‹ Histoire de Paris, composée sur un plan nouveauChapitre 11 sur 20 · II · texte numérisé non relu

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procureurs et de commissaires , patrons des clercs* Celte basoche avait aussi sa montre , ses fêtes ^ ses festins y ses représentations théâtrales II y eut souvent rivalité hostile des deux corps de clercs; de fréquentes rixes survenues entre eux^ ou des engagemens des basoches avec les élèves de Tuniversite ensanglantèrent plus d'une fois le pavé de Paris.

Cinq collèges nouveaux furent fondés à Paris sous Philippe-le-Bel. Le premier , dans Tordre chi*onologique^ institué en 1 391 , par les exécuteurs testamentaires de Jean Gholet, cardinal légat, fut établi rue Saint-Symphorien-des-Vignes , appelée depuis rue des Cholets y comme le collège lui-* même. Primitivement, seize écoliers seulement, des diocèses de Beauvais et d'Amiens , devaient y être entretenus aux frais de la succession du cardinal testateur. Plus tard, le nombre des élèves augmenta , par suite des dons que d'autres personnes firent à l'institution. Ce collège a disparu dans le courant du dix-huitième siècle.

Le cardinal Jean Lemoine, légat du pape résidant à Paris , fonda un collège de son nom en Tannée 1 5o3 , dans le clos du Chardonnet et dans la maison que les Augustins avaient quittée en 1 295. Ce prélat dressa lui-même le règlement de cette maison, dont il qualifia les habitans de pauifres maîtres et écoliers etudians à Paris y en V enclos du Chardonnet, Retourné à la cour d'Avignon après cette institution , Jean Lemoine y moiu'ut en i5i5; mais il avait ordonné que son

corps fat apporté dans la chapelle fondée par lui ; ce qui fut exécuté. La présence des restes du cardinal dans cette église, détermina peut^tre ses parens à faire de nouvelles donations au collège; par ce motif, ou de leur propre mouvement , ils ajoutèrent à ses revenus et au nombre des boursiers. L'un de ces parens institua au collège Lemoine, une cérémonie bizarre : le 1 3 janvier de chaque année, un des maîtres, habillé comme -le cardinal défunt , et revêtu de tous les insignes de sa dignité , le représentait à feglise et à table. Ce singulier comédien recevait gravement les hommages adressés au prélat mort, écoutait les discours, soit en vers, soit en prose, que Ton prononçait h l'intention de ce bienfaiteur de la maison, et s'ennuyait sans doute , aussi consciencieusement qu'il eut pu le faire lui-même , des lieux communs qu'on débitait. Le collège du cardinal Lemoine a cessé d'exister au moment de la révolution: une manufacture occupe aujourd'hui les bâtimens , et uncliantier <J^ bois à brûler est établi dans les jardins.

Eh 1 3o4 Jeanne de Navarre , femme de Philippe-Ie-Bel , fonda le collège de Nai^arre , situé rue de la montagne Sainte-Geneviève; cinq ans plus tard , on commença à bâtir la chapelle ; mais ce ne fut qu'en i5i5 que l'enseignement put commencer dans cette institution. Le roi , qui s'était réservé le titre de premier boursier de ce collège , avait ordonné un étrange emploi du produit de

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sa bourse : on devait en acheter des verges pour la correction des écoliers *. Etait-ce uhc application du bene amat y hene castigat ? Nous reparlerons du collège de Navarre.

Guillaume-Bonnet^ évèque de Bajeux, fonda en l'année 1 809 , dans sa propre maison y rue de la Harpe 3 le collège de Bn^eux , pour les écolièi^s de son diocèse. Il dota cette institution du revenu .de plusieurs domaines qu'il possédait à Gentilly. Ce collège y après diverses vicissitudes peu importantes^ a été réuni au collège Loui»^le-Grand^ vers Tannée i 765 .

Un trésorier de la Sainte-Chapelle , Guy , chanoine de Laôn , et Raoul de Prèles , clerc du roi , s'étaient réunis vers 1 5 1 4 pour fonder une institution sous le nom de collège de Laon et de Prèles y destinée aux ctudians des diocèses de Laon et de Soissons. Mais sans doute , par suite des mauvaises dispositions réglementaires qui avaient été faites primitivement, les écoliers des deux origines vécurent en mauvaise intelligence , et Ton dut les séparer. Ces établissemens , situés rue de la montagne Sainte-Geneviève furent , comme le collège de Bayeux , réunis à celui de Louis-le-Grand en l'année i yjGS.

L'enceinte de Philippe-Auguste n'était point encore remplie sous le règne de Philippe-le-Bel : on voyait toujours çà et là quelques espaces vides: des vignes , des vergers , des champs de blé. Ce-

* Coquille , Histoitv du Nivernais,

pendant une multitude d'hôtels ^ appartenant à des barons, à des évécpies^ à des abbës, élevaient orgueilleusement leurs murailles ', inégalement percées de fenêtres et flanquées de tourelles , audessus des chétives maisons qui se pressaient , par gipupes , dans les aivers quartiers. Partout on voyait une forêt de clochers pointer sur le ciel : paroisses y couvens y collèges avaient les leurs. Les cloches de cent églises secouaient chaque matin dans les airs le signal des offices et de la prière. ' Alors Vile Saint-Louis , appelée j u^qiTau milieu du dix-septième siècle île Notre-Dame , n'était point habitée; un fossé profond^ qu'on avait cru nécessaire au complément des fortifications de Paris^ la traversait dans toute sa largeur. La partie orientale se nommait ile aux f^aches; la partie occidentale tle Tranchée. Son étendue , qui a peu varié depuis^ présentait en longueur totale 35o toises , en largeur i oo toises. L'île Notre-Dame , ^ue nous verrons plus tard couverte d'opulentes habitations appartenant à la noblesse de robe , servait , au quatorzième siècle , h étendre les toiles que les tisserands faisaient blanchir. Près de là , Vile Loucher, appelée jusqu'au quinzième siècle , ile OtUX Jai^eaux , puis ile aux Oumietiaux , parce qu'elle était couverte de petits ormeaux, offrait une assez jolie promenade aux Parisiens qui se décidaient à passer le bras étroit de rivière qui la séparait du continent : les mauvais garçons et les filles folles de leur corps allaient quelquefois

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8e livrer à la débauche dans cette ile^ ombragée d'une, verdure assez touffue. Sa longueur était d'environ 35o toises; sa largeur de j5.

Nous avons dit que Jacques de Molai et le grandprieur Guy furent brûlés ^ en i5i4« ^^^ li^u où se trouvent maintenant le terre-plain du Pont-Neuf , et la statue de Henri IV • Mais, au quatorzième siècle, cet emplacement était le centre d'une petite île^ appelée tie aux Juifs , quelquefois île aux Saches, parce que , moyennant redevance payée à l'abbaye de Sàint-Germain-des-Prés, propriétaire de ce lieu , les habitans de Paris y faisaient paître leurs vaches. Lors de l'exécution des deux Templiers , l'abbé de Saint-Germain , peu soucieux du grand meurtre qui venait de se commettre, mais toujours jaloux des droits de son couvent, se plaignit au roi de ce que , par l'exécution faite en l'île aux Juifs , on avait attenté aux privilèges de sa seigneurie. Le roi, sans s'arrêter à l'infâme sécheresse de cette réclamation , déclara qu'il n'avait pas prétendu nuire aux droits de l'abbaye *. Cette même île aux Juifs n'était séparée que par un filet d'eau

* Histoire de Paris y par Felibien^ t. III, p. 2^4* D^ï^S la réponse que le roi fit àFabbéde Saint-Germain se trouve désignée la position précise de cette île. u Dernièrement, dit-il, c( dans une île de Seine , située près de la porte de notre jar- « din, entre notre dit jardin et un bras de la rivière , entre «( un autre bras de la rivière et le couvent des Augustins, fu- « rent exécutés et brûlés deux hommes, «Wcc^iw^ templiers, m flî^me ouvrage, m^mc tome, niante page.

d'une seconde tle ^ qu'on a souvent confondue avec elle^ dans les diverses dénominations que l'une et l'autre ont reçues. Cependant cette seconde île recevait assez généralement le nom d'tle Buci, à cause d'un moulin, ainsi nommé, qui flottait auprès. Elle occupait y au nord de l'île aux Juifs , l'extrémité occidentale du quai de l'Horloge et l'emplacement de la place Dauphine. Plusieurs auteurs l'ont appelée ile aux Treilles. Ce n'était pas sans raison; car, en II 60, Louis-le-Teune donna à son chapelain six muids de vin récoltés dans cette île ; peut-être aussi dans celle aux Juifs, qui contenait également des treilles. Nous avons déjà dit que « lors de la construction du Pont-Neuf, ces deux îles furent réunies à celle de la Cité , par le détour du petit bras de rivière qui les séparait des jardins du Palais, et par celui dti mince filet d'eau qui coulait entre elles. Alors le Paris primitif, dont la longueur n'avait été jusqu'à ce temps que de Syo toises , fut porté à 555 toises ; sa largeur moyenne était et est encore de 1 aS toises.

Au oommenccment du règne de Philippe-le-Bel (20 décembre 1 1269) , les eaux de la Seine, dans un débordement tel, qu'on n'en avait pas vu depuis long-temps de pareils, couvrirent les diverses îles inhabitées que nous venons de décrire , se répandirent dans toutes les rues de la Cité , renversèrent le Petit-Châtelet , et entraînèrent , en grande partie, les deux ponts, avec les maisons dont ils étaient déjà couverts. Pendant plus de quinze

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jours f plusieurs bateaux furent occupés à porter des vivres dans les maisons environnées d'eau , et où les habitans mouraient d'inanition. A 1 occasion de ce débordement , oous voyons poindre dans l'histoire V Hôtel de Nesle ^ situé près de la porte de ce nom , et q[ui appartenait à Philippe lY . La Seine , sortie de ses bords , couvrit les jardins de cet hôtel ; pour éviter à l'avenir un pareil accident ^ le roi ordonna au prévôt de faire construire un mur épais , depuis le couvent des Augustins jusq[u'à la tour de Nesle', q[ui s'élevait au lieu où Ton a bâti depuis lliûtel des Monnaies. Ce mur-terrasse , qui ne fut fait qu'en 1 5 1 5, borna y sur la rive gauche, un espace planté de saules, et lui donna la forme d'un quai. C'est probablement le premier qui ait été construit à Paris.

Le long règne de Philippe-le-Bel , où tant d'cvènemens et de vicissitudes se sont presses , ne pouvait manquer d'offrir une physionomie morale remarquable et fortement colorée : nous en réunissons ici les principaux traits.

Le roi , sans doute dans un temps où les exigences de l'Etat devaient obliger les paiticuliers à diminuer leurs dépenses personnelles, rendit une loi sompluaire, dont voici les principales dispositions. Le souper ( grand mangier), qui était alors le principal repas , devait se composer d'un potage au lard, et de deux plats seulement. Au dîner ( petit mangier ) , le service se bornait à un mets et un entremets. Le roi lui-même ne faisait

servir que trois plaU sur sa table , et le vin qu'il buvait à son Ordinaire était celui d'Orléans. Les jours de jeûne^ le grand mangier était restreint à un potage aux harengs et deux plats maigres.

Toute damoiselle ou dame qui ne possédait pas au-delà de deux mille Iwreè de terre , ne pouvait avoir qu'une seule robe : il fallait être duc, comte ^ ou baron^ et posséder six mille livres, pour donner quatre habits par an à sa femme. Le prix même qu'on devait mettre aux étoffes était fixé par là loi nouvelle : le tarif du luxe n'of&ait aux dames ordinaires qu'une latitude de dix à vingt sous par ' chaque aune de Paris ; les femmes de la plus haute qualité pouvaient seules porter des étoffes coûtant trente sous l'aune. Défense était faite aux bourgeoises d'avoir des chars y et de faire porter le soir , devant elles , un flambeau dans les rues : cette double prérogative était réservée à la noblesse.

Les hommes virent aussi leur magnificence bornée par la loi somptuaire. Les grands seigneurs, ainsi que leurs femmes, ne pouvaient avoir que . quatre habits; les chevaliers, deux; les ^^'j^ora^ \ ou bourgeois , un seul. A cette époque, le costume des Français , dans l'intérieur y se composait toujours d'une longue robe , et d'un manteau s'attachant avec une agrafe sur l'épaule droite. Les valets seuls portaient l'habit court en temps de paix;

"^ Une terre valant au moins deux mille lirres (environ ao,ooo fr. de notre monnaie).

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mais , k Tamiëe y tous les hommes l'adoptaient. Les clercs se couvraient la téte'd'une sorte de bonnet, appelé mortier, varié de couleurs et d'ornemens : les dignitaires ecclésiastiques ou les docteurs, le jalonnaient d'or etd'argenuLecAâjpenofi, espèce de capuchon , était la coiffure du peuple. Les militaires , même en habit de ville , se couvraient la tête d'un petit diapeau de fer , diminutif du heaume qui faisait partie de leur amure. •On vit y sous ce règne , des souliers à leipoulaine , qui se terminaient par un bec démesurément long. U est digne de remarque que la qualité de celui qui les portait , pouvait s'évaluer d'après la longueur de leur pointe , c'est-à-dire d'après le développement^ plus ou moins ridicule, d'une folie. Un bourgeois ne se permettait pas une pointe excédant un demi-pied; les die valiers la portaient d'un pied; les barons et les comtes, d'un pied et demi; les ducs et les princes , de deux pieds. Pour expliquer Tusage incommode d'un si étrange ornement , on a besoin de dire que la pointe était relevée; les élépansy attachaient des grelots ; quelques-uns faisaient peindre ou broder sur leur chaussure des figures peu édifiantes.

En l'année i5i5, aux fêtes de la Pentecôte, Philippe-le-Bel arma chevaliers ses trois fils et une foule de jeunes seigneurs, L'épée de cette nouvelle noblesse pouvait lui devenir nécessaire au premier jour. Les Flamands n'avaient obtenu la paix qu'au prix d'un impôt énorme , payable par

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termes^ et cpii devait peser long-temps, sur eux. Chaque levée d'argent raviTail le mécontentement que leur causait une si rude destinée; ils avaient fait de nombreuses réclamations pour être enfin déchargés de cette onéreuse redevance; mais le roi^ inflexible sur cet article ^ s'était toujours empressé de repousser leurs requêtes y et des retards , puis des refus de paiement s'en étaient suivis. En diverses circonstances^ Philippe avait menacé les Flamands d'entrer sur leur pays , à la tête d'une armée ^ et la solennité chevaleresque de i3i 3 tendait surtout à leur faire craindre cette invasion.

Des fêtes magnifiques se succédèrent àla cour de Paris durant plusieurs jours : Edouard II, roi d'Angleterre , et Isabelle de France , son épouse , avaient passé la mer pour y assister. Les trois princes auxquels le roi conférait la chevalerie étaient mariés : Louis , l'aîné , à Marguerite ; Philippe, le Secondy à Blanche; Charles, leplusjeune, à Jeanne; princesses belles, spirituelles^ mais galantes jusqu'à la dissolution, appartenant à diverses branches de la maison de Bourgogne. Pendant les cérémonies que nous décrivons , Philippele-Bel, plus clairvoyant que ses fils, remarqua les intrigues de Marguerite et de Blanche avec deux gentilshommes normands, appelés Philippe et Gauthier d'Aulnay ; les galanteries de Jeanne , plus inconstantes, mais non moins répréhensibles, furent également observées par ce prince.

Il renferma le chagrio que ces funestes remarques lui causèrent : Tédat y dans une pareille circonstance, ei\t déshonoré ses enfans. Les réjouissances de la Pentecôte continuèrent. En dépit de la loi somptuaire , complètement oubliée en ce moment f les seigneurs et les dames étalèrent un luxe dliabillemenSy de bijoux, de harnais ^ c[ui surpassa tout ce qu'on avait yu jusqu'alors; et ces magnifiques convives changeaient dliabits trois fois par jour. Ipans les festins, les mets les plus recherchés couvraient la grande table de marbre du Palais ; tous étaient inondés d'eau-rose , que l'on consi-dérait alors comme l'assaisonnement le plus exquis. Louis , fils aîné de Philippe-Ie-Bel , et le roi d'Angleterre traitèrent, h leur tour, la ville et la cour à l'abbaye de Saint-Germain-des^Prés. Le couvert était dressé sous des tentes : Ih se vit le singulier spectacle d'une foule d'écuyers servant à cheval les seigneurs et les dames , qui , selon l'usage du temps , portaient les morceaux à la bouche avec les doigts *. Quoique les repas fussent donnés en plein Jour , les illustres Aniphytrlons, par une originalité bizarre, voulurent qu'une multitude de flambeaux éclairassent les convives.

Pendant les trois jours, Paris fut encourtiné , disent les grandes chroniques de France : c'est-hdire que la façade des maisons était tendue de ri-

* L*iisagc des fourchettes ne s'est introduit en France que sous le rcgnc de Henri III.

deaux, de tapis ou d'éto£Fes aux vives couleurs. Les bourgeois , vêtus de leurs plus beaux atours , parcouraient les rues au son des trompes , des tahorains et des busines, « à grande joie et noise et « en bien jouant de très biaux jeux. » Tous les corps de métiers faisaient cortège pendant les tournois , a OÙ ils parurent vêtus à l'avantage , chacun « avec les marcpies et les orneméns de son art. » Des théâtres furent dresses en différens carrefours; on y représenta de ces drames sacrés qui commençaient h prendre faveur. ^ Là vit-on Dieu mante ger des pommes et rire avec sa mère , dire ses « patenôtres avec ses apôtres ^ susciter et juger les « morts ; les bienheureux chanter en paradis , dans « la compagnie de quatre-vingt-dix anges; les Xi damnés pleurer dans un enfer noir et puant ^ au « milieu de cent diables qui riaient de leur infor- « tune. » Ailleurs on voyait Adam et Eve dans leur innocence primitive et dans une complète nudité , fidèlement représentée parles acteurs, dontrexaclitude scènique n'était pas innocemment accueillie par les spectateurs. Venaient ensuite le massacre des Innocens , le martyre de saint Jean-Baptiste , Caïphe sur son tribunal , Pilate se lavant les mains. Par la ville on voyait , en mascarades , « des bornée mes sauvages , des rois de la fève mener grands « rigaulas (grande joie); des ribauds en blanche « chemise agacer par leur biauté liesse et gaité; « des animaux, de toutes espèces marcher en proce cessions; dcscQfans ^de dit ans jouter dans un

« tournois ; des dames caroler de biaux tours; des (( fontaines de vin couler ; le grand guet faire la « garde en habits uniformes. Enfin tout le popucc laire baller^ danser^ se déguiser en plaisantes « manières. »

ce Four finir , disent toujours les grandes chro- « niques de France^ dont nous éclaircissons un peu « le texte ^ les bourgeois de Paris partirent en bon « ordre de Téglise de Notre-Dame , bien ai-més , « équipés lestement , et vinrent passer^ au nombre « de vingt mille chevaux et trente mille hommes « de pied auprès du Louvre , où le roi était aux (c fenêtres. Ils allèrent de là daïis la plaine de Saint- « Germain-des-Prës se metti-e en bataille et faire « rexercice. Les Anglais étaient étonnés que d'une « seule ville il piit sortir tant de gens bien faits et « prêts à combattre *. »

Lorsque les fêtes furent terminées , les Parisiens, rentrés dans un intérieur assez généralement pau-

* Il est évident que ce corps armé n'était pas composé des seuls bourgeois de Paris; car un recensement fait en cette même année i3i3, pour la répartition de Fimpôl , prouve que le nombre des feux de cette capitale ne s'élevait qu'à 5,955 j ce qui, en calculant d'après la moyenne de cinq 'personnes par feu , ne donne qu'une population d'environ 3o,ooo âmes. En ajoutant à ce nombre , les privilégiés non imposables , qui ne s'élevaient pas à moins de dix mille , on aura une population totale de 4^,000 âmes. Donc les cinquante mille hommes armés dont parle le chroniqueur appiutenaient, en grande partie , à la population des villes et campagnes.

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Tre^ ne conservèrent ipie le sboYenir amer de ce que tes solennités fastoeoses leur avaient coàté. Comme de coutume , elles avaient été acquittées par la ville , et moyennant une aide ou levée d'espèces , qui s'était montée à 1 5^ooo livres. Ainsi les magnificences des princes^ leurs plaisirs , leurs folies étaient payés par les sujets "^^

Après les réjouissances de Paris, Philippe-le- Bel conduisit le roi et la reine d'Angleterre à Poiatoise^ où l'on devait se livrer quelques jours au plaisir de la chasse. Un accident y qui faillit devenir funeste , abrégea ce divertissement. Le feu prit , durant la nuit, dans l'appartement qu'occupaient le roi et la reine d'Angleterre ; à peine eurent-ils le temps de se sauver, en chemise, à travers les courtisans et les gardes , éveillés en sursaut par le béfroi du chàleau. Ils purent à loisir contempler les charmes d'Isabelle , qui ne songeait nullement à les cacher. Cet événement mit jfin aux fêtes que le peuple avait si chèrement payées.

Nous ne pouvons citer ici les aventures scandaleuses qui s'étaient mêlées à ces bruyantes réjouissances; mais les chroniques et les fabliaux du temps sont remplis des témoignages du libertinage efitiréné qu'on voyait à la cour de Philippe-le- Bel. Un poète du quatorzième siècle a laissé sur les habitudes des dames de son temps certains détails, peu propres à faire présumer qu'elles fussent chastes et réservées: on doit conclure des conseils qu'il

* Voyez les Chroniques de France ^ volume II j année i3i3;

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