‹ Histoire de Paris, composée sur un plan nouveauChapitre 17 sur 20 · II · texte numérisé non relu

II

4i» HISTOIRE

PliU.beureux que l«s |)èierins fomUieurâ de Ict^iisc du Saiiil-Sépiitcrc, deux jongleurs, nonitnè» Jacques Gmre cl Huf;ues-le-Lorrain . firent lerqiiiicr, en 1 555 , rue SaÎDl-Marlin. la chafielle appelée Saint-JuUen de» Ménestners , commem-«i CD I J3I , avec un hôpital aueQBnI. Il est fastidieux (Ip dire que, comme tous les fondateurs, ceux-ci rjjroiivcrcQt i\es obstacles de la part du clei^é. L'abbeitse de l^f ontmarire , qui n'était portée , non plus que ses religieuses , à aucun genre de difficolt(S», vendit volontiers aux gais confrères, le terraÏD dont tlsaTaieni besoin ; mais le chapitre de Saînl- Mcrry se trouvait encore intéressé dans cette aQatr«: il se montra moins accommodant.... Enfin on composfl. Une chapelle d'une assez triste construction s'éleva en peu de temps; elle fut dédiée à saint Julien , patron de l'hospitalité , et à saint Gênent , dont nous ne pouvons dire an juste les mérites. LéCS trouvères , ménétriers et jongleurs , de quelque nation qu'ils fussent, recevaient bon accueil dans l'hôpital de Saint-Julien ; malades, ils y étaient traités avec sollicitude.

Il est nécessaire d'ajouter que, dans cette fondation , Jacques Grui'e et Hugues-le-Lorraia représentaient une corporation de jongleurs et de jongleresses , logée entièrement dans une seale rue, portontson nom, etquîsenomme aujourd'hui rue des Ménétriers. Cette confrérie avait ses privilèges, ses statuts scellés à la prévôté de Paris. D'après ce règlement organique , les seuls confrères

DE l'ARIS. 4ig

résiJans avaieni l'exploitation musîtalu îles fêtes , noces et autres i-éjouissances qui se célébraient dans la capitale; si quelques autres mén^'triers osaient s'y présenter , ils étaient passibles d'une amende. Les jongleurs avaient aussi îeitr roi . plus un prévâl de Saint-Julien, I.a police que ces dignitaires exerçaient sur les méuétriers non agrégés à l'association était rigoureuse : ils pouvaient les bannir de Paris pour un an et tm jour ; s'ils y renirnieni au bout de l'année , il était entendu qu'ils devaient s'enrôler sous la bannière de Saint-Julien , sinon ils subissaient un nouvel exil.

Ccsménesirelsn'curentd'abord qu'un prêtre pour desservir leur chapelle; mais la vanité , qui dans ce temps se mêlait presque toujours aux choses sacrées , leur conseilla bientôt d'entretenir plusieurs eccl<îsi astiques. Alors il arriva à Saint-Julien des Ménétriers, ce qu'il arrivait partout où l'on multipliait les prêtres: ceux-ci devinrent les maîtres de ta maison, et chassèrent ses fondateurs... Les jongleurs avaient conservé au moins les dehorsde la décence dans cet établissement , où des confrères , livi-és par étal aux plaisirs, étaient pourtant admis sans distinction de sexes. Dès que les hommes de Dieu y furent établis, il n'était bruit par la ville que de leurs désordres scandaleux , qui en 1644 obligèrent l'archevêque de Paris à les chasser. Cet édifice, dont nous ne reparlerons plus , après avoir été occupé par des frères de la doctrine chrétienne, fut démoli en j 7^0.

^v> HISTUIKE

La chapelle de Saint-y^-es, que lesrieillards de notre époque ont va s'élever élégaule et presque futueuse , rue Saint- Jacques , au coin de celle des Noyers, avait clé fondée en i54lipar des écolîen bretons, eu l'hoimeur de leur compatiioie, saîoi Yves. lyabordétudiam en droit, ce Breton s'engagea ensuite dans les ordres , doniiDc par une vocation qui loi vint d'en haut. Il continua cependant i se faire ïat-ocat des pauvres. C'est sans doute à cause de celte profession que les gens du barreau ont pris ce bienheureux pour leur [>atron. On doit con- Tenirque, sous le rapport de sa mis^on charitable, Yves ne pouvait être que par interprétation forcée, le saint des procureurs.... Il ne nous parait pas bien démontré que les avoués de nos jours puissent, avec plus de raison, invo<{ucr ce patronage; car les pauvres comptent rarement parmi leurs cliens. Quoi qu'il en soit , les avocats et les procureurs , à une époque qu'on ne saurait préciser , établirent une confrérie dans cette chapelle , et l'administrèrent eux-mêmes. Cet édiûce a été démoli en 1796.

Quatorze collèges furent institués à Paris sous le règne de Philippe VI; ce qui prouve que l'instruction , encore vicieuse sans doute , prenait cependant un essor de plus en plus rapide , et devenait un besoin plus général que dans les siècles précédens: nous arrivons doucement au temps où l'on rougira enfin de son ignorance.

Le collège de Marmoutier, fut fondé en iSag

par Geoffroy Du Plessis, déjà fondateur d'un aulie collège de son nom. Le nouvel élablissemeni occupa, rue Saint-Jacques, trois maisons appartenant h Du Flessiâ ; il était destiné à recevoir les écoliers que le couvent de Marmoutior, en Touraine, envoyait à Paris pour y étudier. En lOSy, ce collège fut réuni à celui de Clermont , depuis appelé de Louis-le-G rand .

Nicolas- le-Cauderlier , abbé de Saint-Wastd'Arras, voulant envoyer quelques écoliers de celle ville étudier à Paris, fonda, vers l'an i5So, un collège d'jdrras , qui donna son nom à la rue où il était situé. Il a été re'uni ea 1763 au collège de Louis-le-G rand.

Jeanne , comtesse d'Artois et de Bourgogne , femme de Philippe de Valois, donna , par testai ment fait en i353 , le prix de son hôtel de Nesle, dont elle ordonnait la vente , pour fonder ua collège destiné aux pauvres écoliers du comté de Bourgogne. Les exécuteurs testamentaires achetèrent un bâtiment rue des Cordeliers , vis-à-vis le couvent , et sur l'emplacement oii s'élève aujoui^ d'hui l'École de Médecine. Là fut établie la maison dite des écoliers de madame Jeanne de Bourgogne , reine de France , où , suivant l'intentioa de la fondatrice, on enseigna la philosophie seulement. Chaque élève eut , pour son entretien , trois sous par semaine. Ce collège fut réuni à l'université en 1 764.

Le collège des Écossais, d'abord situé rue de»

4aï HISTOIRE

Amaiidieis, devait sa fondation à uu évêquc écossais; ilfut institue dans ce premier local vei-s Tanïtée i555; en 1659, l'arclievètjue de Paris réunit à ce collège une communauté de pri^tres écossais formée par Jacques de Betlmne, archevêque de Glascow ;et vingt-deux aos plus tard , tout ce personnel (élèves et ecclésiastiques), fut ti-ansféré rue des fossés Saint-Victor.

Etienne de Bourgueil , archevêque de Tours . abandonna en 1 554 ""*' maison et quelques dépendances qu'il possédait rueSerpente, afin de placer le collège de Tours , où furent reçus six écoliers , auxquels il assura trois sous par semaine pour la nourriture de chacun. Une chapelle bâtie dans une maison voisine, futjoînte au collège . et le fondateur entretint un chapelain pour y célébrer les offices. A plusieurs époques , le sort des élèves et du principal commisii leur direction fut amélioré. En

1 763, le collège de Tours se fondit dans l'université.

■ Des Italiens fondèrent le collège des Lombards. dans la mémo année 1 554 ; il prit le nom de t?tai- SOH des pauvres Italiens de la charité de Notre- Dame. Onze boursiers, venus d'Italie, y étaient entretenus anx frais des fondateurs. Cette institution était placée dans la maison de André Ghini , évêque d'Arras , située rue du Mont-Saint-Hilairc. Dans la suite , de riches Espagnols, ayant fait quelques dons à ce collège étranger , y firent entrer plusieurs de leurs compatriotes. Jl fut fermé en

DE PARiS. 1,1 i

Guy de llaicouiL , évequc de Lisicux , ayaiil laissé [lar testamem la somme de mille livies parisîs poui la foudalion d'un collège de Lisieua^' , il lui établi en i536, d'abord rue aux Prèires, pics de Saiat-Séverin , puis rue des Grés-Saint- Jacques ile transfert fut facilité par de nouveaux dons "que firent à l'institution trois gentilshommes de la maison d'EstoulevUlc, qui en accrureiules revenus. Eu i7(J4> le collège de Lisieux remplaça eelui de Doimans dans un local de la rue Saint-Jean de Ilcauvais.

Hue Saint-Audré-dcs-Ars , au lieu occupé maioti-naut pai' la maison n" 5o, avait été fundé en 1 557 un collège d'^utun , institution due à la bii?nfaisance de Pierre Bertrand , cvcqiie de cette ville. Ce prélat avait donné sa propre maison ei d'aulresbiens pour l'entretien d'un certain nombre d'élèves des diocèses de Vienne , du Puy cl de <Mermoni. Ce toUôge s'accrut, durant !cs siècles suivans, par le concours de plusieur^ aulies bienfaits; mais, en lyOS.il fui réuni iuicoUèi;e I <ouisk'-Grand.

En I j3g , un président de la cliambre des enqu^Ios, Jean de HubanI , fonda, rue de la monlaitue Sainte-Geneviève; un collège qui lertit lu nom de son fondateur, G't;st le premier boiunie rie robe doul l'histoire nous ail révélé la sollicitude pour rinslrnclion publique, ei ce prcsideni mit plus d'oslen talion que de sagesse dans celte itislitution Le poiUiil du collège de HubanI élaii

HISTOIRE Du reste ou ignore ei sii silualioii piéoisie ui sa iu^; il est pourlaalà présumer qu'elle se irou- 1 vers rexlrémilé de la rue Saint-Andi'é-des- Is , qui avoisinail la porte de Bussy. On ne cont guère uoH plus que de nom le collège tic Urc Clément , fondé eu i349 P^"" ftoberi m<:;iu, ruu Uaute-Feuille, dans la maisou ap- :c lu pot d'élain , et nu'on réunit plus tard au 6ye de maître Ger >iit nous parlerons.

Jépeudamoienl lations que nous vc-

dc mentionner . ui s institutions , mouuîos etédilîces ilivers sut do l'accroisscniciit

s le règne de ; nous devons parler

u H'incipaux. Le ci Vincennes fut , (lan-^

le cours de cette [tét léâtre d'une foule d'é-

vèneniens, qui témo i goiit que la famille

royale avait pour ce ! aussi l'édiûce ful-il îi

peu prés repris jusqu'à ses fondations pendant la durée dece règne. Voici le précis rapide des évènemens que nous annonçons. En l'année i554> Béarrix de Bourbon , fille de Louis, premier duc dece noAa,épouaa k Vincennes , Jean de Luxentboiii-g , roi de Bohême , qui , depuis, périt avengle en combattant àCrëci. Des cérémonies magnifiques eurent lieu k l'occasion de cet hjmen ; elles durèrent huit jours , et tout le peuple qui a£Qua autour da château fut nourri Splendidement aux Trais du roi. En l'année ï356, d'autressolennitési'urent célébrées au même lieu pour la naissance de Philippe , duc d'Orléans, fils de Philippe VI et de Jeanne de Bourgogne. Au

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momeni où la leiae accouclia de te prince , le premier du nom d'Orléans t[ui se dégaj-ea de l'obsculité des temps , un ouragan furieuit ébranla le chAteau et causa beaucoup de dégals * ; voilà une maison qui se rûvélaïi d'une nianièrc bien orageuse. Atlacha-t-on un augure à ce phi^nomène méiéorologique?.... Nous l'ignorons.

Jusqu'à celle époque, et malgré les additions qu'on avait f ailes i\ Vincennes depuis Philippe-Auguste, ce ii'avail été qu'une habilation fort ordinaire, une véritable maison de chasse, quoique loua les rois, après samt Louis, y eussent passé une grande partie de l'année, Philippe de Valois, dès l<rs premiers temps de son rèj;ne, commença le clitlteau lel qu'on le voit dans la planche ci-contre, et le fit élever jusqu'au niveau de terre, en couservant néanmoins au milieu la chapelle de Saint- Martin et l'ancien château , que nous appelons aujourd'hui le Donjon** Ma i SSy, le mètne souverain éleva au-dessus du sol, huit des tours comprises dans le mur d'enceinte ; tandis que lu princesse royale , femme de Jean , duc de Normandie , donnait le jour à un prince , qui fut depuis Charles V.

• MUiin , Antiqmtéa Nationales , article fineennei , tome II , page 8.

" Uoe pallie du château bâti pur saiut Louis cxistu encore. L'une des tours du logemenE de la leine Blouclic a leiilEnné long-leinps l'horloge du cliaplU'c; une autre servait de cuisine à l'un des chanoines... O fortune des institutions

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Vingt-qtiaire ans plus tard , Jean , devenu roi , fit continuer le construction du bâtiment principal et des tours jusqu'au troisièmeétage.

Philippe VI était occupé de ces travaux , lorsqu'en 1 559 des députés normands -vinrent lui offrir quatre mille hommes d'armes, pour servir dans la guerre contre les Anglais; ils furent reçus avec magnificence par le monaroue , qui aimait le faste, et regardait peu à l'argei )rsqu'il s'agissait de satisfaire ce goût. En gêne I , Philippe de Valois n'ëtait pas moins ami des bâtisses que du luxe ; il passait à Vincenncs tout le temps qu'il pouvait consacrer à son penchant auF la truelle ; souvent même il sacrifia de grands térêts h cette affectioo, et eut, dans la suite, beaucoup d'imitateurs sur le trône. Les rois sont portes h croire que leur nom s'inscrit, éclatant et révéré, à la face des monumens qu'ils bâtissent : ils ont raison; mais malheur à eus si ce nom est flétri , car l'édifice, en le rappelant à la mémoire des générations, le reproduit avec toute sa souillure.. . Il faut d'autres matériaux que des pierres pour édifier une grande renommée.

Le pape Benoît XII , s'étant rappelé qu'il avait été simple religieux de l'ordre de Giteaux , souTenir modeste, rare chez les souverains , ordonna que l'on reconstruisit à ses frais le collège et l'église des Bernardins , que cet ordre possédait dans le clos du Chardonnet, par la cession que lui en avai} Faite, en i520, l'abbé de Clairvaux. Mais le

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pontife mourul avant que celte construclïun fui achevée; a l'édifice, resté imparfait, dit M. Du* laure , prc^seutait l'image d'une ruine trf^s pittoresque. » On dirait aujourd'hui très romantique.

Saint-Cônie et Saint-Damien , église située au coin de la rue de la Harpe et de la rue desCordeliers (maintenant de l'École de Médecine) , était restée j usqu'en 1 545 , de'pendan te de l'abbaye de Saini- Germain-des-Prés. Mais en la même année, une nouvelle rixe s' étant élevée entre les écoliers elles ' familiers du féodal monastère , il y eut , comme de coutume, suite judiciaire acharnée, puis accord entre les moines et l'université. Sans doute cette dernière , toujours cuirassée de ses privilèges , obtint l'avantage dans les débats; car la paroisse de Sainl-Cômeet Saint-Damien futeolevéeà la suzeraineté de Saint-Germain , et son curé fut à ta nomination du corps universitaire.

La fin du règne de Philippe VI retentit des exploits d'une héroïne, à qui la vengeance mit l'cpéeetla flamme aux mains. On se rappelle qu'Olivier Clisson faisait partie des douze gentilshommes bretons décapités aux balles, eu présence du roi, pour une trahison qiû n'était rien moins que prouvée. Dans cette circonstance , Jeanne de Bellevillc, veuve de Clisson, avait commencé par envoyer en Angleterre, sous la protection d'Edouard III, son jeune fils , âgé de douze ans. Elle vendit ensuite ses pierreries, arma trois vaisseaux, courut les mers, et vengea le meurtre de son époux sur tous les

Français «ju'eUii rcncomra. Corsaire ititi'éptdu , cette nouvelle aDiaaonc tiesccndii souvent en Nor- ■ mai , força les cliàfcaiix , pilla les villages . enleva de )cstiaux, quelquefois desbooimes qu'elle- «mme it captifs sur ses vaisseaux , où ces infortunés étaient charj^és de chaînes. Plus d'une fois les paysans virent, dans le calmedes nuits, la comtesse de Clisson , belle comme la reine des nmours , médianir comme une , promener les hran-

' dons sur leurs chaumière Ils la virent , brandissant l'épée d'une main et nortani de l'autre noc toitiie , contempler avec lisir le tableau de destruction que sa rage tn t sur l'horison d'une nuit paisible. Devenu !, le fils de Jeanne de

Dellevillc continua ses ven ;eances , sa fureur , CI mérita d'être surnommé le Boucher; mais il revint i la cause de son pays. Nous le retrouverons.

La peste exerçait encore ses ravages dans le royaume pendant l'année i5/(g: Jeanne de Bourgogne, femme du roi, fut atteinte dece fléau, eir ^jortant des soins aux pauvres qu'il avait frappés ; elle y succomba bientôt, La duchesse de Normandie , épouse du prince Jean , suivit de près sa belle-mère au tombeau,

Philippe VI , peu de temps après , voulut i-emarier son fils<i Blanche de Nacarre ; mais lorsqu'on araeua cette princesse à la cour, il fut tellement frappé de ses charmes , qu'il en devin t éperduemeut amoureux, et se décida soudain à l'épouser *lui-

* A peu près dans le même temps , le duc Ae Normandie

UK PARIS. j^îi

mcmc. Valois avait alors cinijuantc-six ans; DI.iiiclie en coinptnit à peine tlix-buil; l'hymen chez deux époux d'âges aussi disproportionnés est presque toujours un combat entre une naïuir puissante et une vanité malheureuse. L'événement le prouva à la cour de Paris : Philippe VI , trop empressé auprès de sa belle compagne ; consumé d'ailleurs par l'amer souvenir de ses défaites, par les ombrages, les soupçons , les inquiétudes d'un souverain qui sait n'être point aimé de ses sujets; Philippe, disons-nous, fut atteint, dans l'année de son mariage, d'une maladie de lanceur , qnî lui laissa bientôt entrevoir le terme de sa vie aj^itée et malheureuse. Il fit un testament dont on ne connaît pas bien les dispositions * , et mourut au mois d'aoïkt Ô48, après un règne de vingt ans. Philippe VI ne fut pas précisément un méchant homme: un seul acte d'horrible sévérité, l'exécution des halles, noircit sa vie politique, cl dans sa vie privée il n'eut que des travers. Mais ce fijl assurément un^auvais roi. Les perpétuels adorateurs du veau d'or ont dit que ce prince n'avait été que malheureux: la haine publique qui s'attacha

tipousa Jeanne , comtesse de Boahgnii , jeune veuve qui régna ;ivec lui. Alors Charles, petit-RLs du roi (depuis Charles V), épousa Jeanne rie Bourbon.

* Cet acte dtait, dit un contemporain, écritsur du papier, l'omposilion inventée à Padouc , vers l'année i33o , et qu'on ne substitua au parchemin , dans le royaume de France , que vers la fin du règne de Philippe VI.

à lui , s'élail davance inscrite en faux conire ce jugement. Valois manqua de politique dans la paix; dès qu'il eut la guerre, il manqua de prudence et d'habileté. Ces deux défauts, si préjudiciables pendant les hoslilités , prolongèrent celles que Philippe eut à soutenir , en tournèrent presque toutes les chances contre lui, et l'obligèrent à fouler sans cesse le peuple pour réparer des désastres toujours renaissans... Ce i te fut une longue calamité , qui par malheur iw loit point avec lui.

Nous avons déjà signalé Is prince Jean comme un homme valeureux , h; e à faire la guerre , et qui, sous le règne de son pi , avait acquis le peu de gloire dont cette période ,t clé empreinte. Devenu roi, la fortune abai ionna le fils de Philippe VI, Le règne deJean-le-Bon * , comme celui dullutin, commença par un meurtre juridique. Raoul de Nesle , comte d'Eu et connétable de France, avait été accusé vaguement de trahison,' sous le règne précédent: ce seigneur commandait \ Caen lorsque les Anglais avaient pris cette' ville ;

* On a donné à Jean le surnom de bon , dit Anquetil , parce qu'on remarquait en lui une sorte de bonhomie, surtout dans l'adverat^. Le judicieux hislorien montre lui-même en ceci b'op de bonhomie : cette dernière qualité n'est' nuUemfent la bonté; et durant le règne de Jean, oncbercherait vainement des faits qui caracic'risent b vertu dont on pourrait croire qu'il fut doué. Ce prince n'était point un méchant homme ^ mais L'on ne peut pas dire qu'il ait été bon : les vertus doivent se démonuer par des actions, avant de s'établir par dek

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ks généraux mj^lhcurcux sont rarement ionoccm; on prétendit «jne celui-ci avail vendu la place à Edouard. Ce[ienilani il était prisonnier en Angleterre depuis plusieurs années; il y vivait sans trop de gêne, parce que la parole d'iin homme de ce rang paraissait un gage suffisant de sécurité ; même durant le règne de Philippe VI , le comte d'Eu était venu deux ou trois fois en France pour régler ses affaires , et iîdèle à son ban, il s'était empressé de retournera Londres, après avoii- satisfait à ses intérêts. Rien de tout cela ne semblait propre à augmenter les vagues soupçons qui planaient sur cet illustre piiaounier; cependant, dans l'année oi'i Jean monta sur le trône, Raoul de Neslc ayant, comme de coutume , fait un voyage h Paris , le roi ordonna qu'il fut anété , et, dans l'espace de quatre jours, interrogé, condamné, décapité devant la porte de son hôtel.Tel fut le début de Jcan-Ie-Bon : il ne prit pas même le soin de faire dresser la moindre procédure contre le connétable * , la première personne du royaume après lui. Un réfugié cspa-

' Cette absence de procJâurc suffit pour démontrer l'innocence au cQoiukable; nous devons cependant mentionner ici les imputations qu'on alle'gua pour justifier le meurtre royal. Les uns pr(-tendirent qu'il venait .H Paris en qualité d'dmissaire du roi d'Angleterre , et pour lormer des intrigues contre son souverain; d'autres assurèrent que Raoul de Nesle <5tail en marché avec Edouard III pour lui céder, & titre de rançon , le comté de Guignes : ce qui , après tout , n'eût pas ^té un crime. ISi l'un ni l'autie de ces lails ne furent prouTés, non plus que la trahisou du couilc d'Eu à Caeti.

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