‹ Histoire de Paris, composée sur un plan nouveauChapitre 16 sur 20 · II · texte numérisé non relu

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glais,[irélcnlious qu'il avait envoyé soutenir pai- des commissaires. » Votre prince, leur dit co sei{>Tieur, « lie peut tirer de sa mère un droit qu'elle n'a pas: '< cette parenté que vous faites valoir ici ne peut » assafourer ni sentir que chose fe'minine , par a conséquent exclusive du trône, u La question ayant donc été décidée en faveur du comte français, au préjudice du roi d'Angleterre, Philippe VI fut proclame et sacréJi Reims le i" avril iSaS.

De retour à Paris, où de brillantes solennités eurent lieu pendant plusieurs jours , le roi rendit à Jeanne , fille de Louia-Ic-Hulin et de Marguerite de Bourgogne , le royaume de Navarre, qui lui appartenait légitimement, et le comte d'£vreux , son mari, prit le titre de roî.

Nous parcourrons avec rapidité les trois règnes que nous avons dû resserrer dans ce chapitre, lorsque Paris ne sera pas le théâtre des évènemens; mais la marche du drame y ramènera souvent les principaux acteurs. Philippe de VhIoIs ne jouit que d'un petit nombre de jours paisibles après son couronnement. Vers le commencement de l'été , les Flamands se révolièrem contre leur prince, que le roi , son suzerain, devait soutenir. On en délibéra cependant dans le conseil : les campagnes de Flandres avaient été funestes ' soiis plusieurs règnes successifs; beaucoup de seigneurs étaient d'avis délaisser les révoltés débattre entre eux leurs intérêts particuliers ; ou du moins d'attendre le printemps pour marcher contre eux.

te Et vous seigneur connétable^ dit Philippe en « s'adressant à Gaucher de Ghâtillon, vieillard « de quatre-vingts ans, que pensez-vous de ceci? ce Croyez-vous qu'il faille attendre un temps plus « favorable? — Seigneur roi, répondit le vi^x « guerrier, quia bon cœur a toujours le ten^s « propre. » Cet avis emporta la détermination du monarque; sur-le-champ les ordres furent donnés pour les apprêts de la campagne.

Le haut baronnage de France marchait peu volontiers contre ce qu'il appelait un vil ramassis d'artisans, de pécheurs, de paysans, de vagabonds. Nonobstant les répugnances de cette fière noblesse , Philippe VI alla prendre , en grande pompe, l'oriflamme à Saint-Denis. On s'avança vers Cassel , dont le roi voulait d'abord faire le siège ; et l'orgueil des seigneurs s'abaissa lorsqu'ils lurent 5 sur un étendard flottant au sommet d'une tour , ce distique , écrit en gros caractères au-dessous d'un coq peint :

Quand ce coq chanté aura Le roi Cassel conquerra.

Les bandes flamandes occupaient line position favorable, sur les hauteurs qui dominaient la ville; mais jaloux* de prouver à la noblesse française qu'ils étaient dignes de se mesurer avec elle , ces rebelles demandèrent la bataille en plaine , qui fut accordée à deux jours de là.

La prévoyance ne fût jamais une qualité française : dans l'intervalle qui devait s'écouler jusqu'au

3M RumnAc

ceodbu » lès seigneint se Hvraiim à la bdmM diAftf, danimcBt daù leurg quartiers, et s'àbMadtHUiaieiit aiixél«uckcettehikritéiutMmde,qai tetnb{ei^ae-i eiéknmaon àmim rui«)èsi'PrM«ç«»ia «tomènf Amdangan LeurjoyeuMrMwuciaiioerfftKitgitère elbiiAtàle areo la dÏMapliae; une inpMrilahte ■rfcniité laûnit ÉsiëslibmlesûniéB 4u aUMp.-tTiT prétmiitt marchand de ppiMMff, ^i tt'Aatt MrtW que le généraliMime de l'amiAe -flamande Mi^Mt dawucamp, leoutiDdeta«aÙH9nrlhél«nî,^9 fvétdite dvd^lor sa mandiandise. Oii4a ttti ftdketx âveo empresseraait ; tandis qae d'un «il aridto tt absorrait l«s localités , et acfaemt-dk séoennim ère que les bonumes d'armes dti' itri rty sowgeaièiH à'viwtraotBS qu'A se d^er d'usé surprise. '" l I lie jbv mÀne, vers 4eax hbores dv soii'><')el eu womcBt oà presque tout le monde do^mait'svM les tente» françaises, après une débauche nocturne, le même cbef flamand, nommé Zennequin, se dispose h surprendre ses imprudens ennemis. £n conséquence il dÏTÏse sa troupe en trois corps: le premier marche au roi de Bohême, qui commande l'avanf-garde; le second se porte contre le corps de bataille, que doit diriger le comte de Hainault ; et lui-méme,à la tête du troisième,s*avance paiiibkment sanspomt de noist , dit Proissard , vers le quartier de Philippe VI , avec le projet de l'enlever Les hommes d'armes qui ne

dorment pas , prennent le corps de Zennequin pour un renfort qu'cm attend des communes Toi^

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sines; le chevalier Renaud de Lanlae borne à lui reprocher obligeamment son arrivée inopportune, dont le sommeil de leurs amis sera troublé. Un cuup lie javelot répond à cette observation amicale : le paladin tombe en poussant un cri d'alarme. Cependant le foi. comme Philippe-le-Bel àMons, voit h quelques pas de lui les Flamands, dont un dominicain, son confesseur , vient de lui apprendre avec effroi l'exjï^dition hardie. Philippe cric à ceux qui l'entourent de l'aider h revêtir ses armes; mais il ne se trouve k ses côtés qu'un directeur de conscience ci les clercs de sa chapelle , gens £orl inhabiles à joindre les pièces d'une armure. Cm écuyers tonsurés font cependant de leur miens; le monarque est à cheval. Emporté par sa houillante ardeur , il va se voir enveloppé de Flamands, loisque Miles de Nojers , garde de l'oriflamme , frappant d'une main les ennemis, aj;itant l'étendard redouté do l'autre, dégage son souverain, el lui donne le temps d'être secouru. La cavalerie arrive au galop; les aventuriers de Zennequin sont cernés, enfoncés, taillés en pièces j tandis que le roi de Bohème et le comte de Hatnault erlermiuaicniles deux aulrcii corps flamands , découragés par la défaite de leur général en chef, « Aucun ne « recula, dit le chioniqueur de Valenciennes • , " tous furent tués et morts l'un sur l'autre sans

' Frotssai'd , qui , certainement , psi le meilleur guide qu'on puisse choisir poiu- retracer les cvènetiicns de cette é^otpte , piait de Valenciennes; il y naquit en l'itnmv i3a7.

Il yssir de Ja place où la bataille commença. » Quatorze mille hommes restèrent sur le champ de balâQle ; non compris dix mille rebelles qui , après les hosiiliiés , furent saisis sur d'autres points , condamnés a mort, et exécutés avec la plus horrible recherche de supplices.

Cassel, pris, rasé, réduit en cendres, n'offrit plus qu'un monceau de ruines fumantes et jonchées de cadavres brûlés..,. Toutes les forteresses furent démolies; les vainqueurs dévastèrent le plat pays ; en un mot , presque toute la Flandres devint un foyer d'iucendie, un champ de carnage et de dévastation. Ce fut en celte situation que le duc régnant retrouva ses États, dont il avait été expulse, lui dit son vengeur, pour avoir négligé de rendre la justice à ses sujets..,. Le roi venait de la leur faire ample et mémorable ; ils durent se rappeler le jagement du suzerain.

Valois rentra en France couvert de gloire , disent les historiens panégyristes, dont le judicieux Froîssard imite trop, dans cette cirnonstance, la faconde servilc. Selon les chroitiqueurs , « Philippe « fut moult prisé k honneur de cette entreprise; il « demeura en grande prospérité , et accrut l'état « royal , et n'avait euoncques mais roi en France , « si, commel'on disait, qui eut tenu état pareil « au sien. » Nous ne voyons pas sur quels exploits se fondait un si brillant éloge ; car certes ! la victoire de Cassel ne fut qu'un élan dedéscspoir, succédant à une négligence condamnable , puis à la

UË PARIS. %F

linnte d'une surprise; et s'ily eut quelque honneur acquis pendant le combat, il fut terni par les excès qui suivirent le triomphe.

Néanmoins Philippe VI, prenant au mot les louanges hyperboliques de ses adulateurs, se crut décidément un grand prince. Il manda du ton le plus impérieux Edouard III, qui ne lui avait pas encore rendu bomma(|;e pour la Guienne. Le prince anglais avait répondu une première fois tique le fils d'un roi ne s'humiliait point devant le fils d'un comle»; mais encore trop peu sûr du dévouement de sa noblesse pour rompre avec Valois , il se rendît à ce second appel. Philippe VI attendait son vassal étranger dans l'église de Noire-Dame; il était assis sur un trône élevé, superbement vêtu, la couronne en tête, et environné d'une cour nombreuse , dont les habits, semés de pierreries ,-élincelaient dans l'église inondée de lumière. On remarquait sur les degrés du trône trois rois : ceux de Navarre , de Bohême ci de Majorque ; les ducs de Bourgogne , de Lorraine, de Bourbon, et une foule de grands dignitaires, de soigneurs, de chevaliers. L<\ se trouvait aussi Jeanne de Bourgogne , veuve de Philîppe-le- Long, dont le visage pâle, les traits altérés, le regard éteint révélaient , malgré la plus riche parure, les excès presque inimaginables de i'hôlel de Neslc , excès auxquels cette princesse épuisée allait bientôt succomber. A ses côtés brillait , encore belle ei riche de sanlé , Jeanne d'Evreux , veuve de

%i HISI>OIHS

Chwlea-le-Bet :ob eût dk VÏBqinu&iité aiêfisejanptÂs delà vertu.

Edouardin, en speroerant / da pordK dtf l*é-

gifié, un appareil si éelfttaBt, ^arrêta on mo- ■Mnt comme îndAm; H t'arnnca toatxScm vert Mn superbe suaeràîn. Lorsqu'il fut mrnwé an pied de f estrade , le grand chamMUn hii coenmanda d*6ter ses fieront , de quitter son ^pée ; puis lu tendant hi main . -U le condnhit anx (lîéds de Vhflippe, «t lui oidonu de se mettre Àgettiertix sur un .caryean de TeloUrs , préparé à cet ^fbi. Le roi d^An^leterre , humilié au-delÀ de toute expression , avait les jones p<»urpre8 ; son front dégouttait d'une suetir froide; on voyait ses ddigis se crisper de d^it... B obât pourtant. Alors le diancelier , prenant la pardle , proncmça mtte formule : « Sire ,. vous devenez , cotnme duc de « Guienne , homme lige * du roi mon seigneur; et K lui promettez foi et loyauté porter, » Edouard fit répéter deux fois ces paroles sans répondre vOirc , selon l'usage consacré. Fuis il ajouta <« Je Il ne m'engage point en qualité d'homme lige; je ne « le dois au roi de France , et je' ne dis voire qu'à « la formule du serment pur et simple. Je ferai con- " sulter les archives des rois mes prédécesseurs ,

' L'hommage OD dévouement de l'Iiouinic , élail simple ou lige. Dans ce dernier cas , il Lait pcisonncUemciit le vassal au souverain , et le soumettait à lui et aux peines de l.t Joi mcHtie, qui c'taienl la confiscation cl la moil, eu cas (te rébellion.

«pour savoir précisément à quoi je suis obligé; ne '< voulant rien faire de plus; et j'envenai ensuite " des lettres scellées de mon grand scel, énonçant Il sur oe ma volonté, » Pour linir une discussion inopportune en telle circonstance et en tel lieu , Philippe reçut l'iiommage de son vassal tel qu'il voulut le prononcer; le cliancolier ajouta: « S'il " est ainsi, le loi notre sire vous reçoit, sauf « ses protestations et retenues.» Puis Philippe baisa sur la bouche son bon frère Edouard , dont il tenait les mains dans les siennes... Si le soufllc du vassal eût été une émanation de sa pensée, il eut empoisoaué le suzerain.

Après cette cérémonie , où l'humiliation d'une léie couronnée avait été donnée en spectacle devant une cour nombreuse , réunie comme pour assister h quelque représentation lliéAtrale , Edouard UI retourna en Angleterre, la rage dans le cœur.,. Il jura dès lors une haine immortelle au voisin qui l'avait abaissé avec affectation 'el avec plaisir... Ce fut une source d evènemens funestes à la France.

Cependant Philippe VI , en train d'exercer une suzeraineté tyranuique , attaqua, après des evènemens sans connesité avec notre sujet , le pape Jean XXil, comme hérétique , et le menaça même de le faire ardre (brûler), s'il ne se rétractait dans une discussion qu'il avait avec l'univcrsilc de Paris. Cette controverse est bien digne de l'esprit sublime qui dominait b's savans de l'épo-

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^e i elle, consistait a recfaevsher de queUe manière les. lûeDbeureux Toieot'Dieu dan* le ei«l: le corp* universitaire prétendait <{ue la tvie beo'tifiifue * était immédiate ; le pontiCe soatenaU au contraire que les «lus n'^en-ijouiraient qn'apvès

la i-ésurrection génerate.

Maia la TÎsion béatifique n'était que le prêtera

' * D n'est pM sans intérêt de lappoita la <l^wiri«» qm lei MTans de l'époque dûnDoietU ^ c^tte faculté} voici conuncnt ikfaïsonnaient : u La tïùod béatifi^ on ûiitutwa est U ma- nîâre dont les bienheureux voient Diea dans le ciel , non par one reprâenUtion idéale , tdle qne nona l'avons en cette vie , mais par une manifestation HBnéâikte qne Dien leur £ait de lui-mêine. Le prentier otqet de. cette vision esc l'easaMie divine , ses attributs , ses relations ; le second objet , ce sont les créatures que les bienheureux voient en Dieu, c'est-à-dire dans son essence , comme dans un miroir : non toutes à la vérité , mais seulement celles qui peuvent les toucher spécialement. Ils les voient dans le vcrùa , disent les lliéologiens ; car le vcrie est comme un uuroir universel : c'est dans le verbe que Dieu le pète a les idées de toutes choses, soit existantes, soit possibles. La vision intuitive n'est pas égale pour tous les bienheureux ; mois elle est proportionnée au mérite de chacun et '\ le ur sainteté réciproque, k II y a plusieurs deu meures dans la maison de mon père , dit Jésus-Christ (Joan. Il i4)i une étoile diffère en clarté d'une autre étoile, dit l'au pàtre(ICorinth. i5).n Cette vision, quoique intuitive, n'est point conipréheusihic, c'est-à-dire que l'esprit créé , quelque aidé qu'il soit de la lumière de la gloire , ne saurait embrassai' toute l'étendue de Vessence divine, parce qu'elle est indnie , et que !a nature est essentiellement bornée... n Vous avti rompris sans doute... (Dictionnaire Ecclésiastique , tome It , im$c 673).

de l'animosité que le roi de France témoignait au pape , son pou redoutable voisin. Ce ponlîfe , sans uvoir assez calcule le danger de son culreprise, soutenait avec ardeur Frédéric d'Autriche , qui cherchait h déposséder de l'empire Louis de Bavière, allié du roi... Jean XXII , en voulant déposer l'empereur, fut déposé par lui. De plus, accusé d'hérésie à cause de ses écrits touchant la question alors agitée, ce pontife eût couru risque de la vie, s'il fi\t tomhé entre les mains de son ennemi : il est probable que l'Europe aurait eu , pour la première fois , le spectacle d'un pape brûlé vif, comme hérétique , en dépit du vicariat de Jésus-Christ, exercé par lui sur la terre. Ces iltsscntions se terminèrent néanmoins sans catastrophe pour Jean XXII : il rétracta ses opinions sur la vue béaiifique , reconquit la protection du son voisin, et mourut à Avignon en i534; laissant à l'église des constitutions flétries du nom ^^extravagantes. Peut-être fut -ce seulement par ce qu'il oilrait de sensé que ce code apostolique mérita celte dénomination, do la part d'un cler'^é qui, danssesiuspirationsordinaires, renversait toutes les idées de la sayesse et de la raison. . Une affaire plus grave que celle dont nous venons de parler, et qui eut des suites plus funestes {)Our la France , avait commencé à peu près en mcmc temps que les tribulations de Jean X\ll. Robert , comte d'Anois, nprès avoir bien servi le roi dans la guerre de Flandres, voulut profiler de

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la reconnaissance royale , qui lui éLait acquiac . ' poui' faire valoir de prétendus droils à la soiivel'âinelé de l'Arioîs , dévolue , par un droit plus réel, à la fillo du dernier comlc.Jhilippe eut volontiers secondé le prétendant ; mais il lui lit observer qu'il n'avait pa^i do titres h produire : peu de jours après, ce seigneur en produisit pourtant. Ils avaient été fabriques par une demoiselle Divion , de BétKuuc , qui fut soupçonnée , arrêtée, et qui confessa ses manœuvres frauduleuses. D'Artois pouvait encore se sauver , en niénagcani un souverain ii-op disposé à l'indulgence pour lui : loin de là, il parla avec hauteur, avec emportement au roi; dès-lors, ce prince livra l'affaire aupailement. La Diviou fut condamnée au feu , et subii sa peine. Quant au comte d'Artois , ajourné devant ce grand coips judiciaire, il ne comparut point. Philippe , lui-même , sur les conclusions du procureur -général, condamna Robert au bannissement.

Errant , fugitif, accablé de misère, ce seigneui' essaya de vingt moyens pour se venger de son illustre juge : opérations magiques, tentatives d'empoisonnement , envoi d'assassins k la courde Paris , tout fut mis en usage par Bobert, Furieux d'avoir c'chouédans tous ses attentats, il seré^igia enfin h la cour d'Angleterre, où il savait trouver un cœur ulcéré, et sans doute un complice de vengeance.

Tandis que d'Artois et Edouard III combiiiaieni

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un plan pour la luiiture de co dernier avec Philippe VI, celui-ci , obsédé comme ses prédécesseiirs par le clet-g^ , qui ne cessait de demander et de prêcher une nouvelle croisade , s'élait mis en rappori avec le nouveau pape Benoît XII, afin d'aviser aus moyens d'accomplir ce pèlerinnge armé. Mais il fallut bientôt songera une défense plus pressante que celle des chrétiens de l'Orient et des pierres du saint sépulcre. Le roi d'Angleterre avait eu le temps d'assortir divers griefs contre Philippe VI : d'abord on hii reienaii indûment, disait-il , quelques terres de la Guîenne : puis il reprochait h Valois de donner asile à David Bruce, roi d'Ecosse détrôné , sans considérer que lui-même avait reçu Kohcrl d'Arlois; enfin , le monarque anglais faisait revivre ses prétentions i\ la couronne deCharlesle-Bel.

Sur l'antorité de ces prétextes d'hostilités , Edouard avait ranimé l'esprit de révolte au cœur d'un parti flamand : lui-même passa en Flandres , pour s'entendre avec le brasseur Jacques j4rtevel , que les rebelles avaient choisi pour leur chef. L'Anglais se rendit ensuite à Cologne , oô l'empereur Louis de Bavière le créa vicaire général de l'empire , et s'allia avec lui contre la France.

Cependant toute la Flandres n'adoplail pas l'alliance d'Edouard ; une partie de la nation se rappelait amèrement le rude châtiment que Philippe avait imposé au pays; beaucoup de citoyens te-

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iiaienl à ne point reprendre les armes contre la France. Dans celte conjonctm'e , ei pour l'aider h peisiiaJer ce peuple oandidc, Arlevel conseilla àl'Anglnis de se donner puremeni et simplement le titre de roi de France; supercherie au moyen de laquelle on pouvait déterminer les récalcitrans à prendre les armea : cet expédient réussit en effet.

Avec tant d'ennemis sur les bras, Philippe VI éprouva de grands désavantages dans la première campagne : la Picardie fut dévastée par les Anglais , et , pour comble de m.ilheur , le roi vit passer dans les rangs ennemis le comte déliaiuault, son meilleur allié. Pendant ces désastres , Jean , prince royal et duc de Normandie , avait vainement tenté de jeter une armée en Angleterre : ses exploits s'étaient bornés a quelques descontes partielles , presque aussitôt repoussées. Vers l'automne , les deux armées se joignirent près de Cambray , au lieu uommé Vironfosse ; les épées étaient tirées , les lances en arrêt ; mais on réfléchit que c'était le vendredi : ni l'un ni l'autre des souverains n'osa attaquer son ennemi en un tel jour. La guerre pouvait se terminer dans cette rencontre ; le scrupule relîgi^x , qui arrêta lés combattans, ne fut point une inspiration profitable à rhumanité.

La seconde campàgne'ne fut pas moins malheureuse aux armes de Philippe. Pendant l'arrîèresaison, Edouard était retournéen Angleterre, d'oii il se proposait d'amener des forées nouvelles ; le

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roi songea à lui fcimer les porls du conliDCnt. En conséquence, il acheta de toutes parts des vaisseaux , particulièrement h G^aes , et attendit son ennemi, au printemps de l'année i34''l ' sur une floite de cent vingt f^ros bàtimeiis.

Avec celle escadre, composée de vai^aux iialiens,espagnols, suédois, flamands, Philippe ne pouvait égaler les ressources maritimes de son ennemi. Celui-ci parut sur une flotte moins nombreuse , maisnécessairement mieux disciplinée que celledu roi de France. Les deux armées se rencontrèrent en vue du port de l'Ecluse , et s'attaquèrent avec acharnement : c'est le premier engagement naval, entre la France et l'Angleterre, dont l'Histoire ait fait mention ; et peut-être est-ce encore nujourdliui le plus meurtrier de tous les combats de re genre qui ont eu lieu jusqu'ici. Il dura presque toute la journée, quoique le roi d'Angleterre eiil été atteint d'une flèche à la cuisse , dt's le commencement de l'action. Quelques historiens ont rapporté que les Flamands, iiiactifs pendant une partie de l'affaire , ne secondèrent les Anglais qu'au moment où leur flotte commençait à se débander. Il n'en fut point ainsi; toutes les forces d'Edouard comhatlireut dès le commencement de l'attaque; et les Anglais durent la vicloire à la supériorité de leurs manœuvres, qui leur assura l'avanlage du vent , auxiliaire toujours puissant en pareil cas. Philippe VI , dont l'armée s'élevait à quarante mille combattans, montant cent vingt

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gros vaisseaux , perdît viiigl-cinq mille boininrt et quatre-vingt-dix bàtimens.... Le vainqueur débarqua , sans le moindre obstacle, n l'Ecluse , et mil le siège devant Tournay , tandis que Hobert d'Artois formait celui de Saint-Otner.

Nous flc poursuivvoDS point la narration des evènemens de celte guerre , durant laquelle l'inconstante fortune des armes favorisa iantO>l le roi de France, tantôt ses ennemis. Citons seulement une circonstance e nous ne devons pas omettre, parce qu'elle caractérise l'esprit de l'époque. Edouard, fier du omphede l'Ecluse, envoya délier Philippe ibat singulier; le cartel portait : à Philippe ot. (dois, sans autre titre. <i Sans doute, dit le r ; France avec dignité, M en parlant au héraut ai lais , ce message ne s'a- (I dresse pas Ji moi ; votis vous serez mépris , « homme d'armes. Mais je veux bien apprendre n au roi , votre maître , qu'un vassal ne doit pas (I défier son seigneur. Dîtes cependant à Edouard, « que j'accepte sa propositioD , si l'on convient '( d'avance que le royaume d'Angleterre, comme « celui de France, doit âtrejoué danslapartie*.

Dés le commencement de laguerre, le comte de Montfort, mati de Jeanne comtesse de Bretagne, avait été fait prisonnier et envoyé dans la tour du Louvres. La veuve coolinna la guerre sur son pays en véritable héroïne. Mais cnfinen 1 544 • ^^ cx>mte Robert d'Àriois étant mort, et le roi d'Angleterre se trouvantretenuen Angleterre par un monTement

del'Ecosse, une irève fui conclue, à la sollicitation (lu pape, qui se réserva Uc faire traiter sous ses yeux pour une paix définitiTC, En, ce nionieni * France veuaii d'acquérir le Dauphiué par la cession de HumberllI, mort sans enfans; et leRoiissillon, par achat fait de cette province h don Jaime d'Arragon.

Ces acquisitions et les nécessites de la guerre avaient achevé de ruiner l'Etat; Philippe VI, rentré dans sa capitale , ue savait plus comment subvenir ans dépenses de la monarchie, et à l'entretien d'une armée qu'il était prudent de laisser sur pied , avec un ennemi aussi actif qu'Edouard m. Dans diverses circonstances on avait levé quelques deniers sur le sel ; mais cet impôt ne s'était perçu que par intervalle; le roi songea à l'établir définitivement , h. l'aide du monopole. En conséquence il £t établir, dans tontes les villes de France , Aes greniers à sel , où les citoyens furent obligés d'aller prendre celte denrée de première nécessité, au prix, dès ce moment fort élevé, qu'il convint au monarque de fixer. « Ainsi , mes- <i sires, dit le roi d'Angleterre h ces seigneurs en « apprenant cette institution fiscale , vous voyez Il que Philippe sait , en homme habile , tirer tous <i les avantages possibles de la loi saliffue -. » allusion ingénieuse au droit dont le prince français s'était prévalu, dans les débats que nous avons rapportés au commencement de ce chapitre.

Celte charge accablante imposée au peuple.

cette charge qui devait ôire I'uqg (les causes les plus actives de la grande réToIution de 17(59, AiisCrÎTÎtdantiles annales de la France au bruîl des réjouissances publiques célébrées , à Paris , pour le mariage de Philippe , second fds du roi. Il y eut , commede coutume, grands festins , distributions de livrées , lournois, représentations théâtrales dans les places publiques. Mais la bourgeoisie parisienne , appauvrie par des contributions exorbitantes, frapptîc, dans ses afîeciions parla mort de ses eiifans , tombés sur les terres de Flandres , de Bretagne , de Normandie , ou engloutis dans les tlots & la funeste journée de l'Ecluse ; la bourgeoisie parisienne , disons-nous, prit peu de pan h ces brillantes solennités : on eut dit qu'elle pressentait le lugubre lendemain qu'elles devaient avoir.

Les princes , les grands seigneurs et toute la fleur de chevalerie du temps étaient accourus au tournois annoncé par Philippe V , et qui eut lien dans une plaine Toistne du Louvre. Les chevaliers bretons se distinguèrent surtout parmi tant de paladins; ils recueillirent presque toutes les récompenses que , selon l'usage , dispensèrent les n^aios de labeauté : faveur énivranteque ces infortunés devaient payer chèrement. Une grande partie de cette noblesse bretonne s'était déclarée pendant la guerre pour la comtesse de Montfort , surnommée Jeanne-îa-Flamande ; contre le comte de Blois , son compétiteur au ducbé de Bretagne ^ ou plu-

tôt contre Jean7te-la-Boiteuse, femmct^e celui-ci, qui s'éiait montrée plu3 souvent que lui à la télé des armées. Philippe , oncle et allié de eetie dernière, n'avait pas pardonné aux Bretons l'appui donné à sa rivale ; on a prétendu , et par mallieiir beaucoup de témoignages ont rendu prestjue nulhentiqiie, qu'une fête mililaire n'avait été célébrée àParis que pour y attirer ces gentilshommes, Quoi qu'il en soit, ils se virent brusquement arrêtés, au nombre de douze ; sans procès , sans même avoir été interrogés , ils furent conduits aux balles, exposés au pilori et décapités , à une petite distance de la lice dans laquelle ils avaient triomphé la veille. Le plus illustre de ces seigneurs , par sa naissance et son courage , était Olivier , sire de Clisson *. Nous citons , sans la garantir , l'assertion de quelques écri- Tains qui assignent pour première cause au meurtre

• Plusieurs autres chevaliers ou t'cuycrs furent bannis du royaume, avec confiiîcacion de leurs biens. Le nomnii? Henri Mdestrail , ciiapelain dn pape el inaîire des requêtes de l'hôlel dn roi , implique' dans la même aflàire , fut litf sur un tombereau, promené par la 'ville avec une couronne de parcbcmin sur la tête, puis condamné à une prison perpe'tuelle, uau pain de douleur et Ji l'eau de tristesse, n M. Didaure (t. III , p i93etig4)rapporte qu'il yeul plusieurs exécutions de clievabers bretons ou normands, du igjuillet i343 au 15 octobre i344' D'après cette version , que l'auteur parait a*oir puisé; dans les re^stres âa parlement de Paris , les supplices se seraient prolonge environ quinze mois. Cette donnée est contraire à la chronologie de phisiem-s historiens , qtû font un luiique de l'exeVution dont il s'agit , et b placent

4o4 HISTOIRE

(les halles, iii délaiion secrèle de Pliilippine de Hainaul, iflne (l'Angleterre, et proche parentelie Philippe VI. Celle princesse , disent-ils, piquée lie l'humiliation qu'Edouard lui faisait subir enla délaissant pour ia comtesse de Salisbury , envoya révéler à Philippe les complots, vrais ou supposés , des gentilshommes les plus attachés à la cause de son époux , cl dont la peile lui causerait un vif cliagriu. D'après la même version, le roi , ne voulant pas compromettre la reined'Anglelerre, sa parente, supprima toute forme judiciaire, et brusqua l'ejsécution. Cette conduite, si elle est authentique, fut celle d'un despote ombrageux et erueljmaisen. admettant que la justice de ce prince ait élé plus, éclairée dans celte malheureuse circonstance, le mystère doni elle demeura environnée fit croire, presque généralement, h l'iniquité du supplice des infortunés Bretons. La fureur renaissante des ennemis de Philippe et la haine de ses peuples

après la trêve , qui , certainement , ne fut conclue ^'cd i344- Sëloa les meiUeiirs documem historiques , k mariage de Philippe , second fils du roi , ne se fit qu'en 1 345 j à cette époque seulement on donna un grand toumob à Paris , et si , comme tous tes historiens le disent , cette fête fut un pi^ge tendu aux chevaliers bretons pour les sacrifier , ils ne purent être décapités qu'en i345. Ajontous encore que la reprise des hostilités par Edouard III , motiTee sur ce massacre , eut lieu dés le commeucemeut de l'année i346, et qu'il est peu probable . que ce prince eût attendu près de deux ans pour Tenger les ; chevaliers que , dans son manifeste , il déclare avoir été att». , chés à sa personne.

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furent la funeste conséquence de ce 'coup-d'État lénébreux.

Bientôt celle consécjuence devint rcdootable, Edouard tll , lUciintenant libéré des embarras que la révolte des Ecossais lui avait causés , n'attendait qu'un prétexte pour rompre la trêve : Philippe le lui avait oftVrt très plausible , en paraissant la rompre lui-même , par l'exécution de seigneurs alliés du monarque anglais. Soudain celui-ci jeta des troupes d'abord en Guienne puis en Normandie. Le début des premières offre un Irait ingénieux, qui mérite d'être cité. Jean, fils aîné du ror, commandait dans la Cuiennc; il attaqua Àngoulême , où s'ctail renfermé un brave capitaine , nommé iVbr.vi/-. Ce chevalier, ayantsenti promptement qu'il ne pourrait défendre la place contre les forces considérables qui l'assiégeaient, faitdemander un matin h parler au généial français; Jean s'avance jusqu'au pied du rempart; Norwik, paraît entre deux créneaux. « Prince , dlt-il , je sais <i que vous avez ainsi que moi grande dévoiion i « la sainte vierge, et c'est demain le jour delà pu- '< rilicatîon: il serait digne de deux chrétiens de « convenir d'une suspension d'armes pour ce saint « jour. — Volontiers , répond le prince. » Le lendemain au lever du soleil , l'Anglais sort d'Angoulême en tète de la garnison, avec armes et bagage: il est arrêté aux avant-postes français. « Te « n'ai garde de rompre la Irève, dit-il à l'ofûcier « principal qui commandait sur ce point; mais je

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« suis bien «ise de me piomener un peu hors de la « place, où mes hommes d'armes et moi sommes « enfermés depuis si long-ieaips. •> On lui répond qu'on va demander îr M. le duc de Normandie si celle promenade militaire entre dans les conditions de la trêve ; Norwik attend le résultat avec quelque anxiété. « Laissez-le aller, de pardieu , dit H le prince avec un sourire, et contentons- nous « d'avoir la place. » Nous sommes bien tenté de croire que cet Anglais était d'origine gascone; et du reste le trait de Jean fait honneur à son caractère.

Edouard III , informé du désavantage de ses armes eu Guienne, voulait y descendre avec des troupes fraîches; mais , contrarié par les vents , il dtit prendre terre en Normandie , où le comte Godefroy d'Harcourt * était déjà débarqué avec an cprps ftogUia. Ces deux capitaines dévastèrent de concert cette: province , que Philippe , dans une icaprpyMice presque inconcevable, avait laissée s^ifs défeftseiirs. Le roi d'Aogleteri-e, trouTant les cbeutlns libres, toujours pillant, bitAtant, saccageant , k'avaiiça vers Paris , par deux routes différentes. Les deux corps piUar4s se réunirent àPoisay. Cependant , peu rassuré dans une expédition aven^ turei|se au sein d'un royaume populeux , le monarque anglais, conseillé par la prudence , se retira ti Boueit , après avoir brâlé Saint-Germain , Nan-

* Ce comte d'Harcourt Aait un U'ansloge normaBd , banni de France l'année précédente , par airét du parlonent.

lerre, Ruel, &iint-Cluu(l cl Neuilly.... Les étiiiciilles de ces incendies étaient retombées jusque sur Paris.

Enfin Philippe VI , sorti de son étrange lé- Ibargie , se porta en toute hâte à la rencontre de l'ennemi , avec sa noblesse de Bourgogne , de Champagne . de Picardie , et toutes les communes qu'il avait pu réunir depuis sa tardive détermination de se mettre en défense. Le roi s'étani avancé jusqu'Ji Rouen par une route détournée , Edouard qui voulait passer la Seine en ce lieu m? put y parvenir, et se mit eu devoir de remonter de nouveau le fleuve. Philippe suivit son mouvement sur la rive droite. Alors le ruse Anglais feint ostensiblement de passer en présence même de son ennemi , fait mus les préparatifs sur un point où se fixe l'attention du roi, et durant la nuit franchit ailleurs la gvière. puis se donne deux jours d'avance sur le monarque français en marchant vers le Bauvoisis. Mais les ponts étaient détruits sur la Somme, et les gués avaient de bonnes gardes. Toutes les tentatives qu'Edouard III fit pour opérer ce second passage furent inutiles ; il y perdit môme un assez grand □ombre de soldats. Ainsi , dans son ardeur conquérante , ce prince s'était trop aventuré; devant lui coulait une rivière profonde et fangeuse; derrière se trouvait l'armée du roi, plus nombreuse que la sienne; armée qu'il allait falloir combattre avec des troupes fatiguées , et dans une situation périlleuse.

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Cependant, à force de recherches, on trouva un eue au lieu appelé Bianifiietan/ue ; l'armée anglaise passa la Somme , et échappa ainsi à la moitié du danger qu'elle courait. Mais Philippe n'était plus qu'à trois lieues; une bataille était imnvinente; Edouard occupa un poste avantageux, sur une éminence près du village de Creci. Le roi de France avait passé la nuit du a/^ au 25 août 1346, à Abbeville, avec une partie de ses troupes ; on avait trois lieues à faire pour rejoindre l'ennemi ; c'était trop pour un jour de bataille , et dans une telle saison. Pendant que les soldats marchaient , des chevaliers expérimentés étaient allés reconnaître la position des Anglais : ils vinrent dire au roi qu'elle était formidable , et lui conseillèrent de remettre l'attaque au lendemain... Mais ils m'échapperont, répondit le monarque vaniteux.

Pourtant Philippe ordonne à l'avant -garde de s'arrêter; maïs le duc d'^Iehçon , son 6rère, impatient de combattre , prend le pas sur le corps dont on Tient de suspendre le mouTement, et se dispose à l'attaque. Son front était couvert par des arbalétriers génois ; ces Italiens, intimidés ou harassés de fatigué, refusent d'avancer... TYies cette rihaudaiUe tfUi vient embarrasser le chemin , crie le prince à sa cavalerie : soudain dix escadrons fondent sur les Génois, les renversent, les écrasent... Mais ceux-ci, munis de stylets, évenirent les chevatix , renversent les cavaliers et.

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les égorgeai. Edouard, de sa position élevée, voit te désordre, cl s'élance sur les soldats qui débutent à une attaque dirigée contre lui par un combat entre eux... 11 n'y eut point de bataille k Créci; ce fut seulement une affreuse confusion , où l'armée française , surprise par un ennemi qu'elle croyait soigneux d'éviter l'engagement, ne put essayer aucune manœuvre. Le roi, désespéré, perdit latcle; au lieu d'attendre de pied ferme, avec son corps de bLiiaillc , les Iroupes qui ne chargeaient encore que son avant- garde, il se jeta tête baissée dans la mêlée. Princes . noblesse , soldats le suivirent; tous, ou du moins presque tous furent exterminés. Philippe lui-même, blessé au cou et à la cuisse , fut tiré péniblement de dessons son cheval expirant. Remonté par le comte de Hainaut , Valois, exaspéré, retournait au combat chercher une mort certaine , l'orsqu uu chevalier saisit la bride de son cheval, et l'entraîna hors de ce champ de carnage.

Ce n'était pas sans une héroïque défense que les Français succombaient : le jeune prince de Galles, âgé de quinsc ans, et nouvellement aimé chevalier, se trouvait environné d'intréprides ennemis, qui pouvaient le faire prisonnier.,. On courut à son père , demander du secours pour dégager ce paladin adolescent... « Est-il à terre ou " blessé, demanda Edouard; » sur la réponse négative de l'envoyé, il reprit : ■• Laissez à l'enfant ■■ gagner ses éperons; qvi'on ne me requière tant

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« qu'il sera en vîe jiour aventure qui lui advieoiic; « je veus'quc In journée soit sienne , et à ceux h « qui je l'ai baillé en garde, »

Philippe VI et la faible escorte qui avait batiu eu retraile avec lui , frappaient vers minuit à la poterne du chAleau de Brvie , près d'Abbeville. jrfu çot -vive de la sentinelle du rempart , le roi, p^oétrc du regret de sa fuite , répondit : ouvres . c'est la fortune de la France, Après avoir pris quelques raffraichisseniens dans la forteresse, le monarque , qui peut-être ne pouvait y passer la nuit en silreié , conlinua sa marche vers Amiens. Ce fut dans cette ville qw'll apprit le lendemain les perles immenses qu'il avait faites, et qu'il ne connaissait pas toutes ; car le matin mâme , des milices, qui venaient rejoindre l'armée française, tombèrent dans une embuscade anglaise , et furent en grande partie massacrées. II périt, dans ces deux funestes journées, trente mille Français, douze cenl6 seigneurs ou chevaliers, et neuf princes-, parmi lesquels on comptait Jean de Luxembourg , roi de Bohême , qui avait voulu combattre quoîqu'avei^le. « Mes amis, s'était-il écrié « en s'adresaant aux chevaliers de sou escorte , « je veux faire encore un coup d'épéê; il ne sera » pas dit que je serai venu ici pour rien. Me re- « fuserez-vous l'amitié de m' accompagner. »

Edouard accorda trois jours pour reconnattre et enterrer les morts; il assista en grand deuil aux funérailles du roi de Bohême, des ducs de Lorraine

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et de Bourbon , des comtes d'Alençon , «le Flandres, de Blois, qu'on avait tirés des monceaux de morts dont It champ de bataille était cou- Tert.

Des historiens , mais non pas coutemporains , ont rapporté , sans preuves suffisantes , que les Anglais firent, pour la première fois, usage de l'artillerie h la sanglante bataille de Crcci , et que six pièces de «anon , placées dans leurs retranchemens , contribuèrent puissamment à la victoire. Quoi qu'il en soit , cette terrible innovation ne datait encore que do quelques années.

La défaite de Greci, qui fut un des plus grands désartres que nos armées aient jamais «'prouvés, doit être attribuée h l'insouciance que la nation française apporte trop souvent dans tout ce qui tient à sa conservation. Depuis la fin du douzième siècle, l'exercice de l'arc et de l'arbalète était soigneusement maintenu en Angleterre. «. Avec « cette arme perfide , disaient nos vieux pala- 11 dins, un poltron peut tuer sans risque le plus « vaillant homme; nous ne voulons vaincre qu'a- « vec nos lances et nos épées ». Les archers d'Angleterre, devenus terribles, nous furent opposés avantageusement dans une foule de combats , et décidèrent souvent de la victoire. Avertis par une funeste expérience , les rois de France se virent obligés de stipendier des étrangers habiles à l'arc ou à l'arbalète ; mais on ne soudoie que le bras non le cœur de l'homme ; quelquefois ces

auxiliaires fuient de mauvais soldats, comme les ' Génois de Créci, et de grandes calamités naquirent d'un vain préjugé.

Après l'immense succès qu'il venait de remporter , par le secours fortuit de la destinée , Edouard, aussi prudent que son ennemi l'était peu, ne songea point à s'engager dans le cœur de la France, où son armée pouvait être accablée par de nouvelles levées, et surtout pai- les troupes que Jean , vainqueur en Guienne , amenait au secours de son père. Mais le roi d'Angleterre méditait, depuis long - temps , la conquête d'un port sur les eûtes de Frauce ; et Calais , situé au point le plus étroit du bras de mer qui sépare les deux royaumes, convenait partlculièi-emenl ■aux pi-ojets dEdouard III. II forma le siège de cette forteresse , qui se défendit onze mois. Cette défense héroïque , ainsi que le dévouement sublime diEustache de Saint-Pierre* , sont des évè-

* Lei Cal&ietts étaient réduits à la dernière extrëmilét Edouard voulait d'abord qu'ils se renditscut à discrétion ; mais , après plusieurs négociations , son ultimatum fut ûd» CODÇU : « Que de la ville , partent nx des plus notables bourgeois, les diefe DUS, tons décbanx, la liart au cou, les de& -du château et de la ville en leurs mains. D'iceux je ferai à ma volonté, et le rémanent je prendrai à merci : c'est toute la grâce que je peux faire, n Cette réponse ajant été rapportée aux boui^eois, réunis dans la grande place, Eustache de Saint' Pierre, l'un des principaux Caléùcns, s'écrie : «Grand iné— « chef, serait de laisser moiu-ir un tel peuple par fEuniue ou Il autrement} aurait grande grâce devant notre seigneur, qui

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nemens Irop connus , et d'ailleurs trop étianiieis h noire sujet, poui-que nous les rapportions dans ce leste. Bornons-nous à dire qne la guerre , avec des chances diverses , qui rarement mirent des palmes aux mains de notre armée, continua près de doux ans encore, ef fut suivie d'une paix qui laissait h Edouard tout l'avantage tout le bénéfice de la victoire.

Au moment où le bruit des armes cessait en

it le pourrait garder. J'ai si grande espérance d'avoir pardon « devers notre seigneur, si je meurs pour le sauver, que je i( veux êu-e le premier. » Ce dévoilement sublime fut iiuilé par Jean d'Aire, par Jacques et Pierre fFiianti , et par deux autres boiu-geois , dont t'iiistoire a laissé tomber ic nom dans le goudre des temps, lorsqu'elle a conservé celui de Caligola. Ces six héros parlent pom* le camp d'Edouard , et d3n.<; l'état qu'il avait lui-même indiqué, se présentent devant lui. Le prince anglais promène un regard farouche sur ces infortimcs , dont la noble contenance irrite encore ea fureur; puis il cric à ses gardes : Soit/ait venir le roiipe-téie... Mais la reine arrive plus tàt que le bourreau : EUe est Française, elle implore la grâce de ses compatriotes. — (i Ah ! madame , lui réi[ pond d'abord son mari avec humeur, j'aimasse mieux que u vous fussiez autre part que ci. Mais, ajoute-t-il, après un « instant de silence , vous me priez si acortcs que je ne puis Il vous écomkdre. Si vous les donne à votre plaisir.» — Cette princesse emmène ausrâtôt les ûx Calésiens , les fait habiller, ordonne qu'on leur serve un dîner, qu'ils ne comptaient prendre qu'avec les auges , et les renvoie à Calais.

M. de Bclloy, poète énergique du dix-huitième siècle, a composé ime tragédie intitulée le Siège ile Calais , dont le succès prodigieux a fait époque; sa plus belle récompense a été ceJIe de citoyen de Calais.

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France, d'autres calamités désolaient ce royaume : la famine et la peste décimaient la popnlntion * ; des imputa accablans , dont le produit s'étaiï dissipe en ajoutant aux malheurs du pays , avaient imprimé partout les traces hideuses de la misère ; enfin l'humiliation que laissent à leur suite lés défaites, achevait d'attrister une nation ordinairement insoucieuse, mais qui ne fut jamais insensible aux atteintes portées h son honneur.

H est, chez tous les peuples et à toutes les époques, des individus dont la folie marche à travers les calamités publiques : c'est sans doute à cette classe, plus ou moins nombreuse , d'êtres étrangers ou froids, aux malheurs de la patrie , qu'on doit faire rapporter ce que Me'zeray dit trop généralement des Français du règne de Philippe VI. Cet historien nous les peint comme se livrant avec passion aux changemens de modes, et à une bigarure d'habits qui , faisant de l'année uti carnaval perpétuel, eut pu faire prendre les habitans de chaque ville pour une troupe de baladins ou de fous. Partout ou voyait des danses lascives, partout on se permettait les attoucheméns les plus hardis des charmes de la beauté. Ce der- ■ nier genre d'audace donna lieu , sans doute sous

' A Faiis , où le fléau «évissak avec une rignenr extrêtne en 1348, les cimetières devinrent InsnffiMm pour mterrer les morts, et le prévôt de Paris dot acheter on vaste terraiti , près de l'Hôpital de la Trilihé, pour enfomr tant de cadavres.

[Antiquités de Paris , par Sauvai, tome II, ptge55^.)

l'iiiflueiioe de la jalouÛG conjugale, A l'invention (l'une sorie d'agrafe ou d'épingle , nommée affiche, rjui attachait ensemble les deux parties de vJîtement gui se joignaient sur la gorge des dames. Les iexes et les âges, ajoute le môme écrivain, étaient également dissolus et sans pudeur. « Enfin, n dit Mézeray en terminant ce tableau, les ma!- « heurs de la nation ne la corrigèrent point: le « luxe des habits * , les pompes , les jeux , les tour- " nois continuaient toujours. Les Français dan- « saient pour ainsi dire sur le corps de leurs pa- K icns. Ils semblaient se réjouir de J'enibrAsement « (Je leurs châteaux et maisons , et de la mort de « leurs amis. Durant que les uns étaient égorgés îl « la campagne , les autres jouaient dans les villes. « Le son des violons n'était point interrompu par « celui des trompettes, et l'on entendait en môme « temps les voix de ceux gfu chantaient dans le 11 bal . et les pitoyables cris de ceux qui tombaient « dans les feux ou sous le tranchant du glaive. »

Nous le répétons, ces travers ne doivent point s'appliquera toute une génération: les écrivains du temps, et particulièrement Froissard, nous montrent la nation profondément affligée après les désastres de TEcluse et de Creci. Mézeray a flé-

' On remarqua durant ce rî'gnc un cliangenient ilans les Iiabils des hommes ; de longs (lu'ils étaient depuis plus de deux siècles , ib devinrent fort courts. Mais les princes du sang conservèrent l'ancien habillement , qu'ils trouvaient sans doute plus grave , et qui , du moins , <?tait plus commode. '

4,6 HlSTO!l\h

iri à tort toute la nation des vices tl'iiiic minorité presque eniièiemeni formée de ces richos,sur l'existence desquels , dans tous les temps , les calamités publiques glissent sans l'efileurer, et partant sans les émouvoir. •

Un genre de folie plus triste que celui déploré par Méieray s'empara d'une secte appelée^t^eJflans qui , exaltée par les maux que la guerre , la famineet la peste traînaient àleur suite, se déchiraient le corps à coups de fouet , pour effacer, disaient-ils , les pécliés du monde. On voyait ces fous, hommes et femmes , parcourir les campagnes nus jusqu'à la ceinture, et modulant les coups-de discipline dont ils se déchiraient les épaules et le sein, sur des cantiques qu'ils chantaient à pleine voix. Paris et ses environs étaient inondés de ces Cauatiques t on ne pouvait faire un pas sans en rencontrer couverts de sang ou de hideuses meurtrissures. On conçoit que la débauche dut se mêler à ces pratiques superstitieuses , parmi des sectaires qui , par la tiudité réciproque des sexes , excitaient plutôtleors passions qu'ils ne les amortissaient. Le roi , d'après l'avis d'un conseil de médecins , fit défendre les flagellations sous des peines sévères; mais la persécution , cette fois comme toujours , donna plus de force au fanatisme , et ses effets cessèrent dès qu'on ne parut plus s'en occuper.

Le règne agité de Philippe VI , était peu propre à favoriser les fondations diverses; il y en -eut pourtant plusieurs à Paris dans cette période: en voici la désignation.

Nous avons vu cjue la passion des croisades n'était pas éteinte dans le cœui- des Français: une confrérie de pèlerins , méditant le voyage de la Terre- Sainte, s'était formée à Paris en i5if); elle crut préluder dignement à ce dévot pèlerinagepar la fondsiiou d'une église. En conséquence, les confrères achetèrent un terrain rue Saint-Denis , et se disposèrent à faire bâtir IVg'/ije du saint sépulcre. Le local était dans la mouvance du chapitre de Saint- Merry; il s'opposa aux travaux. Celui de Notre- Dame , apparemment payé par les fondateurs , prit faitet cause pour eux; l'évêque, qui sans doute n'avait pas eu part au subside, se déclara contre ces honnêtes croisés et les excommunia. Pour sortir de ce mauvais pas. il fallait payer de trois côtés : le zèle de la confrérie s'exécuta ; une transaction eutlieu, ctl'cglise du Saint-Sépulcre commença à sortir de terre. En iE)55 l'association ne comprenait pas moins de mille personnes; elle comptait dans son sein des seigneurs, des princes, (les rois: une destinée si prospère la détermina à changer le plan de la construction primitive, et l'édifice fut beaucoup plus vaste qu'il ne devait l'être. Mais les dons n'avaient pas augmenté en proportion du nombre des confrères. Il fallut recourir à des quêtes pour atteindre à l'éiat de magnificence qu'on se proposait : les ressources vinrent lentement, et la bâtisse Vit passer près de deux siècles sur ses travaux inachevés, I,a consécration de l'église . telle que nous l'offroris ici, n'eut lieu qu'en l'année iS^S.

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