‹ Histoire de Paris, composée sur un plan nouveauChapitre 13 sur 20 · Î8 : HISTOIRE · texte numérisé non relu

Î8 : HISTOIRE

rite et Blanche furent surprises dans les bras des deux frères d*Aulnay , leurs amans. Jeanne eut le temps de faire évader le sien qui , dît-on , était un simple huissier de sa chambre

Dès le lever du soleil , et sous les fenêtres des épouses coupables , les gentilshommes normands furent dépouillés vifs; on fit ensuite traîner^ par des chevaux, leurs corps sanglans sur une prairie nouvellement fauchée; puis, après les avoir mutilés à la manière d'Abailard , on les décapita. Le jour même de cette horrible exécution. Blanche et Marguerite furent conduites dans la forteresse de Château-Gaillard en Normandie; Jeanne, moins coupable en apparence, parce qu'elle avait été plus prompte h sortir du flagrant délit , fut enferméedansun autre chAteau, et traitée avec moius de rigueur que ses belles-sœurs. On pendit son amant; plusieurs autres fauteurs de là triple intrigue subirent diverses punitions. Un moine soupçonne , mais non convaincu , d'avoir donné aux princesses des drogues propres à provoquer Tavortement , fut condamné à une prison perpétuelle.

Apparemment le sort de Marguerite et de Blanche était fixé; car l'histoire ne mentionne que le jugement de Jeanne. Elle comparut devant le parlement de Paris, qui, d'une commune voix, la déclara innocente. Philippe de France la reprit, dit Mézeray , plus sage en cela ( le bon historien a voulu dire plus philosophe) que Charles et Louis^

SCS frères^ qui laissèrent leurs femmes en prison. Cette scandaleuse affaire fut une des premières causes criminelles dont le parlement de Paris s'occupa. Il remplaça bientôt^ dans ces graves attributions, le conseil privé du roi, qui seul connut long-temps des appels interjetés auprès du sou-

verain *,

Il faut dire, par esprit d'équité , que dès la fin du treizième siècle , les nobles pillards commençaient à encourir le mépris général : on appelait ceux qui se livraient aux rapines des grands chemins cheiHilie?*^ à la proie: cette flétrissante dénomination détermina quelques-uns d'entre eux à s'abstenir d'un si infâme métier. Mais il est plus facile d'exciter la honte que de faire taire la cupidité ; les seigneurs qui ne pillèrent plus en personne, imaginèrent un moyen de satisfaire leur avidité sans s'icxposer à un blâme direct. Des valets armés , nommés coureurs (cursores) s'apostaient sur les grands chemins , dépouillaient les voyageurs , et rendaient compte îi leurs maîtres du produit des expéditions. De cette manière^ le haut baronnage ne faisait pbis le brigandage que par substitution.

Quant au clergé , l'on ne voit pas que , sous le règne de Phîlippe-le-Bel , ses mœurs se soient

^ Sur la fin de son rogne , Philippc-le-Bel , établit un second parlement à Toulouse, pour juger les ailaires des provinces méridionales. Dans le même temps i'échiquiery ancienne juridiction de la province de Normandie , prit la

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beaucoup améliorées; aussi clait-il gcnéralement méprisé. Un chroniqueur de Tcpoquc, Jose[)k de Piiy-Laurèni , rapporte que les ecclésiastiques n'osaient plus avouer leur profession ^ tant elle était ilifFamée.Lorsqu'ilsse trouvaient obligés de paraître en public, ils cachaient leur tonsure , afin de n'être pas reconnus pour appartenir aux ordres^ On disait fréquemment au quatorzième siècle ^ en parlant d'une action déshonorante , ce J'aimerais mieux être prêtre que d'avoir fait telle chose. » Il est vrai que la corruption du clergé paroissial surtout , semblait augmenter sans cesse: chaque jour il ajoutait h ses exactions. L'église s'était enrichie récemment d'une nouvelle taxe: elle ne permettait pas aux nouveaux époux de consommer le mariage , sans qu'un prêtre en surplis , en étole , le rituel à la main, et suivi d'un enfant de chœur portant le bénitier, fût venu bénir le lit nuplial, après s'êtn^ fait payer celte annexe sacramentale. Dans quelques paroisses de Paris , le curé percevait encore un autre redevance appelée le plat des noces , dont le motif, ou plulot le prétexte , n'est pas bien connu ; mais il paraît probable que l'éfrlise se réservait ainsi le ^privilège de vendre aux mariés le droit de faire bonne chère avec leurs convives. Ceci du reste doit peu surprendre; nous avons dit ailleurs

fonTic parlementaire ; il en fut de niênic des grands jours dv Troyes , justice dos comtes de Champagne. Les sessions du parlement duraient deux mois, coumie nous l'avons dit, et commençaient aux octaves de Pâques et de la Toussaint.

que le clergé concédait bien ^ même à vi^^ des pa* tentes de concubinage et d'adultère.

Indépendamment du taiif des sacremens , les pasteurs , selon la fécondité de leur imaginative cupide^ créaient diverses redevances^ soiten nature, soit en argent. Ici , c'était l'offrande cles premiers fruits ; là , celle du premier ne d'un animal domestique. Ailleurs on payait la bénédiction des champs^ des vergers, des puits; des fontaines, de,H maisons nouvellement bâties. En un mot , tout ))Ouvait élre béni moyennant finance : besace du voyagem-, balle du marchand , cheval du messager, cave du vigneron; fromage, lait, beurre, miel;- drapeaux, épées, poignards, bâtons.... Il y avait encore un genre de consécralion qui mérite d'être cité : certains prêtres bénissaient le vin que les amans buvaient en faisant l'amour; après quoi, sans doute, ils pouvaient s'enivrer, avec une pleine sécurité de conscience, ou de ce vin béni, ou des voluptés auxquelles il excitait.

En voulant ainsi augmenter ses revenus , le clergé avait ajouté à ses occupations; mais le lucre abondant qu'il se procurait le mit à même d'adoucir son labeur. Au moyen d'un mince salaire, les curés sous-traitèrent des offices , sacremens ou bénédictions qu'ils ne se souciaient pas de dispenser par eux-mêmes : de pauvres ecclésiastiques sans protecteurs prirent l'entreprise de tous ces détails journaliers. On appelait ces mercenaires custodes ou custodinosi il était aisé de les ri»^onnaître

dans les rues à leur yisage pâle et maigre ^ aux habitudes grêles de leur chéti ve perwnne , çt à la sécheresse de leurs habits : toutes choses (jai contrastaient avec les traits fleuris ^ la corpulence athlétique , et la mise élégante du clergé opulent. Résumant le règne de Philippe-le-Bel avec Timpartialité qui convient à l'histoire, on n'y saurait trouver d'actions glorieuses ; mais il en offrit beaucoup d'utiles. L'assemblée des Etats-généraux, avec l'admission du tiers-État , ne fut point une in^spiration de ce prince; elle est due h Edouard II, roi d'An^i^leterre. Néanmoins on ne saurait refuser au monarque français le mérite d'en avoir apprécié la haute importance. Il sentit incontestablement qu'appeler le peuple h délibérer sur les matières d'État, c'était jeter un poids prépondérant dans la balance politique^ du côté opposé à celui où pesait la féodalité. L'établissement des parlemens stables jjerpétuait en quelque sorte cet ordre de choses, et rendait permanent le frein imposé à la noblesse.Du reste, Philippe fit ce que son aïeul saint Louis n'avait osé faire, il interdit impérieusement , par ses ordonnances , les guerres privées entre seigneurs; si nonobstant cette défense, elles continuèrent sur quelques points de la France, ce fut par une transgression de la loi, que le souverain punit , en usant d'un droit légal. Le roi ordonna , entre autres choses, aux parlemens de repousser le témoignage du combat , dans l'instruction des affaires qu'on porterait devant eux ; la routine de-

vail lutter encore long-temps contre cette interdiction; mais du moment que les duels judiciaires prenaient , aux yeux du législateur^ le caractère d un délits ce sanglant usage devait bientôt cesser.

Ainsi , par la seule influence d'une rare opiniâtreté y Philippe rV fit plus pour la France que saint Louis n avait pu faire avec de l'équité y des vues, populaires et un amour constant du bien. Tant il est vrai que la fermeté y dans un souverain y peut être encore la première des qualités^ lors même qu'elle sert quelques passions malfaisantes. Les exactions commises en Flandres par Philippe-le- Bel^ celles plus révoltantes qu'il exerça sur ses propres sujets; et par>dessus tout le meurtre des Templiers, impriment une tache horrible à lamémoire de ce monarque. Avouons toutefois qu'en créant de grandes institutions , en réprimant l'audace des seigneurs , en s'a franchissant de la suzeraineté usurpée du saint siège , il inscrivit son règne parmi ceux qui ont le plus servi les grands intérêts de la France.

La dernière année de ce prince fut abreuvée d'amertume : un chagrin profond s'était emparé de lui , et détruisit promptemcnt ce noble physique , ces formes élégantes, qui le faisaient trouver beau parmi les plus beaux hommes de son royaume. Le terrible appel que Jacques Je Molai avait fait .de ses juges devant le tribunal Je Dieu ; appel auquel Clément V avait obéi déjà , inspirait-il une secrète terreur au roi de France ; ou le remords d'un

grand forfait minait-il eniin sa vie. d'ailleurs at tristée par les obscénités dont ses belles fiUes avaient sali la pourpre royale? Quoi qu^il en soit • Philippe^le-Bel ne put résister long-temps au marasme habituel qui dévorait ses forces ; une chute de cheval , qui ne paraissait avoir été suivie d'aucun accident, suffit pour l'obligera garder le lit« daus sou chiktcau de Fontainebleau. Bientôt il vit arriver sa fin , sans regret et même avec une sorte

de satisfaction Seulement le matin de son der-

nier jour , il parut saisi d*un frisson spontané.... 11 avait songé , peut-être , que dans quelques heures , il allait se trouver, facaa face, avec trois mille Templiers, aux pieds du roi des rois *.

* Fiiilippc-lc-Dcl mourut, le 29 novembre 13149 dans la ▼îngt-ncuvièinc aimée de son règne. U n'avait que quarantesix ans.

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