désaugiers y cssaic-t il le premier ce genre dans une sorte de pantomime dialoguéc qu'il fait jouer eu 1791 , a Notre-Dame. Avant ce mélodrame niéiropolitaiii, on a cependant vu, par la ville, quehiuc chose de semblable : nous voulons parler delà pompcî dramatisée ai\ ce laquelle, d'après. -
l)t PAKIS. :i3i
Ifîs dessins de David ^ et tous les acteurs ^ toutes les sirènes de TOpéra aidant, on a«procédé au transport des restes de Voltaire au Panthéon... I/ame immortelle du grand homme a du peu s'cmouvoir à cette parodie des solennités funéraires de la Grèce , qu'on s'est efforcé de reproduire , avec toutes les ressources du costumier et de la ]>eîntQre en détrempe... Le sublime , qui se tient si prés du ridicule , l'atteignit plus d'une fois datant cette cérémonie , soit lorsque les prêtres aux blanches aubes , aux barbes postiches, firent des. . stations dans les .cabarets \ soit, lorsque y surprises par une pluie d'orage, les pleureuses grecques . laissèrent leurs cothurnes dans les ruisseaux gon- ^ fléft de la rue Dâuphine ; soit lorsque l'effigie du - demi-dieu lui-même , échappée de son char de triomphe , fut ressaisie au moment où elle allait ipouler dans un égoût"^... Ces pompes dramatiques, cet emprunt de la décoration , de l'oripeau et des. armures de carton du théâtre^ ont répandu, plus d'une fois, sur notre révolution un reflet d'opéra cftmique qui ne pouvait que démentir la gravité de ses principes et de son but. . C'est ainsi que nous avons> souvent rapetissé les plus grandes choses , et que l'étranger s'est cru autorisé à dé-
* L*aufiAr (le l'Histoire de Paiis a décrit, d'une luaiiièir •détaHJéc , cette setennîté l'uucrairc dans son ouvrap;o intituli^ Jet BXVEft|^ES t^nnoHi^uEs de kimt. Charles Lâcha pelle , ëdi r, rue Saint- Jacques, n" ^5.
a3a UliirolKE
priipcr nos actions , nos travaux les plus sages, les
plus sérieux. t-
Sous le gouvernement directorial , nouvelle et complète subversion dans les mœurs ;'et , comme il arrive toujours parmi nous , c^cst dans une tout autre sphère decivilisationqu'il faut suivre les goûts et le caractère français pour en ressaisir les traits. La physionomie de Paris a changé si rapidement qu'un autre Epiménidc , après avoir dormi une onnécy se croirait dans un monde nouveau. Là vente des biens nationaux , dont il a été si facile de se rendre acquéreur, à Taidc des masses de papier que la moindre industrie procurait , surtout M l'aide du long crédit qui permettait de payer le fonds avec le revenu annuel; la vente des biens nationaux , disons-nous , a produit une repartition nouvelle de la propriété, et fait surgir des classes inférieures une multitude de riches, dont Tinstruction n'a pu s'improviser comme leur opulence : la loterie générale de destinées, à lar quelle ces millionaires d'un jour ont gagné un gros lot de bieu-uire, ne leur a pas donné en même temps les belles manières et le goût. D'autres sources fécondes de richesses grossissent encore la masse desCrésus d'hier : en première ligne xicniVagiot , brigandage ei^rcc au passage du Perron , qu'on a surnommé avec raison lajorct noire. L^ des myriades d'assignats , vomies par les fabri([ues ven-* dcennes ou étrangères , font passer dans les mains des spoliateurs tout l'or qui reste en France ; tojk
DE PAKIS. ^33
ilii (piQ les valeurs anéanties , contre lesquelles on réchange, vont s'engloutir dans les coffres de l'État, pour le paiement illusoire des bien nationaux. Viennent ensuite les fournitures aux années, spéculations frauduleuses, dont on acquiert le privilège dans le cabinet môme du directeur Barras, au prix des pols-de-^in immoraux dont toute adjudication est grevée. L'exemple du Luxembourg ricoche, d'emploi en emploi , jusqu'au dernier degré de rcchelle administrative*! Chaque ministre , chaque directeur , chaque commis exige sa part de bénéfice sur le prix des denrées ou des effets livrés aux braves défenseurs de la patrie. Or, les qualités diminuant en raison des réductions opérées ; les braves légions de Bonaparte ^ j de Morcau , de Jourdan, recoivctit dtjs vivres^ avariés, qui souvent manquent tout-:\-fait,.. Leiirs^ habits tombent en lambeaux, après quelqtics so*^ Viaînes; d'ignobles chapeaux, dégarnis de ïa co* qui seule en soutenait le tissu sophistique , lais pendre leurs cornes sur les épaules du soldat 'Xt rendent sa figure repoussante... Et les coniriHu* tions levées en pays conquis , et le produit dcS réquisitions qu'on y frjippe , croir-on qu'ils répondent aux besoins de l'armée? Erreur. Délé- * gués du gouvernement, généraux, état-mnjor, j commissaires des guerres , employés des divers ^i^iccs, tombent, nuée do corbeaux dévoraleurs, sur ces fruits de la conqnôlo comme sur les allocations de 4'intérieiir,.. Ils se g(MCnt , et nos |
i34 HISTOIRE
guerriers jcuneat , nos guerriers grelotent sous leur uniforme troue ; et les républicains courent à la victoire avec des semelles de carton , pour la plus grande prospérité des concussionnaires qui les administrent. Les généraux Championnet et Joubert , indignés de ces désordres , veulent sévir contre ceux qui s'en rendent coupables; ils sont destitues. Les administrateurs des armées^ dépositaires d'une confiance fourvoyée . continuent de s'enrichir par des rapines.... Un jour , et lorsque l'administration militaire sera régénérée, d'anciens exactcurs , à force de souplesse et de servilité, se maintiendront dans les cadres nouveaux ; de réorganisation en réorganisation^ on les verra parvenir, grâce h leur politique toujours preste à • se tourner vefs le soleil levant ^ jusqu'aux sommi- *tés sociales, chamarrés d'autant de croix qu'ils auront détourné de millions , pourvus d'autant de iccs, de litres, d'honiïours qu'ils auront alFame rmées. Bien plus, en icJSo, élevant la voix au Geu d'une génération qu'ils croiront à tort ouîuse de leurs méfaits, ils demanderont des épuixitions y afin d'obtenir ou de maintenir la disgrâce des concurrcns qu'ils redouteront; et noirs d'infamie, ils révéleront des taches microscopiques sur la vie de fonciioimaires qui auront administré avec autant de talent et d'bonneur qu'ils auront, eux, laissé voir d'avide cupiditë.
Après avoir signalé les sources d'opulence où veni |H|?'^^^'>' ^^^ trinps du directoire , les
DE PARIS. i3î
nouveaux riches qui briilaieiu h Paris, essayons d*esquis5cr leurs mœurs. La capitale était , comme jçlle le fut toujours, le rendez-vous de tous ceux qui voulaient ou jouir h grands frais de la vie, ou âargir les canaux de leur prospérité. Pour l'un , comme pour l'autre but; il fallait, il faudra sans cesse éblouir : le luxe est l'appât des richesses , aussi ^ien que l'amorce du plaisir. 'Aussi voit on briller à l'envi , le cordonnier, devenu fournisseur opulent; Tex-garçou de caisse^ élevé, par les ressources de l'agiot, à la condition de banquier ; le jardinier fait gros propriétaire, grâce à l'acquisition qu'acquitta le débit de ses légumes; la modiste créée grande dame par l'amour d'un directeur ou d'un ministre; la solliciteuse en litre d'office , dont les faveurs payèrent, dans les bureaux, les -brevets qu'elle se fit payer à beaux deniers comp- ^ tant : en un mot, tant d'individus qui, par au- ^ haine inattendue, ont attaché un clou h la roue '^ <le dame fortune... tous ces eilrichis ont un lîjotel, une voilure , des habits magnifiques, ttne ^able somptueuse, des domestiques plus distin- ? gués qu'eux , qui se moquent de leurs maîtres , tsl couchent avec leurs, maîtresses. Il y a pailla ■ villç une foule déjeunes gens, qualifiés de niui^ ^ cadms ou d* in croyable s, dont l'élégancç est lç.type des parvenus. Ces élégans qui, pour la pli2pa^rt\ sç disent menibrea^du club de Cili^hy, c'est-^dir^ U{»posOs aux opinions républicaines, i^atistillem dés
a3G HISTOIRE
]a fiii (lu régime conventionnel y sous le nom de jeunesse dorée , qu'ils conservent encore. Leur coetume outre n est que ridicule sur eux; mais, adopté par leurs imitateurs , il devient grotesque. On reconnaît partout un traitant du jour, uii'' propriétaire nouveau, un laquais passé de Tantichamhre au salon , à la disgracieuse tournure qu'il ne peut esquiver sous son habit à taille carrée et h vastes revers ; on le reconnaît à la culotte de soie noire qui lui monte au milieu de la poitrine, et boulonne , en bas, sur chaque rotule; on le reconnaît à ses souliers démesurément pointus , à sa coiffure conique et fortement poudrée, au Jargc camée qu'il attache à sa chemise , au claque qui, squs son bras, affecte la
* ibriiic d'une nacelle aplatie... Si, lorsqu'on a pu obsrrver ct'llc parure du temps, mal arrangée, mal portée , il reste encore quelque doute , que le j)arvenu parle , et toute incertitude cesse... Chez les j)arvenues , même exagt'ratlon dans la
* parure , nicme inliabileté à la porter : sous le .
I manteau antique , dont une femme de chambre
les drape en leur tirant la langue, on aperçoitle bras rouge du village ou du faubourg; les pierreries, en scintillant à de gros doigts noirs et m^l^ ^«formés, ne déguisent pas la main d'une cui-
I 1^<»/Là ^usse chevelure grecque qui cou-
in^ifigurc jolie quelquefois, mais lou- 4|nùnQ(( laisse nisémeht reconnaître l'ha- Tancienne vivandière, com-
ân^Uiic
<iA('.
DE PARIS. a37
pagne des prospérités d'un fournisseur, jadis canlinier.
Dans les classes habiles à jouir de Topulence, à se parer des travers, le luxe, pour être moins ridicule y n'en est pas inoins scandaleux. Vous voyez la femnie , abandonnant son époux , ses enfans , courir, avec un amant , les spectacles , les jardins publics, alors parés des noms de rantiquiié païenne i Elysée , Paphos , Idalie y etc. Dans chacun de ces jardins enchantés , retentit l'orchestre du bal. Là, des femmes d'une société qu'on eût appelée autrefois choisie, imitatrices des bayadèrcs d'opéra , dansent avec tout l'abandon provocateur, toute l'intention lascive de leurs modelés. Parcourez ce groupe de merveilleuses , tous les yeux y sont hardie , tous les propos immodestes. Dans les salons , dans ceux du directoire surtout , la beauté ne se montre pas plus réservée.' On y voit affluer un essaim de jeunes citoyennes , toujours affranchies des liens conjuf^aux , toujours conduites par leurs sigisbés. L'élégante nudité qu'elles étalcntcache à peine ces charmes secrets, que la pudeur dérobe, dans l'intérêt même de la beauté. Elles ont. adopté • la toilelie de Vénus et les mœurs de Phriné. Par un raffinement de luxe, que n'avait point imaginé le goût épuré de Coriiithe y ces dames portent aux doigts de leurs pieds des diamans , qu'on voit briller à travers le cothurne léger. ii^ Barras ^ a moitié couché sur un sopha^ tenant un
94o HISTOIRE
oa espérer qoe le pagananisme s'accréditérài Mais toute la haute société n'est pas grecque. On distingue aisément les jeunes gens voués i^ \û cause du monarchisme : ils portent des redingotes courtes à collet de velours noir , des tresses relevées derrière la tête avec un peigne , les che-* veux des faces taillés eit>-preilîes de chien j qui leur tombent sur les épaules. Dans les promena-^ des y oansles cafés , ils fredonnent sans cesse le Réi^eildu Peuple , chant anti-jacobin dont lisant fait leur Marseillaise. Les dames de ce parti, unissant aux inspirations frivoles de la mode des, souvenirs sinistres , ont adopté une coiffure à la sacrifiée , c'cst-a-dirc coupée tout près de la tête, comme les chçveux de%victiuie$ préparées pour la guillotine. Mais, en même temps qu'elles rap* pèlent ainsi les horreurs de Téchafaud , ces mêmes dames consolent la vue par l'enseigne des ressources delà création : les jeunes femmes, quel-, quefois les demoiselles , s'habillent de telle sorte qu'elles paraissent enceintes... On porte des robeâ au demi-terme \ ot l'élégance ne paraîtrait pas complète dans un salon clichicn si l'on s'y mon-, trait sans cette étrange parure.
Avec l'extension que chacnn donne au mot lif bcrté>la surveillance, souvent fortuiile, d'immari» est pour sa femme de la tyrannie; le divorce est facile, elles quittent ce despote odieux.L'époux, de son côté , se lasse-t-il des faveurs uniformes de son épouse , il invoq^ue la loi protectrice des li-
DE FARIS. 341
bevtis conjugues , met à la porte sa compagne légitime ^ et la remplace par une courtiiane. Entre-t-on dans le boudoir dune jolie femme , elle ne s*empresse point de cacher les livres licencieux qui occupent ses loisirs du matin : Fmiblas , les Liaisons Dangereuses , n'ont plus pour elle un charme assez vif : ce sont les infâmes compositions du comte de Sardes ^ Jusfine y Juliette, qui se trouvent sur le divan de cette merveilleujse.
Telle est l'extrémité à laquelle est descendue une société en dissolution^ que la convention commençait à reconstituer après le 9 thermidor , et dont l'immoral directoire achèvra peut-être de consommer la ruine. Al cette époque cependant , comme à toutes celles durant lesquelles le yice domine , la contagion n'est pas universelle : on voit encore à Paris et dans les provinces une notable partie de la population inaccessible à l'esprit de parti : classe estimable et habile à se garantir des travers contemporains. Bon nombre de citoyens, malgré le tourbillon qui entraîne et dénature les bienséances sociales, se montrent bons pères^ bons fils y bons époux, bons Français. Beaucoup de femmes restent fidèles à leurs devoirs d'épouse et de mère... il y a toujours en France unréservoir inaltérable de vertus civiles, le centre d'une nation généreuse. Les déréglemens politiques et moraux ne captivent qu'une minorité ; mais une minorité V. 16
passionnée qui peut sans peine dominer la majorité paisible et résignée.
Cette résignation , ce silence d'un civisme timoré y toujours prêt à courber la tête pour éviter la tempête 9 vient d'être exploité par les partisans de la monarchie : ils sont maintenant nombreux en France, parce que l'or de la Grande-Bretagne les multiplie; les compagnies de Jésus et du Soleil, les prosélytes que Louis XVIU a pu faire dans le midi , parmi ces démagogues mêmes qui , en 1 792, voulaient terroriser la capitale; enfin les agens jetéssur nos côtes par l'Angleterre et l'énûgration , sont parvenus à influencer de toutes parts les der^ niéres élections, en inspirant aux citoyens des craintes chimériques sur le prétendu retour du ré* gime sanglant de 1 793. Grâce à ces manœuvres stipendiées, grâce aux cinquante journaux vendus au Prétendant qui s'impriment à Paris , et puissamment secondés par le vote à deux degrés ^ les ennemis de la patrie ont jeté dans les deux conseils, avec le traître Pichegru, une faction royaliste que, par ménagement pour des personnes vivantes , nous ne désignerons pas nominativement : faux patriotes que la faveur de Louis XVIII dénoncera d'ailleurs suffisamment, après l'intronisation réelle de ce prince. Ces nouveaux représentans, à l'aide des mots magiques damour de Tordre , rallient aisément une foule de députés bien intentionnés , mais trembleurs, mais obsédés par l'ombre toujours présente d'une terreur que personne ne
DE PARIS. !i4â
songe à reproduire. La majorité des deux conseils est donc acquise au prince qui y depuis cinq ans y poussa l'Europe contre nous, entretient la guerre civile et les conspirations dans l'intérieur , et hâte la ruine publique en inoudant la France de fausse monnaie... Cette majorité sait cependant bien que Tuniversalitë des citoyens abhorre toujours le régime des privilèges; qu'elle chérit cette égalité de droits' incompatible avec le gouvernement absolu , le seul que conçoive l'émigration ; et que conséquemment , les mandataires du peuple ne peuvent travailler au rétablissement d'un tel état de choses sans trahir indignement les citoyens qui les ont choisis... Le coup d'État du 1 8 fructidor, auquel nous arrivons, sera donc juste, sinon dans toutes ses conséquences, du moins daî2S son principe et son but; car il renversera des ennemis déclarés de la patrie.
Cependant le parti clichien , d'accord avec son principe, introduit au Directoire exécutif le diplomate Barthélémy, en remplacement de Letourneur (de la Manche ) premier sortant; Barthélémy , dont les talens ont bien servi la république; mais qui s'est laissé séduire par les agens , par. les promesses de Louis XVIII et du prince de Condé.Il est difficile de décider précisément pourquoi la faction que dirige Pichegru compte" aussi sur l'appui de Caruot; car ce directeur est un ré^publicain sincère et loyal ; il a voté la mort dutoi ; .on ne peut donc pas adopter raisonnjiblement lo-
a44 HISTOIRE
pimon qu*il sott disposé à fairoriser 1c retour des Bourbons. Mais Carnot se luontre crédule comme tous les honnêtes gens : il ne suppose point la trahison , parce qu'il est incapable de s'y livrer. Du reste, indigné de l'administration honteuse et vezatoire de Barras, de Bewbel et LarcTeillère y qui forment la majorité du Directoire , il s'est élevé souvent contre cet infâme système de gouvernement f et n'en a jamais sanctionné les immorales dispositions par son adhésion personnelle. Caruot , par suite de cette perpétuelle opposition , est devenu l'ennemi du triumvirat dirigeant; et de ce qu'il n'accède point aux vues de la majorité directoriale , les conseils infèrent qu'il secondera volontiers les conspirateurs clichicns.
Dès le milieu du mois d'août 1797^ une scission est ouverte entre la majorité des conseils et celle du Direcloirc : si les clichiens agissent avec résolution et sans perte de temps, leur conspiration, bien déguisée sous le masque de l'intérêt public , auquel la législature semble en efiet travailler depuis quelque temps , renversera sans peine le gouvernement, car il est bonni et méprisé. Toutefois les conjurés se flattent vainement d'allier à leur triomphe , celui de Louis XVIU : le peuple verra avec indifférence , avec plaisir peut-cire la chute des satrapes du Luxembourg ; mais au moindre signe de royauté , il se lèvera, il écrasera les vainqueurs d'un instant... Nous l'avons dit, la nation repousse de tous ses eilorts le joug armé des
DE PARIS. a4S
odieux privilèges qu'elle a détruitU. La faction de Picbegru n'aura pas même Tapparenec d'un succès; ses projets se noient dans une insipide et longue discussion^ qui ne sert qu'à fixer les incertitudes du Directoire sur les projets hostiles des conseils.Or les triumvirs du Luxembourg sont préparés dès long-temps à soutenir le choc qu'on leur laisse maladroitement prévoir rils ont mis l'armée dans leurs intérêts ; larmée^qui connaît déjà sa puissance polttiquedepuisle i SyendémiaireanlV.Bonaparte, encélébrantl'anniyersairedu 1 4 juillet aumilieudes vainqueurs de l'Italie , leur a signalé les deux conseils comme dominés par des traîtres , vendus aux ennemis de la république. Des clubs se forment sous les drapeaux : chaque division a le sien; le soldat s'y fait délibérant et presque législateur. Enfin le lo août, le général fait jurer à ses compagnons d'armes^ sur l'autel de la patrie , de maintenir les institutions républicaines et d'exterminer les factieux qui oseraient y attenter. Dans cette direction de principes , Bonaparte doit s'unir au directoire : il détache de son armée et envoie à Paris les généraux Bcrnadotte et Augereau, munis d'instructions pour coopérer au coup d'État qui se prépare. Le premier se bornera à observer, à siu:veiller les ennemis de la patrie , afin de prévenir leur agression ; le second , homme de main intrépide ^ prendra rinîtiativc des hostilités; tandis que Bonaparte, lui-même, marchera s'il le faut au secours du directoire. Le général Hoche aussi s'é-*
branle h VsLtmée de Sambre et Mease ; il dirige des armes et des mnnitîons sur Paris } des troupes , détachées de ses colonnes viennent occuper les villes voisines de la capitale. Déjà tout est disposé dans riniérieur pour déjouer les eutreprises du parti contre-révolutionnaire :1e moniteur dénonce journellement les agens de cette faction ; des affiches les signalent en style déclamatoire à Tindignation publique. Augereau est investi du commandement de la dix-septième division militaire,, dont Paris est le chef-lieu*En un mot, toutes les mesures sont prises par le comité du Luxemboui^ pour attaquer^ h. force ouverte^ ces assemblées qui, trop confiantes dans ce qu elles appellent leur puissance morale, discutent tandis que le directoire agit. Lesministres Merlin (de Douai), Sotin, Talleyrand, François (de Neuf-Chaieau) et Scherer, préparent en secret les moyens d'à uaquc; les députés Syeyes, Tallien^Garnier ( de Saintes )Lamarque, Merlin ( de Thionville ) et Treilhard s'unissent aux gouvernans contre la majorité des conseils. Si l'on en croit quelques confidences contemporaines , madame de Staël se fait dans cette circonstance l'active instigatrice du coup d'État directorial : elle propose , dit-on , aux républicains des cinq-cenis de tenir une séance de nuit, durant laquelle Augereau environnera les deux enceintes législatives; de s'assurer de soixante députés clichicns, et de les noyer h la manière de Carrier... I/ironic s'empare de cette proposition, vraie ou supposée, et dans
DE PARii>. 247 '
les salons du temps on dit que là fille de Necker^, « pour accomplir une révolution, ferait jeter tous « ses amis dans la rivière , sauf à les repâcher le « lendemain à la ligne, par bonté d'ame. » On n'adopte point le moyen expéditif de l'ardente républicaine ; mais le directoire arrête définitivement l'attaque projetée , et fixe le jour de l'exécution. Pichegru et les clichiens voient tous ces apprêts hostiles sans en être effrayés : leur sécurité se fonde sur l'appui qu'ils croient trouver parmi les citoyens paisibles 9 surtout dans la garde nationale, récemment réorganisée par une mesure législative. Ce parti compte sur la présence à Paris de cinq mille émigrés, rentrés depuis quelques mois; en-* fin si la victoire demeure indécise , Morçau, dèslong-temps voué à la cause des Bourbons, marchera sur Paris pour annuler Tintervenûon prévue du Jacobin Bonaparte. Mais ces diverses ressources ne sont pas employées à temps : le 2 septembre seulement ( 16 fructidor ) les généraux Pichegru et Willot décident qu'ils agiront sans délai. Pichegru déclare qu'il va faire, le soir même, bivouaquer au bois de Boulogne douze mille collets noirs ; cinquante mille petites armes seront en même temps distribuées aux gensde main, etl'on trouveraducanon partout.Ces dispositions faitcs,legénéralWillot marchera sur le directoire ; tandis que les conseils en permanence décréteront d'accusation le triumvirat constituant la majorité du directoire, et manderont Carnot et Barthélémy dans leur seiiK Tout
i4B HlëTOJRE
cela est dit; mais Tex^ciition ne suit {laa immédiatement.... elle s'évanouit encore dans une molle iiidécision.
Le 4 septembre ( 1 8 fructidor ) à trois heures du matin , le cainon d'Âugereau apprend aux conjurés que leurs ennemis ont mis, mieux qu'eux, le temps à profit, Aq point du jour, le jardin des Tuileries et les deux assemblées législatives sont investis.; des troupes de toutes armes , parties dans la nuit de Saint-Denis , de Versailles ^ de plusieurs autres villes environnantes , marchçnt en colonnes serrées vers Paris Augereau , entouré d un épais étatmajor, pénètre dans le conseil des cinq-cents , et^ premier gendarme de cette expédition , arrête de sa main son collègue Pichegru. Plusieurs autres représentans sont saisis aussitôt ; aucun d'eux ne montre ni résistance, ni caractère. Pendant ce temps, les députés des cinq-cents qui adhèrent au coup d'état du 1 8 fructidor , quittent l'enceinte des Tuileries et courent déUbérer au théâtre de rOdéon , sous l'influence du directoire. Avant la fin du jour, les directeurs Barthélémy et Carnot sont condamnés k la déportation, avec cinquante-trois députés , parmi lesquels on distingue Boissy-d*Anglas , Portails , Barbé-Marbois, Camille Jordan , Tronçon-Ducoudray , Henri Lari- ▼ière , Mathieu Dumas , Pichegru et Willot. Barthélémy est arrêté sur-le-champ ; Carnot , prévenu à temps, parvient à s'échapper du Luxembourg.
Les dicliiens sont é tenues du triomphe de leurs ennemis , et surtout de l'immobilité des Parisiens; elle ne devait pourtant pas les surprendre : le peuple, dont le bon sens se trompe rarement sur là justice d'une cause , n'a pas été un seul instant tenté de prêter main forte aux royalistes
Il faut lé répéter encore, ]jl nation , toujours attachée à cette égalité civique , qu'elle a du nioins conquise; la nation, ivre d'une gloire militaire qui loi a coûté tant de sang, se révolte à la seule idée de voir évanouir ces biens précieux , sous les lois d'une monarchie absolue et d'une aristocratie orgueilleuse, incapables de diminuer ni leurs exigences intolérables , ni le poids des chaînes qu'elles songent à nous rendre... Voilà pourquoi le parti fructidorisé n'a pas trouvé dans le peuple un seul bras , un seul écho , malgré le mépris qu'inspire le directoire.
Le coup qui vient de frapper un nombre considérable de députés pourrait être trouvé d'une extrême rigueur; pour le justifier , on publie une foule de pièces tendant à prouver que la plupart des proscrits ont conspiré en faveur de la royauté. Dans le temps où l'on s'occupe de cette publication, des dépêches arrivent du quartier-général de Moreau , le seul des trois généraux en chef qui n'ait pas épousé ostensiblement la cause du directoire. Ces dépêches renferment des révélations à la charge de Pichegru. Le révélateur, dans un écrit antidaté du 1 7 fructidor , déclare que plu-
r5o HISTOIRE
sieurs mois auparavant , des preuves formelles de la trahison de ce même Pichegru ont été saisies avec un fourgon autricLien, pris sur les bords du Rhin. Le 25 fructidor, c'est-à-dire lorsqu'il a pu apprendre les évènemens de Paris , Moreau adresse à son armée une proclamation où l'on remarque ce passage : « Il n'est que trop yrai que Pichegru a a trahi la confiance du peuple entier.... »>
Cette délation du général 'est méprisable sous un double rapport , et l'on est vivement afQigé de voir un nouveau tort aussi grave entacher une belle renommée militaire. En effet , ou Moreau devait à l'amitié de supprimer les pièces qui inculpaient Pichegru ; ou bien il devait à ses devoirs de* citoyen fidèle de les dérober moins long-temps. Ajoutons que , le 23 fructidor , Moreau connaissait , autrement que par la capture d'un caisson* autrichien , les intelligences de son collègue avec Louis XVIII: ceprince, qui entretenait une correspondance avec le délateur lui-même, ne lui avait pas. laissé ignorer que le Clichien lui était vendu; le chef de l'armée de Rhin et Moselle paraissait d'ailleurs si évidemment initié aux intrigues de la maison de Bourbon , qu'il en avait déjà reçu cent quatre-vingt mille livres en ducats de Hongrie ; selon les preuves qui, sept ans plus tard, furent publiées à l'appui d'une seconde conspiration de Moreau. ,^ *"
Cet officier, nonobstant ses révélations , est remplacé dans son commandement ; mais il n'éprouve
aucun genre de persécutions y et jouit paisiblement d'une fortime considérable , dont la source nouvelle peut donner lieu à diverses interprétations.
La journée du i8 fructidor sera jugée bien diversement selon Topinion des juges; mais, les hommes plus attaches aux intérêts de la nation qu'aux prétentions de l'arbitraire et du privilège , reconnaîtront que ce coup-d'état , comme celui du i5 vendémiaire, prévenait la ruine des institutions républicaines y et , encore une fois « la France ne voulait point de cette royauté qui, comme la dit plus tard Bonaparte j n'aidait rien appris et rien oublié. Il faut convenir toutefois qu'en sauvant la république , le 1 8 fructidor maintenait un gouvernement immoral , inhabile, et tous les exacteurs , tous les concussionnaires qu'il traînait à sa suite. Mais on ne pouvait alors enlever ces pilliers de l'édifice sans le faire crouler.
Par malheur d'un centre corrompu , il ne peut sortir de saines émanations : le directoire, qui avait épargné Moreau, dépassa les bornes de la justice lorsqu'il déporta, sur le sol mortifère de Sinamary, dans la Guyane française , une foule de députés , de gens de lettres , de magistrats , parmi lesquels on comptait des coupables sans doute , mais dont plusieurs n'avaient à se reprocher qu'une mauvaise entente du bien public* Le directoire attenta aux droits du peuple en cassant, tout à la fois, les élections de 49 départemens' qui avaient, il est vrai, douiié à la France des repnésentans ennemis de ses
a59 HISTOIRE
libertés , mais qui devaient être rapportées par des mesures de détail^ et d'après une information grave autant qu'équitable. D'autres dispositions, non moins attentatoires à l'esprit de cette république qu'on prétendait faire triompher , vinrent se presser dans le cercle arbitraire où le directoire s était engagé. Citons, au premier rang, le pillage des imprimeries et les entraves imposées à la liberté de la presse. Citons la déportation en masse de quarante-deux rédacteurs ou éditeurs de journaux , dont plusieurs diminueront néanmoins nos regrets , en avouant , après la restauration y qu'ils travaillaient , avant le 1 8 fructidor y au renversemient de la république, qui ne pouvait alors être minée que par des fleuves de sang.
Mais un vice bien autrement grave surgit de la révolution du 1 8 fructidor j ce fut de prouver que le despotisme militaire, imprudemment appelé à son exécution , pourrait désormais accomplir , sous le sabre d'un chef audacieux , toute subversion politique , et se substituer à toute autorité légalement établie. Quant au projet d'usurpation du pouvoir suprômc qu'on suppose avoir été médité dès ce moment par le général Bonaparte , c'est une hypothèse qui ne supporte pas un moment l'examen. Nul doute que ce général n'eût déjà , comme il l'a dit plus tard, senti naître en lui V étincelle de la haute dmhition ; mais il connaissait trop bien les hommes et les temps pour brusquer une si hasardeuse entreprise; et ce qui prouve assez évi-
DE PARIS. !i53
deniment <]u'îl ne pouvait songer alors à cette usurpation , c'est «pie trois ans plus tard , et dans des circonstances beaucoup plus favorables , il ne la consonfuna qu'avec une lente circonspection.
On peut, avec plus de raison , avancer que le directoire, après le i8 fi*uctidor, travailla à diminuer rinfluence puissante qu'une oligarchie de généraux illustres allait exercer dans TEtat... Hoche meurt tout à coup, et le divan du Luxembourg est véhémentement soupçonné de l'avoir fait empoisonner; Moreau tombe en disgrâce, Pichegru subit la peine qu'il a méritée, Bernadotte est lancé dans la diplomatie, OMl^é lui , et Bonaparte lui-même sera bientôt destiné à la plus hasardeuse des expéditions.
En attendant on préparait à Paris de brillantes solennités pour recevoir dignement le vainqueur de l'Italie, le pacificateur de Campo-Fomtio... Car Bonaparte venait de clore , par un traité , aes longues conférences avec l'Autrichien Louis de Gobentzel. L'histoire se plaira à mentionner que les premières négociations du général français à Léoben , furent consacrées à faire cesser la captivité de La Fayette , livré par des traîtres au gouvernement impérial. II avait subi, pendant cinq ans, la confirmation de l'ingratitude avec laquelle LouisXYI et sa famille s'étaient plus à méconnaître le dévouement de ce grand citoyen... La prison de La Fayette et de ses compagnons d'infortune, Latour-Maubourg et Bureau de Puzy, couvrit
A^i HISIOIKE
«rinfamîe lo cabinet de Vienne. II faut remonter uu temps où Léopolil, dac d'Autriche^ retenait lo ikvave Richard Cœur-de-Lîon , contre toutes les lois de rhonneur^ pour retrouver un trait tic l>url>arie comparable à la captivité de La Favcuc.
Tandi» quon prépare dans la vaste cour qu*enst^ivnt les bàtimens du Luxembourg^ un local pour la célébration d*une fête pompeuse , celui tiui doit en être le héros , arrive à Paris. Une voiture s'arrâtc, un matin, devant le palais directorial ; quatre officiers généraux , Lannes , Augereau , Murât , Junot, en descendent : ils sont couverts de broderies étincelantes , d'armes magnifiques , qui relèvent encore leur haute taille et leur bonne mine naturelle. Un cinquième personnage saule après eux sur le pavé : c'est un petit homme , au visage pâle , maigre , basané ; sa chevelure est plate et négligée ; de longues oreilles de chien tombent sur le collet de sou uniforme, qu'orne à peine une étroite broderie... On dirait un humble adjudant, à la suite des superbes généraux... Ce petit homme n'est cependant rien moins que Bonaparte , le libérateur de la donveniion , le vainqueur de quatre armées autrichiennes, le pacificateur de Campo-Formio.
Le lendemain, 20 décembre 1797 , la présentation solennelle du général Bonaparte a lieu dans la cour (Jont nous avons parle, et qui se trouve métamorphosée en salle immense. Jamais
DE PARIS. a55
le lever du rivcaii k l'Opéra ne produisit un coup-dœil comparable à celui qu'oiFie celte cé^ rémooie. Dans une enceinte décorée à la grecque, toutes. les grandes autorites de la république, revêtues du costume théâtral qui leur a été assigné 9 sont rangées circulai rement sur des banquettes; au-dessous brille Télite de la population de Paris : les dames en habits de Laïs et d'Aspasie; les hommes affublés de la parure moderne , dont nous avons esquissé ailleurs les grotesques détails. Au fond de la salle et sur une estrade resplendissante de pourpre , de galons , de crépines d'or, s'élève une sorte de Irône , où sont réunis Barras , Rewbell^ Laréveillère-Lépaux , Merlin (de Douai) et François (de Neufchâtcau)^ directeui*s actuels. Barras , président du directoire^ assis avec toute la grâce ^ toute la dignité d'un habile acteur de mélodrame , siège au milieu de ses quatre collègues , la main héroïquement posée sur le genou. L'œil clignote^ la vue se trouble^ à l'aspect du costume qui couvre le quintetto régnant. Aux deux côtés du trône, et, parmi les ministres, s'épanouit M. de Talleyrand, le sourire sur les lèvres, et se préparant h recueillir les palmes oratoires de cette journée. Au milieu du local , sous un dais formé des nombreux drapeaux, que Bonaparte a pris aux phalanges impériales , on voit l'autel de la patrie , sur lequel s'offre , richement doré, le livre de la loi... Le livre de la loi , évangile sacré, que tout
a5(i mSTOIUE
gouTcrncment invoque avec vénération , et ^u'il viole avec impudeur. Le ministre orateur se lâvo , et, daiis un discours où son éloquence ne se montre pas prophète, on remarque ce passage adulateui' , adressd au hëros. «Il déteste le Iukb « et l'éclat , misérable ambition des âmes coia- « munes; il aime les chants d'Ossian, surtout parce <t qn'ils détachent de la terre. Ah ! loin de redou- <i ter ce qu'on voudrait appeler son ambition « (mouvement de l'école d'Ignace), je sens qu'il 41 nous faudra, peut-être, l'arracher de sa «tu- « diense retraite, La Fraoee entière sera libre j u peut-être lui ne le sera jamais: telle est sa desti- « née. » Bonaparte répond , dans un style moins ossianifjue, mais plus approprié aux circonstances; « De la paix que vous venes de conclure date l'ère « des gouvernemcns représentatifs... Lorsque le (c bonheur du peuple français sera assis sur les (1 meilleure» lois organiques, l'Europe entière « sera libre. » Barras clôt ce combat de conipiimens par cette phrase scrvilc : « la nature n avait épuise toutes ses richesses pour créer « Bonaparte.... Bonaparte a médité ses conquêtes « avec la pensée de Socrate; il a réconcilié B l'homme avec la guerre. »
Mais au fond de la coupe eniinicltéc que l'on présente au jeune capitaine, le directoire songe à lui faire avaler une unple dose de lie! : ^oaparte a trop de renoumée , trop de ptipviWuc pour B^ÉMMMMiflHBffeiuli on pense à «xieurc
DE PARIS. aSy
Fespace des mers entre soa ambitioa et le gouvei*nemet|t ^ vers lequel , ce général , beaucoup maios ilëtaché des choses de la terre que ne Ta dit le citoyen Talleyraud, pourrait bien diriger ses vues et ses entreprises, avec l'appui d'une armée. Barras cherche à échauffer l'imagination de son ancien protégé d*une perspective de gloire nour velle^de gloire qui dépassera celle déjà obtenue par le héros : il s'elTorce en un mot de lui faire accepter le commandement de cette prétendue expédition contre la Grande-Bretagne , queji'on prépare à grands frais dans nos ports. Bonaparte , qui voit le piège, résiste d'abord ouvertement ^ puis hésite, puis accepte, jugeant sans doute que sa fortune , pour devenir osousc , a besoin de paraître indispensable. Tandis que le nouveau chef de Tarmée dite d'Angleterre fait accepter ati directoire les plans d'une guerre qu'on a trop légèrement jugée d'après ses tristes résultats, les troupes françaises poursuivent l'émission de républiques démocratiques , qu'elles ont comment cëe en Italie : aux républiques vénitienne , cîsaln pine, ligurienne, se joindra bientôt une renais^ saéle république romaine, tarlléodans l'Etat pontifical, par le sabre de Berihicr. Déjà le cardinal Chiaramonte , qui sera pape un jour, sous le nom de Pic VII, a prêché dans l'esprit d'une ample démocratie : « Dieu , s'est-il écrie , a favorisé les o travaux de Caton d'Utiquc et des illustres ré- • pttblicains de Rome. » Son homélie républicaine
iSB HISTOIUE
s'esl terraîoee par cetie maxime : Siaie Miioni Christiatti e sarete ottimi democrati. Laitues , eochaDié du patriousme fiaccrdotal de l'eminencc italieDDC , dit eu lui frappanl sur l'épaule ; « Ai- •> k>as, mon cardiaal , vous éies sac... uu boà w républicain ; coniiuuez , et nous vous furoos a pape. » Le sÔ décembre, une révolution éclMti k Rome, Des individus puriaiit la cocarde tricolore s'ameuienl pour abattre, discnt-iU, le gouvori«nieni papal ; et pourtant le général républicain Duphot, qui veut barangucr cette foule muliuée , est tué auprès de raml>ag5adeur français, Joseph Bonaparte , qui parait, pour la jjremière fois , sur la scène politique. A cette nouvelle, le directoire, sollicité par le pontife tbéopbilanirope , Larévciltère-Lépaux , prononce la destruction da saiul-siége, dont le nouveau Zoroastre craint les doigts bénits , les bulles et les gODpillons. Le i5 février ijç)^ , l'armée française aidant, des institutions républicaines sont fondées à Rome sur les débris de la république «ntiquc ; un oouveau Capilole s'élève là oiî fut naguère le Vatican, Mais il ne sortira point de Gracqucs du sacré collège, et la pourpre des cardinaux se façonnera mal en toges de tribuns.,. Cette république aura la durée d'une comédie , dont elle a le caractère; et le directoire cassera les consuls romains comme des gardcs-cbampfilres, lorsqu'ils auront cessé d'agir selon les ■mes de leurs parrains, , ,