‹ Histoire de Paris, composée sur un plan nouveauChapitre 14 sur 20 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

PAtfIS SOUS LES TROIS FILS DE PHILIPPE IV , UN naNISTRE AU GIBET , AVENTURES DE LA TOUR DB NESLE.

Tandis que trois suisses^ noblement inspirés^ secouaient le joug de l'Autriche, et créaient une patrie aux Helvéticns, affranchis en ijoy^graceàla flèche de Guillaume Tell , un triste règne commen- €;ait en France par deux meurtres, Louis X, déjà roi de Navarre, depuis la mort de Jeanne sa mère, monta sur le trône avec l'acre ressentiment de rinjure, trop faiblement vengée, suivant lui, que Marguerite de Bourgogne avait faite à sa personne et à sa gloire. Cette femme impure ne devait plus rentrer dans la couche royale, qu'cUeavaitdéshonorée; mais elle vivait, et le monarque, peu disposé à se condamner au veuvage à l'âge de vingt-denx ans, répugnait néanmoins à un divorce qui pouvait attirer sur lui les foudres de Rome. Louis , dit le Hutin * , ne vit que Id crime pour issue de sa situation perplexe: iU'accompUi. La reine fut étranglée, avec une

* Hutin signifie iniUiii , et l'on no voit dans la vie de Loiiis X aucun trait qui lui ait mërité ce siu'noni.

servieite, dans sa piisoa de Château-Gaillard

Le convoi funéraire de celte princesse eut pu se croiser sur les chemins avec le cortège brillant de . Clémence de Hongrie , qui venait prendre , dans la couche du roi , la place de celle qu'allait receToir un lit éternel d*argile. Marguerite laissait à Louis une fille unique y nommée Jeanne.

Le meurtre de la princesse de Bourgogne ne fut qu'un acte d'atroce vengeance j celui d'Ënguer* rand de Marigny , qui suivit de près, fut une criminelle iniquité'. Ce seigneur avait joui du plus grand crédit sous le règne précédent : Philippe-le- Bel lui faisait tenir la clef de ses coffres y en qualité de surintendant des finances ; il était comte de Longueville, châtelain du Louvre; et sa puissance reconnaissait si peu de limites ^ que quelques chroniqueurs lui donnent le titre de coadjuteur au goin^emement du royaume, Eiiguerrand abusa-i-il de cet immense pouvoir pour commeUre des exactions? c'est probable; mais les commii-il en son nom? nous ne le pensons pas. Il oj)prima de par l'autorité suprême.

L'élévation de Marij»ny lui avait fait beaucoup 'd'(»nvicux à la cour : de ce nombre était Charles y comte de Valois , oncle du roi , qui ne lui avait jamais pardonne, d'ailleurs, les sévérités extrêmes exercées autrefois sur Guy, comte de Champagne. Tel est le sort des niiuislres bons ou mauvais: les bienfaits qui résultent de leur j;esiion enrichissent la renommée des rois; les crimes de la couroune

tachent rexisteiicee de ces instrumens du pouvoir.

Un jour y dans un conseil convoqué pour aviser aux moyens de sortir d'une pénurie financière^ Louis s'écrie: « Que sont donc devenus les décimes c( levées sur le clergé , les richesses produites par « l'altération des monnaies ^ les subsides dont on a « surchargé le peuple? — Le surintendant, rcpon- « dit brusquement Valois , a eu le maniement de ce ces trésors; il doit en rendre compte. — Ainsi « ferai-je , répliqua avec calme le ministre , « quand il plaira au roi de me l'ordonner? — Que i< ce soit tout à l'heure, répartit Charles avec « emportement. — J'en suis content , reprit Mari- « gny. Le roi saura donc que je vous en ai donné <c une partie, monsieur; le reste a été employé « aux char«ïes de l'État. ■^— Vous en avez menti. « — Cest vous-même , parbleu, sire. » Le comte de Valois, tansporié de colère, se lève et court l'épée haute vers Eriguerrand de Marigny , qui se met en défense. Un combat acharné va s'engager dans le cabinet du roi.... Les assistans se jettent entre les deux champions. L'un d'eux était l'oncle du monarque ; l'autre devait avoir tort. Le surintendant deslinances fut arrêté sur-le-champ , enfermé dans la tour du Louvre ; puis transféré dans celle du Temple.

Ici commença la plus inique des procédures. Marigny avait été puissant , il possédait de grands biens, on s'était déchainéhautcment contre lescxaclions dont il avait été l'agent: les accusateurs ne

pouvaient lui manquer. Mais il fallait des preuves pour le faire condamner, et sa famille détruisait , h mesure qu'on les produisait . les accusations portées contré lui. Ces zélés défenseurs étaient trop ^énans: on les inculpa eux-mêmes dans l'affaire du ministre ; on les arrêta , et ils furent relégués dans des forteresses éloignées. Il restait à Taccusc un ami chaud et dévoué , Raoul de Prèles, célèbre avocat dû temps: il songeait à dresser un système de défense; tout portait à croire qu'il eut plaide victorieusement la cause d'Enguerrand. On le chargea d'une imputation calomnieuse ; ses biens furent confisqués , et même on ne les lui rendit jamais , quoique déclaré innocent.

Cependant les preuves des innombrables crimes imputés au surintendan). n'arrivaient point; on lit répandre à profusion une proclamation portant « que riches ou pauvres , tous ceux auxquels Ma- « rigny avait méfait , devaient venir en la cour du « roi y faire leurs complaintes, et qu'on leur fe- « rait brièvement droit. » Le bon sens du peuple ne se laissa nullement prendre à un tel appât: cetle recherche minutieuse de délits prouva clairement qu'il n'existait rien à la charge du ministre décliu sous les yeux de ses juges; on ne vit dans cette démarche qu'une infâme animosilé contre lui: personne ne comparut.

Alors Charles de Valois, qui voulait à tout prix obtenir la condamnation du malheureux Enguerrand , entreprit de le faire jus^er sans que la moindre

DE PAKIS. 349

déposiiion appuy&t l'inculpation portée contre lui. Une assemblée de seigneurs et de prélats , souâ la présidence de Louis X , se réunit au château de Vinccnnes, Un avocat , nommé Jean Banière , créature de Valois, se flatte d'étourdir l'auditoire ])ar une savante divagation , et d'arracher un arrêt capital à des juges séduits par son éloquence. Dans un exordc emphatique, il compare les mauvais ministres « aux serpehs qui dégastaient la terre en (c Poitou, au temps de monseigneur saint Ililaire; » puis faisant l'application de cet exemple h l'accusé ]>ersonnellementet à ses amis ou affidés,'il passe « de « là' aux cas et forfaits. » L'orateur disert énumère longuement l'altération des monnaies, les charges exorbitantes imposées au peuple , les révoltes qu'elles ont amenées, les dons obtenus du feu roi par artifices et félonies , les blancs seings surpris tant au monarque qu'au chancelier, et qu'on doit />r^jw#ner avoir été remplis par des comptes frauduleux; la dévastation des bois de l'État ; force ordres préjudiciables aux particuliers, donnés sans mandemens du prince; une correspondance et trahison avec 'les Flamands; enfm, et comme grief capital , le placement de sa propre statue sur un escalier du palais *.

* Cette statue , qui avait été placée en effet dans Tcscalier du Palais , au-dessous de celle du roi , en fut arrachée violemment pendant le procès. On la voyait encore , il y a quelques années, dans une cour de la Conciergerie. Des artistes , <jui Font examinée , assurent qu'elle était posée avec as9ez de

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Tout cet échafaudage déclamatoire n*était pas appuyé d'une simple feuille de papier écrite : aussi le jeune monarque , qui aperçut le vide d'une telle accusation , youlait*il renvoyer Ënguerrand absous. Mais Charles de Valois , que le roi redoutait , fit continuer la séance , et Favocat allait de nouveau enfiler de Vaines paroles , lorsque Marigny demanda h répondre aux précédentes plaidoiries. On refusa de Tentendrc; il requît alors l'assemblée de lui présenter des pièces conformes aux déclamations de Jean Banière ; cette communication , d'ailleurs impossible , fut écartée. On allait prononcer: Louis X^ un moment le knaitre^ s'y opposa. « L'accusé , disent les chroniques de « France, fut ramené au Temple, enferré en bons « liens et gardé très diligemment, n

Rentré au palais , Louis essaya de faire consentir son oncle h l'exil pur et simple du malheureux surintendant, « que l'on jugera , ajoutait-il, en « des temps plus calmes, et lorsque vous-même , « bel oncle , ne serez plus enflambé de colère. » Le comte éluda , pour le moment , de répondre à cette demande de son neveu; mais craignant que le caractère, naturellement faible de ce prince, ne le portât à des vues plus indulgentes encore, il soni^ea à compliquer l'accusation de quelque nou-

grace, et d'uiic exécution passable. Si cette figme existe encore , elle peut servir à Tétude du costume que portaient les grands dignitaires du royaume, k la fin du treizième siècle.

vel incident. En effets peu de jours après ^ plusieurs témoins obscurs déposèrent que la femme et la sœur de Marigny avaient^ par l'aide dun sorcier, in^outé le roi et le comte ^ afin de délivrer le ministre. Cette pratique qui^ comm^ nous l'avons dit ailleurs, consistait à brûler, avec certaines paroles , l'effigie en cire des personnes auxquelles on voulait du mal. Or, les témoins stipendiés déclarèrent que les deux dames s'élaient livrées à cette opération magique « encontre le roi , messire te Charles et autres barons ; de telle sorte que si (c l'on n'y portait tôt remède , lesdits roi et comte « ne feraient chaque jour que s'amenuiser, sécher « et déchirer , et en brief mourraient de maie « mort. » On produisit un prétendu sorcier , auteur, également prétendu, de ce maléfice; on mit sous les yeux du roi des figures^ à sa ressemblance et à celle de son oncle , percées en divers endroits, d'où le sang avait coulé , et qu'on avait trouvées , disait-on , au domicile du magicien... La nuit suivante , le malheureux qui s'était prêté h cette calomnie , fut étranglé dans sa prison , sans doute pour éviter qu'il ne démentit, dans une seconde déposition, ce qu'il avait dit précédemment. On présenta au roi cet assassinat comme un acte de désespoir du sorcier, qui par là avait fait tacitement l'aveu de son crime. Cette probabilité décevante entraîna la conviction de Louis X: il déclara quil âtait sa main de Marigny , et quil V abandonnait à messire de Valois.

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Un second conseil est convoque en toute hâte à Vincennes; à peine quelques barons s'y trouTentils; mais on n'en procède pas moins. Les premières inculpations sont lues à Taccusë; puis on j ajoute Taccusation de maléfice et sortilège dont il est, lui dit-on ^ complice. Marigny repousse avec horreur cette nouvelle calomnie; mais on passe outre; et sans aucune preuve, sans aucune forme judiciaire, cet infortuné, quoique comte de Longueville, chevalier , grand dignitaire du royaume, est condamné à l'infâme supplice du gibet. Il marche à la mort avec calme , en répétant partout isur son passage bonnes gens , pries pour moi...Et le lendemain la brise matinale balançait un cadavre au gibet de Montfaucon : c'était celui de messire £nguerrand de Marigny , surintendant des finances , comte Aq Longucvillc, châtelain du Louvre.

Les bourreaux de cet homme innocent montrèrent une grande maladresse dans Icurconduitç après son supplice : effrayés du crime qu'ils avaient commis, ils mirent enlibcrio la femme et la sœur de Marigny, avant mémo qu'elles eussent été jugées. Les deux frères de cette illustre victime, l'un archevêque de Sens , l'autre évéque de Beau vais , furent d'office décharges de l'accusation d'avoir empoisonné Pliilippe-le-Bel; accusation qu'on avait, au hasard , fait peser sur eux. On renvoya , également absous, Raoul de Prèles; mais les biens confisqués ne furent rendus à aucun des prisonniers libérés.

Le repentir tardif de Louis X et dn comte de

Valois, acheva de réhabiliter la mémoire du malheureux Enguerrand. lie dernier , qui fut atteint d*unc maladie de langueur peu de jours après la catastrophe , vit décliner rapidement sa vie dans un sombre marasme.... Alors il proclama humblement, au pied des autels, qu'il était frappé par la main de Dieu, en punition du procès injuste fait au seigneur de Marigny. Le corps du supplicié ^ décroche de Tinfâmc gibet, fut conduit avec un cortège magnifique à Téglise d'Ecouis, où Valois fit plusieurs fondations pieuses.... En même temps ses officiers distribuaient à Paris d'abondantes aumônes; et selon les ordres qu'il avait fait donner aux pauvres, on entendait répéter dans toutes les rues de la capitale : « Priez Dieu pour monseigneur « Enguerrand de Marigny et pour monseigneur « Charles de Valois. »

Cependant une révolte avait éclaté en Flandres ; le roi se voyait obligé de marcher contre les rebelles, et les coffres de l'Etat étaient absolument vides. Louis ne pouvait pas même songer à lever de nouvelles taxes en France: la moindre tentative à cet égard eut amené un soulèvement général. Il recourut à phisieurs expédiens à la fois. Le premier fut d'offrir la liberté aux liabitans des campagnes résidant sur ses terres, lesquels, vivant en quelque sorte isolément, n'avalent point eu part h l'affranchissement cpie les chartes de conmm nés avaientprocuréaux bourgeois des villes. Par lettres du 5 juillet i5i5, le Ilutin proposa a cçs paysans l'abolition ir. ^5

de toute servitude, « moyennant une réçompen- « sation des émolumens que cette servitude pouce vait produire h lui et h ses successeurs. » A part cette clause financière y l'cdit était plein de philan* tropie: « comme selon le droit de nature^ y était- « il dit, chacun doit naître franc, tout ce qui a « rapport à la servitude nous répugne; donc nous « entendons que tout soit ramené k la franchise , « et que nos sujets cessent d'être inquiétés sur les « droits de main morte ou dejbr-mariage *. » La pilule était bien préparée ; mais il fallait que le peuple se chargeât de la dorer : peu de serfs profi- lèrent de TofFre qu'on leur faisait d'un bien qui leur appartenait , et qu'ils devaient pourtant acheter. Peut-être le bon sens de la multitude lui fit-il j)en- ,

ser, avant Mabl y, « que la liberté est un triste présent « dans un pays où le gouvernement n'a pas pourvu « à la subsistance de chaque citoyen , et permet « a un luxe scandaleux de sacrifier les l>esoins de « plusieurs millions d'hommes aux frivolités d*un a petit nombre. » Quelques historiens ont rapporté que, dans plusieurs provinces, les agens du roi, voyant que la liberté, offerte à titre de marchandise , ne tentait pas les chalans, s'étaient déterminés à les forcer de conclure le marché. Quoi qu'il en soit, le plus grand nombre des serfs appelés h raffranchissemcnt , gardèrent leur escla-

• Le for- maria ffc était celui quo le serf conctractiit hoi-s de la terre de son seigneur, et pour lequel il devait lui paver un droit.

vage et leiir argent; il fallut aviser h d'autre» expëdicns pour faire ta guerre en Flandres,

Les juifs offraient , depuis plusieurs siècles', aux souverains une double source de richesses : on s'emparait de letirs biens en les chassant; puis on leur demandait de l'or pour leur permettre de revenir. Louis Xeui recours à ce dernier moyen. Une ordonnance , répandue h profusion dans tous les États européens , Gt savoir à ces reli^onnaires qu'il leur était permis de rentrer en France pour dix ans. Ils prévirent bien qu'ils auraient à supporter d'énormes taxes; mais les passions et la misère publique étaient dans ce royaume un sol fécond, où les Israélites récoltaient toujours en abondance ; ils rentrèrent et se soumirent à toutes les vexations fiscales que l'on exerça sur eux. Cette disposition produisit de l'argent ; mais pas assez pour subvenir aux frais d'une campagne. On y ajouta le prix du droit de bourgeoisie accordé aux négocions italiens établis en France, et particulièrement à Paris. Louis tira des sommes plus considérables encore de la vente des offices dejudicâture: abus déplorable dont ce prince donna le premier exemple , et qui , par la suite , remit la fortune et la vie des hommes entre les mains d'une magistrature ignorante aatant que vaniteuse.

Tous ces expéiiiens ne suffirent pas auxbesoios de l'armée : Louis dut revenir au moyen ordinaire, à une levée de deniers sur la nation ; mais il ne la demanda qu'à titre d'emprunt» dans des assemblées

(le la noblesse et du peuple, réunis par sénéchaussées. Les commissaires royaux envoyés h ces réunions promirent , au nom du monarque y qu'il rembourserait , sur les revenus du domaine , l'afgent qu'on allait lui prêter. Le clergé s'exécuta cette fois de bonne grâce en payant la décime qu'on lui demanda , et qui devait lui être rendue. Enfin Louis enleva , avec la même promesse de restitution , le trésor mis en réserve à Lyon pour les expéditions en Terre-Sainte.

La guerre commença; elle ne fut ni glorieuse , ni décisive. Le liutin fit vainement le siège de Courtray : ce territoire était funeste aux Français. Engloutis dans les boues jusqu'aux genoux^ les fantassins de Louis se battirent mal ; la cavalerie , dont les ^chevaux barbotaient dans une fange épaisse, concourut mollement à repousser les sorties meurtrières que l'ennemi faisait; et bientôt l'impossibilité de faire arriver des convois au camp , réduisit Tarmce à une famine telle, qu'on fut obligé de lever le siège. Le roi se retira avec ses bataillons délabrés . laissant au fond des marais chars, équipages, harnais.

Telle fut la seule expédition militaire de Louisle-Hulin ; il en sortit sans gloire , mais non pas sans résultat. Soit que les Flamands craignissent que, dans une seconde campagne, la fortune des armes ne changeât , soit que leur conle seul fAt parvenu à les faire rentrer dans le devoir , ils se soumirent au commencement de Tannée [5i().

Ciependaiil Louis X sembla vouloir faire oublier , par des inslilutions bienveillantes , les efforts malheureux de ses armes. Plusieurs rd^lemens , rendus en peu de mois , tendirent à repnmer les vexations de ses officiers, et particulière^nent celles de la magistrature, que Ton soumit à de fortes amendes lorsqu'on la convainquit de prévarication. Les monnaies furent rétablies sur l'ancien pied : im cdit fixa le titre et le coin des pièces frappées dans les seigneuries, et des peines sévères menacèrent les auteurs d'un monnayage frauduleux. Mais cette réforme ne s'accomplit ([u'imparfaitement: la ctipidité éludait alors presque toutes lesaméliorationsordonnéesparleslois. Louis publia encore une ordonnance portant défense expresse de trotibler les laboureurs dans leurs travaux, de s'emparer de letirs biens , de leurs personnes , des instrumens et des bœufs servant à l'agriculture: cette barrière opposée a la tyrannie spoliatrice des nobles fut, comme tant d'autres mesures, insuffisante pour arrêter les exactions donl ils se rendaient coupables.

Malgré le peu de sticcès des tentatives du jeune roi, l'on ne peut refuser de reconnaître en lui de bonnes vues*, que sa faiblesse et son défaut 'de lumières ne lui permirent pas de rendre fructueuses : « il était , disent les chroniques, volcnlif\ « mais non bien ententif en ce qu'un royatmic «< fallait. » Au surplus ce prince, qui ne régna que deux ans, laissa du moins l'ébauche de plu-

sieurs institutions utiles^ qui furent achevées , plus ou moins tardivement y par ses successeurs. On ne trouve sous ce règne qu'une seule fondation à Paris, celle du collège de Montaigu.

Gilles Aicelin^ archevêque de Rouen et gardedes-sceaux , mort en 1 5 1 4 > légua ses biens à Albert Aicelin, son neveu, évêque de Clermont. Ce légataire était obligé y par le testament de son oncle^ d'entretenir , dans les maisons qu'il lui laissait, rue des sept Voies et de Saint- Symphorien , autant d'écoliers pauvres qu il se trouvait de fois dix livres dans le revenu de cesbâtimens; ce qui fait supposer que l'entretien d'un élève ne coûtait alors que dix livres *. L'évêque de Clermont , pour remplir les intentions de son oncle, fonda un collège rue des sept Voies , sous le nom de Montaigu , qui était celui de la maison des Aicelins, Nous reparlerons de cet établissement , dont les vicissitudes se reproduisent souvent dans les annales historiques de la capitale.

Louis ^ depuis son retour de la Flandres, habitait presque toujours le château de Vincennes , séjour qu'il aimait. Vers la fin de mai 1 5 1 6 , il y fut saisi d'une maladie subite , après s'être échauffé , dit-on, au jeu de paume, et s'être ensuite retiré dans une grotte , dont la fraîcheur lui glaça le sang. Cette maladie prit rapidement un caractère dangereux ; le roi , voyant approcher son heure su-

* Le marc d'argent valait à cette époque 3 livres 7 sous 6 deniers.

préme , dicia un testament par lequel il assigna a5,ooo livres de revenu h Clémence sa femme ^ qui se trouvait alors enceinte de trois mois. Louis, parmi d'autres iegs , laissa cinquante mille livres pour les expéditions d'outre-mer. Ce prince ordonna aussi que sa veuve jouirait , sa vie durant , du manoir royal de Vincennes; mais l'année suivante , cette princesse le céda à Philippe V , son beau-frère , qui lui donna en échange sa maison du Temple et Thôtel de Nesle.

Louis X , dit le Uutin , mourut à Vincennes , le 5 juin, âgé de vingt-deux ans et quelques mois; à peine survécut-il une année à Marguerite de Bourgogne, sa première femme, qui dans les angoisses du supplice mystérieux qu'elle avait subi, s'était, dit-on , écriée : « Louis , je t'ajourne à un an. » Cette triste parodie des dernières paroles du grand-maître des Templiers, doit être accueillie avec défiance; les anciens historiens ont coutume de reproduire souvent les traits qui plaisent k leur imagination ^ amie du merveilleux.

Après la mort du roi , Philippe , comte de Poitiers, second fils de Philippe-lc-Bel , prit la régence du royaume , en attendant la naissance de l'enfant que Clémence portait dans son sein.Dôsce moment, les douze pairs du royaume , convoqués au Louvre , déclarèrent que si la reine accouchait d'un prince , le régent conserverait les rênes de l'État jusqu'à la dix-huitième année accomplie du jeune roi ; et que si l'enfant était une princesse , Philippe

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serait immcdiatemeni reconnu roi de France. Six mois après cette décision , Clémence de Hongrie donna le jour à un prince qu'on appela Jean; mais il ne vécut que huit jours, et la régence allait se changer de droit en royauté lorsqu'un différend , nouveau dans la monarchie^ s'éleva , de la part de Robert II , duc de Bourgogne. Ce prince , au mépris de la loi salique , ou plutôt de la disposition qu'on s'était habitué à y voir , quoiqu'elle n'y soit pas en effet, soutint que le droit naturel appelait ^u trône de France Jeanne , fille de Marguerite , première femme du Hutin, étranglée à Château- Gaillard. Une assemblée nombreuse , formée des trois ordres de l'Etat, débattit longuement cette question : l'usage consacré par huit siècles prévalut; il fut décidé qu'une femme ne pouvait succéder au trône; Philippe V, surnommé le Long y à cause' de sa taille haute et menue, conserva la couronne, déjà placée sur sa Icte i\ Reims le G janvier \5iy.

Cependant les hostilités commencées contre Philippe, par quelques seigneurs, relativement h la succession , avaient amené leurs troupes jusque sous les murs de Paris. (Charles , comte de Valois , et oncle du roi, était à leur léte. Elles occupèrent le château du Louvre ; mais les Parisiens s'armèrent en faveur du souverain reconnu, et les rebelles furent expulses. Uu peu plus tard ils se soumirent.

Le règne de Philippe V , comme celui qui se terminait, offrit quelques inspirations d'un gouvernement sage; mais dont Taccom plissement n'eut

DE PARIS. Mil

point lieu. Par exemple , le roi avait eu l'heureuse idée d'établir Tunité des monnaies dans toute l'étendue de son royaume; ce projet rencontra , à l'exécution^ des obstacles insurmontables de la part 'des seigneurs, dont il froissait les intérêts cupides et ex acteurs.

Toujours dépourvu d'espèces, l'Etat fit afficher de nouveau, sous ce règne, IsH^ente des afFranchissemens : Philippe-le-Long , par son ordonnance du 25 janvier i5i8, promettait de faire bonnes et conifenahles conditions aux acheteurs. Mais, quoique les sujets pussent espérer sq procurer la liberté au plus juste prix , peu d'entre eux conclurent le marché ; la spéculation ne valait décidément rien.

Malgré cet échec , le règne de Philippe-le-Long eut été paisible, sans les agitations d'une horde nombreuse de fanatiques qui le troublèrent. Depuis saint Louis , les rois de France ne se sentaient plus portés à entreprendre des croisades: avertis par l'expérience des calamnités stériles qui résultaient toujours de ces pieuses expéditions ^ ils avaient diversement éludé de satisfaire sur ce point aux pressantes exhortations du saint siège et du sacerdoce. Mais la nation elle-même n'était pas encore guérie de celte déplorable manie: « Les « confesseurs, dit Anquelil, la prescrivaient à « leurs pénitens, les juges à leurs clieus; la no- « blesse se l'imposait pour le rachat de ses péchés. » Louis-le-Hutin , pressé par ces fous fanatisés, était

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décidé à se croiser lorsque la mort le surprit. Son successeur , égalentent obsédé de superstitieuses sollicitations 9 allait partir pour la Terre-Saînte , lorsque le pape Jean XXII y lui-même , lui représenta que dans un temps où son trône , ébranlé naguère par une faction puissante , n'était pas encore bien assis sur sa base ^ il ne pouvait que commettre une giibide imprudence en s'éloignent du royaume. Le roi renonça sans peine à une croisade qu ilentreprenait peu volontiers ; mais les pèlerins ne se contentèrent pas des motifs légitimes qui lé relenaient. On vit reparaître, pour la ti-oisième fois y ces pastoureaux qui déjà avaient commis, au nom de la religion , tant de désordres et de crimes. Les nouveaux exaltés surpassèrent leurs devanciers en brigandages et en cruautés : réunis sous diverses bannières , en armes et commandés par des moines , ils traversaient la France en tous sens , pour se rendre , disaient-ils, à Jérusalem. Non contens de mendier , ils pillaient et volaient partout sur leur passage. Ce n'était pas tout: lel juifs que ces croisés rencontraient dans les provinces qu'ils traversaient , devaient à l'instant opter entre le baptême et la mort.Ces infortunés fuyaient h l'approche des pastoureaux, lorsqu'ils pouvaient être informés de leur arrivée; mais souvent ils étaient surpris par eux. Dans une partie du royaume , que l'iiistoire n'indique pas autrement , cinq cents Israélites s'étaient réfugiés dans une tour; ils se défendirent vaillamment contre la tourbe insensée qui les y

attaqua. Les meubles , la charpente , les pierres mémes^ arrachées du bâtiment, servirent de projectiles aux assiégés , qui combattirent avec le courage du désespoir... Bientôt ces armes leur manquèrent; alors y disent les chroniques du temps , les malheureux jetèrent, dans une rage aveugle, leurs propres enfans à la tête des assiégeans. Enfin , par une inspiration digne de Texaltation des sectateurs de Moïse, ces juifs ordonnèrent au plus vigoureux d'entre eux de les égorger , afin qu'ils ne tombassent pas vivans au pouvoir des pastoureaux. Le jeune bourreau , resté seul avec quelques enfans que sa pitié avait épargnés , ouvrit les portes aux ennemis; il parut devant eux entouré de plusieurs centaines de cadavres , dont le sang fumait encore sur son épée, et ruisselait comme un torrent sur Tescalier de la tour. Les pastoureaux reculèrent d'horreur ; mais revenus de leur stupéfaction , ils hachèrent ce juif, plus fanatique encore qu'eux.

Cependant les croisés 's'avancèrent hardiment vers Paris, s'emparèrent de vive force du Petit- Châtelet, traversèrent, mais sans y commetti*e d'excè;», toute la ville, et s'étant rangés en bataille dans le Pré aux Clercs , semblèrent défier les troupes que Fhilippe-Ie-Long avait mises sur pied. Le roi , imitant dans cette conjoncture la prudence de Blanche de Castille , ne fit point attaquer ces bandes ; se bornant à leur prescrire de s'éloigner ; ce qu'ils firent. Les historiens du temps, qu'il faut citer avec défiance pour des faits qui ont pu

exciter leur superstition , rapportent que les pastoureaux s'éçanouirent en s'approchant d'Avignon, où le pape résidait. Frappés des foudres de l'église, auxquelles se joignirent les armes temporelles ,. disent les chroniques , ils s'éi^aporèrent comme la fumée. Dans cette circonstance, où les armes temporelles agirent sans doute un peu plus efficacement que les foudres apostoliques^ il est probable que cette vile canaille, battue par des troupes régulières, se dispersa, et que la plupart des croisés rentrèrent dans leurs foyers , ainsi qii' avaient fait leurs devanciers.

. Au moment où l'armée de fanatiques qui veliait de se dissiper , maîtresse d'une partie de la France méridionale, paraissait se porter vers l'Espagne , le roi maure de Grenade , afin de diminuer le nombre des ennemis qui pouvaient lui tomber sur les bras, imagina, disent quelques chroniqueurs , de faire empoisonner les eaux sur la route que parcouraient les pai>tourcaux , et de confier aux juifs un si horrible attentat. Si le fait est constant, les Israélites, poursuivis, traqués comme des bétes féroces par ces mêmes pastoureaux , durent se prêter volontiers aux vues infâmes dti Mahométan ; mais , trop surveilles pour exécuter eux-mêmes le crime, ils en chargèrent , ajotitent les mêmes historiens , ces malades Parias, renfermés dans les Léproseries, et qu'une précaution , poussée à rcxlrcmc , sécpics- Irait entièrement de la société. Le roi maure , se-

Ion les autorités que nous citons , avait envoyé aux juifs le poison qu'ils devaient jeter dans les puits ^ les fontaines et les eaux courantes*.

Par malheur , au moment où ce bruit se répandait dans le midi de la France y une maladie contagieuse, dont les médecins ignoraient la cause, y exerra de grands ravages. C'en fut assez pour confirmer le soupçon dont les juifs et les lépreux étaient chargés. Les infortimés israélites, après avoir été sacrifiés par les pastoureaux, le furent par d'autres habitans de la France. Partout des tribunaux, fanatiques ou prévenus, livrèrent aux flammes les disciples 'de Moïse : cent soixante brûlèrent, à Chinon , dans une fosse ardente, où ils s étaient jetés en riant et chantant , disent les annales contemporaines, comme s'ils eussent été au banquet d'une noce. Beaucoup de Ladres subirent le même châtiment, et leurs biens furent confisqués au profit du gouvernement.

* Ce poison se composait , dit-on , de têtes de couleuvre , do patcs de crapaud , de cheveux de femme , de sang humain , d'urine fétide et d'hosties consacrées , mises eu poudre. Cet amalgame nous semble composé à plaisir par les faiseurs de fables du quatorzième siècle. Quelle apparence que des cheveux de femme aient pu être cousidérés comme un poison par des hommes raisonnables ! quelle vraisemblance dans cette pulvérisation des hosties, revêtues d'une qualité véné— neuse par un roi infidèle, tout exprès pour stupéfier les niais!... Tout cela est 'plus qu'apocryphe, et ne mérite pas plus de confiance que la mission donnée aux Juifs et aux L('prcux.

Quelques historiens ont liasardé l'opinion que les inculpations et les supplices qui les suivirent , furent des expédiens politiques, imaginés pour grossir le trésor de la couronne du produit des confiscations. Cette assertion est dénuée de toute Traisemblance ; car il est authentique que le roi , effirayé des massacres que la vindicte publique exerçait sur les Israélites et les lépreux , les prit , bien tard il est vrai, sous sa sauvegarde, et défendit, sous des peines capitales , de leur faire aucun mal.

Vers l'année i S^o , on vit éclore à Paris une association moins cruelle que les pastoureaux , et dont la folie , plus gaie que la leur , eut cependant ses martyrs. Il se forma donc , parmi les amoureux y une confrérie d'hommes et de femmes, appelés Galois , dont le but était de se prouver un amour mutuel , en bravant , avec une persévérance héroïque , la rigueur des élémens. Ainsi les statuts portaient que les chevaliers et les dames devaient se vêtir très légèrement lorsqu'il gelait à pierre fendre , et se couvrir de fourrures dans la canicule. L'hiver ils s'environnaient de glaçons pour augmenter l'intensité du froid ; l'été , ils allumaient de grands feux dans leurs appartemens, et s'en approchaient jusqu'à se rôtir. Plusieurs, des plus empressés à prouver leur airieur amoureuse , moururent transis^ glacés et raidis parla froidure, en se moquant des personnes bien vêtues. D'autres galois y victimes d'une température opposée , se

dessëchaieiit par d'abondantes effusions de sueur , comme un ràti se dessèche devant le feu en perdant le fluide organique qui le pénètre.

Ces rigueurs cessaient pourtant par intervalles j afin que les galois et galoises pussent se prouver réciproquement leur reconnaissance d'un tel dévouement. Dans ces occasions, les confrères se prêtaient secours les uns aux autres, pour que chaque galant pût entrer commodément en rapport avec son amante; alors la communauté de souffrances était payée par une communauté expansive de dédommagemens. ce On commençait « par l'esprit y dit le chroniqueur de Saint-Denis , « et Ion finissait par la chair. » Il est probable que, dans ce dernier genre de communication , Ton ue tarda guère à reconnaître le grave inconvénient des austérités qu'on s'imposait en d'autres momens; cette expérience amena sans doute la ruine de l'ordre y et le retour des confrères aux lois ordinaires de l'amour.

Nous avons dit, dans le chapitre précédent^ que les barons , honteux de leur nullité dans le parlement , s'en étaient presque tous retirés, dépuis que cette 'institution était devenue sédentaire; depuis surtout que la noblesse dite de robe y dominait les délibérations y par ses lumières et ses connaissances spéciales. Mais le clergé^ qu'inspiraient mieux ses intérêts y sentait qu'il perdrait une partie de son influence , s'il s'éloignait des assemblées où l'on réglait les grandes affaires de la monarchie.

Les prélats reslôrent donc dans le parlement. Philippe-le-Long,qui,dc son côté,eomprenail fort bien ce qu'il pourrait ressaisir de pouvoir sur le sacerdoce en Tëloignant de la haute magistrature , exclut les évêques du parlement ; se faisant conscience , disait-il, de les distraire du gouvernement de leurs spiritualités. Ce coupd'ëtat, couvert d'un prétexte dévot^émanait d'une bonne politique; c'était le point de départ d'uue grande réforme : les juridictions ecclésiastiques^ qui se combinaient avec toutes les autres^ commencèrent à moins entraver la justice ; les clercs ne furent plus couverts d'une cgide sacrée qu'aux yeux des magistrats ignorans.

L'ordonnance de iSig, où celte disposition est consignée , en renferipe d'autres sur la police du parlement , qui donneni une assez faible idée de la gravité des magistrats du temps. 11 y est exprimé que les conseillers devront, sous peine d'éunende, se rendre au Palais à l'heure où Ton chante la première messe dans la chapelle basse , et qu'ils resteront sur leur siège jusqu'à midi sonne. Il leur est défendu d'interrompre les séances par nouvelles, jeux et SLUlTQs ébastemons; enfin, il est dit dans ce règlement que les juges n'entendront les plaideurs qu'au tribunal, jamais chez eux , cl qu'ils ne recevront ni lettres , ni messages. C'est de cette dernière défense qu'on a tiré cette sage maxime : (ju'en fait de justice , on na point ps^ardaux lettivs niissires.

Philippe-le-Long prit une mesure , non-seule-

\)\L FARIS. 36f|

ment moins juste, mais encore dictée par l'ingratitude, en faisant désarmer la bourgeoisie de Paris , qui , au commencement de son règne , Ta-' vait maintenu sur le trône. Il faut ajouter toutefois que celle mesure fut générale et motivée , en apparence, sur ce que la misère engageait quelquefois les bourgeois ù vendre leurs armes. Il ordonnaqu'elles seraient déposées dans des arsenaux ,et qu'on les y reprendrait quand il deviendrait nécessaire de les porter pour le service du roi. Dans les villes, Philippe V établit un capitaine d'armes , qui , au besoin, devait commander leurs habitaus; urt capitaine général fut placé dans chaque bailliage, pour en diriger , à l'occasion , les milices. Ainsi , les forces que le monarque pouvait redouter entre les mains de la noblesse, encore indocile et turbulente , devinrent ses propres forces. Ce second coup d'état surpassait , en prudence politique , lexpulsion du clergé des assemblées parlementaires; maison est surpris que le roi ait pu l'accomplir sans exciter la colère des seigneurs : leur fougue batailleuse commençait à se calmer.

Philippele-Long, dansun âge encore peu propre h rassurer sur la sagesse et l'aptitude d'un souverain , se rendit cependant recommandable par des actes dignes d'une expérience consommée :nous avons cité les principaux. Mais les abus, aux mille formes , qui s'attachaient à la prospérité publique, ne parvinrent pas tous à sa connaissance : sous ses veux mêmes, des exactions et des crimes furent II. %\

commis parlesagens de la monarchie, cest-à-dire au nom du roi , qui voulait le bien. Henri Captai, prévôt de Paris , tenait en prison un homme riche, coupable d'un meurtre y pour lequel la peine capitale avait été prononcée. Le jour de l'exécution arrivé , Captai envoya à l'échafaud un autre prisonnier^ un innocent y et fit évader le condamné, moyennant une somme considérable. Le prévôt fut pendu , et ses biens furent donnés à la famille de sa victime....

Paris dut peu de monumens au règne de Philippele-Long : ce prince eut le bon esprit de s'occuper d'institutions utiles à l'État et aux mœurs, plutôt que de fondations monastiques. Il sentait apparemment que celles-ci ne prouvaient pas même la dévotion du fondateur; mais, le plus souvent, les crimes de sa vie, et la terreur qui cherchait à les racheter. Philippe avait de la piété; mais elle ne le dominait , ni ne Tégarait : son humeur aimable et enjouée se rendait supérieure aux scrupules d'un bigotisme fâcheux. Il aimait la bonne chère , les vers, les chansons, sans en fiiire excès... c'était un sage Epicurien. Ce monarque , en reprenant Jeanne de Bourgogne , sa femme , après ses débordemens de Maubuisson , ne donna point une preuve de sa faiblesse , ainsi que plusieurs historiens l'ont prétendu. Il voulut , au contraire, assoupir le scandale qu'un divorce, pour une telle cause, n'eût pas manque d'entretenir. Son espoir ne fut point trompé : la reine n'était pas corrigée;

DE paris: 371

mais, reconnaissante des procédés du roi, qui avait porté l'oubli du passé jusqu'à la faire' sacrer à R^ms en même temps que lui , elle cacha soigneu-: seirteht ses désordres durant la vie de Philippe : Bôlis verrons bientôt que, devenue veuve , elle sedédommagea amplepient de cette contrainte.

Trois collèges furent institués, à Paris, pendant lëVègne de Philippe-le-Long : le collège de Narh'àitiïe , situé rue de l'a Harpe , dut son institution à Bernard de Farges, évêque de Narbonne, qui, depuis Tannée i3i6, y entretint neuf élèves pauvrtfede son diocèse, en qualité de boursiers. Plus tard ', Pierre Roger , devenu pape", sous lô'rioni dé'Clément VI , se souvenant qu'il avait étudié parmi ces pauvres écoliers , accrut un peu les rerehus du collège de Narbonne. Mais, vers Tannée 1763 , cette maison , ainsi que plusieurs autres , fiit réunie à l'université , qui ^'empara de ses bîeiis. ' '

En i32îi, Geoffroi du Plessis, qualifié dans les chartes de notaire du pape , fonda , rue Saint- Jacques , un collège qui porta son nom : au dixseptième siècle , cet établissement devint dépenpendaot de la Sorbonne , et prit alors la dénomination de Plessis - Sorbonne. Ce collège n'existe plus , et les bâtimens qu'il occupait ont été cédés à l'Ecole de Droit.

Pendant le même règne , Guillaume de Coatmo-^ han, grand-chancelier de l'église de Treguier, au diocèse de ce nom , légua par testament les

fonds nécessaires à rinsiitution (Vuii collège pour huit élèves de ce diocèse. liCS consrtruclions destinées à le recevoir, et qu'on éleva sur l'emplaceinent occupé aujourd'hui par le collège de France , ne furent terminées qu'en l'année 1 525, Tout près de ce nouvel édifice, se trouvait une autre institution , dont l'origine précise est inconnue , et qu'on appelait Collège de Léon, Les écoliers, logés dans cette maison étaient si pauvres , disent les historiens du temps, que, vers l'époque où le collège de Treguier ouvrit y ils avaient vendu , en grande partie , pour vivre , la charpente , les pierres , les tuiles de la maison qu'ils habitaient... On réunit ces écoliers à leurs voisins avant qu'ils eussent achevé de démolir les bâtimens qui les abritaient. Nous reparlerons de ces deux établisse* mens, lorsque nous aurons h mentionner la fondation du collège de France.

Nous ne voyons pas que , durant les cinq années que Philippe -le -Long passa sur le tronc , d'autres fondations aient été faites i\ Paris. Mais beaucoup de cou vcns, institués sous les règnes précédons, s'accrurent dans cet te période. Par exemple, des moines , appelée Guillemites ou GuilleminSy établis, dès l'année 1297, dans la maison des Blancs-Manteaux y supprimés par le concile de Lyon, se montrèrent fort actifs h s enrichir; Rutbœuf i)arlc d'eux en ce sens, et les peint comme peu délicats sur le choix des moyens.

Philippe-le-Bel, en l'année î^oq, avait donné

aux Carmes , jusqu'alors relégués à Charenton , la maison dite du Lion , située près de la place Maubert ; ils s'y établirent et l'agrandirent^ particulièrement sous le règne de Philippe-le-Long , h l'aide des donations que leur firent plusieurs personnes opulentes. Nous verrons ces moi nés cliaudement protégés plus tard par Jeanne d'Évreux , dernière femme de Charles-le-Bel. Mais , comme* ils voulaient que leur couvent fût vaste et commode , la construction s'en faisait lentement.

Il en était de même de celui des Chartreux. Nous avons dit qu'à la mort de saint Louis , ces religieux , privés des bienfaits qu'il prodiguait à tout ce qui portait guimpe ou froc^ avaient été contrains, faute dé ressources, de suspendre leur bâtisse. Il la reprirent en 1 276 , à l'aide de quelques secours qu'ils .reçurent ; mais, à l'avènement de Philippe-le-Long , l'église de la Chartreuse n'était pas encore couverte entièrement; elle ne le fut que sous le règne suivant, en l'année 1524. Le zèle des seigneurs et des particuliers pour les fondations monastiques se ralentissait sensiblement.

En l'année i320 , la chapelle de Sainl-Leu ei Saint -Gilles y située rue Saint-Denis, tombant en ruines, fut reconstruite aux frais du clergé qui la desservait, ou plutôt du produit des subsides levés par ces ecclésiastiques sur la créiiulité des fidèles. Dans le cours de la même aunée, le collège des Bernardins , fondé autrefois par l'abbé Lexington pour Vinstructioa des moiiïes de Clairvaux,

fut cédé à ceux de Giteaux , anciens rivaux des ligieux cédans , au temps héroïque de Saiat-«Bernard,

Philippe V, après un règne très court, qui peutêtre fut devenu glorieux en se prolongeant , mourut à Vincennes, au mois de janvier i322. Ainsi, en moins de six années, trois rois étaient morts •dans cette résidence : Louis X, Jean, son fils, et Phi- ' lippé-le-Long. Ce dernier monarque nomma pour son exécuteur testamentaire le pape Jean XXII: non que ce choix eut été déterminé par une inspiration dévote ; mais, au contraire, parce que ce pontife était un politique , sinon équitable ,. du moins éclairé ; un homme de génie dont les superstitions n'égaraient point la raison. Philippe laissait quatre filles, qu'il avait eues de Jeanne de Bourgogne , après sa réconciliation avec cette femme dissolue. Trois de ces princesses furent mariées selon leur rang; la quatrième prit le voile dans l'abbnyc de Lonjj^-Champs , ou, peut-être pcrveriie par Tcxcmple du lieu , elle mena une vie conformer celle de sa mère.

L'ahbé Velly a Halte' le portrait dePhilippe-le- Lou£^; mais en reciifiani certains passages de ce panégyrique , on peut convenir que ce fut un prince doué de quelque mérite, pieux sans bigotisme , fidèle à sa parole , occupé des améliorations de l'Etat social , de mœurs irréprochables , et dont la valeur ne saurait être contesiée. Plusieurs actes de son gouvernement ont préparé de grandes améliora-

DE FARiS. 375

tîousdaus la monarchie; en un niot^ il lit plus en cinq ans pour ses sujets que son père n'avait ftiit en vingt-neuf.

Philippe V ne laissant point d'héritier màle^ Charles lY ^ dit le Bel ^ son frère , lui succéda le 5 janvier i523.

Ce prince débuta par des mesures d'une extrême sévérité contre les exacieurs et les pillards. Les nobles y explorateurs des grands chemins, soit par eux-mêmes y soit par des gagistes appelés coureurs^ furent châtiés rigoureusement lorsqu'on prit leur, brigandage sur le fait. Les grands exemples sont les meilleurs y disait le roi; peut-être eût-il été plus convenable de dire les bons exemples y en les faisant partir du trône. C'est ce que Charles ne fit point: nous le voyons, dès son avènement au suprême pouvoir , s'emparer des biens d'une classe de négocians, appelés Lombards* y qui se livraient il est vrai à l'usure. Les punir eût été d'un monarque sage; séquestrer leurs richesses, au profit de l'Etat , fut l'action d'un spoliateur.

Tandis qu'il ordonnait ces premiers actes de sévérité, Charles exerçait une réforme dans sa propre maison, en répudiant cette Blanche de Bourgogne, qu'on avait jadis surprise dans Ic^ bras de Gauthier

* Ce&marchands , qui cnvabissaient , avec les Juifs, presque toutes les branches du commerce , étaient en effet , pour la plupart, originaires de la Lombardie. Mais lors même qu'ils étaient sortis de toute autre partie de l'halie, on les appelait Lombards*

37G HisroïKE

tVAulnay. Celle princesse, qui depuis ce tcnioi- ^uagc irrécusable de soix commerce adultère, avait (île enfermée dans une forteresse, n'en sorlil que pour retourner au sein de sa famille, et faire place aune autre reine. Le pape Jean XXII, en bon voisin de Cliarles IV, rompit son mariage. On trouva facilement un degré d-alliance prohibé, quinepernietlaîtplus aux illustres époux d'habiter ensemble : la mère de Blanche avait tenu Charles sur les fonts; ils n'en fallait pas davantage; le nœud cou*, jugal fut rompu. La conduite de la reine eut clé nn motif plus équitable; mais ce qui est juste n'est pas toujours orthodoxe; en récompense l'orthodoxie peut être quelquefois l'iniquité.

Charles-lc-liel , peu de temps après son divorcv , reconnut assez siugulitTement le service que le pape lui avait rendu: Jourdain de Lisle, seigneur de C^asaubon , neveu par sa femme de Jeau XXII, était un des plus grands scélérals de son temps. Jusqu'en l'année id^j, les rois, en considération de celte illustre parenté, avaient laissé impunis les crimes de ce baron. Mais enfin ils devinrent et si atroces et si fréquens, que (Charles 1\ ne put se dispenser de livrer le coupable au parlement, qui le condamna à cire pendu. C'était dommage; car Jourdain do liisle était un bon catholique. Lors- ([u'il fui rendu au pied dti gibet, il remit au chevalier (jaucher de Chatillon une [)Ciite bourse corilcnant un morceau de la vraie croix, une re liqnc d<* saint ^Jeorgr\s , cl quehjues évani:iles;

objets sacres qu*il ne voulait pas sans doute faire pendre avec lai. Après Texécution , le curé de Saint-Merry fit porter dans son église le corps du pendu; un service magnifique lui fut fait ^ puis on Tenterra fort honorablement et gratis *, Cette dernière circonstance n'était pas fréquente dans les paroisses de Paris ; mais le motî f intéressé ne tarda içuère à se révéler. L'habile ecclésiastique , étant rentré chez lui, se hâta d'écrire au pape Jean XXII, ])Our lui faire part des soins tout particuliers qu'il avait pris pour le salut éternel de son neveu; l'histoire ne nous a point appris si le vicaire de Jésus- Clirist, touché d'une telle courtoisie, s'en montra aussi reconnaissant qu'il le devait.

LerègnedeCharles-lc-Dcl offre peu d'évènemcns ditçnes d'une mention historique ; mais il contribua peut-être à déterminer la révolution qui éclata en Angleterre de son temps. Isabelle, sa sœur, aîinait peu la cour d'Edouard II , son ininioral époux ,^qui s'abandonnait aux plus hideuses débauches avec ses mignons, Gaveslon-Pierce et les Spencers. Il existait alors quelques différens entre les deux cours au sujet d'une bourgarde de la Guienne; Isabelle passa en France, sous prétexte de rétablir la bonne intelligence entre son frère et son mari ; mais, plus réellement, pour se livrer librement aux galanteries dont elle avait puisé Texemple et le goût dans la société de ses bclleasœurs. Une fois à la cour de Paris, la reine d'An-

* Registres criminels riu j/^irhmcni fie Paris , anni'v' i^i'^-

gleierre refusa long-temps de retourner auprès d'Edouard II; il fallut employer l'autorité du pape pour Tobliger à repasser la mer , et elle ne s'embarqua^ en 1526, que pour conspirer la perle de son époux. Isabelle, pendant son séjour sur le continent , avait vécu dans une grande intimité avec le comte de Hainaut; ce seigneur lui donna quelques troupes; elle marcha contre le monarque anglais y qui fut battu y puis délrôné par Tautorité du parlement. Alors monta sur le trône ce fameux Edouard III , dont le règne devait être si funeste à la France. Il le fut d'abord à son propre père : Edouard II , condamné à une prison perpétuelle , mais dont on voulait promplement se débarrasser , subit^ en 1 537, un supplice horrible : on lui enfonça un fer rouge dans le fondement par un tuyau de corne : il périt en poussant des hurlemens affreux. La reine , elle-môme , après avoir favorisé l'usurpa tien de son fils, fut confinée dans une prison, par l'ordre de ce prince même.

Charles-le-Bel , secondé par Jean XXII , avait l'ambitieuse préienlion de réunir la couronne impériale il celle de France. Le pape , pour préparer les voies, excommunia Louis de Bavière , alors empereur, qui s'était refusé à faire confirmer son élection par le saint -siège ; sa sainteté offrit au roi l'investiture de celle souveraineté. Mais les tentatives f]ue Charles fit dans cette circonstance , ne servirent qu'à le couvrir de ridicule, et à lui prouver que les Allemands s'étaient moqués de lui.

C'est au règne de Charles-le-Bel que Ton peut faire rapporter^ avec le plus de vraisemblaDce , les horribles aventures dont la tour de Nesle fut le théâtre, au quatorzième siècle. Une tradition histo* rique désormais incontestée rapporte qu'une reine de France, logée à l'hôtel de Nesle, ordonnait à un agent dévoué de guetter tous les jeunes gens qui passaient sous ses fenêtres, se les faisait amener, et après avoir épuisé leurs forces dans ses embrassemens impurs, les faisait précipiter du donjon dans la Seine. Ecoutons Brantôme sur cet affreux épisode, ce Cette princesse ( il ne la nomme point ) « se tenait à l'hôtel de Nesle à Paris, laquelle , fai- « sait le guet aux passans, et ceux qui lui rêve- « naient et agréaient le plus, de quelque sorte « de gens que ce fussent , les faisait appeler et veu nir à soi , et après avoir tiré ce qu'elle en vou- « lait , les faisait précipiter du haut de la tour qui <i parait encore, au ba^ de l'eau., et les faisait « noyer. Je ne veux pas dire que cela soit vrai ; (c mais le vulgaire , au moins la plupart de Paris, « l'affirme ; et n'y a si commua qu'en lui mon- « trant la tour seulement, et en l'interrogeant , « que de lui-même ne le die *. »

Villon, poète du quinzième siècle, avait consigné, dans sa ballade des Dames du temps jadis, les évènemens rapportés depuis par Brantôme, avec une circonstance que ce dernier écrivain n'a

* Femmes Galantes y de V attouchement en amottr^ discours deuxième j art* /.

38o HISTOIRE

pas ineniionnce. La reine , dit-il y faisait enfermer dans un sac les infortunes sur lesquels sa luxure s'était assouvie « afin qu'ils ne pussent se tirer de la rivière où ils étaient précipités. Jean Buridan *, célèbre universitaire^ échappa, sans qu'on sache conuncnt , h ce supplice : voici le passage de la ballade où ce fait est consigné :

Seniblablement où est la reine Qui coiiiniaoda que Buridan Fut jeté CIA im sac en Seine.

on conçoit que ce jeune savant ait conservé un vif ressentiment d'un tel attentat, et qu'il ait proposé dans l'université ce sophisme , qui parut alors si audacieux : Reginam interficere nolitc tiinere honum esse. (Ne craignez pas de tuer une reine si . cela est nécessaire. )

Jean Second , poète latin du seizième siècle , parle aussi des fastes de la tour de Ncsle, dans ses vers pleins de charme et d'élégance. Mais il ne nous apprenfl pas plus que Villon et Brantôme, qu'elle était rhéroïnede ce drame aux sanglantes voluptés.

(ia:;iiin, général dcsMatliurins, qui nous a laissé

* Ji'an Buridan ctait natif do Bctbunc , en Artois. Après <1( s i'tudos brillantes à rUniversite de Paris , il en devint l'un des profcsseius les plus distingues; puis le rocteui*. On a de lui des Conunentaires siu* Aristote , philosophe qui , pcn- <!ant plusieiu^ siècles, ne cessa d'occuper les corps savtuis. \lais ce qui surtout contribua à la réputation de liuridan , ce lut son iiuneux sophisme de ldnc> 11 supposait cet animal placé à une égale distance d'une mesure d'avoine et d'un

une histoire de France écrite en latin au quinzième siècle , confirme le témoignage des écrivains de son temps qui ont mentionné les meurtres de la tour de Nesle;'mais, il se plaint avec amertume qu'on ait attribué l'attentat commis sur Buridan a Jeanne de Navarre, qui ne vivait plus quand cet étudiant parut h l'université de Paris. Ce motif , plus que le soin donné par le bon historien h la réputation fort équivoque de celte reine, doit l'absoudre du soupçon qu'on a fait peser sur elle, quant aux crimes dont il s'agit. Tout contribue à reporter ce soupçon sur Jeanne de Bourgogne , veuve de Philippe-le-Long, dont le libertinage effréné avait déjà rempli la cour de scandales. Elle était contemporaine de Buridan ; elle passa les huit années de son veuvage à l'hôtel de Ncsle, et ses passions impérieuses, comprimées par une active surveillance pendant le règne de son mari , durent reprendre leur essor après lamort decc prince. Mais comme Jeanne, grâce à sa continence forcée, avait pu reconquérir un peu de l'estime que ses anciennes débauches lui avaient fait perdre, il est aisé de

sceau d'eau , dans un moment où la soif et la faim le près* saicnt également^ de cet équilibre de besoins, il concluait que Fane devait finir par succomber entre ces deux attraits , ])arce qu'il lui paraissait impossible qu'il se déterminât à se tourner de l'un ou de l'autre côté : le libre arbiu*e devant Iq i'aire rester invinciblement indécis. L'aventure de la tour de ^'esle où Buridan faillit périr, dut se passer vers l'année 1327. Ce savant vivait encore en l'année 1 348.

comprendre qu elle dut user de précautions dans ies nouveaux ébattemens. Elle mourut h Royes en iSsg, non pas estimée et considérée^ ainsi que Tavance trop candidement Anquetil, mais peutêtre à moitié absoute^ dans l'opinion publique, d'anciens excès que son hypocrisie ultérieure avait couverts.

A la fin du règne de Gharles-le-Bel , la baronîe de Bourbon fut érigée en duché- paiiie^ en faveur de Louis y petit - fils de saint Louis. Les lettrespatentes portaient : « J'espère que les descendans « du nouveau diic contribueront, par leur van leur,, à maintenir la dig;iité de la couronne. i>

Charles-le-Bel n'apparaît, dans l'histoire , que par d'extrêmes sévérités exercées contre les exactions des seigneurs ou des officiers de son fisc , dans le temps même qu'il se faisait lui-même exacteur, et méritait , comme son père, le surnom de faux monnayeur. Paris ne dut à ce prince aucune institution importante, aucune fondation.

Toutefois , sous son règne , un établissement de bienfaisance fut institué , sous le nom de Saint- Jacqucs-de-V Hôpital. Des bourgeois de Paris , revenus d'un pèlerinage h Saint-Jacques de Conipostelle , acquirent, en 1 5 19, un terrain, rue Saint -Denis, près de la porte aux Peintres, et demandèrent l'autorisation d'y bâtir un hôpital , destiné aux pauvres voyageurs des deux sexes , et surtout aux pèlerins se rendant à Saint- Jacques. Ce projet déplut au curé de Saint- Eustache , qui ,

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selon Tusage y se trouva froissé dans ses droits par le plan d'une institution secourable à l'humanité. Les confrères recoururent au pape, et obtinrent la permission de bâtir. Mais les ressources manquaient; il fallut quêter pour se les procurer : nou^ vcUe autorisation à demander ; nouvelles diUQcultcs apposées par le clergé. Enfin Ton put commencer la construction; Jeanne d'Evreux, seconde femme de Charlcs-le-Del , en posa la première pierre.... Elle contribua plus tard a la prospérité de ce nouvel hôpital , en lui faisant don... d'une phalange du petit doigt de l'apôtre saint Jacques, li'édifice fut consacré en l'année 1527.

Bientôt cette maison hospitalière contint quarante lits ; on y donnait journellement asile h plus de soixante voyageurs. Ils n'y pouvaient rester qu'un jour; \e lendemain , au moment de leur départ, on leur donn/iit un demi- pain et le tiers d'une chopine de vin. Quatre chapelains desservirent d'abord la chapelle de Saint- Jacques. A la fin du quatorzième siècle , il y en avait dix ; plus tard , on en compta vingt. Alors ils prirent le titre de chanoines, envahirent le bien des pauvres ; et cet hôpital , comme tant d'autres , devint une abbaye où des hommes inutiles s'engraissèrent.

Une apnée avant la consécration de Saint-Jacques-dc-l'Hôpital , la reconstruction de Saint- Jean-en-Grèi^e avait été terminée. On sait que cette église^ d'abord simple baptistère , dépendait de Saint-Gervais , était devenue paroisse en laii.

id4 HiSTOlIlE

L'accroissemchi progressif des fidèles qui s'y rendaient y en avait enfui nécessité l'agrandissement , et l'on venait de reprendre cet édifice jusque dans ses fondations. Un mur de clôture , qui environnait 1 eirlise neuve de Saint- Jean-en-Grcve , reçut le nom de Cloître Saint-Jean. Derrière Tenceinte . un cimetière , qui lui était contigu , s'étendait sur remplacement actuel du marché : on l'appelait

le vieux cimetière C'était effectivement là que

les Romains enterraient leurs morts ^ ainsi que nous Tavons dit dans la première partie de cette histoire *.

Charles IV, après un règne de six ans, mourut ;i Vincennes, le i^r février 1 528 : ainsi les trois règnes des eufans de Philique-le-Del ne forment ensemble qu'une période de treize ans : Philippe-le-Long seul y sema quelques institutions utiles. Louis X , son aîné , n'avait laissé que le souvenir d'une sanglante vengeance , l'assassinat do sa première femme, et d'une erreur meurtrière, le supplice de iVIarigny. <]liarles-le-Bel ne légua à la postérité qu'un nom sans honneur , mais non pas sans flétrissure. Avec lui finit la descendance directe dr llugues-Capet : son successeur fut un Valois.

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